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2e Année - N° 39 4fr 1er Août 1926 --- L’ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par les “Nouvelles Littéraires” ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE - LE LIVRE - SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- Vente et Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17 Rue au Montparnasse PARIS AU TEMPS DE LOUIS-PHILIPPE Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS --- SOMMAIRE: Au Temps de Louis-Philippe. J.-J. Brousson --- Chronique de l’Art Décoratif. Ernest Tisserand --- L’Art du Bouquet………… Kikou Yamata --- La Mode Masculine ……… Ariste --- André Derain ……… André Salmon --- Brocante et Truquages…… A. Schmitte --- Écrits sur l’Art………… G. Charensol --- L’Orphée de Jean Cocteau. André Levinson --- Les Peintres du Cheval … Élie Richard --- L’Art et le Home………… Jean Annet --- Images : Robert Macaire… Florent Fels --- La Publicité Moderne…… Louis Chéronnet --- Notre Concours : Les Rébus de l’Art Vivant

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BING & CIE EXPOSITION TABLEAUX de MAITRES MODERNES 20 bis, Rue de la BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9°) Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNECO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ÉCOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- dominique DÉLIVRE DU CAUCHEMAR DE L'ANCIEN --- dominique CONSTRUIT • MEUBLE • DECORE --- dominique 104 FAUBOURG SAINT-HONORE - PARIS TEL: ELYS. 62-84 --- VOIR 3e page de couverture TARIF des ABONNEMENTS à L'ART VIVANT et des ABONNEMENTS à TARIF RÉDUIT à nos TROIS PUBLICATIONS : NOUVELLES LITTERAIRES, ART VIVANT, JOURNAL DES VOYAGES.

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A NOS LECTEURS, En payant aujourd'hui leur numéro de l'ART VIVANT 4 francs au lieu de 3 fr. 50, il est bien évident que nos lecteurs ne nous auront pas accusé de surfaire le prix de la revue ! Ils savent ce que nous leur avons donné, ils savent ce que nous leur donnerons en échange, et ils ne peuvent ignorer que nous avons fait tout ce qu'il était en notre pouvoir pour maintenir cette publication à un prix extrêmement bas. Mais les événements sont venus à bout de notre bonne volonté : le papier, on ne le sait que trop, a vu son cours suivre celui des devises appréciées. Mais si nous sommes contraints maintenant d'augmenter le prix du numéro dans une proportion pour ainsi dire infime et qui est loin d'être en rapport avec l'élévation des charges subies par nous, nous voulons cependant, pour limiter le désagrément tout passager de l'acheteur, apporter une compensation : des suppléments constitués par des hors-texte, des gravures, des lithographies dus aux plus renommés de nos artistes contemporains seront offerts périodiquement par l'ART VIVANT et, dès ce numéro, nos lecteurs pourront se rendre compte d'une amélioration typographique de la revue, à laquelle ils ne seront certainement pas indifférents. --- FONTAINE et Cie SERRURERIE DECORATIVE de tous STYLES, SERRURERIE DECORATIVE MODERNE Œuvres de : - A. BOURDELLE - J. BERNARD - A. MAILLOL - P. JOUVE - J.-M. POISSON - LE BOURGEOIS - MONTAGNAC - R. PROU - SUE et MARE - GROULT - St MARCEAUX - T. SELMERSHEIM - A. CHARPENTIER - E. ROBERT, etc. 190, Rue de Rivoli — 181, Rue Saint-Honoré R.C. Seine 72.356 EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours

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"CLIO" Reliure automatique pour collection annuelle de L'Art Vivant PAR suite des augmentations constantes du prix des matières premières, nous sommes dans l'obligation de faire passer à partir du 1er Mai, le prix de la reliure "Clio", de 10 francs à 12 francs. Les lecteurs peuvent recevoir tous renseignements sur le "Clio" en s'adressant au Service Commercial de l'Art Vivant, Cie Auxiliaire de Publicité, 146, rue Montmartre, Paris (2e). Joindre 2 francs pour frais d'expédition en province et 3 fr. 50 pour les pays étrangers ayant adhéré à l'accord de Stockholm. Les commandes non accompagnées de leur montant ne seront pas exécutées. --- RANZ OWY 39, BOULEVARD DE STRASBOURG, 39 TÉLÉPHONE : NORD 73-60 Le Photographe en vogue --- LIQUEUR BÉNÉDICTINE --- LE TEMPS RETROUVÉ Œuvres de BRESDIN dit CHIEN-CAILLOU GAVARNI — MONNIER — JOHANNOT et quelques ROBERT MACAIRE de DAUMIER LIVRES ROMANTIQUES ET KEEPSAKES 21, QUAI DE L'HORLOGE = PARIS --- Vous qui aimez la musique : celle des romances et des passe-pied, mais aussi celle des plus modernes valses ou "blues", et qui désirez jouer en famille les plus célèbres morceaux de nos grands compositeurs, N'allez pas plus avant ! Nous vous offrons une collection unique de pièces connues, celles que l'on joua sous la Révolution et l'Empire, celles des grands maîtres du XIXe siècle, celles dont la vogue actuelle garantit la valeur. Pour 30 francs vous recevrez les albums suivants, représentant plus de 100 fr. de musique : I. "Ce qu'on a joué, chanté et dansé durant la Révolution, le Directoire et l'Empire", œuvres de Gossec, Mehul, Cherubini, Boieldieu... II. "Ce que Mozart a joué et composé entre 4 et 6 ans". III. "20 morceaux choisis pour piano et violon" de Bach, Haëndel, Haydn, Beethoven, Valerius, Schubert. IV. "Rien que du moderne", 15 pièces par Goublier, Tremolo, Gorling... V. "20 morceaux à quatre mains", de Glück, Weber, Mozart, Rossini, Mendelssohn, Schumann... VI. "20 morceaux pour piano", de Mozart, Beethoven, Chopin, Meyerbeer, Wagner, Halévy, Tschalkowski. N'hésitez donc pas ! Pour recevoir cette collection, envoyez à la C.A.P., 146, rue Montmartre, PARIS (2e), la somme de 30 fr., à laquelle on joindra pour tous frais de port, d'emballage et de manutention, 4 fr. pour la France, ou 8 fr. pour l'Etranger.

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“Les Baigneuses” de CÉZANNE (Appartenant à la Collection Ambroise Vollard) Sont reproduites en fac-similé par le Procédé JACOMET, dans notre CARTON DE 10 REPRODUCTIONS EN COULEURS CONFORMES AUX ORIGINAUX (AQUARELLES ET PEINTURES) Œuvres de CÉZANNE - RENOIR - MATISSE - PICASSO - UTRILLO - VLAMINCK MARQUET - VAN DONGEN - SEGONZAC - R. DUFY PRIX : 300 fr. le carton contenant les 10 reproductions. Tirage limité numéroté : 750 exemplaires Pour les Souscriptions qui nous parviendront avant le 1er Septembre : 270 Francs. --- EDITION ART VIVANT Vente-Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE --- GALERIE PERCIER PARIS — 38, Rue La Boétie, 38 — PARIS EXPOSITION MAITRES MODERNES --- L’ART POUR TOUS SOCIÉTÉ DE VULGARISATION ARTISTIQUE Fondée le 21 Avril 1901 par Edouard MASSIEUX Faire connaître au grand public les chefs-d’œuvre d’hier et d’aujourd’hui et lui permettre de suivre au jour le jour l’effort des créateurs de Beauté, telle est la tâche poursuivie par l’Art pour tous, qui a organisé plus de 1.200 visites-conférences dans les Musées, Monuments, Expositions, Ateliers, Manufactures, etc. COTISATION : 1 an, 12 fr. - 3 mois, 3 fr. DROIT D’INSCRIPTION 2 francs Les Adhésions et demandes de Programmes sont reçues aux Visites et au Siège social de L’ART POUR TOUS 2, Rue Brown-Séquard. — PARIS (XVe)

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COUVERTS ET ORFÈVRERIE CHRISTOFLE REPRÉSENTANTS DANS TOUTES LES VILLES DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER

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DEUXIÈME ANNÉE L'ART VIVANT 1er AOÛT 1926 INGRES. LE PORTRAIT DE M. BERTIN. DESSIN. S'IL A PEINT SANS ÉMOTION LES DIEUX ET LES EMPEREURS, INGRES A LAISSÉ D'ADMIRABLES PORTRAITS D'HOMMES DE LA PLUS HAUTE VIRILITÉ. L. Werth

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L'ART VIVANT --- LE ROI LOUIS-PHILIPPE EST REPRÉSENTÉ EN COSTUME DE GÉNÉRAL. LE PEINTRE HOLLANDAIS ARY SCHEFFER (1795-1858) EST PARVENU ÀEXPRIMER ICI LA BONHOMIE ET LA FINESSE DU ROI-CITOYEN Photo "Illustration" ARY SCHEFFER, LE ROI LOUIS-PHILIPPE --- DAUMIER ASSISTAIT AUX SÉANCES DE LA CHAMBRE DES PAIRS, UN MORCEAU DE TERRE GLAISE EN MAIN, MODELANT SUR NATURE DE PETITS BUSTES, D’APRÈS LESQUELS IL LITHOGRAPHIAIT SES PLANCHES. CHAMPFLEURY. --- HONORÉ DAUMIER, MASQUES Photo "Illustration" ---

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L'ART VIVANT Au Temps de Louis-Philippe D e quelque chose de suranné, “crinoline”, “montgolfière”... jusqu'à la guerre on disait : “Cela est Louis-Philippard”. Chez l'antiquaire, où j'allais régulièrement tous les jours, avec Anatole France, les meubles Louis-Philippe constituaient, avant 1914, le point zéro de la curiosité. Le lit-bateau, les porcelaines rococo de Jacob Petit... c'est par grâce qu'on les hospitalisait dans le magasin-musée. On les reléguait dans les arrière-cours et les soupentes. On les dissimulait à l'ombre glorieuse du Directoire, du Louis XV et du Louis XVI... On en insinuait des petites pièces dans les fortes additions, comme une prime : “Si vous prenez la commode rocaille, le bahut Louis XIII, les trois verdure, les quatre bergères, la glace de Venise, le lustre hollandais, le coffre Renaissance et la boîte à mouches, pour finir la bourriche, nous vous donnerons cette chambre Louis-Philippe ; vous pourrez toujours y nicher la bonne.” Jusqu'à la guerre ou, pour parler plus juste, jus-qu'à la victoire, et la défaite du franc, la bonne a couché dans le lit Louis-Philippe. Mais on vient de l'en tirer roidement: “Debout! ma petite ! On déménage. De la gouttière, les meubles de votre chambrette s'en vont à l'Hôtel. Les rois du lard, du dollar, du caviar, se disputeront à coups de chèques le lit de noces de notre grand'mère Paméla, votre “pucier”. La commode à colonnes, où vous rangez la robe du dimanche ; la cuvette ébréchée, où vous rincez votre friand museau ; le pot à eau égueulé et la table de nuit ample et ronde comme la tour de David...” Nous avons assisté à ce miracle. Ce qui nous paraissait ridicule est devenu tout soudain précieux. Avons-nous la vue meilleure, ou pire ? Ces objets se sont-ils embellis ou sommes-nous enlaidis ? Grande mélancolie ! Ils font estampes. Ils semblent archaïques aux jeunes générations ! Que cela est cruel pour nous, qui connûmes ceux qui étrennèrent ces meubles. Nous ne sommes pas si neufs que cela ! Nous sommes comme eux. Nous devenons intéressants, historiques. On peut mettre cette usurpation archéologique sur le compte de la guerre. Elle a bon dos. On dira : “La chaîne de la tradition a été rompue. Le père est parti aux tranchées. La mère à l'ambulance. Le petit a poussé comme l'herbe folle. La chambre de bonne, quel champ de bataille, durant l'épopée ! Elle a été à la peine, qu'elle soit à l'honneur !” Le certain c'est que le Louis-Philippe fait prime. La mode est au Roi-Citoyen. On va bientôt célébrer le centenaire du romantisme. Le décor est monté. Victor Hugo peut revenir avec les gilets rouges et les lions superbes et généreux. Le décri où était tombé le mobilier de la monarchie de juillet était-il mérité ? Non. Quel temps fut plus original, plus fructueux ? On dira, un jour, le siècle de Louis-Philippe comme on dit le siècle de Périclès, le siècle d'Auguste, le siècle de Louis XIV. Peut-être croyez-vous à une galéjade ? Donnez-vous patience ! Faites l'inventaire ! La poésie ? Hugo, Lamartine, Vigny... Nous ne retenons que les astres de première grandeur. La prose ? Chateaubriand dans sa plénitude, Balzac, George Sand... Au rayon populaire, Eugène Sue, Paul de Kock... La philosophie ? Auguste Comte, Proudhon... La peinture ? Ingres, Delacroix... La sculpture ? Rude... La musique ? Berlioz... Quand une saison est opulente, elle l'est en tout. Les coquelicots foisonnent dans les blés. Pourquoi le mobilier aurait-il été inférieur à tout le reste ? Un grand siècle est une symphonie, où tous jouent leur partie. Témoignent du génie collectif, non seulement la partition, et les vers de la cantate, mais encore la chanterelle du violon, et le tabouret du musicien. Si le siècle de Louis-Philippe est un beau siècle, les meubles Louis-Philippe sont de beaux meubles. Nous ne l'avions pas vu, parce que nous étions fascinés par les grâces Louis XV et Louis XVI, mais nos enfants le voient. Ils voient même les chainons se renouer. Il n'est pas aisé de rattacher au fauteuil Louis XIV, ou Régence, l'affreux crapaud capiton Napoléon III. De toute évidence, le style “Arts Décoratifs”, par sa sécheresse volontaire et ses marqueteries, vient de Louis-Philippe. Nous voulons des meubles pratiques, usuels, précaires. Nous ne leur demandons pas de durer plus d'une génération. Ce n'est pas un placement de père de famille, comme au temps patient où l'on sculptait un bahut comme une chair ! Les principes, ce sont ceux de Balzac, dans son Traité de la Vie Élegante : “Au lieu d'enfouir un fonds dans un mobilier périsssable, nous en avons consommé l'intérêt en objets plus légers, moins chers, faciles à renouveler. Ce calcul d'une civilisation

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L'ART VIVANT avancée a reçu ses derniers développements en Angleterre. Dans cette patrie du confortable, le matériel de la vie est considéré comme un grand vêtement essentiellement muable, et soumis aux caprices de la fashion... Les lourdes menuiseries de l’Empire sont lourdement condamnées... Nous marchons enfin dans une voie d’élégance et de simplicité. Si la modestie de nos fortunes ne permet pas encore des mutations fréquentes, nous avons du moins compris cet aphorisme, qui domine les mœurs actuelles : le luxe est moins dispendieux que l’élégance... Aphorismes balzaciens. Ils jettent une lueur décisive, non seulement sur les mœurs et la littérature, mais sur le décor, le mobilier Louis-Philippe : “ La vie élégante étant un habile développement de l’amour-propre, tout ce qui révèle trop fortement la vanité y produit un pléonasme... L’élégance veut impérieusement que les moyens soient appropriés au but... L’homme de goût doit toujours savoir réduire le besoin au simple... Il faut que chaque chose paraisse ce qu’elle est... La prodigalité des ornements nuit à l’effet... En toutes choses, la multiplicité des couleurs sera de mauvais goût... Le dandysme est une hérésie de la vie élégante... Un homme devient riche, il naît élégant... ” Voulez-vous visiter l’appartement de Rubempré, de Nucingen ? Non ! Il y a trop de littérature là dedans. Feuilletons les journaux de mode si abondants, si prospères sous le Roi-Citoyen. Ils sont tout fleuris d’estampes coloriées. Grâce à eux, nous nous retrouverons chez nos grand’mères. 1830. C’est la Renaissance française, le renouvellement de la dynastie. Les deux sœurs éternellement en querelle, la Démocratie et la Monarchie, se sont réconciliées et embrassées. Aux murs des appartements rapetissés, intimes, à l’anglaise, plus de peintures pompéiennes ni de verdures archaïques ; le démocratique papier peint. Dans le boudoir et la chambre à coucher, il est moiré, ou à fleurs. Chaque lai est séparé par des torsades ou des câbles, dont les couleurs s’accordent avec la tenture. Il y a aussi des dessins perses, des papiers fond blanc glacés, semés de branches de roses. Les fenêtres de la chambre sont garnies de rideaux, en gaze-coton, très clairs, soit à lignes, soit à bouquets. On les entoure d’une bordure analogue aux dessins du papier. Le lit est d’acajou, à cols de cygnes ; les fauteuils en acajou aussi, mais recouverts en peau élastique, en velours d’Utrecht ou en velours peint. Sur le lit, un très grand cachemire des Indes sert de couvre-pied. Les chaises, à l’anglaise, ont leur dossier orné de découpages, ou d’incrustations. Aux murs, dans des cadres en bois de citron, ou d’amarante, quelques aquarelles. On peut encore raffiner sur l’ensemble bourgeois. Un des jolis boudoirs de Paris est tendu en moire bleu de ciel, avec une colonnade formée par de gros câbles d’argent. Les rideaux en moire blanche diaphane sont bordés d’un très large galon bleu brodé d’argent. Le tapis est bleu à rosaces d’argent. Auprès du divan en moire bleue, une petite table en marbre blanc, incrustée de lapis et de reliefs d’argent. Au milieu du plafond, également tendu en moire bleue câblée d’argent, une lampe en lapis, suspendue à des chaînes d’argent... Qui niche en cette cage azurée ? Adèle, Amélie, Eugénie. La serine, au matin, épuise toute la gamme matinale des bonnets : “ mandarin ”, “ chinois ”, “ Esmeralda ”... Comment se coiffe-t-elle ? Car elle a des cheveux. A la moabite, à la Fontanges, à la girafe, à l’amante plaintive, à l’amante agitée... ? Comment s’embellit-elle ? Requinquez-vous la belle ! Elle donnerait des leçons à l’experte Delarue-Mardrus ! Que de flacons, dans le cabinet de toilette ! C’est un véritable arsenal ! Ils sont en cristal uni, et recouverts d’une résille d’or, découpée à jour à l’emporte-pièce. Le bouchon est en or, et en perles fines. “ Jenny, Ketty, Mary... le bain est-il prêt ? ” Car la mode est de débaptiser les Catherines, les Madeleines, et les Javottes... On a accusé une de nos élégantes de verser dans sa baignoire, tous les matins, un hectolitre de lait. Mais on a ajouté qu’elle le revendait après l’ablution. Voici la pure recette de beauté, d’une impure, sous Louis-Philippe : “ Bain rafraîchissant, composé de moitié eau de plantin, lait de chèvre, modérément chaud, et dans lequel on a fait tremper, à l’aide d’un linge, de la graisse de cerfeuil. Ces bains remettent le teint, empêchent la couperose, et les taches de rousseur.” Il y a aussi, l’eau de Ninon, l’eau du Sérail... Et les pantouflés ? Elles sont en peau bronzée, rehaussées d’or et d’argent. Et Monsieur Arthur, Alfred, Victor ? La robe de chambre d’un dandy est à dessins bizarres, en basin, à mille raies bleues ou lilas, coupée en redingote à châle. Si Madame a ses bonnets, ses résilles ornées de nœuds et de rubans, ses peignoirs en Thibet, ses robes en mousseline Amalthée, Monsieur a ses foulards du Bengale, ses pantalons de tricot, ses redingotes lie de vin, à reflets dorés, en gros d’Orient, son bonnet grec. La mode est de border le velours vert ou rouge de ce bonnet grec, avec du cordonnet d’or. Ces coiffures d’intérieur sont faites de cinq pointes. Réunies, elles forment côte de melon. Au milieu un superbe gland. Passons au salon. Le meuble est en acajou, recouvert d’un tissu de crin noir, orné de bouquets de

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L'ART VIVANT --- Collection H. Frame P. ROUSSEAU, PORTRAIT DE M. GASPARD --- J.-D. COURT, PORTRAIT DE MADAME D. LEBAUDY --- PHILIPPE ROUSSEAU (1816-1887) EST UN PEINTRE ANECDOTIER, DONT L'ŒUVRE ORNA UN TEMPS LES CHAUMIÈRES, CAR SES TOILES FURENT REPRODUITES PAR L'IMAGE, EN RAISON DU CARACTÈRE FAMILIER DES SUJETS. LES PLUS CONNUES SONT : « LE SINGE PHOTOGRAPHE », ET « O MA TENDRE MUZETTE ». --- BUREAU DU ROI LOUIS-PHILIPPE. N'EST-IL PAS D'UN VÉRITABLE INTÉRÊT PSYCHOLOGIQUE CE BUREAU DE LOUIS-PHILIPPE, QUI SEMBLE ALLIER AUX RIGUEURS DU STYLE EMPIRE LE GOUT DU COSSU SI CARACTÉRISTIQUE DE L'ÉPOQUE DE LA GRANDE BOURGEOISIE FRANÇAISE. CE MEUBLE FUT FRACTURÉ PENDANT LA RÉVOLUTION DE 1848. --- J.-D. COURT (1797-1865) EST UN PEINTRE ROUENNAIS ÉLÈVE DE GROS. CE N'EST PAS SANS ESPRIT QU'IL A TRACÉ CETTE RAVISSANTE EFFIGIE D'UNE COQUETTE ROMANTIQUE. ---