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2e Année - N° 37 3h50 1er Juillet 1926 L’ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par les “Nouvelles Littéraires” ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE - LE LIVRE - SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- PORTRAIT DE CÉZANNE Vente et Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17 Rue du Montparnasse PARIS Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS --- SOMMAIRE HOMMAGE A PAUL CÉZANNE LA PRIÈRE DE CÉZANNE HENRI DE RÉGNIER, de l’Académie Française A propos de Cézanne… --- Louis Vauxcelles --- Cézanne à Aix ………… --- Jules Borély --- Cézanne et son «Grappin» --- André Salmon --- Les Détracteurs de Cézanne --- Charensol --- Auguste Perret ………… --- Paul Jamot, Conservateur adjoint au Musée du Louvre --- Les Expositions ………… --- Charensol --- L’exposition du Livre Italien --- Jean Vallery-Radot --- La Mode masculine ………… --- Ariste --- La Chambre à coucher…. --- Ernest Tisserand --- Les Ventes ……………… --- Ch. --- Calendrier des Expositions ---

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BING & CIE EXPOSITION TABLEAUX de MAITRES MODERNES 20 bis, Rue de la BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9°) Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNICO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ECOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- dominique DELIVRE DU GAUCHEMAR DE L'ANCIEN dominique CONSTRUIT • MEUBLE • DECORE dominique 104 FAUBOURG SAINT-HONORE - PARIS TEL: ELYS. 62-84 --- VOIR 3° page de couverture TARIF des ABONNEMENTS à L'ART VIVANT et des ABONNEMENTS à TARIF RÉDUIT à nos TROIS PUBLICATIONS : NOUVELLES LITTERAIRES, ART VIVANT, JOURNAL DES VOYAGES.

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FONTAINE et Cie SERRURERIE DECORATIVE de tous STYLES, SERRURERIE DECORATIVE MODERNE Serrure de Joseph Bernard Œuvres de : A. BOURDELLE — J. BERNARD — A. MAILLOL — P. JOUVE — J.-M. POISSON — LE BOURGEOIS — MONTAGNAC — R. PROU — SUE et MARE — GROULT — St MARCEAUX — T. SELMERSHEIM — A. CHARPENTIER — E. ROBERT, etc. 190, Rue de Rivoli — 181, Rue Saint-Honoré R.C. Seine 72,356 EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours --- F. RIEDER ET CIE, ÉDITEURS, À PARIS Maîtres de l'Art Moderne GÉRICAULT par RAYMOND RÉGAMEY Un volume in-8" (13×20), enrichi de 40 planches hors-texte en héliogravure Broché : 13 50 Relié : 16 50 LETTRES de MICHEL-ANGE Traduites pour la première fois intégralement en français par MARIE DORMOY Deux volumes in-16, brochés. 20 » DERNIÈRES PUBLICATIONS

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GALERIE CHARLES-AUGUSTE GIRARD TABLEAUX MODERNES PARIS -- 1, RUE EDOUARD-VII -- PARIS --- ATELIERS SMITH collaborateurs expérimentés décoration de haute tenue meubles de qualité PARIS 12e NICE 20-24, rue dautancourt 52, rue gioffredo téléphone : marcadet 13-34 et 13-37 --- “Les Baigneuses” de CÉZANNE (Appartenant à la Collection Ambroise Vollard) Sont reproduites en fac-similé par le Procédé JACOMET, dans notre CARTON DE 10 REPRODUCTIONS EN COULEURS D’AQUARELLES ET PEINTURES CONFORMES A L’ORIGINAL d’œuvres de CÉZANNE - RENOIR - MATISSE - PICASSO - UTRILLO - VLAMINCK MARQUET - VAN DONGEN - SEGONZAC - R. DUFY PRIX: 300 fr. le carton contenant les 10 reproductions. Tirage limité numéroté : 750 exemplaires Pour les Souscriptions qui nous parviendront avant le 1er Septembre : 270 Francs. --- ÉDITION ART VIVANT Vente-Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE

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RODIER Ne Vend pas à la Clientèle — Particulière. KASHAFLORE DEGRADIC KASHA ONDECLA

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LA PRIÈRE DE PAUL CEZANNE > « Seigneur de la clarté, de l'air et du nuage, > > Toi vers qui si souvent mon appel s'est tourné, > > Vois les traits durs et las de mon pauvre visage, > > Sa bouche sous la barbe et son front obstiné; > > Considère ces yeux qui fixèrent les choses > > Avec un tel désir de voir leur vérité, > > Et regarde ces mains noueuses, et moroses > > Du douloureux effort de leur sincérité; > > Et maintenant, Seigneur, en ta miséricorde, > > Ecoute et que je sois, par ta grâce, demain, > > Le serviteur fidèle à qui le maître accorde > > Une tombe rustique en un coin du jardin. > > J'ai passé de longs jours en un labeur honnête, > > Et j'ai tiré parti du peu que j'ai reçu, > > Nulle fraude jamais n'a souillé ma palette, > > Et mes yeux n'ont jamais menti ce qu'ils ont vu; > > D'autres ont recherché le tumulte et la gloire, > > Mais moi je n'ai voulu que cet humble laurier > > Qui pousse sobrement sa feuille presque noire > > Au seuil du probe artiste et du bon ouvrier, > > Et c'est pourquoi, Seigneur, ayant vécu mon âge, > > Au moment de mourir aux lieux où je suis né, > > Je t'offre ces yeux clairs en un pauvre visage, > > Et ce front et ces mains et cet œil obstiné. > > Accepte-les et prends aussi ces pommes rondes, > > Ces grappes et ces fruits que j'ai peints de mon mieux, > > Car leur contour pour moi fut la forme du monde, > > Et toute la lumière éternelle est en eux. » Henri DE RÉGNIER de l'Académie Française --- EXTRAIT DU TOME I DE « L'ART MODERNE ET QUELQUES ASPECTS DE L'ART D'AUTREFOIS ». Edit. BERNHEIM JEUNE

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CÉZANNE, BAIGNEUSES --- Table of Contents - Introduction - Overview - Purpose - Methodology - Data Collection - Analysis Techniques - Results - Statistical Analysis - Visual Interpretation - Discussion - Implications - Limitations - Conclusion - Summary - Future Work --- Introduction Overview Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Purpose Sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua. --- Methodology Data Collection Ut enim ad minim veniam, quis nostrud exercitation ullamco laboris nisi ut aliquip ex ea commodo consequat. Analysis Techniques Duis aute irure dolor in reprehenderit in voluptate velit esse cillum dolore eu fugiat nulla pariatur. --- Results Statistical Analysis Excepteur sint occaecat cupidatat non proident, sunt in culpa qui officia deserunt mollit anim id est laborum. Visual Interpretation Sed ut perspiciatis unde omnis iste natus error sit voluptatem accusantium doloremque laudantium. --- Discussion Implications At vero eos et accusamus et iusto odio dignissimos ducimus qui blanditiis praesentium voluptatum deleniti atque corrupti quos dolores et quas molestias excepturi sint occaecati cupiditate non provident. Limitations Nemo enim ipsam voluptatem quia voluptas sit aspernatur aut odit aut fugit, sed quia consequuntur magni dolores eos qui ratione voluptatem sequi nesciunt. --- Conclusion Summary Neque porro quisquam est, qui dolorem ipsum quia dolor sit amet, consectetur, adipisci velit, sed quia non numquam eius modi tempora incidunt ut labore et dolore magnam aliquam quaerat voluptatem. Future Work Ut enim ad minima veniam, quis nostrum exercitationem ullam corporis suscipit laboriosam, nisi ut aliquid ex ea commodi consequatur? --- References [1] Smith, J. (2023). Title of the Article. Journal Name, Volume(Issue), Pages. [2] Doe, J. (2022). Another Title. Book Title, Publisher. --- Appendix A: Additional Data Variable --- Mean --- Standard Deviation --- Y --- Appendix B: Code Snippets python def function_name(): Code here --- Acknowledgments We would like to thank... --- Contact Information Email: contact@example.com Phone: +1-555-1234 Address: 123 Main St, Anytown, USA 12345 --- Disclaimer The information provided is for general informational purposes only and should not be considered legal or professional advice. --- Copyright Notice © 2023 Company Name. All rights reserved.

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L'ART VIVANT A PROPOS DE CÉZANNE Loin de moi l'imperinente pensée de maudire les écrivains d'art. — Je n'oublie pas que Charles Baudelaire a signé les Curiosités — Mais tout de même, ces messieurs ont cruellement embrouillé la question Cézanne. On nous a représenté le maître aixois comme un mage, un penseur pythagoricien, un thaumaturge ; on l'a travesti en chef des cubistes parce qu'il a dit un jour à Emile Bernard — qui depuis... mais alors... — que tout doit tendre au cône, à la sphère et au cylindre. Et ce n'est pas tout : lorsque, abandonnant le coloriste, mes éminents confrères abordaient l'homme, chacun d'entre eux le portraitait à sa propre image, l'un (qui fut un chaleureux lyrique, et le consolateur de la vieillesse solitaire du grand homme), nous brossant un Cézanne au verbe fleuri, tenant d'éloquents propos d'humaniste ; l'autre, pince-sans-rire implacable, n'apercevant que le provincial godiche et bougon, à l'accent frotté d'ail, redoutant que femmes et curés ne lui missent « le grappin dessus ». En un mot, les critiques d'art de ces trente dernières années n'ont pas mieux compris Paul Cézanne, malgré leur bonne volonté, que feu Henry Roujon ou plus encore feu Gérôme, contempteur officiel du legs Caillebotte. Il n'y a guère que les peintres, Emile Bernard avant la conversion, Maurice Denis, et surtout Simon Lévy dans sa lettre à André Salmon, qui aient vu qu'il s'agissait surtout d'un problème de technique et de composition. L'exégèse des critiques justifie souvent la parole de Degas : « Les littérateurs expliquent la peinture sans la comprendre. » Je dis un problème de technique. Cézanne fut longtemps confondu avec les impressionnistes, parce qu'il fut leur camarade, exposa à ses débuts avec eux à la galerie Nadar et dans des salles de fortune, subit ainsi qu'eux, et plus qu'eux, les huées de la foule, excité à leurs trousses par Albert Wolff et même par Joris-Karl Huysmans. Or, s'il a adopté en partie l'écriture impressionniste, il l'a profondément modifiée, par son concept traditionnel du « ton local ». Rappelons brièvement les principes de l'optique impressionniste. La source créatrice des couleurs, selon Monet, est la lumière qui révèle et diversifie les objets selon les heures du jour. C'est la lumière seule qui est génératrice du ton, et de sa limitation, le dessin. La couleur étant une irradiation de la lumière, il suit que toute couleur est composée de sept tons du prisme, et que le peintre doit, procédant ainsi que la lumière, agir à l'aide des sept tons primitifs. Il supprime ainsi le ton local — ton moyen, ton perçu par l'œil bourgeois — et ne considère plus que les jeux de l'atmosphère qui s'interpose entre l'objet et notre rétine. L'atmosphère est le thème de la toile. L'ombre n'est pas absence de couleur, mais couleur moins forte. Donc suppression des ombres opaques remplacées par des ombres transparentes. Modification de la couleur dans l'ombre par la réfraction. Un grès de ton local rouge sur un tapis, de ton local bleu, présentera un échange mathématique de reflets, une zone de complémentaires ; l'objet est conçu comme un miroir où ces reflets, ces rayons, viennent jouer. L'impressionniste, imbu de ces principes, se constitue une palette de tons purs juxtaposés, qu'il mélangera sur sa toile (le néo-impressionniste poussera la doctrine jusqu'à l'absurde, et juxtaposera ses « points » sur la toile). Telle est, résumée en dix lignes, la doctrine de la dissociation. L'impressionniste supprime le ton local ; la peinture n'est plus qu'une orchestration d'harmoniques. Un paysage est une symphonie, issue d'un thème (le point le plus lumineux, par exemple) et développant sur la toile les variations de ce thème. D'où l'aspect nouveau de la toile de Monet, avec la dominante du bleu et de l'orangé. Monet (je le nomme seul, parce qu'il symbolise et subsume toute l'école — mais n'oublions pas que Pissarro en fut le théoricien) est tellement absorbé, régi, par la découverte de moyens neufs, qu'il en oublie la fin de l'art, qui est synthèse et non pas analyse. Cézanne, sans méconnaître l'importance de l'apport impressionniste, va restituer à l'objet sa valeur substantielle, en maintenant le ton local. Quand Claude Monet peint une meule, une cathédrale, il n'y a ni meule ni cathédrale. Vous ne pouvez les toucher du doigt. Ces objets sont « mangés » par la lumière, volatilisés dans son poudroiement. Monet ne croit pas à l'objet ; c'est le Berkeley de la peinture. Cézanne s'est bien rendu compte qu'il y a là une manière de révolution. Mais il est de tempérament trop attaché à la lignée réaliste pour admettre cette évanescente du modèle et du modelé. Cézanne croit au modèle, à sa réalité concrète. Il bénéficie de la découverte technique de son illustre ami : « Je tire mon chapeau à Claude Monet », il utilise cette découverte, ce procédé. Mais il maintient la localité. Ce faisant, il complète l'impressionnisme, le dépasse, et prépare l'avenir, soit le retour à la construction par les volumes. Il a compris que le peintre ne doit pas se contenter de capter la lumière et de peindre n'importe quoi, pourvu que ce soit clair. Non, il y a un stade plus haut : « Je veux faire de l'impressionnisme quelque chose de durable comme la peinture des musées. » Appuyons-nous sur les textes du maître ; ce sont eux ---

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L'ART VIVANT qui, mieux que les commentaires adventices, nous feront pénétrer l’âme de son art : « Toute la peinture est là, dit-il à Bernard ; céder à l’air ou lui résister. Lui céder, c’est nier les localités ; lui résister, c’est donner aux localités leur force, leur variété. Titien et les Vénitiens ont traité par les localités ; c’est ce que font les vrais coloristes. » Klingsor a très bien vu les données du problème et établi nettement la position de Cézanne quant à l’impressionnisme : il entend restituer la couleur des objets plutôt que leur atmosphère. Et pourtant, il tente de les rendre plus vibrants en les couvrant, en les baignant, en les enveloppant de nuances que tout ton local, par la forme qui le porte, revêt aux jeux de la lumière, de l’ombre et du reflet. « C’est le bleu, écrit-il à Emile Bernard, qui confère leurs vibrations aux autres couleurs ; il faut donc ménager dans le tableau une certaine quantité de bleutés. » Effectivement, conclut l’excellent biographe (peintre à la fois et critique) c’est le bleu qui est l’air, présent sur les objets, les absorbant au fur et à mesure qu’ils se retirent vers l’horizon. Les impressionnistes ont abusé du bleu. Cézanne, non, car il conserve aux objets la vérité fondamentale de la localité. Voilà, du strict point de vue de la technique, la tentative de Cézanne. Et voilà ce qui, différenciant son tableau de la toile impressionniste, explique sa prodigieuse manière de couvrir la toile. « Il commence par l’ombre, et avec une touche qu’il recouvrait d’une seconde, plus débordante, puis d’une troisième, poursuivait son travail jusqu’à ce que toutes, faisant écran, modellassent, en colorant, l’objet. Cette loi d’harmonie le guidait, ces modulations avaient une direction fixée d’avance en son esprit (Em. Bernard). » Il peignait d’abord « légèrement avec des tons quasi neutres, puis montant la gamme, « serrait les chromatismes ». Cette phrase : « Il faut commencer neutre », sonne comme l’un des dix commandements (Simon Lévy) Un tableau ainsi conçu devient un problème, non froide- ment étudié à l’atelier, mais vécu comme un drame, sur le motif, car Cézanne passe ses journées, sa vie entière en pleine nature, conservant avec elle le contact permanent. Tâche d’une formidable difficulté. Tout reprendre à pied d’œuvre, ne rien laisser aux hasards « de l’infernale com- modité de la brosse ». Pas d’artifice, de truquage, de men- songe. Sincérité intégrale. Cézanne répudie la virtuosité d’exécution comme l’agrément du pittoresque. Rien qui accroche la curiosité. Peinture pure. Cézanne veut « faire l’image ». Aussi, pour saisir le ton juste, il insère côte à côte, avec une patience de mosaïste, ses petits dés, ses petites barres de couleur ; il réfléchit parfois un quart d’heure avant de poser la touche ; les touches, dix fois superposées, recouvertes, sont solidaires les unes des autres ; le tableau forme un bloc, un tout homogène ; si une touche n’est pas juste, il y a une fausse note dans la symphonie. Quelle prudence, et quel scrupule ! On songe à une fugue de Bach. Plutôt que recourir à une solution aventureuse, le peintre préfère laisser un blanc, un manque, ce que le public appel- lera un trou, et la critique un aveu d’impuissance. Nous n’y voyons qu’attestation d’une probité foncière. Le résultat de cette technique est la miraculeuse solidité de la matière, sonore telle la vitrification de la céramique, matière inde- structible, marbre, onyx, agate, jade. Voilà comment peint Paul Cézanne. La vérité de Monet est celle d’un moment ; la sienne, éternelle. Il se relie aux grands réalistes du passé, Tintoret, Ver Meer, Chardin. L’objet n’est plus effrité, effiloché, mangé par la lumière ; il la reflète, s’en nourrit, mais vit par lui-même. « Il faut, a dit Léonard, obtenir le relief de la chose pleine, c’est la beauté et la merveille de l’art. » Cézanne, coloriste-né, répugnant au serti des graphistes purs (primitifs, florentins, Ingres, Degas) place dans la couleur le principe de l’action. La couleur n’est plus supportée par la forme, mais c’est elle qui, par un détour, parvient --- CÉZANNE. PORTRAIT --- CÉZANNE. DAMES EN CRINOLINE ---

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L'ART VIVANT à créer la forme. Il exalte le ton, ainsi que Ver Meer peignant une étoffe ou un pan de mur. Cézanne, en ses promenades de jeunesse au Louvre, s'était-il arrêté devant la Dentellière ? C'est peu probable, Ver Meer n'étant pas encore « à la mode ». Et puis les violents l'attiraient, les Vénitiens, les Flamands, et le cher Delacroix ; la mesure ne s'est imposée à lui que dans sa vieillesse. Cézanne module uniquement par la couleur ; il ne vise pas à représenter les formes par une ligne ; « le contour n'existe pour lui qu'en tant que lieu où une forme finit et où une autre forme commence ». Qu'on regarde ses toiles inachevées, les objets d'un plan antérieur sont souvent laissés en blanc et leur silhouette n'est indiquée que par le plan sur lequel elles se profilent ; une forme n'existe que par les formes voisines »; les traits noirs qui cernent l'objet ne sont pas, pour Cézanne, un élément destiné à ajouter à la couleur, mais simplement une manière de reprendre l'ensemble d'une forme par le contour avant de la moduler par le ton. « Il arrive, a dit Simon Lévy, à ce résultat musical où une tache verte suffit à donner la sensation d'un paysage, une tache chair celle d'une figure humaine. » Cézanne en effet ne voit pas, comme vous ou moi, l'objet limité par le trait d'un contour ; il oublie ce qu'il représente : quand il peint (en 1896) la Femme au chapelet, il ne pense, ne veut, ne voit que des contrastes et des harmonies de roux et de bruns ; ce n'est que plus tard, nous apprend Joachim Gasquet, qu'il s'aperçut que ce roux lui était fourni par le visage, et ce bleu par le tablier de la tourière. Courbet peignant une tache sombre dans un sous-bois et demandant à un bûcheron ce qu'il copiait. « Un tas de fagots » lui apprit l'homme, étonné. Cette conception plastique du ton local entraîne logiquement un corollaire d'ordre esthétique : Cézanne, épris de synthèse, acharné à reconstituer l'univers dissocié par l'analyse impressionniste, ramenant les formes à de larges plans, subordonnant le détail à l'ensemble, cherchant sous l'aspect extérieur, la structure générale, vise à l'équilibre, à la cadence, à l'ordre. « Faire de l'impressionnisme quelque chose de durable comme la peinture de musée » s'entend aussi du point de vue du rythme. Il dit : « Faisons du Poussin sur nature », c'est-à-dire : Pas de solution de continuité entre la peinture de 1880 et celle des maîtres d'autrefois ; relions-nous à eux, composons classiquement. Jamais (pas plus d'ailleurs que Renoir ou Pissarro), il ne s'est posé en révolutionnaire ; nul n'est plus respectueux de l'œuvre du passé, qu'il faut continuer, non contredire ou nier. On voit bien l'importance de la mission ; le rénovateur sent qu'il y a autre chose à faire que peindre — fût-ce avec un œil prodigieusement subtil — les phénomènes atmosphériques, les différenciations de la lumière solaire, à toutes les heures du jour, sur une meule ou le pont de la Tamise. Voilà sa fin, à laquelle il consacrera sa vie entière, ses angoisses, ses désespoirs, son cœur et sa chair. On ne le comprendra pas, on l'injuriera, tant à Paris qu'en sa ville natale, où un Villevieille (?) lui sera préféré. On le taxera d'impuissance, parce que, en son honnêteté candidement intégrale, il s'arrête parfois en chemin. On l'accusera de ne pas savoir dessiner. Il faut élucider ce malentendu. Cézanne eût pu dessiner, s'il l'avait daigné, avec la pseudo-précision linéaire des gens de l'Ecole. Mais ce n'était ni son tempérament ni sa volonté. Par tempérament, il s'écartait, je l'ai dit, des graphiques purs ; sa nature le portait vers les coloristes fiévreux, et l'on a souvent noté sa parenté avec Greco, qu'il ne connut d'ailleurs sans doute que par la gravure. Il affectionnait surtout à ses débuts, l'arabesque tourmentée des baroques, --- PORTRAIT DE M. CHOQUET --- PORTRAIT DE MADAME CÉZANNE ---