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1re Année - N° 19 REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES ÉDITÉE PAR LES "NOUVELLES LITTÉRAIRES" L'ART VIVANT ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- SOMMAIRE : - Origines et destin du Salon d'Automne... André Salmon - Le Salon d'Automne de 1925. Florent Fels - Plan de Paris (XIII arr')... Marcel Sauvage Illustrations de Léopold Lévy - La Jeune Peinture Suisse... Pierre Courthion - « AUX ARTS DÉCORATIFS » - L'Architecture... Georges Le Févre - Carpeaux... Raymond Régamey - Les Grandes Enquêtes de l'Art Vivant Pour un Musée Français d'Art Moderne. - Réponses de : - Andry-Farcy, Elie Richard, André Salmon. - La Mode Féminine Informations Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS. --- Vente et Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse PARIS --- 3er Octobre 1925

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A NOS LECTEURS En raison de l'augmentation constante des prix de fabrication, notamment du papier toujours soumis aux fluctuations du change, les éditeurs ont dû majorer le prix des livres. La plupart des périodiques ont également imposé à leurs lecteurs des augmentations de prix importantes. Fort heureusement, le public qui suit avec sympathie l'effort que nous tentons tant en France qu'à l'étranger devient chaque quinzaine plus considérable. C'est ainsi que plus de vingt mille lecteurs suivent désormais cette revue où nous nous efforçons de révéler aussi largement que possible les aspects les plus divers de la vie artistique. Nous devons à cet immense succès de pouvoir demander aujourd'hui à nos lecteurs un très léger sacrifice. Le prix de vente de l'Art Vivant demeurera en effet sensiblement inférieur à celui de toutes les revues d'art paraissant en France, bien que notre revue soit de beaucoup la plus complète et la plus abondamment illustrée. En raison des marchés considérables que nous passons pour nos trois périodiques (Nouvelles Littéraires, Art Vivant et Journal des Voyages) nous aurons du moins la satisfaction d'imprimer la revue, à partir du 1er novembre, sur du beau papier couché. L'édition de luxe, imprimée sur un magnifique papier couché crème, sera toujours recherchée par les bibliophiles. Le prix du numéro de l'édition ordinaire est désormais de 3 francs, celui de l'édition de luxe de 6 francs, et le prix de l'abonnement d'un an pour la France de 65 francs. (Nous faisons bénéficier, comme on le voit, nos abonnés d'un tarif extrêmement avantageux.) La revue sera expédiée dorénavant à nos abonnés sous rouleau de carton pour qu'elle leur parvienne en parfait état. Ajoutons que nous publierons à l'occasion de nos numéros spéciaux, de magnifiques hors-texte qui seront recherchés par tous les amateurs. PRIX DES ABONNEMENTS POUR L'ÉTRANGER Au dernier congrès de Stockholm, eu raison de la situation du change français, l'union postale universelle fixa à 20 centimes par 50 grammes l'affranchissement des imprimés dans le service international, doublant ainsi le tarif, mais elle autorisa les diverses administrations postales à accorder aux journaux, aux publications périodiques et aux livres scientifiques un traitement privilégié, afin de faciliter les échanges intellectuels entre les nations. Le monde se divisa alors en deux camps : d'un côté, les pays qui, dans leurs relations réciproques, admettent qu'on favorise la diffusion de la science et l'expansion de la pensée ; ceux-là accordèrent une réduction de 50 % sur les tarifs internationaux. De l'autre côté, ceux qui refusèrent de faciliter cette diffusion, ceux-là déclinèrent cette réduction. Nous devrons donc appliquer désormais pour l'étranger les prix suivants : I. — Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm. Allemagne, Argentine, Autriche, Australie, Belgique et Congo Beige, Bulivie, Brésil, Bulgarie, Égypte, Ethiopie, Espagne, Hongrie, Italie et Erythrée, Japon, Luxembourg, Paraguay, Pérou, Perse, Pologne, Portugal et ses colonies, Roumanie, Siam, Tchécoslovaquie, Uruguay, Vénézuela, Yougoslavie. Abonnement d'un an : Édition ordinaire, 82 francs. Édition de luxe, 150 francs. — Six mois : Édition ordinaire, 43 francs. II. — Pays ayant décliné l'accord de Stockholm. Afrique du Sud, Albanie, Canada, Chine, Danemark, Danzig, République Dominicaine, Estonie, Etats-Unis, Finlande, Grande-Bretagne, Indes britanniques, Indes néerlandaises, Irlande, Islande, Lituanie, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Suède, Suisse, Turquie. Abonnement d'un an : Éditions ordinaire, 9½ francs. Édition de luxe, 160 francs. — Six mois : Édition ordinaire, 49 francs. ABONNEMENTS À PRIX RÉDUIT Pour donner satisfaction à de nombreux lecteurs qui nous ont demandé de consentir une réduction à ceux d'entre eux qui désirent recevoir régulièrement les Nouvelles Littéraires, l'Art Vivant et le Journal des Voyages, ces trois publications qui constituent en effet l'Encyclopédie la plus vivante, la plus renouvelée, et que chaque famille attentive aux manifestations de la vie intellectuelle peut et doit accueillir, nous avons créé des abonnements à prix réduit. Pour l'ensemble des trois publications : Nouvelles Littéraires, Art Vivant, Journal des Voyages. Un an : France 110 fr. Un an : Etranger : Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm . 152 fr. Pays ayant décliné l'accord de Stockholm .. 185 fr. Pour l'ensemble des deux publications : Nouvelles Littéraires, Art Vivant. Un an : France 80 fr. Un an : Etranger : Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm 112 fr. Pays ayant décliné l'accord de Stockholm .. 135 fr. --- LES ÉDITIONS G. CRÈS ET CIE 21, RUE HAUTEFEUILLE, PARIS (VII) - Reg. Commerce : Seine 100-412 LE CORBUSIER LA DÉCORATIF D'AUJOURD'HUI Un beau volume in-8 raisin de 218 pages sur papier couché avec 192 illustrations PRIX : 30 francs

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POMONE DIRECTEUR PAUL FOLLOT ATELIER D'ART BON MARCHÉ --- VISITER A L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS LE PAVILLON "POMONE" QUI CONTIENT TOUTES LES CRÉATIONS DE L'ATELIER D'ART DES MAGASINS AU BON MARCHÉ MAISON A. BOUCICAUTE PARIS --- MOSAÏQUES DÉCORATIVES en Émail et Ors Dallages en Marbre et Grès Cérame --- SOCIÉTÉ ANONYME DES ANCIENS ÉTABLISSEMENTS GUILBERT-MARTIN Anciennement: RENÉ-MARTIN & Cie 20, Rue Génin à St-DENIS (Seine) Téléphone : St-DENIS 222 R.C. Seine N° 207.649 B --- A. DUMAS Meubles Décoration Installations Antiquités 24 et 26, rue Notre-Dame-des-Victoires PARIS (2e)

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BIGNOU TABLEAUX DE PREMIER ORDRE 8, Rue de la Boétie - PARIS --- Un SUCCÈS sans PRÉCÉDENT 30.000 exemplaires vendus en un mois L'ALBUM SPECIAL DE L'EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DECORATIFS PUBLIÉ PAR L'ART VIVANT 144 pages de texte des meilleurs Auteurs — Plus de 300 illustrations Le seul document éclectique et impartial sur cette manifestation Prix : 18 Francs Demander l'ALBUM DE L'ART VIVANT, chez votre libraire ou à la LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse, 13-17 — PARIS — (VIe) --- DANTHON PEINTURES - SCULPTURES - ŒUVRES D'ART 29, Rue de la Boétie - PARIS

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1re Année - N° 19. 3 fr. 1er Octobre 1925 L'ART VIVANT DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ, 146, Rue Montmartre PARIS (2e) Téléphone : CENTRAL { 52-65 / 74-95 } Administration, Vente et Abonnements : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, rue Montparnasse, Paris (6e) Chèques Postaux N° 155-83 Paris. Rédacteur en chef : Florent FELS Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes Éditée par les "Nouvelles Littéraires" ABONNEMENTS : FRANCE Un an : 65 fr. Six mois : 55 fr. Edition de luxe... un an : 150 fr. ÉTRANGER I. Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm Un an : 80 fr. Six mois : 42 fr. Edition de luxe... un an : 150 fr. II. Pays ayant décliné cet accord Un an : 90 fr. Six mois : 47 fr. Edition de luxe... un an : 160 fr. (Voir la liste de ces pays aux pages suivantes) Origines et destin du Salon d'Automne Le critique appliqué à son œuvre de classification ou de clarification depuis au moins le début de ce siècle, l'amateur conservant un trésor de fiches, lesquelles sont aussi bien des coupures d'articles que des tableaux aujourd'hui sans prix, peuvent prendre cette peine de se demander si, pour l'amateur plus jeune, attiré sur les chemins de l'art vivant depuis les cloches de l'armistice, le Salon d'Automne, qui vient d'ouvrir ses portes pour la dix-huitième fois, a une signification précise. S'il s'agit des Indépendants, le sens est assez clair. C'est le Salon né du Salon des Refusés, lequel eut même, avant les Indépendants, la cocasserie de la consécration officielle. Mais le Salon d'Automne ? Les moins étrangers d'entre les jeunes amateurs à l'histoire de l'art moderne pourraient répondre que « le Salon d'Automne, c'est le Salon des Fauves ». Il le fut et quelques-uns de ses sociétaires les plus qualifiés se persuadent qu'il l'est toujours. La réponse serait donc excellente. Excellente, vraiment. Tout de même, quelle nourriture creuse ! Nos ancêtres étaient les Gaulois. C'est ce qu'à l'heure où s'ouvre le Salon d'Automne, on annonnera dans toutes les Écoles primaires, rouvertes dans le même temps, avec moins d'éclat. Ce sera dévotieusement épelé, articulé psalmodié par les petits Celtes de Quimper, les petits Rhénans, les petits Languedociens à la tignasse de Maures et même par les petits nègres des écoles de Dakar. Nos ancêtres étaient les Fauves. Il y eut, depuis les grandes fêtes d'établissement de leur Empire, bien des révolutions dans les mœurs et dans la politique, bien des essais de civilisation nouvelle, bien des annexions ou des pertes de territoires : il y eut de nombreuses invasions, pas toujours refoulées. Même, les envahisseurs ne sont pas les derniers à répéter, en chœur: Nos ancêtres étaient les Gaulois. Je veux dire les Fauves. Les Fauves furent des héros de la couleur. Mais délivrés de la courte observation impressionniste, cessant d'être dupes d'une traduction de l'instant, ils assignèrent à la couleur, choisie avec hardiesse et parfois avec une impétuosité de partisans, de recréer la forme dont Van Gogh avait été seul à s'inquiéter, avant Gauguin, dans la période impressionniste, apothéose de l'amorphe émouvant. Fondée en 1903, la Société du Salon d'Automne fut reconnue d'utilité publique en 1920. C'est-à-dire, lorsqu'elle eut perdu le meilleur de ses qualités percutantes, quand le Salon, n'étant plus que l'un des cinq ou six Salons reconnus par la mode, pouvait se réclamer enfin des vertus mortes de la statique académique. Ceux qui vécurent les heures héroïques de l'art moderne n'ont pas perdu le souvenir de l'inauguration du Salon. Ce fut une grande manifestation. Des amateurs, des poètes épris de plastique et qu'on voit aujourd'hui suffisamment rassis, apparurent alors comme saisis d'une agréable frénésie panique. Ce fut quelque chose de tout à fait comparable au debussysme qui inspirait à Jean Lorain tout un volume, narquois et pourtant respectueux. N'être pas de cette inauguration, ne pas être de ce vernissage qui avait lieu aux chandelles vous aurait marqué à jamais de philistinisme. Les enthousiastes battaient le rappel des enthousiasmes. De la Closerie des Lilas où Charles Guérin, le sculpteur Niederhausern-Rodo (prononcez Nid de Roses) figuraient parmi les poètes dont ce cher Stuart Merrill, — I —

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L'ART VIVANT ruskinien qu'eût charmé l'Exposition des Arts Décoratifs, au tabac de la place du Tertre où s'attardaient encore, avec d'autres poètes, Picasso, Van Dongen et Derain avec Vlaminck venus de Chatou, on allait prendre par le col ou par la main les nonchalants. Une foule dense envahissait le Grand Palais, bâtiment d'État édifié par les architectes diplômés et livré, pour la première fois, aux révolutionnaires. Là est le sens premier et capital de cette manifestation. Si mal informée, en pleine époque de confusion, quand le visiteur des Salons ne savait plus, depuis l'impressionnisme, ranger les œuvres qui lui semblaient marquées pour la durée sous aucun signe précis, cette foule percevait obstinément qu'une ère nouvelle s'ouvrait, que les maudits de la veille se comptaient, serreraient leurs rangs, qu'il allait être élégant d'être avec les réprouvés, non seulement à peu de frais, mais bientôt avec profit. Je le dis sans amertume, car le snobisme et la spéculation ont toujours bien servi l'art le plus désintéressé. C'est un point sur lequel je reviendrai, longuement, quelque jour. Les académiques qu'on voit aujourd'hui attendre le salut de vaines concessions, d'inutiles courtoisies, eurent bien raison de s'émerveiller et de maudire, encore que ce fût tout à fait inutile. Scandalisant, et, certes, parfaitement scandaleux, Van Dongen, du premier coup, étouffait Boldini. L'historien n'établit pas ici de comparaisons. Encore moins s'il rappelle que l'abonné d'un grand journal ayant gagné, à quelque concours du Litre d'Or, un bon pour un portrait par François Flameng, ne vint pas réclamer son lot. Du premier coup, Matisse, qu'une dizaine d'amateurs suivaient, dans un sentiment d'heureuse angoisse, depuis sa sortie de l'atelier de Gustave Moreau, faisait figure de maître. Il apparaissait, et pas seulement au figuré, entouré de tout ce que les nations étrangères avaient pu déléguer de disciples. Les plus sensibles, les plus curieux, les mieux renseignés se réjouissaient de retrouver, dans un bel ordre, les toiles que, rue Victor-Massé, Mlle Weill, qui eut beaucoup de courage au service d'une fine intuition, exposait sans même les accrocher dans un cagibi à sa taille. On commençait de redire tout haut que quelque chose d'exceptionnellement grand serait la suite, logique et miraculeuse, de la très petite exposition faite, sans bruit, dans une galerie sans célébrité, par ce jeune Espagnol qui avait, d'abord, trouvé tant de charme à Toulouse-Lautrec et quelque vigueur à Steinlein : Pablo Picasso. Il suffisait du moindre sens de la peinture en soi pour comprendre qu'un Derain, un Friesz, un Vlaminck, le Braque d'alors apportaient des œuvres dont l'éclat affadissait singulièrement la palette des impressionnistes, dont on avait cru pourtant qu'ils avaient été «fous de la couleur» comme le vieil Okousai fut «fou de dessin». Dans cette jeune assemblée — qu'on me pardonne de ne pas dresser ici un répertoire de noms dignes de l'hommage lapidaire — Bonnard et Vuillard pouvaient bien faire figure d'annonciateurs. Jeunes maîtres d'un art tempéré, Flandrin et ses amis étaient là en alliés et non pas en intrus. Il y avait bien quelques clameurs et des rires et des explosions de fureur. Ces manifestations grossières sont extrêmement rassurantes. Chaque fois qu'une foule se fâche ou s'amuse de ce qu'elle reconnaît pour un signe de folie collective, tenez pour assuré que quelque chose de grand, de fort, de durable, de viable est en train de naître ou est né. Tout ce gros bruit ne laissa pas tout de suite liberté de bien prévoir. La critique elle-même prit son temps pour disséter des «Volumes colorés» de Matisse et de la «Couleur pure» de Derain ou de Friesz hésitant, à rompre avec Matisse. Mais, sans préciser, on commençait tout de même de deviner l'orientation nouvelle de l'art français. Le phénomène de rupture n'était qu'illusoire si les jeunes révolutionnaires ne tendaient à rompre qu'avec leurs ainés immédiats, les maîtres d'une époque intermédiaire. Incontestés, honorés comme il convenait, ceux de la famille Bonnard-Vuillard devaient demeurer seuls. Ils n'auraient pas de postérité. Du même coup, un Renoir se haussait à une gloire singulière ; bientôt tous les ateliers des jeunes exposants du Salon d'Automne allaient s'orner des reproductions de la Grande Jatte et du Chahut de Seurat. Le lendemain, de l'Odalisque et du Bain Turc d'Ingres. Cézanne, dont on préparait sans délai la rétrospective, serait le grand directeur des esprits et, par-dessus l'impressionnisme, on remonçait aux grands révolutionnaires par foi en la seule tradition contre l'académisme stérilisant : de Courbet à Delacroix jusqu'à Ingres et parfois David, par Manet. Dès 1903, on pouvait recevoir, au Salon d'Automne la notion totale de ce grand désir de reconstruction à quoi le premier quart du vingtième siècle devra tout ce qui le qualifie plastiquement, et aussi les discussions les plus vaines. Or, ces discussions, ces débats de critiques ne sont que d'ordre sentimental et commandés par une erreur d'observation. Il faudrait — mais est-ce facile dans le calme des Salons et quand cinquante expositions mensuelles sollicitent l'amateur? — ne prendre garde qu'aux maîtres et laisser là tous les autres. Mais, quand ces maîtres ne peuvent pas ne pas être des directeurs, est-ce facile de se dominer assez pour ne pas juger la valeur de leurs directions? Parce que les révolutionnaires de 1903 étaient, d'intention et souvent sans s'être embarrassés d'aucun programme, des reconstructeurs à la recherche des voies classiques perdues par l'enseignement académique et la sentimentalité impressionniste, Flandrin, assez hardi dans ses moyens et surtout épris de belle ordonnance, ---

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L'ART VIVANT --- KESS VAN DONGEN. --- OTHON FRIESZ. --- HENRI MATISSE. --- — 3 —

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L'ART VIVANT un peu pressé d'y parvenir et de s y maintenir, pouvait faire bonne figure auprès des révolutionnaires, de ces énergumènes au regard des rieurs du dimanche qui allaient les baptiser les Fauves. Les Salons des années à venir devaient grouper des suiveurs de Flandrin, des élèves de Manguin, abâtardissant la jouissance harmonieuse de ces deux bons peintres. Par contre, les Fauves allaient s'enfler d'une postérité négligeable d'outranciers, dévoués à cette « originalité » parfaitement bourgeoise et que l'art vivant a condamnée dès le principe. Ils allaient avoir encore une postérité, plus intelligente mais dangereuse, de peintres cultivés mal à propos et qui, par un naïf orgueil, fils des reconstructeurs se proclamèrent constructeurs. Ça nous a valu, et vous en reconnaîtrez assez au Salon d'Automne de 1925, un grand nombre de toiles sans doute savantes, très ennuyeuses et parfaitement inutiles. Ça nous a valu, en outre, les plus creuses ou les plus troubles controverses. Des critiques amis du groupe Bonnard-Vuillard, qui étaient aussi des amis de Renoir, ne comprirent jamais que les amis de Matisse, Derain, Vlaminck, Friesz ou Picasso, que les amis du Douanier Rousseau même, missent au pinacle leur grand Renoir. Vous souvenez-vous, Georges Besson? M'introduisant parmi vos merveilles, m'amenant face à la cimaise où brillent d'un éclat si doux vos plus beaux Renoir, vous m'avez dit : « Vous êtes ici chez l'ennemi ». L'ennemi ! C'est que vous avez donné trop d'attention à une postérité raisonnante dont il n'est pas certain que le destin l'avait marquée pour la peinture. J'ai souvent pensé aux psychologues, aux hommes de laboratoire que nous avions ainsi pu perdre. C'est que vous n'avez pas voulu prendre garde, dévoués à la sentimentalité d'un Bonnard, à l'humanité directe d'un Renoir aux trésors de fantaisie (je ne crains rien des hasards du mot, rien même de son emploi imprudent) qui garantirent la formation de Matisse, de Derain, de Picasso, de Dufy et assurèrent leur évolution. Vous n'auriez, ni les uns ni les autres, rien écrit de ce que vous avez publié sur je ne sais quel presbytérianisme polytechnicien de l'art, si vous aviez seulement soupçonné ce qu'il y a de fantaisie la plus pure, la plus ailée, dans la constitution du cubisme. Ce cubisme, déjà, si vite historique et qui fut, un instant, le sommet du grand mouvement de reconstruction. Vous êtes bien pardonnés si les responsables de ce que nous honorons, aimons, de ce que nous n'avons pas fini de défendre, s'y sont trompés. Raoul Dufy me confiait un jour sa crainte de voir en péril extrême : « le plaisir de l'effusion ». Il ne faudrait prendre attention qu'aux plus grands... Le Salon d'Automne de 1925 ne pouvait pas ressembler au Salon de 1903. Qu'on y retrouve encore, ça et là, un bon specimen de tout ce que ce groupement a pu favoriser et c'est encore un bonheur : Matisse jouant à l'Automne le rôle que joue Signac aux Indépendants ; Vlaminck et Friesz demeurés Fauves intégraux ; Dunoyer de Segonzac et Moreau maîtres, après les batailles du premier jour, de ce qu'on a pu définir le « naturalisme organisé » et qui est l'une des premières victoires de la reconstruction ; Kisling éveillé par les Fauves, tout tendu vers l'art classique et tout livré à sa fantaisie ; Metzinger pour convaincre les plus obstinés des possibilités d'un cubisme qui ne se développe pas en vase clos ; Favory pour maintenir cette notion saine que le tempérament importe ; Charles Dufresne, plein de la tradition fauve, hardiesse de couleur et violence du trait et soucieux de composer de vastes tableaux, délivré de la petite peur de l'anecdote qui fit longtemps préférer aux grands sujets (et fit tout à fait négliger les grands thèmes) de modestes études dont il n'est pas bien sûr qu'elles ne fussent pas les pires anecdotes ; les anciens, de Flandrin à Marquet, à Dufrénoy, l'un des premiers mainteneurs de nos vertus classiques, à distance égale de leur camarade de promotion Matisse et des audacieux plus jeunes ; Mme Marval, cette généreuse Rosa Bonheur dans la cage des Fauves, qui a bousculé l'atelier de Berthe Morisot sans voir venir Marie Laurencin ; tous les ingénieux cosmopolites dressés par Léger, Lhote ou Friesz ; un peu d'imagerie russe, la constance de Charles Guérin et le souvenir du Douanier Rousseau. Le Douanier que les Fauves de 1903 marièrent tout chenu à la Gloire, malgré l'opposition farouche de M. Frantz Jourdain, amateur de style Goncourt, épris, contre soi-même, d'une jeunesse qu'il ne put chérir à la ressemblance de ses rêves et qui ne cessa de le contrarier ; Frantz Jourdain sans la ténacité de qui le Salon d'Automne ne serait pas du tout. Au fait, Rousseau aimait-il beaucoup le Salon d'Automne? On sait que cet ignorant n'aimait que le Louvre et qu'il y retrouva, d'instinct, de grands secrets. Bon sujet de méditation après une visite à ce dix-huitième Salon, significatif malgré tant d'abstentions acceptables aux titres les plus contraires et, sans doute, tel qu'il devait être un jour, de par son essence même. Ouvert à la jeunesse pour l'amour d'elle, à un instant extraordinairement favorable sans que ses fondateurs en ait eu seulement le soupçon, il n'est pas le lieu où l'on s'accommode de vieillir. Vingt ans ont passé. On est d'utilité publique. On va en ville à la Nationale. On a eu tant d'enfants irréconciliables !... Qu'un grand tempérament surgisse. Voulez-vous me dire ce qui l'attirerait à l'Automne plutôt qu'aux Artistes Français cédant au siècle? Et puis, il y a le Salon des Tuileries, et son ingénieux système de jury à distance... si flatteur! ANDRÉ SALMON. ---

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L'ART VIVANT LE SALON D'AUTOMNE DE 1925 Le Salon d'Automne de 1925 vient d'ouvrir ses portes dans les baraquesments des Tuileries, au bord de la Seine. A chaque grand Salon, le même problème se pose pour les critiques : jugera-t-on les œuvres exposées en ce qu'elles représentent d'immediates qualités, ou fera-t-on une part à l'auteur, et si ses œuvres sont inferieures à sa production habituelle, faut-il le faire beneficier de ses travaux anterieurs? Cela suppose que nous demandions au public d'être deja au courant de l'ensemble des travaux d'un artiste. C'est a ce point de vue que nous nous placerons ici, negligeant volontairement celles des oeuvres qui n'offriraient pas un interet immediat. Chaque annee, la quantite de toiles adressees aux trois salons d'avant-garde : Salon d'Automne, Salon des Independants, Salon des Tuileries, augmente dans des proportions redoutables. Tenu a un choix qu'on eut souhaité plus scrupuleux encore, le Comite d'Admission du Salon d'Automne a du reduire, par suite de l'exigure des locaux mis a sa disposition, le nombre des oeuvres a exposer. Est-ce a dire que toutes les oeuvres qui figurent au Salon d'Automne soient de qualite? On en jugera par les salles 1 et 2 ou abondent les mediocreites. N'a-t-on point delaisse pour des oeuvres sans importance, quelques travaux qui eussent merite la cimaise? On ne peut en faire grief au Jurv d'admission dont la tache est singulierement difficile en pareil cas. Ce qui parait moins justifie, c'est l'admission de toiles aussi mediocrees que celles d'un Gaston de Villers admis au Salon d'Automne uniquement parce qu'il est marchand de tableaux, et d'une puissante firme. A cette epoque de l'annee ou l'oeil est comme repose par le spectacle de la nature, le jugement est tout different et demande aux oeuvres plus de fraicheur, plus d'invention. Ce que nous cherchons, c'est moins la reminiscence d'objets ou de paysages entrevus, que la preuve de talents originaux. Nous cherchons des images et nous ne cherchons point, tout d'abord, la perfection, la technique qui sont qualites a exiger en peinture lorsque le peintre offre des dons incontestes. Cette annee, deux poncifs l'emportent sur tout : d'abord le poncif de la force. Des tas de peintres se font rembourrer les epaules pour ressembler a Rouault Vlaminck ou Segonzac. A larges taches avec, par ci par la, un eclat de lumiere, ces peintres, uniquement par les moyens employes, voudraient nous faire croire qu'ils sont puissants. C'est perte de temps, car l'oeuvre d'art n'existant point sans que son createur apporte ses qualites personnelles les plus profondes et comme la fleur de son esprit, il faut bien, un jour, se depouiller de l'influence des maîtres, et que restera-t-il alors de ces toiles empattees et sans agrément? La peinture contemporaine, sauf quelques rares exceptions, accorde peu d'importance au dessin, ou du moins cherche-t-on plus a exprimer par les couleurs que par le dessin. Un Kisling, un Courmes, un Demeurisse, sont des exceptions. Y-a-t-il un nouvel impressionnisme de la forme comme il y eut, voici quarante ans, un impressionnisme de la couleur? Nous voyons deja que c'est seulement lorsque les peintres que l'on nomme «impressionnistes» ne sont point unique-ment soucieux de la theorie que leurs oeuvres presentent des qualites durables. Il est un autre poncif tres apparent dans ce Salon et qui fait de particuliers ravages chez les peintres russes et japonais. Comme les estampes japonaises vinrent enrichir la peinture vers 1888, une certaine peinture francaise, et plus precisement celle du douanier Rousseau, inspire des oeuvres qui procedent des images populaires francaises, des ex-voto rustiques, enfin de toute cette peinture que l'on aime justement parce qu'elle est naive, mais qui se revele aussi artificielle que les visages des «Vieilles» de Goya, perées des artifices de la jeunesse lorsqu'on la copie. Le plus grave defaut de ce Salon est de contenir encore trop d'imitation de peintures celebres : faux Corot, faux Courbet, qui faisaient dire hier au peintre Metzinger : «En somme, le Salon d'Automne, c'est le Salon des faux». Mais on y trouve aussi de vrais talents. --- KISLING --- — 5 —

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L'ART VIVANT Une observation que nous avons présentée, à plusieurs reprises, aux peintres et que nous répéterons parce qu'elle nous semble justifiée, c'est la nécessité de signer les toiles. Sans souhaiter voir l'artiste écrire son nom en gros caractères comme le fit un Fouquet et parfois un David, il serait souhaitable que la toile soit identifiée d'abord par celui qui l'a conçue. Plusieurs œuvres, et qui présentaient un intérêt réel, n'ont point été signalées par nous, parce qu'à l'heure où les critiques parcourent le Salon le carnet de notes à la main, le catalogue n est pas encore prêt et, soit que la signature fut illisible, soit négligence des artistes, il nous est impossible d'en dénommer les auteurs. Ce Salon est-il inférieur aux précédents? Nous ne le croyons pas, il semble même qu'il soit nettement supérieur au dernier Salon d'Automne. La nécessité de réduire le nombre des toiles admises ayant obligé les organisateurs à une première sélection, l'impression globale en est moins fastidieuse et nous répéterons encore que si dix toiles suffisent à justifier un Salon, ces dix toiles, le public peut les trouver ici, et je veux désigner de suite les noms de : Henri Matisse, Othon Friesz, Kisling, Demeurisse, Ceria, Gozare, Courmes, Feder, et parmi les jeunes peintres russes, deux ou trois talents déjà indiscutables; Tchelitchew, Tereskovitch et Lanskoy. Une des plus réelles attractions dans ce Salon sera fournie par la toile de M. Sterenberg. M. Sterenberg est le grand dictateur des Beaux-Arts de l'U. R. S. S., quelque chose comme le David ou le Paul-Léon de Moscou, et ses œuvres étaient attendues avec quelque curiosité. M. Sterenberg a voulu nous montrer sa conception particulière de la beauté et pour cela, il nous fait apparaître, prestidigitateur lymphatique, sur une table: deux langoustines, sur une autre: un poulet étique, et toute son invention consiste à peindre aussi mal que possible ses fonds et les tables sur lesquelles sont posés les objets auxquels, par contraste, il donne une perfection toute académique. Nous sommes toujours très mal renseignés, ou de façon partielle, sur les destinées de l'art au pays des Soviets, les manifestations de cet art, en France, étant par trop insuffisantes pour nous donner une impression définitive et, par ailleurs, il serait souhaitable qu'une exposition d'art français contemporain allât prouver là-bas, que l'art français n'est point en telle décrépitude que veulent bien l'affirmer certains personnages officiels, M. Kogan, par exemple. --- Salle 1. — Si vous entrez au Salon d'Automne par la porte qui fait face au bassin des Tuileries, ne vous laissez pas éblouir par les couleurs agressives de la toile de Berjole, affiche aux tons agressifs, et peut-être est-il préférable pour Correlleau dont on pouvait attendre des œuvres singulièrement plus personnelles, qu'on ne s'attarde pas devant sa toile. Les Buveurs par Raymond Fauchet, jeune peintre en pleine crise de recherche, sont loin d'être une réussite, et la peinture spirite et humoristique par Boullard-Devé sera remarquée uniquement en raison de l'intérêt qu'on accorde, en ce moment, aux questions métapsychiques. Dans la même salle, une grande toile de Choumanovitch qui procède de l'esthétique d'André Lhote, toile d'une réelle vigueur mais aux tons trop acides qui lui donnent un aspect primaire. Salle 2. — Van Guidertael s'inspire de Permeke. Il fait de la bonne peinture flamande suivant le poncif actuellement admis en Belgique où une jeune génération de peintres tente de s'exprimer avec puissance. Maliavine, peintre du Tzar. Mme Mela Muter expose deux portraits dont un de Lord Fray ; c'est une peinture originale à la technique très personnelle qui offre, à la fois, un mélange de robustesse dans la conception de ses personnages, et de faiblesse dans sa couleur. Les tons posés en divisionnisme donnent à ses toiles une note grise que ne viennent pas rehausser des points d'intensité, mais on a le sentiment qu'il suffirait de fort peu pour que Mela Muter soit un des bons portraitistes de ce temps. Un imitateur de Léopold Survage : Uzelac, et de l'autre côté de la salle, si vous voulez bien revenir sur vos pas, vous verrez deux jolis paysages par Georges Aubry dans lesquels dominent des bleus chauds ; ce sont des toiles faites un peu au goût du jour mais où se discerne, cependant, une réelle élégance d'expression. Francis Smith anime d'une vie spirituelle de petits personnages qui agissent dans des paysages printaniers, la couleur en est brillante, pimpante même et c'est agréable comme un bouquet de printemps. Un bon nu par Héran Chaban. De Rij Rousseau, des compositions décoratives. Dans la toile de Suzanne Duchamp, il y a de tout : du Dufy, du Rousseau et de cette petite peinture anecdotique

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L'ART VIVANT CHIROKOW MAUNY LOUIS NEILLOT VENEVIÈVE GALLIBERT CERIA GOZARE ---