Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

CINQUIÈME ANNÉE N° 100 5 fr. 15 FÉVRIER 1929 --- L'ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTÉRAIRES LE CINQUANTENAIRE DE DAUMIER DIRECTION - RÉDACTION 146, Rue Montmartre, PARIS (2e) ADMINISTRATION ET VENTE: LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse, PARIS (6e) DIRECTEURS - FONDATEURS : Jacques GUENNE et Maurice MARTIN du CARD RÉDACTEUR EN CHEF: Florent FELS

Page 2

GALERIE DANTHON 29, Rue La Boëtie - PARIS Elysées 12-14 --- PEINTURES MODERNES SCULPTURES DE RODIN ET BOURDELLE --- "fermé la nuit" vous engage à venir voir ses expositions, ses livres, ses estampes et prendre votre thé, 28, place dauphine, 41, quai de l'horloge, téléphone : gobelin 55-55. --- VOIR dernière page d'Annonces --- TARIF des ABONNEMENTS à L'ART VIVANT et des ABONNEMENTS à TARIF RÉDUIT à nos TROIS PUBLICATIONS : NOUVELLES LITTERAIRES, ART VIVANT, JOURNAL DES VOYAGES. --- GALERIE Marcel BERNHEIM 2 bis, Rue Caumartin, PARIS (9°) Téléphone : Central 88-28 Télég. : Haberneco, Paris VENTE ACHAT EXPOSITIONS PERMANENTES DE TABLEAUX MODERNES EXPERTISES --- GALERIE SELECTION 60, Boulevard Malesherbes, 60 TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES EXPOSITIONS terrornerie ed. schenck serrurerie ch. schenck cuivrerie m. schenck 9, rue vergniaud, paris, 13° - tél. gob. 22-89 R. C. BEINE 82.048

Page 3

ANTON KRUYSSEN à la galerie c. a. girard rue edouard VII paris

Page 4

GRAND PRIX EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS PARIS 1925 Ils réalisent eux-mêmes les intérieurs qu'ils créent SADDIER ET SES FILS MEUBLES DÉCORATION 29 & 31, RUE DES BOULETS PARIS --- POUR ORNER LA TABLE ET EMBELLIR LE HOME - LES PLUS BELLES PORCELAINES DE LIMOGES OBJETS D'ART CRISTAUX - VERRERIE ECLAIRAGE ORFEVRERIE FAIENCE ET GRES EXPOSITION PERMANENTE ŒUVRES DE L'ÉLITE DES ARTISTES ET ARTISANS LE GRAND DEPOT 21 ET 23 RUE DROUOT AGENT EXCLUSIF POUR PARIS DE LA MANUFACTURE NATIONALE DE SEVRES MANUFACTURE ROYALE DE COPENHAGUE DELAHERCHE-LALIQUE-JALLOT-SUDES Envoi du catalogue contre 5 francs remboursés à la première commande --- FONTAINE ET CIE Serrurerie Décorative Ancienne et Moderne Suretés à clé Progrès. PARIS 190, Rue de Rivoli NEW-YORK 424, Madison Avenue

Page 5

GALERIE TH. BRIANT 32, RUE DE BERRI (VIII) PAYSAGES D'ITALIE ET DE PROVENCE EDWARD BRUCE DU 16 FÉVRIER AU 4 MARS INCLUS DE 10 H. A 12 H. ET DE 14 H. A 18 H. 30 --- TABLEAUX MODERNES Aquarelles — Gouaches — Dessins — Lithographies PAR ALIX. ARAPOFF. BISSIÈRE. BOMBOIS. BONNARD. BOSSHARD. BOUDIN. CAILLEBOTTE. CAMOIN. CLAIRIN. CROTTI. DELACROIX. DOUROUZE. DRIVIER. J. DUFY. R. DUFY. EBERL. EDELMANN. D'ESPAGNAT. FAUTRIER. FAVORY. FRAYE. FRIESZ. GAUDISSARD. GOERG. GRITCHENKO. HENSEL. HERBIN. HEUZÉ. HERVIEU. HERMINE DAVID. INGRES. MAX JABOB. KISLING. De LA BROYE. LAGAR. LAGLENNE. LAURENCIN. LEBASQUE. LEBOURG. LE FAUCONNIER. LE GRIX. LEPRIN. LOTIRON. LYDIS. MARQUET. MATISSE. METZINGER. PICASSO. QUIZET. RENOIR. ROCKLINE. ROUAULT. SOUTINE. SURVAGE. UTRILLO. VALADON. VAN DONGEN. VLAMINCK. WAROQUIER. ZAK. dont la Vente, aux enchères publiques, aura lieu à Paris, HOTEL DROUOT, SALLE N° 6 le Samedi 2 Mars 1929. à deux heures très précises. M. ALPH. BELLIER Commissaire-Priseur 1, Place Boieldieu, Paris M. Jos. HESSEL Expert près la Cour d'Appel 26, rue La Boëtie, Paris EXPOSITION PUBLIQUE LE VENDREDI 1er MARS 1929. DE 2 H. A 6 HEURES.

Page 6

OLRE, Tissus. 277, rue Saint-Honoré. Paris.

Page 7

L'ART VIVANT LES BRONZES ANTIQUES Parmi les monuments de tous genres que l'on trouvait jadis rassemblés dans le « cabinet de l'amateur », le goût, ou la mode, s'attacha de bonne heure à une catégorie d'objets qu'on désigne sous le nom générique de « petits bronzes ». C'est à cette source que les érudits, les humanistes, qui nous ont précédés, allèrent puiser une connaissance concrète des Anciens capable de satisfaire leur curiosité. Nous aurions tort de ne pas suivre leur exemple. Il faut entendre par ce terme de « petits bronzes » une foule d'objets en somme hétéroclites et qui n'ont de commun que la matière dont ils sont formés : statuettes et miroirs, ustensiles de toute sorte, décor de mobilier et appliques de meubles, outils et bibelots de pur agrément, figurines votives jadis exposées dans des temples pour conjurer le sort, instruments de chirurgie ou objets de toilette tombés de la trousse d'une élégante, jusqu'à des clous et à des clefs de porte. Bref, nous avons là tout un brie-à-brac de ce qu'un antiquaire fameux, le comte de Caylus, appelait des « guenilles », débris d'antiquité échoués — après quelle carrière tourmentée ? — dans l'arrière-boutique d'un regrettier ou dans le galetas d'un maniaque, où ils évoquent, dans la misère de leur rouille et de leur poussière, les gestes familiers des Grecs, des Romains, des Etrusques et les menus faits de leur vie quotidienne, leurs occupations les plus humbles, leurs idéaux, leurs superstitions, leur mode de vie et leurs tics. C'est dans ce bizarre arsenal, pourtant, que la curiosité de l'antique est née à une connaissance systématique, qu'elle est devenue une doctrine, et que la science archéologique est sortie des limbes. Quand on eut épuisé la somme de connaissances exactes qu'il était loisible d'en tirer, on eut le temps de s'apercevoir que ce fatras recélait de vrais chefs-d'œuvre et qu'on pouvait en contempler le détail simplement pour le plaisir, sans plus songer à l'éradition. L'intérêt qui s'attache à ces modestes épaves est multiple. Non seulement elles nous font pénétrer dans l'intimité des Anciens et jettent un jour pénétrant sur leurs habitudes, leur intelligence ou leur pensée, mais souvent l'histoire de l'art trouve en leur étude un bénéfice de premier ordre. Beaucoup sont en effet un reflet de l'évolution de la sculpture et nous présentent des spécimens de cet art industriel si précieux à connaître, non pas du grand art qui s'isole dans la cella d'un temple ou au fronton d'un palais, mais de celui qui s'humanise pour prendre part à la vie courante, qui porte la trace de la main appuyée chaque jour sur la surface polie d'un meuble ou d'un bibelot. Mais il y a plus. Certaines de ces statuettes sont des documents uniques. Répliques contemporaines ou attardées d'œuvres célèbres, aujourd'hui disparues ou mutilées, elles nous en conservent un souvenir plus ou moins fidèle, mais précieux. Que ne donnerait-on pas pour avoir une copie antique et complète de la Vénus de Milo ou de la Victoire de Samothrace, comme nous avons, sous la forme d'une délicieuse pièce d'étager à la patine vert émeraude, une image, ou du moins un reflet attardé, du Diadumène de Polyclète. Les bronziers antiques ont pu être de médiocres artisans dominés par la routine de leur métier, ceux-là ne sont que des informateurs utiles à consulter sur le bilan d'une civilisation ou le développement d'une technique. Ils ont été parfois de délicats artistes, et leur fréquentation est alors d'un prix infini. Parangon des cabinets d'amateurs, le Cabinet du Roi, le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale(1), devait tout naturellement avoir son fonds de « bronzes », outre ses séries monétaires, ses terres cuites et ses vases peints, ses bijoux et ses camées. Il y eut des bronzes dans les collections des rois de France, à partir du quinzième siècle, et surtout au seizième, à Blois, au Louvre ou à Fontainebleau. Il y en avait dans le cabinet de Groslier, acquis pour Charles IX, et dans les collections que Rascas de Bagarris acheta pour le compte d'Henri IV, telles que les antiquités du sieur Du Périer, de même que dans les caisses envoyées de Rome à Gaston d'Orléans par Claude Vignon. Aux apports, divers par le nombre et la qualité, qui par la suite grossirent le premier butin emmagasiné au cabinet royal, s'attachent les noms d'Hippolyte de Béthune, neveu de Sully, du marquis de Nointel, de Laisné, de Galland, de M. de Monceaux, de Paul Lucas, de Pétis de la Croix, du P. Wansleb, de Foy Vaillant, puis de Loménis de Brienne, de Huet, de Pierre Séguin, de Toussaint Lauthier, dont le catalogue fut publié en 1663. En 1700, l'abbé Fauvel rapporta tout un lot d'antiques de son voyage en Orient. Enfin l'intendant Nicolas-Joseph Foucault, dont le goût archéologique est vanté par Saint-Simon, vendit en 1719 à Gros de Boze les antiquités qu'il avait rassemblées en son cabinet de la rue Neuve-Saint-Paul. Gros de Boze, qui fut ensuite garde du Cabinet du Roi, céda ses antiques au médecin Mahudel, puis, en 1727, en négocia l'acquisition pour Sa Majesté. Il y avait là plus de trois cents bronzes. Une meilleure aubaine encore allait échoir à notre musée. En 1762, l'abbé Barthélémy eut la joie d'inscrire dans ses registres une donation qui doublait d'un coup l'importance de cet ancien fonds. Le comte de Caylus, le fils de l'illustre amie de Madame de Maintenon, un capricieux et bourru gentilhomme qui avait troqué l'épée pour la plume et qui s'était improvisé érudit, laissait au roi l'ensemble de son cabinet d'antiquités. Il avait visité l'Italie et l'Orient, il avait entretenu sa vie durant avec les plus fameux antiquaires italiens ou provençaux tels que le P. Paciaudi, des relations suivies, qui lui permirent d'étendre le champ de ses investigations, et de développer son information. Ses confrères de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres l'aidaient à interpréter ses trouvailles. On découvrait alors Pompei, on apprenait à connaître l'Egypte, on commençait de s'attacher aux antiquités gauloises, l'étrusque fallacieux se laissait deviner. Caylus entassait avec enthousiasme dans sa galerie ses humbles trésors, ils les faisait graver d'après de propres dessins, il les décrivait et compilait un Recueil volumineux, qui est resté, avec tous ses défauts, la pierre d'angle de la science archéologique moderne, dont Caylus est le parrain au même titre que l'illustre — trop illustre — abbé Winckelmann. Cet enthousiasme de néophyte porta donc de précieux fruits. L'antiquaire fut servi par son zèle, sa longue patience, sa chance aussi, car une trouvaille qui fut faite près de Chalon-sur-Saône, lui permit de recueillir quelques-uns des plus beaux bronzes que l'antiquité nous ait laissés, parmi eux la charmante statuette de Négrillon joueur de sambuque, une Minerve, un Amour courant, un Mercure. Vint la Révolution. Les accroissements du Cabinet compensèrent les destructions et les pillages. En 1797, on transporta rue de Richelieu toutes les antiques de la ci-devant abbaye Sainte-Geneviève, jadis publiées par le P. du Molinet. Elles --- (1) Voir Jean Babelon. Les Trésors du Cabinet des Antique. Paris, Van Oest, 1927-1929. ---

Page 8

L'ART VIVANT y retrouvaient les collections du statthouder de Hollande, transférées en 1795, par les soins de Pichegru vainqueur. Au dix-neuvième siècle, on mit de l'ordre dans le grenier obscur où s'accumulait, au-dessus du salon de la marquise de Lambert, rue Colbert, une sorte de décrochez-moi-ça antique. Avec l'activité des conservateurs, dont le zèle ne fut pas moins grand que la science, il faut louer la libéralité de généreux donateurs, dont nous retiendrons les noms fameux : le duc de Luynes, qui donna ses collections en 1863, le vicomte de Janzé, mort en 1865, le commandant Oppermann, maréchal des logis du Palais de Napoléon III, mort en 1877. Que leur passion de collectionneurs n'ait pas été une vaine manie, comparable à celle de l'amateur de prunes de La Bruyère, et que leur souci d'archéologues soit digne de respect, quelques exemples que nous allons tirer de leurs vitrines vont le prouver. Le nom d'Oppermann est resté attaché à une charmante statuette archaïque qui représente Héraclès au combat. On a quelques raisons de croire que nous avons là sous les yeux une réplique antique, d'une ultime souvenir, d'une œuvre disparue du célèbre sculpteur d'Egine, Onatas, qui florissait au début du cinquième siècle avant notre ère. On sait que les gens de Thasos commandèrent à Onatas une statue d'Héraclès qu'ils dédièrent au sanctuaire d'Olympie. Peut-être en avons-nous ici la seule copie subsistant. L'arc et la massue au poing, Héraclès fonce contre un ennemi que nous ne voyons plus, tout son corps bandé comme une catapulte, sa tête obtuse et dépourvue de toute expression passionnelle, comme celle d'un bélier, tendue vers l'adversaire sur lequel son regard aussi butte avec une résolution tout animale. Du talon au front fourré d'une toison crépue, tout le système musculaire est raidi comme une poutre. Le Diadumène de Janzé, revêtu d'une rare patine verte, moelleuse au regard, est l'un des meilleurs documents qu'il nous soit désormais loisible de consulter sur une œuvre de Polyclète aujourd'hui disparue. De la statue où le grand sculpteur du cinquième siècle avait inscrit son « canon », la règle et la norme du développement idéal du corps humain, il subsiste maintes copies exécutées à diverses époques et qui en reproduisent avec des atténuations et des modulations assez infidèles l'accent et l'harmonie. C'est le Diadumène trouvé à Vaison, aujourd'hui au Musée Britannique, c'est celui de Madrid, c'est celui qu'on a découvert naguère à Délos, etc. Nul reflet, peut-être, de l'image abolie n'a la grâce de celui-ci. L'impression de souplesse que donne ce jeune corps reposant légèrement sur le sol en un équilibre momentané, s'accroît à contempler le mouvement des bras suspendus, qui s'accorde avec la démarche dansante. C'est ici l'image surprise du Rythme éphémère. Comparons à cette allègre élégance l'attitude de cet athlète de style étrusque, les poings fermés sur ses halères. La symétrie statique n'est rompue que par la position de la jambe gauche portée en avant, mais la tête à la belle barbe arrondie régulièrement peignée, est droite sur les épaules, et l'artiste s'est surtout appliqué à dessiner les pectoraux, les plis du ventre vigoureux, le creusement net et sec de l'aîne et des fesses, le tout d'une saine et ferme discipline. C'est encore à la période archaïque qu'appartient une statuette d'Athéna Promachos. La déesse s'avance au combat, sûre de sa victoire, brandissant sa lance, se couvrant de son bouclier, drapée dans le chiton de laine épais qui dissimule le galbe de ses jambes. Elle marche à grands pas, comme un homme, et l'étoffe raide s'ouvre en éventail. La tête est impassible. Dédaigneux de cette sévérité de l'attitude, c'est à la recherche de la difficulté technique que s'amuse l'artiste grec qui a modelé ce jeune satyre. L'enfant se retourne pour regarder, au bas des reins, sa queue naissante. Le corps tout entier est tordu sur lui-même, et les jambes s'enchevêtrent. L'attention de Rodin avait été attirée par Clemenceau, sur ce petit bronze au singulier mouvement et comme les pieds avaient été brisés, c'est l'auteur de la « Porte de l'Enfer » qui a modelé en cire la partie inférieure de la statuette qu'on lui confia pour la réparer. Le Joueur de sambuque nous offre des raffinements plus poussés encore, car à la recherche anatomique, à la préciosité de l'attitude, se joint ici une préoccupation sentimentale. Nous avons sous les yeux un négrillon éthiopien de ceux dont, à l'époque alexandrine, les riches oisifs aimaient à s'entourer, pour se donner, au cours des banquets, un divertissement de haut goût. La « magie noire » avait dès lors ses adeptes et ses snobs. On parfumait ces mignons, on les faisait chanter. Celui-ci tenait une sorte de harpe, une sambuque, dont il accompagnait une mêlée nostalgique, si l'on en juge par l'expression souffrante du visage. Une calotte de cheveux crépus tressés en boucles allongées coiffe le crâne étroit de ses étages concentriques. Les membres grêles à l'excès, les reins creux sont les exactes caractéristiques d'une race que la mode rendait chère aux amateurs. Cette statuette, qui fut trouvée à Chalon, avec plusieurs autres, et qui appartenait au comte de Caylus, est en même temps qu'une œuvre d'art un curieux document sur les meurs antiques. Ce qui la rend encore précieuse, c'est son parfait état de conservation, et une patine intacte, d'un vert très sombre, qui donne à l'épiderme luisant la saveur d'un beau fruit. Nous pourrions poursuivre à l'infini cette énumération, et multiplier les commentaires, au cours d'une promenade fort longue sur un petit espace. Entre maint autre, on citerait, un peu au hasard, le Sophocle assis ; Epona, déesse gallo-romaine assise sur une cavale, groupe placé sur un tronc à offrandes, trouvé dans le Jura en 1860 ; l'Apollon dit de Ferrare ; une réplique de l'Hermès de Polyclète ; une autre de l'Hermès Criophore, porteur de bélier, d'Onatas ; le satyre dansant, réplique libre du Marsyas de Myron ; l'Achille ou Thésée, du duc de Blacas trouvé près de Vienne, dans le Dauphiné ; des figures d'applique représentant des tigres ; Hercule terrassant la biche Cérynite, ornement de meuble trouvé en Bourgogne, au dix-huitième siècle ; une réplique magnifique de la fameuse Vache de Myron, trouvée à Herulanum ; l'Adonis de Janzé ; une canéphore, manche de miroir de style archaïsant, copie d'une œuvre grecque du sixième siècle avant Jésus-Christ exécutée à l'époque d'Auguste, et quantité de bibelots représentant des sujets de genre, d'où l'humour n'est point absent : athlètes, acteurs, saltimbanques, pygmées, esclaves, gladiateurs, animaux, tout un petit monde créé pour l'amusement des oisifs, et qu'on posait sur un meuble, dans l'atrium, comme nous faisons dans un salon, au hasard d'un caprice, sans autre but que de plaie un instant, et de donner un prétexte à des propos futiles. Pour finir, nous reviendrons aux époques archaïques, plus savoureuses à notre goût du jour, en arrêtant nos regards sur une petite Aphrodite étrusque, d'une naïve préciosité. Elle est debout, les pieds joints, et son long chiton brodé, dont les pans retombent parallèlement sur la poitrine, moulent des formes grêles, presque étiquetées. La main gauche écartera un peu le pan du vêtement, en un geste traditionnel, qui, si nous en jugeons par les statues archaïques d'Athènes, correspond à une élégance stéréotypée. Ainsi naguère, à l'époque révolue des robes longues, la Parisienne relevait sa jupe avec une grâce sans simplicité. La main droite est tendue en avant, à plat, en un geste propitiatoire. La tête est un peu grosse, toute droite sur les épaules, et le regard des yeux largement fendus, ne fléchit pas non plus. Un sourire est à peine esquissé, mais la physionomie est amène, cette jeune femme est accueillante... Notre courte visite est terminée. Que faut-il en vérité pour animer ce petit peuple immobile en des vitrines que le passant pressé trouverait volontiers un peu froides ? Ralentir le pas, demeurer un instant, interroger ces formes figées, écouter leur histoire, parfois la plus humble de ces statuettes a beaucoup à dire. Il vaut la peine de prêter l'oreille. Jean BABELON, Conservateur adjoint du Cabinet des médailles.

Page 9

L'ART VIVANT LES BRONZES DU CABINET DES MÉDAILLES 1. GLADIATEUR 2. HÉRACLÈS COMBATTANT Coll. Oppermann 3. APHRODITE ÉTRUSQUE 4. JEUNE SATYRE 5. ATHLÈTE AUX HALTÈRES 6. LE DIADUMÈNE Coll. de Janzé ---

Page 10

L'ART VIVANT ORVALBELGIQUE50 1928 lt --- DeutscheFlugpost --- 2 COSSIE --- DEUTSCHER REICH177 --- ORVALBELGIQUE50 1928 lt --- 1010 --- VIVRECOMITE NATIONALDÉFENSECONTRE LA TUBERCULOSIS --- FRANCE18 OLYMPIADE 1924 10 --- 2424 CHINA Co. --- JenningAfgerrech --- ROYAUMEVILLEMESPOSTE AERIENNE W --- 5043 ORLEANS 1929 --- JOSENDELRANDRIC --- 1010 --- KURKFIELD POST10 MELTEN --- CHINA5 CANDAPINS 5 --- 用貼書漸限5 5 --- LOCAL-POST20 PARAS --- 1010 --- PORTE FRANCOESTONIAVPIEMA --- 35 SIRENDANMARK --- NORGE2 PRE POST --- DIENSTMARKE1 HAVEN --- SOUTHERN15 --- 55 POSTE BELGIUM --- ZATUNYA5 STAMPE --- PROUVESTITET5 CHEZ ETIA --- REPUBLIQUE FRANCAISE30 PASTEUR --- PROUVESTITET2020 --- HEBELINE --- GOVT2 --- INDO-CHINER16 --- 90REPUBLIQUE FRANCAISE --- 3 BAHAMASPOSTE15 REPUBLIQUE FRANCAISE --- 84 FAMA 174LOP80 AENTA 80 --- 2525 HELSINKI --- POSTAGE2020 --- BAHAMAS5 SIX HENCE --- WO ANNAS --- 10LOUISCE FRENCH --- DRAMA PRONTA5 HRVAJSA --- CRENADAONE PENNY ---

Page 11

L'ART VIVANT L'ESTHÉTIQUE DU TIMBRE-POSTE M. de Velayer, maître des requêtes en 1653, eut le premier l'ingénieuse idée de faire apposer des boîtes pour la correspondance. Chaque lettre devait être entourée d'une bande de papier, appelée billet de port payé et vendue par un commis du Palais. Cette innovation parut comme la dernière expression du comique aux Parisiens qui se livrèrent au jeu spirituel d'emprir de diverses déjections les fameuses «boëttes». Condamnées par l'opinion, celles-ci furent retirées de la circulation pour être rétablies avec plus de bonheur par M. de Chamousset, en 1753. Un barème alors était établi, taxant les lettres selon la distance du lieu de destination. Dès 1832, Emile de Girardin avait formulé le vœu que la taxe des lettres devint uniforme en France : c'était poser le principe du timbre-poste. Ce vœu fut exploité d'abord en Angleterre. En 1837 sir Rowland Hill exposa dans une brochure un projet basé sur une taxe uniforme de one penny. Le 9 novembre de la même année, la jeune reine Victoria entrain dans la Cité de Londres et prenait part à la célébration fastueuse de l'installation du lord-maire. A cette occasion, une médaille fut exécutée par M. William Wyon ; la souveraine en fut charmée. Elle aima son image et voulut faire partager son émoi à ses fidèles sujets. Son portrait devait orner le timbre-poste, et les vignettes furent exécutées d'après les procédés de Perkins, Bacon et Cie (que nous ne détaillerons pas ici, dût-il en coûter de l'amertume aux philatélistes). Bornons-nous à dire que le profil de la reine est délicat, que sa couronne maintient une opulente chevelure; l'effigie, tirée à des millions d'exemplaires, se répandit par le monde ; d'exquises variantes (visage de trois quarts) furent gravées pour le Natal, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle Zélande, etc., et les indigènes des colonies vraisemblablement durent bénir le ciel de les avoir placés sous la férule d'une si accorte maîtresse. La grande Victoria ne désira pas que l'image populaire de son adolescence suivit l'évolution du modèle : était-ce coquetterie de femme, était-ce sagesse politique ? l'histoire ne nous le dit pas. Cependant, un timbre commémoratif du Canada oppose le visage photogénique de la jeune reine à la face ridée de la vieille impératrice qui protégeait Disraeli. Après l'ère victorienne, l'esthétique du timbre-poste de la Grande-Bretagne sombra dans l'insignifiance. Les émissions se succédaient : Brésil, 1843 ; Genève, 1844 ; Finlande, 1845 ; Etats-Unis, 1846 ; Russie, 1848, et M. de Girardin ne décolérait pas. Sa proposition, qu'il faisait soutenir au Parlement, connut toutes sortes de vexations. Le soir du 24 juillet 1839, M. de Girardin ne dut pas porter en son cœur M. Passy, ministre des Finances, lequel exprima à la tribune cette conclusion : « Il est possible, il est même probable qu'il y a des améliorations à apporter à la taxe des lettres ; mais, pour la réduction demandée, je crois qu'il sera prudent d'attendre les résultats de l'expérience anglaise. » Ainsi, M. Passy élevait la prudence à la hauteur d'une vertu. Il fallut donc attendre le gouvernement provisoire de février 1848 et l'autorité bienfaisante d'Etienne Arago, nommé directeur des Postes, pour que le projet de la taxe unique fût adopté à l'unanimité. Il en résulta une émission de timbres : Liberté à gauche, que M. Barre, graveur, figura sous les traits de Cérès, dont les caractères d'austérité et de sévérité convenaient à la république renaissante. Napoléon III essaya bien d'imposer son propre profil (effigie à gauche), mais le culte de Cérès fut bientôt rétabli. Il convient de remarquer que les premières émissions sont réussies dans la plupart des pays. La foi dans le timbre-poste était à son aurore ; les artistes travaillaient dans le style sobre des médailles classiques. Plus tard seulement, commença l'ère de la littérature du timbre, et les plus invraisemblables fantaisies furent autorisées ; des fioritures, d'inutiles complications, encombrèrent les vignettes : en feuilletant un catalogue, on s'étonne d'une telle abondance d'imagination au service de la médiocrité. Dès 1876, la Monnaie de Paris décida de répudier le fin profil de Cérès, pour adopter un groupe allégorique où Mercure et la Paix se serrent fraternellement la main. Pas plus que cette œuvre, signée J.-A. Sage, la Déesse et deux petits génies, puis la Liberté assise, regardant à droite, ne méritent par leur valeur esthétique de susciter l'enthousiasme. Enfin, naquit la conception de Marianne au soleil levant, Marianne, cheveux épars, héroïne légendaire, populaire et généreuse, ensemençant sa bonne terre. Le sujet était magnifique ; hélas ! il n'obtint sur le timbre qu'une représentation conventionnelle. Aux séries des « Jeux Olympiques », d'une composition académique, et de « l'Exposition des Arts décoratifs », empreintes d'un esprit de faux modernisme, nous préférons encore l'effigie de Pasteur, qui possède le mérite d'être traitée sans prétention. Nous avons le regret de ne pouvoir adresser des félicitations à l'auteur du projet du prochain timbre Jeanne d'Arc. Heureusement, nous serons bientôt favorisés par l'émission des vignettes de la Caisse d'amortissement. Hormis les toutes premières émissions et certaines séries que nous détacherons plus loin, les timbres se recommandent par leur absence de qualités ; il faut s'estimer heureux lorsqu'on aperçoit une vignette banale ; c'est une conjuration internationale, une étrange obstination dans l'absurde. Il serait injuste de rendre responsable du malaise le format de la vignette : l'harmonie se distingue à tous les degrés de l'échelle des grandeurs ; des rapports heureux se découvrent dans le champ d'un microscope comme dans celui d'un télescope. Les sujets proposés ne méritent pas une critique sévère : certains programmes ineptes peuvent obtenir de remarquables interprétations. Nous nous moquons des symboles et des allégories parce que le plus souvent leur principe, louable en soi, est trahi, déformé par les réalisations ridicules. Prenons pour exemple le timbre récent de la tuberculose (qui n'est d'ailleurs pas un timbre-poste). Admirable est l'initiative de telle émission qui soulagera bien des infortunes, mais la maquette de M. Abel Faivre, par la pauvreté de l'inspiration, la faiblesse du dessin, se présente comme une composition de primaire. Constatons l'abstention des véritables artistes ; ils sont sans doute rebutés par les précédents dérisoires, par la consécration de la médiocrité ; ils pensent aussi que leur talent ne sera pas apprécié par des choisisseurs qui se gardent de solliciter leur concours. Quant au public, il accepte avec un sentiment de souveraine indifférence la manne postale qui tombe sans cesse de tous les points du globe ; dans son esprit, les multiples vignettes prennent l'importance d'axiomes ; son éducation visuelle se fortifie dans une fausse ambiance, et il est naturel d'entendre un concert de protestations quand apparaît d'aventure une œuvre méritoire. Dans l'atmosphère de béatitude qui constitue le fond de toute société ---