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L'EMBARRAS DE PÉNÉLOPE
CHARLES LE BRUN. — LOUIS XIV VISITANT LA MANUFACTURE DES GOBELINS.
DESSIN PRÉPARATOIRE POUR L’EXÉCUTION DE LA TAPISSERIE. — MUSÉE DU LOUVRE.
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NOTRE excellent et éminent ami Jean Ajalbert est une des activités de ce temps. Partout où il a passé, aux colonies, à Malmaison, à Beauvais enfin, il a remué des idées ce qui est bien, et il a obtenu des résultats, ce qui est mieux. Alors qu’il aurait pu se contenter des livres pénétrants qui lui constituent un bagage littéraire de premier ordre, il a — entre autres choses — créé de toutes pièces un Musée et ramené dans une ville de France un prestige artistique qui s’en était évanoui.
Mais il y a, dans toute entreprise, même pour celui qui est le plus propre ou le seul propre à la mener à bien des moments difficiles, où il faut trouver le je ne sais quoi, petit ou grand, le ressort, la manœuvre, ou la collaboration qui détermineront les effets si fortement préparés.
Or, Beauvais est dans cet état de préparation savante
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et forte. Ce qui manque, ce n'est pas précisément le ressort, vous entendez : l'argent, car si modiques que soient les crédits, ils peuvent suffire pour une bonne part de la besogne, et M. Ajalbert saura toujours, pour une belle cause d'art, en faire sortir des pavés de Beauvais, ou d'ailleurs.
Ce n'est pas non plus la manœuvre, car cet écrivain, en pareilles occasions s'est prouvé à la fois le diplomate et le conquérant qu'il fallait. C'est donc le troisième « je ne sais quoi », dont l'absence, momentanée, est à l'ordre du jour : la, ou plutôt les collaborations.
M. Ajalbert a fait adresser, à ce sujet, par le vaillant petit Bulletin de la Vie artistique, un appel à tous ceux qui s'occupent du mouvement actuel, à fins de voir proposer, par une sorte de referendum, trois artistes capables de donner de bons — ou de beaux — la distinction est plus importante qu'on ne croit — modèles de tapisserie à Beauvais.
Il est certainement au moins aussi difficile, malgré le nombre d'artistes désignés déjà, ou à désigner encore, d'en trouver trois parfaitement aptes, que de trouver un appartement, ou une bonne ; c'est-à-dire une bonne qui sache faire un petit peu de service, ou un appartement libre avant une vingtaine d'années.
La meilleure preuve, c'est que les compétences n'ont pu, dès le début de la consultation, se mettre d'accord sur les artistes souhaités. Dans la proportion de vingt noms jetés sur le tapis, pas un seul n'avait même obtenu deux voix.
Ce n'est pas parce qu'à l'heure actuelle on ne trouverait pas, à la rigueur, d'artistes capables de composer quelque chose qui aurait l'air d'un assez bon carton de tapisserie, que la disette à laquelle M. Ajalbert demande remède s'est produite. C'est parce qu'il y a trop de peintres au contraire qui se croient ou que l'on croit capables de ce travail. Plus on nous citera de noms et plus cela prouvera notre pauvreté et plus on s'éloignera de la solution souhaitée.
Aux grandes époques de nos Manufactures de tapisseries, il n'y a jamais eu que trois ou quatre artistes à la fois, au grand maximum, qui leur aient donné des modèles en abondance, ampleur et qualité suffisantes et leur aient valu une gloire qui semble aujourd'hui chimérique. Pourquoi les Manufactures Nationales n'exécuteraient-elles pas des travaux aussi dignes de la Nation que les Royales en consacraient à l'exaltation du Royaume ?
Pourquoi le luxe réellement exquis dont nous jouissons à présent et qui se manifeste dans d'autres arts de la façon la plus brillante et la plus raffinée, ne se traduit-il pas également dans celui-ci ?
Simplement parce que dans ces autres arts, ou métiers d'art, l'instrument, celui qui le joue, celui qui a écrit la partition et ceux pour qui elle a été écrite sont parfaitement d'accord entre eux. Pour la tapisserie au contraire, tels les courtisans dans Hamlet, les peintres se voient présenter une flûte dont ils ne connaissent pas le mécanisme et ne peuvent pas en jouer fussent-ils d'excellents musiciens.
Etendons un peu la question, puisque aussi bien les observations que nous venons de faire quant à la comparaison entre la gloire monarchique de la tapisserie et sa crise républicaine nous permettent d'envisager non seulement Beauvais, mais nos deux illustres Manufactures.
Aux Gobelins, les plus sincères, les plus honorables expériences ont été tentées. Elles ont été utiles, nécessaires, mais elles n'ont pas donné ce qu'on pouvait attendre. Ce ne fut pas le fait d'une direction très éclairée et d'un personnel au moins aussi habile que celui des siècles passés, mais bien celui de maîtres célèbres et dignes de l'être en tant que peintres, mais absolument ignorants de ce qu'il faut faire pour produire des effets déterminés, et possédant une conception esthétique diamétralement opposée à celle pour laquelle l'esprit humain a créé expressément l'art de tisser des images. Ils n'ont pas connu, ni voulu connaître la règle du jeu, et on n'a pas eu, en notre temps d'individualisme à outrance, l'autorité surhumaine qu'il aurait fallu pour la leur imposer.
Ce que le pouvoir absolu, aujourd'hui impossible à restaurer, avait obtenu, un autre pouvoir non moins puissant et peut-être dans l'avenir plus efficace, pourra le réaliser : celui du bon sens et des logiques supérieures de l'art, en tant qu'expression sociale.
Nous avons assisté à d'aussi grands événements que l'entrevue de l'Ile des Faisans, ou la Réception du Nonce ; nous avons des fictions non moins belles que celles qui enchantèrent nos pères. Pourquoi cela n'est-il pas traduit en peinture ? Pourquoi notre époque, grande comme les plus grandes, ne laissera-t-elle pas d'aussi grandes images ?
Parce qu'à force de dilettantisme, on en est arrivé à considérer les pommes et le pichet, les éternelles pommes et l'éternel pichet, peints en couleurs sales sur des tables de travers, ou bien encore d'immondes maritornes, ou des paysages sommaires, ou la guitare coupée en tranches et mêlée à un titre de journal, comme des œuvres d'art de la plus haute valeur, et qu'il y a une espèce de honte, ou tout au moins de risque de raillerie ou de mépris à entreprendre la traduction en gestes humains d'une haute pensée poétique ou d'un événement national.
Les Gobelins ne peuvent redevenir vraiment les Gobelins qu'en fonction de la grande peinture d'histoire. Non pas, cela va sans dire, à la façon académique du siècle dernier qui était tombée dans l'écœurante niaiserie, ou dans la répétition morne et débilitée des anciennes formules ; mais une peinture d'histoire telle que
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celle dont nous n'avons parfois que des balbutiements sous nos yeux, balbutiements ou avortements, mais qui pourra encore renaître et prendre son essor lorsqu'on aura renoncé à cette conviction, en apparence dilettante et raffinée, mais grossière au fond, que l'art est incompatible avec les qualités intellectuelles et morales.
Voyez, par exemple, comment pour une composition surtout « officielle », la Visite de Louis XIV aux Gobelins, un maître comme Le Brun se souciait d'agencer, d'équilibrer, de préciser dans le moindre détail du dessin reproduit ici, une composition considérable.
Il faut donc, avant tout, en ce qui concerne les Gobelins, institués pour traduire de nobles et somptueuses images, et demeurés aptes à le faire, mais à ne faire que cela, sauver, encourager ce qui reste de la peinture d'histoire, faire revivre ce qui peut en revivre sous des apparences renouvelées.
Quant à Beauvais, la question est analogue, mais la solution est à l'inverse. De même que les Gobelins échoueront toutes les fois que l'on se méprendra sur le répertoire et que l'on jouera des morceaux de genre sur leurs grandes orgues, à Beauvais on devra ne plus perdre de vue que non seulement la tradition (une tradition dont les origines furent calculées avec autant de volonté que de goût) mais encore les proportions, les possibilités, et pour ainsi dire l'organisme même de l'outil, exigent que l'on s'adresse non pas aux innovateurs, si richement doués qu'ils soient, à ceux qui se distinguent dans le sommaire, mais à ceux qui ont le sens et le métier du délicat, du précieux et du précis.
Les abréviateurs, les tachistes, les cubistes eux-mêmes, ont d'autres occasions d'être employés quant à certaines de leurs facultés décoratives. Le papier peint, les revêtements céramiques sur de grandes surfaces, les étoffes tissées à la mécanique ou imprimées par métrages au kilomètre, leur sont un champ opportun et tout à fait suffisant.
Mais éterniser des taches, des ébauches, des intentions, des enfantillages roublards par des moyens de choix qui reviennent à une vingtaine de mille francs le décimètre carré, et dont les qualités intrinsèques jurent avec ce qu'on les contraindrait de traduire, ce serait en vérité commettre une faute irréparable non seulement contre la Manufacture, mais encore contre l'art lui-même.
Ce non-sens, au lieu de servir l'évolution artistique et de rajeunir Beauvais, ne ferait qu'en causer la déchéance définitive. Beauvais ne peut rester jeune qu'en gardant son âge.
Il faut donc que les écoles d'art, loin de proscrire ou de négliger la peinture d'histoire, la fassent revivre, tout au moins en vue de la grande tapisserie, et que les ateliers et écoles d'art décoratif, en vue de la petite tapisserie, n'éveillent pas dans les esprits des étudiants d'autre ambition que celle de faire des choses parfaites, ce qui est déjà suffisant.
Dans les conditions actuelles de l'art, et vu le carnaval des idées, on comprend l'embarras de Pénélope, cherchant partout des modèles pour son métier, et commençant à craindre de voir détruire, sinon par elle-même, du moins par le temps et l'opinion, ce qu'elle avait laborieusement tissé. Mais on sait que c'est précisément sa mission et sa beauté, de recommencer son travail en attendant Ulysse sous la forme du meilleur peintre. Sa qualité principale est la patience, et le mythe homérique semble avoir prévu nos Manufactures Nationales.
En d'autres termes, les méthodes révolutionnaires que nous venons d'esquisser, révolutionnaires parce que retournant au passé, ne peuvent pas être rétablies ni produire des résultats en un jour. L'essentiel c'est qu'ils soient produits. La France et l'art ont tout le temps d'attendre.
ARSÈNE ALEXANDRE.
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LE SAINT JEAN BAPTISTE
DE
HOUDON
HOUDON. — SAINT JEAN BAPTISTE. — FRAGMENT.
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Aucune œuvre de la jeunesse de Houdon n'est plus célèbre que son Saint Bruno de l'église Santa-Maria degli Angeli, installée dans les anciens bâtiments des Thermes de Rome, qui était jadis l'église des Chartreux et que Vanvitelli, vers le milieu du XVIIIe siècle, avait parée d'un décor ronflant et magnifique. On se plaisait à l'opposer à la figure du même saint, que Michel-Ange Slodtz avait, peu auparavant, exécuté pour la Basilique Vaticane et les théoriciens de la nouvelle école classique, un Cigognara par exemple, peu favorables en général aux travaux de nos sculpteurs français, se plaisaient à en exalter la simplicité et la force au détriment du brio plein d'emphase de son prédécesseur.
On parlait moins du pendant que le jeune sculpteur, sur la commande du procureur général des Chartreux, un de ses compatriotes, avait dû installer dans une niche voisine, au vestibule de la même église : c'était un Saint Jean Baptiste, également de proportions colossales, (le Saint Bruno mesure 3 m. 25 de hauteur). Faute d'argent, ou de temps, notre Houdon était rentré en France sa pension achevée, sans l'avoir exécuté en marbre. Le plâtre existait cependant dans sa niche face au Saint Bruno et il est assez étrange que nos historiens français l'aient méconnu, Montaiglon lui-même met son existence en doute. Il est cependant fait mention à plusieurs reprises de cette statue dans les documents relatifs à l'œuvre de Houdon. Mieux encore ; dans une collection allemande de plâtres de l'atelier de Houdon, celle du Musée de Gotha, constituée par les envois de l'artiste à l'un de ses clients étrangers, le prince de Saxe-Gotha, et où existe notamment le plâtre de grandeur naturelle de son Morphée (1), on pouvait voir un exemplaire en plâtre de la tête de Saint Jean de grandeur colossale, tirée par conséquent d'après la tête de la statue même (2). On aurait pu savoir aussi, ou remarquer, que le fameux Écorché exécuté à Rome par Houdon vers le même temps (1767) n'était qu'une étude préparatoire à cette grande figure nue, une « étude d'anatomie » conscienteuse et si rigoureuse, si documentaire, qu'elle devint classique dans les ateliers. L'Académie de France en possédait un exemplaire et l'école des Beaux-Arts plusieurs autres, plus ou moins repris après coup par l'artiste.
Dans la nuit du 3 au 4 juin 1894, pour une cause extérieure, quelque explosion, a-t-on dit, ou quelque feu d'artifice, pour une cause intrinsèque plus certaine, l'armature métallique étant venue à se rouiller et à se rompre, la statue s'écroula et se brisa en mille morceaux qu'on n'eut pas le soin de recueillir. Quand j'essayai de m'informer sur place il y a une quinzaine d'années, la niche était vide et les débris disparus. Un peu plus tard, en 1910, quelqu'un que j'avais prié de poursuivre l'enquête m'indiqua que ces débris n'étaient peut-être pas introuvables et j'en dis un mot alors à la Société de l'Histoire de l'Art français (1). Mais le mystère s'épaissit à nouveau autour du Saint Jean fantôme, lorsqu'il y a quelques mois le bruit de sa réapparition se répandit. Ce n'était malheureusement pas l'œuvre même, mais un modèle intermédiaire, un travail préparatoire de la même taille que l'Écorché, c'est-à-dire de grandeur naturelle, 1 m. 70 environ. Le commandeur Paribeni, directeur du Musée National installé aux Thermes dans l'ancien cloître des Chartreux voisin de l'église, avait avisé, dans un local dépendant du Musée, un plâtre en assez mauvais état sur lequel il attira l'attention de l'éminent historien de l'art italien du XVIIe siècle qu'est M. Bertini Calosso. Celui-ci a récemment raconté dans la revue Dedalo du mois d'octobre 1922, son émoi en présence de ce morceau magnifique où, par des rapprochements ingénieux avec l'Écorché de Houdon, il n'eut pas de peine à reconnaître le modèle du Saint Jean Baptiste.
La statue a été restaurée avec soin par le professeur Cesare Fossi et figurera dorénavant à la Galerie Borghese, non loin de la fameuse figure de Canova représentant Pauline Bonaparte en Vénus victorieuse.
M. Bertini Calosso a analysé avec beaucoup de finesse les mérites académiques et naturalistes en même temps de la figure, la souplesse de son modelé et la noblesse de son geste. Déjà aussi se révèle dans la qualité de l'étoffe grossière dont se voile la nudité du précurseur, le soin qu'apportera plus tard Houdon à l'exécution de ses draperies si expressives et si harmonieuses. La tête par contre est loin d'avoir encore l'accent de vie que le grand portraitiste mettra plus tard dans ses effigies. Les yeux, contrairement, à son habitude future, sont à peine indiqués. C'est bien l'impression que nous donne la tête de Gotha d'un modèle un peu bellâtre, aux traits régularisés et conventionnels.
Mais la science et la maîtrise qui s'affirmèrent plus tard sont déjà là plus qu'en germe. L'étude de la nature est directe et sincère, c'est une académie, mais une académie pleine de vie et de sensibilité et Houdon lui-même, plus tard, dans les rares figures d'hommes qu'il traitera encore, comme l'Apollon fait pour Girardot de Marigny en pendant à la Diane, et qui appartenait jadis à la collection Léopold Goldschmidt, apportera peut-être plus de correction mais aussi de froideur.
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PAUL VITRY.
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(1) Voir Paul Vitry, Revue de l'Art ancien et moderne.
(2) Publiée par Hermann Dierks à Gotha en 1887.
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(1) Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, 1910, p. 207.
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HOUDON. — SAINT JEAN BAPTISTE.
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HOUDON. — SAINT JEAN BAPTISTE.
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HOUDON. — L'ÉCORCHE.
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HOUDON. — SAINT JEAN BAPTISTE.
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SUR UNE GRANDE INDUSTRIE DE LUXE
LA LEÇON DU SALON DE L'AUTOMOBILE
UNE MONTRE, A L'ORIGINAL DISPOSITIF, COMPLÈTE L'INDICATEUR DE VITESSE (CRÉATION JAEGER).
L e Salon de l'Automobile, en même temps qu'il consacrait la reprise définitive des affaires, et attestait par le succès qui l'accueillit, son évidente utilité, a eu l'avantage de renseigner le grand public sur la valeur de notre fabrication, d'attirer l'attention des pouvoirs constitués comme celle des particuliers sur une industrie brillamment nationale.
Nous avons le tort, en France, sinon de sans cesse nous dénigrer, du moins de considérer avec quelque scepticisme les efforts de nos novateurs. C'est pourquoi nous ne dirons jamais assez combien notre orgueil doit être grand de posséder, chez nous, une aussi complète floraison de marques. Les automobiles françaises jouissent, dans le monde entier, d'une réputation qui n'est pas surfait ; certaines, même, trouvent dans l'exportation le plus actif de leurs débouchés, et s'efforcent de répandre dans toute l'Europe comme aux pays asiatiques, le bon renom de notre construction.
En même temps, on a pu noter, sous la nef du Grand Palais, qui abrita tant de merveilles mécaniques, un retour très net aux harmonieuses conceptions du génie latin. Deux problèmes s'affrontaient : une clientèle de plus en plus nombreuse devait forcément se plaire aux véhicules économiques et légers, aux cyclecars ou aux voiturettes ; tandis qu'une autre, plus réduite, mais aussi plus exigeante, réclamait un confort toujours plus grand, une suspension apte aux grandes vitesses, un luxe de formes, de détails, d'aménagements.
Aux directeurs de firmes cotées, nous sommes allés poser cette question : « Qu'avez-vous fait pour la somptuosité ? Montrez-nous ce qui, dans votre production, réalise l'idéal perfectionnement, le maximum de sécurité, la voiture belle entre les belles ! » Et ce sont ces salons en marche, que nous avons reproduits pour « La Renaissance de l'Art Français et des Industries du Luxe! »
Nous avons cru utile, avant de soumettre à l'attention des lecteurs des véhicules complets, de choisir, parmi les détails qui témoignent d'un souci d'innovation, ceux chez lesquels demeure une allure d'esthétique voulue.
C'est en ce sens que nous avons photographié quelques moteurs, quelques freins « avant », quelques tabliers.
Dans les moteurs, notamment, les tendances heureuses se manifestent, qui, tout en contribuant, par l'usage de carters, à l'enveloppement des organes mécaniques, assurent à l'ensemble, au bloc, une ligne plus agréable, en tout cas bien moins contournée et disgracieuse.
La Fiat nous a
LA SIMPLICITÉ ÉLÉGANTE DU MOTEUR FIAT CARACTÉRISÉ UNE NOUVELLE TENDANCE.
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BEAU BLOC-MOTEUR QUE CELUI DE LA DELAGE GRAND SPORT ET D'UN HARMONIEUX ENSEMBLE.
fourni un modèle excellent, aux si discrets contours, aux mécanismes si enveloppés, que disparaît la légende regrettable « des doigts dans le cambouis ». Puis Delage, Delahaye, de Dion, dans des conceptions différentes, tendent vers un même but. Que nous voilà loin des compliquées tuyauteries de jadis !
Evoquant bien le rêve cher des dévoreurs d'espaces, voici les capots hautains d'une Lorraine, d'une Panhard.
L'assemblage est là, inerte ; nul tressaillement sous ces carapaces puissantes ; et pourtant une impression intense de vie ramassée se dégage. Comme des bêtes de l'Apocalypse, au ras du sol, humant l'air des vastes routes, elles guettent le bond libérateur que leur imprimera une main humaine, la minute où toute leur force accumulée se dépensera joyeusement dans la chanson des cylindres, la griserie de la vitesse.
Et, pour pallier l'angoisse, détendre les nerfs de quelques timorés, les freins sont là, inexorables, dans l'étreinte progressive et sûre de leurs mâchoires. Bloquant les quatre roues de tous leurs ressorts tendus, indiquant à l'imprudent enivré, le sage « Tu n'iras pas plus loin » qui réveille sa conscience, les freins nous dénoncent, dans leur tambour, la force victorieuse qui dompte la témérité en permettant l'audace.
Délicatement traités, voici ensuite des tabliers de dessins divers. La collaboration de l'ingénieur et de l'artiste est attestée, là, par moul accessoires qui participent à la fois de la sécurité et du bon goût. L'or, l'argent contribuent à embellir, tels des bijoux de vitrines, ces petites montres, ces indicateurs de vitesse, ces manettes, ces pistons ; et l'aluminium au doux reflet met en valeur ces nouveaux objets d'art.
Le confort des randonnées s'accroît ; de constantes indications se succèdent aux cadrans, aux compteurs, décèlent sans arrêt l'état physique de la voiture, les battements de son cœur d'acier.
Grâce à Jaeger, on note, cette année, un indéniable progrès. L'appareil qui donne, instantanément, la vitesse moyenne et que nous présentons plus loin dans cet article, est d'une remarquable facture.
Renault, Voisin, Peugeot, Farman se sont particulièrement attachés à présenter aux suffrages du public des tabliers minutieux, que nous avons la bonne fortune de pouvoir reproduire ici. Tout y est à portée du conducteur, tout est dans son axe visuel pour faciliter son effort, tant moral que matériel : là encore, nous pouvons mentionner une recherche utile.
Et nous passons à la première voiture. Il s'agit d'une Chenard-Walcker, trois litres, six places, conduite intérieure dont la présentation porte ouverte, laisse apercevoir le somptueux aménagement, traité dans des tonalités adoucies, qui en assurent le chic. Le servo-frein Hallot assure un freinage intégral, nécessaire sur un
DELAHAYE PRESENTE EN MÊME TEMPS QU'UNE REMARQUABLE RÉALISATION MÉCANIQUE, LA COUPE DE SON FREIN AVANT AUX PUISSANTES MACHOIRES