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1re Année - N° 21 3e 1er Novembre 1925 --- REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES ÉDITÉE PAR LES “NOUVELLES LITTÉRAIRES” L’ART VIVANT ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- SOMMAIRE : Le souvenir de Modigliani. Maurice de Vlaminck --- La Loïe Fuller . . . . . . . . Legrand-Chabrier --- Philibert de L’Orme . . . Henri Clouzot --- Chronique Artistique . . . André Salmon --- Bosshard . . . . . . . . . . Jacques Guenne --- Chronique de l’art décoratif Ernest Tisserand --- Chevreul . . . . . . . . . . Albert Ranc --- L’Art et la Mode . . . . . Clarisse --- Plan de Lyon . . . . . . . Joseph JolinonDessins de Louis Touchagues --- La « Revue Nègre » . . . . André Levinson --- « AUX ARTS DÉCORATIFS » --- Les Expositions. --- La Céramique . . . . . . . Maximilien Gauthier --- Informations et Faits divers. --- Les Arts de la Rue . . . . Elie Richard --- Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS. --- Vente et Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE 15-17, Rue du Montparnasse PARIS

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BING & CIE EXPOSITION Modigliani DU 24 OCTOBRE AU 15 NOVEMBRE --- 20 bis, RUE de la BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue de Caumartin - Paris (9°) Téléph. Central 88.28 — Télég. MABERNECO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ÉCOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D’ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- FLORENT FELS PROPOS D’ARTISTES Claude Monet, Chagall, Derain, Ensor, Friesz, Grosz, Kisling, Léger, Lhote, Matisse, Pascin, Picasso, Rouault, Segonzac, Utrillo, Vlaminck. OUVRAGE ORNÉ DE 32 REPRODUCTIONS EN ROTOTYPIE VIVANT Comme un Roman DOCUMENTÉ Comme un Manuel LA RENAISSANCE DU LIVRE

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"CLIO" Reliure automatique pour collection annuelle de L'Art Vivant Nous pouvons fournir à nos lecteurs, contre envoi de 10 francs pour une collection annuelle de l'Art Vivant, un "Clio" leur permettant de relier une collection de leur revue, soit en fin d'année, soit en cours d'abonnement. Les lecteurs peuvent recevoir tous renseignements sur le "Clio" en s'adressant au Service Commercial de l'Art Vivant, Cie Auxiliaire de Publicité, 146, rue Montmartre, Paris (2e). Joindre 2 francs pour frais d'expedition en province et 3 fr. 50 pour les pays étrangers ayant adheré a l'accord de Stockholm. --- D'Itraux ETABLISSEMENTS GAËTAN JEANNIN Ingenieur CCP 181 Chorus EDOUARD VAILLANT Telephone: AUTEUIL 03-08 Billancourt SEINE ENSEIGNES DECORATIVES R.C. SEINE 17.697 EMAUX GRAVURE --- UN MUSÉE CHEZ SOI INCOMPARABLE livrable immédiatement, payable en 10 mois 80 DESSINS PAR LES GRANDS MAITRES Sélection des plus beaux dessins du Musée du Louvre Ouvrage publié par Louis LUMET, Inspecteur des Beaux-Arts, et Yvanhoë RAMBOSSON, Conservateur honoraire des Musées de la Ville de Paris, sous le patronage de l'Administration des Beaux-Arts, honoré de souscriptions officielles. Cette remarquable publication constitue un recueil de 80 fac-similés des chefs-d'œuvre du dessin, exécutés en sanguine, en noir, en sépia, reproduction parfaite de l'original ; chaque sujet est accompagné d'une notice de critique biographique et technique. Les 80 planches fac-similés, format 0,28×0,40, sont non montées afin de pouvoir être encadrées, ce sont de magnifiques documents qui permettront aux artistes de mieux comprendre les Maîtres ; elles sont présentées avec les notices en 2 volumes sous emboîtages à rubans (portfolios) format 0,30×0,42. ŒUVRES DE MAÎTRES, DESSINS A ENCADRER MODÈLES PRÉCIEUX POUR L'ÉTUDE BULLETIN A ADRESSER (COPIE OU SIGNÉ AUX BEAUX LIVRES POUR TOUS, 30, rue de Provence, Paris) Veuillez m'adresser 80 Dessins par les Grands Maîtres, de L. LUMET et Y. RAMBOSSON, en 2 tomes, sous emballages, au prix de 200 fr. que je paierai par versements mensuels de 20 fr. ou au comptant, au prix de 180 fr. ci-joints ou c ntre rembours ment. Frais de port et d'emballage en sus 7 fr. Nom et prénom: Domicile personnel: Le ___________ 19 ___________ Lecteur de l'Art Vivant. --- EMBRANDT, Tête de Vieillard Les lecteurs de l'Art Vivant peuvent régler le prix de l'ouvrage, 200 francs, en 10 versements mensuels de 20 francs. Au comptant : 180 fr. DESSINS DE MICHEL-ANGE RUBENS - REMBRANDT MURILLO - L. DE VINCI DELACROIX - VELASQUEZ - COROT - LE TITIEN GREUZE - VERONESE - WATTEAU, etc. etc DANS VOTRE PROPRE INTÉRÊT COMMANDEZ AUJOURD'HUI

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COUVERTS ET ORFÈVRERIE CHRISTOFLE REPRÉSENTANTS DANS TOUTES LES VILLES DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER

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1re Année - N° 21. 3r. 1er Novembre 1925 L'ART VIVANT DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ: 146, Rue Montmartre PARIS (2e) Téléphone: CENTRAL 52-63 74-95 Administration, Vente et Abonnements: LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, rue Montparnasse, Paris (6e) Chèques Postaux N° 153-85 Paris Rédacteur en chef: Florent FELS Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes Éditée par les "Nouvelles Littéraires" ABONNEMENTS: FRANCE Un an, 65 fr. Six mois, 55 fr. Edition de luxe... un an, 150 fr. ÉTRANGER I. Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm Un an, 80 fr. Six mois, 42 fr. Edition de luxe... un an, 150 fr. II. Pays ayant décliné cet accord Un an, 90 fr. Six mois, 47 fr. Edition de luxe... un an, 160 fr. (Voir la liste de ces pays aux pages suivantes) DIRECTEURS-FONDATEURS: Jacques GUENNE et Maurice MARTIN DU GARD SOUVENIR DE MODIGLIANI A l'époque où nous vivons, l'imagination est presque toujours fantaisiste et lyrique, rarement dramatique. Ceci me vient à l'esprit en lisant que prochainement aura lieu une exposition rétrospective des œuvres de Modigliani. A une époque où l'on admire, où l'on juge trop souvent de la valeur des hommes sur les signes extérieurs de la richesse, pour un observateur mondain, Modigliani peut sembler un pauvre hère, un bohème, un héros digne de l'hôpital ou de l'Institut Médico-légal. Modigliani était un aristocrate. Son œuvre entier en est le plus puissant témoignage. Ses toiles sont tout empreintes d'une grande distinction. La grossièreté, la banalité, la vulgarité en sont exclues. Je revois Modigliani assis à une table du Café de la Rotonde. Je revois son pur profil de Romain, son regard autoritaire; je revois aussi ses mains fines, des mains racées aux doigts nerveux, ces mains intelligentes, tracer d'un seul trait un dessin sans hésitation. Je le revois (il n'était pas dupe) distribuant ses croquis comme une récompense aux camarades qui l'entouraient. Avec des gestes de millionnaire, il tendait la feuille (où parfois il se laissait aller jusqu'à mettre sa signature) comme il eût donné un billet de banque en paiement du verre de whisky qu'on venait de lui offrir. Dans la dernière année de sa vie, il vivait dans un état de nervosité fébrile. La moindre contrariété le surexcitait. Un jour qu'il venait de faire le croquis d'une américaine de passage dans le milieu Rotondain, il le lui offrit gracieusement. Elle insista vivement pour qu'il y apposât sa signature. Agacé de sa vénialité, qu'il pressentait, il prit le dessin et se mit à tracer à travers toute la feuille une signature en lettres énormes, des lettres aussi grandes que celles des écriteaux «appartement à louer». Un matin d'hiver 1917, sur un refuge du boulevard Raspail, fier, hautain, il regardait défiler les taxis avec l'attitude d'un général aux grandes manœuvres. Une bise glaciale mordait la peau. Dès qu'il m'aperçut, il vint à moi et tout simplement comme s'il s'agissait pour lui d'une chose superflue: «Je te vends mon pardessus, me dit-il, il est trop grand pour moi, il t'ira très bien». A sa table, un soir, un camarade vint s'asseoir. C'était un pauvre hère famélique dont l'existence était un problème. A son insu, Modigliani PORTRAIT DE MODIGLIANI — I —

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L'ART VIVANT fit tomber à terre un billet de vingt francs, et négligemment, en se levant, il poussa le papier du pied en disant : « Tiens, on dirait un billet de dix francs ». Et il partit brusquement à la poursuite de quelque chose de très important. Chez lui, Modigliani offrait un lot de dessins à un marchand pour un prix plus que modique. Le marchand discutait, pérorait, espérant un rabais. Modigliani, sans un mot, prit alors le tas de feuillets, les assembla soigneusement, perça un trou à travers le tout, passa une ficelle et alla accrocher le paquet dans les water-closets. J'ai bien connu Modigliani. Je l'ai vu ayant faim, je l'ai vu ivre, je l'ai vu riche de quelque argent, jamais je n'ai vu Modigliani manquer de grandeur ni de générosité. PORTRAIT DE Mme Z... Maurice de VIAMINCK. PORTRAIT DE M. Z...

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L'ART VIVANT PHILIBERT DE L'ORME L'esprit nouveau, qui anime les bâtiments de l'Esplanade et du Cours-la-Reine, ne doit pas nous faire oublier que l'architecture est coutumière de semblables mutations de goût. À une période d'ornementation abondante succède invariablement un retour vers les lignes strictes, à la grâce sensuelle des courbes. Une prédilection pour les formes rationnelles et les plans sobrement ordonnés. L'originalité du mouvement de 1925 aura consisté en ce que les constructeurs n'ont emprunté à aucune civilisation antérieure leurs conceptions — malgré une inconsciente influence de l'Orient — tandis qu'à la fin du XVIIIe siècle et surtout au début du XIXe, l'antiquité classique fit les frais du renouvellement. On ne saurait prophétiser l'importance, ni la durée du mouvement actuel ; trop de facteurs sont appelés à jouer un rôle dans l'avenir de l'esthétique constructive. Mais à coup sûr, il ne saurait dépasser l'ampleur de la révolution provoquée par Philibert de l'Orme, de 1535 à 1565 environ, avec une rigueur qui fait songer au despotisme du fameux préfet Haussmann dans ses percées urbaines. On englobe à tort sous le titre de Renaissance deux époques très distinctes et presque opposées. La première, antérieure à l'action de l'architecte de Henri II, n'est que l'évolution d'un style antérieur sous l'influence de l'Italienisme. Modification instinctive des vieux thèmes du moyen âge, lorsque les seigneurs bâtisseurs demandèrent à leurs maîtres de l'œuvre de mettre leurs tourelles et leurs ponts-levis à la mode des édifices qui les avaient émerveillés dans les expéditions ultra-montaines. Néo-classicisme sans danger, où les architectes indigènes empruntaient par ci par là quelques bribes à la Renaissance italienne, mettaient une arabesque, un chapiteau, un fleuron, un mascaron «imité», dit Viollet-le-Duc, sur les imitations de l'antiquité », à la place de leurs feuillages, de leurs corbeilles, de leurs choux et de leurs chardons gothiques. Robe nouvelle, sans rupture de la ligne. À cette pré-Renaissance, sensible et primesautière, va succéder une Renaissance savante, jusqu'au pédantisme, compassée et froide, plus proche de la grandiloquence que de la véritable grandeur, et qui remplacera au cours de deux siècles, la fantaisie imaginative par l'observance stérile de règles conçues pour une autre civilisation et un autre climat. Pour que cette ordonnance antique, si contraire au génie français, parvint à s'imposer, il fallait l'enthousiasme fiévreux où la découverte de l'antiquité littéraire avait plongé les humanistes, et l'éblouissement des compagnons de Charles VIII et de François Ier découvrant l'Italie. Il fallait surtout un homme comme de l'Orme, autoritaire, intransigeant, pénétré à l'excès de son propre mérite, mais passionné pour son art au delà de toute expression, habile à se mettre en crédit auprès des grands et surtout du souverain, travailleur acharné, épris des vastes conceptions, des grands projets, doué d'un tempérament de praticien capable de tempérer ---

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L'ART VIVANT les idées préconçues du théoricien imbu de Vitruve pour les adapter à la technique traditionnelle du moyen âge, assez éloquent pour imposer par la parole et par le livre un bouleversement sans précédent dans l’art de construire. COLONNES PROVENANT DU PALAIS DES TUILERIES De l’Orme, on le sait de trop, comme Palissy, comme Benvenuto Cellini a eu deux muses à son service. A l’égard de ces artisans écrivains, la postérité s’est montrée partielle. Elle les a pris comme parangons de l’architecte, du potier, de l’orfèvre. Ouvrons le Premier tome de l’Architecture qui n’a jamais eu de second (1567). De la première à la dernière page, c’est l’apologie de la « vraie architecture », c’est-à-dire de la décoration néo-classique, de l’antiquité romaine rénovée, des ordres et de leur application aux grands édifices. Pour cette avalanche d’archéologie, les mots lui manquent. Il en crée de nouveaux : architrave, épistyle, cryptoportique, hémicycle, stylobate, zophore, métope, triglype, mutute, portique tétrastyle ou hexastyle, que nous voyons ici imprimés pour la première fois, bien qu’il les ait employés depuis plus de quinze ans dans les marchés avec les grands ouvriers de Fontainebleau, d’Anet ou d’ailleurs. Mais les mots ne sont rien. Ce sont les œuvres qu’il faut voir. Depuis ce petit hôtel, qu’il construit à Lyon, en 1536 pour le financier Antoine Bullioud, jusqu’au palais qu’il édifie pour la reine-mère aux Tuileries, de 1564 à 1570, il applique sans compromission les principes constructifs qu’il a puisés dans Vitruve, les mesures qu’il a relevées lui-même à Rome, où il a interrogé pendant trois ans les temples en ruines et les débris grandioses. Ce retour à l’antiquité, il l’impose avec une intransigeance inflexible. Le règne des maîtres de l’œuvre, des admirables artistes qui ont fait de la France des premiers Valois un incomparable écrin monumental, est terminé. L’architecte donneur de plans et directeur des travaux entre en scène. De l’Orme va jusqu’à faire démolir ce que ses prédécesseurs avaient commencé avant son entrée en charge. A Fontainebleau, où le maître maçon Gilles le Breton s’apprêtait à vouter la grande salle de bal et avait même posé les consoles d’appui, il fait reprendre le gros œuvre sous prétexte que les murs menacent de s’écrouler, en réalité pour substituer aux voûtes un plafond plat qu’illustrera le pinceau du Primatice. Ainsi sur tous les chantiers royaux. On s’en doute. De l’Orme ne pouvait user et même abuser d’une telle autorité qu’en s’appuyant sur de puissantes protections. Son despotisme est fait de la faveur de Henri II et de LE TOMBEAU DE FRANÇOIS 1er A SAINT-DENIS, Catherine de Médicis. Avant 1544, il avait déjà le titre « d’architecteur de Mgr. le Dauphin ». Le 3 avril 1547, quatre jours après son accession au trône, le nouveau roi lui donne la direction de tous les bâtiments royaux avec mission « de les faire visiter et toiser, scavoir et ---

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L'ART VIVANT vérifier si les ouvrages ont esté bien deument et loyaument faits, s'il n'y a point en aucuns malversations et abus..., et en ce faisant contraindre ou faire contraindre par toutes voyes et manières en tel cas requises, les maçons, charpentiers et autres qui ont eu et auront charge de ces dits bastimens... de faire leur debvoir et réparer leur faulte ». Quelle dictature et comme de l'Orme sut en tirer parti ! Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Villers-Cotterets, Folembray, Coucy, Vincennes, Madrid, Saint-Léger-en-Yvelines, sont sous sa main. Il construit pour la reine à Monceaux, pour Diane de Poitiers à Chenonceaux, à Limours, à Anet. Il dispose pour Saint-Denis le tombeau de François Ier. Jusqu'à la mort de Henri II, il se fait traiter de « dieu des maçons ». Le mot est de Palissy qui ne l'aime guère. De l'Orme fait fortune. Aumônier du roi (il avait reçu au moins les ordres mineurs), son royal maître lui donne l'abbaye de Geneston, celles de Saint-Eloi et de Saint-Barthélemy, de Noyon, celle d'Ivry-sur-Eure, celle de Saint-Serge-d'Angers. Il est chanoine de Notre-Dame, maître des comptes. Il possède des maisons, des terrains, l'ancien hôtel d'Etampes. Que sais-je encore ? Ronsard en sèche d'envie : « Maintenant, je ne suis ni veneur, ni maçon, Pour acquérir du bien en si basse façon Et si ay fait service autant à ma contrée Qu'une vile truelle à trois crosses tymbrée. » Le coup de lance de Montgomery mit « la truelle » à bas. Le 10 juillet 1559, Henri II rendait le dernier soupir et deux jours plus tard, le Primatice remplaçait de l'Orme dans toutes ses charges. Comme un malheur n'arrive jamais seul, le 14 juillet, une altercation violente s'élevait entre le dieu déchu et ses ennemis. On pense s'il s'en était fait ! Deux d'entre eux, un brodeur et un peintre du roi reçoivent un coup mortel de la main du propre frère de de l'Orme. Il faut se cacher en attendant que de puissantes interventions obtiennent du nouveau roi des lettres de rémission. Cinq mois se passent — toute la durée du règne de François II. Les frères de l'Orme se sont constitués prisonniers. Le procès s'instruit. Le Parlement enlève l'affaire au Grand Prévot, seul juge des cas concernant les personnages attachés à la Cour. Un arrêt favorable est enfin rendu dans le courant de l'année 1560, sans doute à l'instigation de la reinemère qui a repris, à l'avènement de Charles IX, toute autorité. Il faut trois ans à de l'Orme, pour se remettre d'un pareil coup. Il les passe dans la retraite, au chevet de Notre-Dame, mettant la dernière main à ses livres et se rendant utile aux chanoines, ses confrères, en fortifiant la cathédrale contre une attaque possible des protestants : « Contra hostes hereticos dictos huguenotes. » C'est dans ce pieux asile que vient le chercher Catherine de Médicis, qui ne lui garde pas rancune des beaux travaux qu'il a exécutés à Anet et à Chenonceaux pour sa rivale Diane de Poitiers. Elle le charge de dresser les plans d'un palais grandiose qu'elle rêve d'édifier aux Tuileries, à côté du Louvre des rois. L'heure de la revanche a sonné. De l'Orme va dresser de 1564 à 1570 l'œuvre maîtresse de sa vie, celle qui lui assurera dans les siècles à venir une place en tête des plus célèbres architectes. Le sort s'est acharné sur les constructions de ce grand homme. Rien ne subsiste des châteaux de Saint-Maur, de Boulogne, de Limours, de la Muette, de Saint-Léger, des Tuileries même. Seuls le tombeau de François Ier à Saint-Denis, la chapelle et le portail d'Anet, le pont de Chenonceaux, l'hôtel Bullioud à Lyon attestent la haute valeur de l'architecte écrivain, lorsqu'il passe de la théorie à la pratique. De tout le reste nous n'avons que des représentations figurées. Autant dire que nous ne connaissons rien. Il faut donc se garder de porter un jugement trop absolu, sur des œuvres qui excitérent — c'est indéniable —l'admiration des contemporains et servirent longtemps après d'exemples aux architectes. Nous y démêlons cependant un mélange de grandeur et de gaucherie qui nuit fâcheusement au mérite artistique. L'architecture rationnelle, basée sur de purs concepts de l'esprit ou sur des emprunts plus ou moins heureux au passé, est impuissante à remplacer l'architecture traditionnelle, progressivement adaptée à une civilisation et à un climat. ---

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L'ART VIVANT Un point de vue architectural aussi artificiel n'a pu s'imposer, nous l'avons dit, que grâce à la mode italo-classique, qui régnait au milieu du xvie siècle, grâce surtout à la centralisation du pouvoir, qui faisait que la France entière se réglait sur le goût du roi. Cependant l'influence de Ph. de l'Orme a certainement tenu aussi à d'autres causes. Il a ramené, après l'ornementation débordante du gothique fleuri, le sens de la mesure, de l'harmonie, des proportions heureuses. Ce n'est pas à nous, qui avons tant de peine depuis cinquante ans à constituer un style architectural acceptable dans une société où les préférences de la masse se sont substituées au goût du prince, à méconnaître le vrai mérite de ce constructeur né, de ce tempérament d'architecte excessif et autoritaire, de ce remueur d'idées, de cet enfantin infatigable de projets. N'oublions pas qu'en 1561, avec le seul emploi du bois, Philibert de l'Orme entendait réaliser les fermes à grande portée que nous demandons aujourd'hui à la construction métallique, et qu'on trouve dans ses Nouvelles inventions, en avance de plus de trois siècles, la Galerie des Machines de l'Exposition de 1889. Henri Clouzot, Conservateur du Musée Galliera. --- ---

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L'ART VIVANT NU AU PAYSAGE. Galerie Marcel Bernheim. PORTRAITS D'ARTISTES R. TH. BOSSHARD > Les grands peintres de Venise furent heureux qui peignirent d'abondance, sans disputer avec eux-mêmes. Mais quelle angoisse, celle de l'artiste divisé en deux hommes, dont l'un crée, tandis que l'autre pour la juger, se penche sur l'œuvre en train de naître. — Maurice BARRÉS. Il n'y a pas d'art sans poésie, disait Delacroix. On a vite fait aujourd'hui de traiter de romantique l'artiste qui accepte les sollicitations de son cœur, et demande à son âme des rythmes trop abondants. Et de quelles injures n'accable-t-on pas le romantisme ! Plaidant en faveur du romantisme littéraire avec sa subtile et splendide éloquence, M. Henri Brémont montre que ce prétendu mal n'est pas uniquement celui d'un siècle, mais « qu'il est né dans un jardin plus antique de quatre mille ans que les Châmettes ». N'a-t-on pas toujours rencontré dans le monde « le classique qui se résigne à n'être qu'un spartiate, sauf à embellir de son mieux son maigre pays » et « le romantique qui se révolte contre ses limites naturelles, BOSSHARD ET SA FILLE A GLYON. dieu méconnu que tourmente un désir insatiable de ciel immense, et qui, s'il tombe avant d'avoir assouvi ce désir, se fera du moins reconnaître à la magnificence de ses cris » ? À vrai dire, en art, toutes les étiquettes ne servent qu'à créer des confusions. Delacroix, survenant en France, après une longue période de rationalisme, paraît avoir épuisé dans son monde héroïque tout l'enthousiasme dont l'humanité qui avait engendré Rubens apparaissait capable. Mais il serait aisé de montrer que le lyrisme est la grande tradition de la peinture, voie magnifique qu'ont ouverte les grands de Venise, de Rome, des Flandres, de Hollande, d'Espagne, et parmi les plus grands, Titien, Tintoret, Michel-Ange, Rubens, Rembrandt, ---