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29e ANNÉE - TOME XXX Nouvelle Série FONDATEUR ARMAND DAYOT L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF DIRECTEUR : Magdeleine A-DAYOT RÉDACTION - ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS-7e Revue mensuelle d'Art de France et de l'Étranger NUMÉRO 157 MAI 1935 \begin{array}{ll} \text{29e ANNÉE - TOME XXX} & \text{NUMÉRO 157} \\ \text{Nouvelle Série} & \text{MAI 1935} \\ \end{array}

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L'ART ET LES ARTISTES Revue Mensuelle d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif Compte Chèques postaux : 603.69 (PARAISANT DIX FOIS PAR AN) Tous droits réservés. Registre du Commerce Seine 58.503 Fondateur ARMAND DAYOT Directeur Magdeleine A-DAYOT --- COMITÉ DE PATRONAGE - Louis BARTHOU, ancien président du Conseil des Ministres, de l'Académie française. - M. Léon BERARD, ancien ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, de l'Académie française. - Philippe BERTHELOT, Ambassadeur de France. - Albert BESNARD, peintre, membre de l'Académie des Beaux-Arts et de l'Académie française. - Antoine BOURDELLE, sculpteur. - M. Edouard HERRIOT, ancien président du Conseil des Ministres, ancien ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts. - M. Jean-Julien LEMORDANT, peintre. - M. Paul LÉON, de l'Institut, Directeur général des Beaux-Arts honoraire, professeur au Collège de France. - Maréchal LYAUTHEY, de l'Académie française. - Raymond POINGARÉ, ancien président de la République, de l'Académie française. - M. André TARDIEU, ancien président du Conseil des Ministres, président de la Société des Artistes Décorateurs. - Robert de la SIZERANNE, critique d'art. --- COMITÉ D'HONNEUR - M. D. DAVID-WEILL, membre de l'Institut, président du Conseil des Musées Nationaux, vice-président de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, vice-président de la Société des Amis du Louvre. - M. Maurice FENAILLE, membre de l'Institut, vice-président du Conseil des Musées Nationaux. - Comte M. de CAMONDO, vice-président de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, membre du Conseil des Musées Nationaux. - Mme Pierre GOUJON, née REINACH, amateur d'art. - Julien SCHWOB D'HÉRICOURT, amateur d'art. - M. H. EBRARD, amateur d'art. --- 29e ANNÉE — TOME XXX — SOMMAIRE DU NUMÉRO 157 (Mai 1935) LES PRÉ-CARAVAGISTES (Avant l'Exposition Vermeer) (7 illustrations) LOUIS FAUDACQ — l'homme et l'artiste (7 illustrations) LUIGI CORBELLINI (4 illustrations) RAYMOND MARTIN (5 illustrations) QUELQUES RÉFLEXIONS SUR L'EXPOSITION DE 1937 (4 illustrations) GEORGE ISARLOV MAGDELEINE A-DAYOT GASTON POULAIN PIERRE DU COLOMBIER JEAN MERYEM L'ACTUALITÉ ET LA CURIOSITÉ. — A Travers le Salon de 1935, par Roch Duchesne. — Échos des Arts. — Les Expositions, par M. F. — Chronique Théâtrale et Cinématographique, (Intérim). — Les Livres, par M. A.D. En hors-texte : LE PEINTRE FRANCISCO BAYEU, par GOYA Prix de ce numéro : 12 francs. — Abonnement pour la France : Un an (dix numéros) 100 francs (Demandes de changement d'adresse : 1 fr. 50. — Numéro spécimen : France 5 fr. — Etranger : 7 francs.) ABONNEMENTS POUR L'ÉTRANGER : 1er PAYS AYANT ADHÉRÉ À LA CONVENTION DE STOCKHOLM (Afrique du Sud, Albanie, Allemagne, Rép. Argentine, Autriche, Belgique, Brésil, Bulgarie, Canada, Colombie, Congo Belge, Cuba, Danzig, Egypte, Espagne et Colonies, Esthonte, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guyane Hollandaise, Hedjaz, Hedjed et dépendances, Hongrie, Iraq, Lettonie, Libéria, Lituanie, Luxembourg, Maroc espagnol, Mexique, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et colonies, Roumanie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, U.R.S.S. (Russie), Uruguay, Vatican, Vénézuëla, Yougoslavie : Un an (dix numéros) : 130 francs. Le numéro ordinaire : 15 francs. Le numéro spécial : 15 francs. — 2e PAYS N'AYANT PAS ADHÉRÉ À LA CONVENTION DE STOCKHOLM : Un an (dix numéros) : 130 francs. Le numéro ordinaire : 15 francs. Le n° spécial : 20 francs). Bureaux : 23, Quai Voltaire, Paris-7e Secrétaire de Rédaction : MICHEL FLORISOONE Copyright by L'Art et les Artistes, 1935

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VICHY AVRIL à 4 heures 30 de Paris - Rapides quotidiens - Voitures Pullman --- TRAITEMENT des affections du Foie et de l'Estomac Maladies de la Nutrition :- Goutte - Diabète - Arthritisme --- ÉTABLISSEMENTS THERMAUX les mieux aménagés Hydrothérapie - Thermothérapie - Mécanothérapie - Électro-radiologie --- LE NOUVEL ÉTABLISSEMENT THERMAL (Bains Callou) est ouvert toute l'année --- CASINOS - THÉÂTRES - CONCERTS - FESTIVALS Sporting Club - Golf - Tennis - Rowing - etc... - tous les Sports --- Hôtels de Luxe et toutes Catégories --- CAILLEUX Expert près le tribunal civil de la Seine Expert conseil du Gouvernement près l’administration des Douanes --- TABLEAUX DU XVIIIe SIÈCLE 136, FAUBOURG SAINT-HONORÉ R. C. Seine 93.343 --- LE GOUPY A PARIS 28, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES R. C. Paris 73.245 --- TABLEAUX ESTAMPES OBJETS D’ART --- OCTOBRE --- $\frac{3}{9} \frac{9}{25}$

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LES NUMÉROS SPÉCIAUX RÉGULIERS DE "L'ART ET LES ARTISTES" ANCIENNE SÉRIE - N° 27. — CHARDIN ET FRAGONARD, par ARMAND DAYOT…………………(Épuisé). - N° 50. — ANGLAISES ET FRANÇAISES. Ecole du XVIIIème Siècle (Les “Cents Portraits de Femmes”), par ARMAND DAYOT et GABRIEL MOUREY…………………(Épuisé). - N° 95. — ARTISTES ANIMALIERS. — BARYE, PEINTRE, par ROGER REBOUSSIN, L. BERNARDINI-SJOESTEDT, WILLIAM RITTER, FRANK RUTTER, J. CAUSSE, PH. ZILCKEN, CARLO BOZZI, A. DE MILO, WENCESLAS T. HUSARSKI, STEPHANE JAREMITCH, CARL G. LAURIN, CHARLES GIRON, etc. … 15 fr. - N° 103. — LA PEINTURE EN ORIENT ET EN EXTRÊME-ORIENT, par le MARQUIS DE TRESSAN…………………(Épuisé). - N° 109. — RODIN. — L'HOMME ET L'ŒUVRE, par OCTAVE MIRBEAU, PAUL GSELL, L. BERNARDINI-SJOESTEDT, JUDITH CLADEL, FRANCIS DE MIOMANDRE, LEONCE BENEDITE et RODIN…………………(Épuisé). NOUVELLE SÉRIE - N° 2. — LE MUSÉE DE RODIN, par PAUL GSELL, 43 illustrations………………… 15 fr. - N° 4. — RENOIR, par ALBERT ANDRÉ, GEORGES LECOMTE, GUSTAVE GEFFROY, AMBROISE VOLLARD, 37 illustrations………………… 15 fr. - N° 11. — CLAUDE MONET, par GUSTAVE GEFFROY, 30 illustrations…………………(Épuisé). - N° 15. — L'ART ET LES ARTISTES SOUS NAPOLEON, par ROBERT DE LA SIZERANNE, LOUIS RÉAU et CHARLES SAULNIER, 75 illustrations………………… 15 fr. - N° 21. — FORAIN, par GUSTAVE GEFFROY, 32 illustrations………………… 15 fr. - N° 24. — ANDERS ZORN par ARMAND DAYOT et HENRI FOCILLON, 30 illustrations………………… 15 fr. - N° 30. — L'ART ET LES ARTISTES AU MAROC, par GUSTAVE ROUGER. (lettre-préface du MARÉCHAL LYAUTHEY), 83 illustrations………………… 20 fr. - N° 35. — BOURDELLE, par MARCEL PAYS, 50 illustrations…………………(Épuisé). (Une seconde étude, moins ample mais complète, par MARCEL PAYS, a paru dans le N° 114, 16 illustrations, 12 fr.) - N° 41. — MAURICE DENIS, par ANDRÉ PÉRATE, 50 illustrations…………………(Épuisé). - N° 45. — ALBERT BESNARD, par CAMILLE MAUCLAIR, 60 illustrations………………… 15 fr. - N° 51. — PAUL JOUVE, par RAYMOND BOUYER, 50 illustrations…………………(Épuisé). - N° 55. — IGNACIO ZULOAGA, par CAMILLE MAUCLAIR, 35 illustrations…………………(Épuisé). - N° 61. — GAUGUIN, par GUSTAVE KAHN, 32 illustrations………………… 30 fr. - N° 66. — GUSTAVE MOREAU, par ANDRÉ SUARÈS et GEORGES ROUAULT, 34 illustrations………………… 15 fr. - N° 71. — GOYA, par JEAN CASSOU, 37 illustrations………………… 20 fr. - N° 74. — TOULOUSE-LAUTREC, par MAURICE JOYANT, 42 illustrations………………… 35 fr. (Frais de port en sus) - N° 80. — COURBET, par GUSTAVE KAHN 32 illustrations………………… 35 fr. - N° 84. — PISSARRO, par J.-C. HOLL, 35 illustrations………………… 15 fr. - N° 90. — MARCEL-LENOIR, par ARMAND DAYOT, 37 illustrations………………… 15 fr. - N° 94. — DELACROIX, par CAMILLE MAUCLAIR, 38 illustrations………………… 30 fr. - N° 100. — DESVALLIERES, par ROBERT VALLEY-RADOT, 40 illustrations………………… 15 fr. - N° 104. — L'ADIEU À LA VOILE, par AUGUSTE DUPUY et J.-B. CHARCOT (préface de GEORGES LEYGUES, ministre de la Marine), 31 illustrations………………… 15 fr. - N° 110. — MANET, par PAUL FIERENS, 43 illustrations………………… 15 fr. - N° 117. — LES SCULPTURES D'ALFRED JANNIOT (à l'Exposition Coloniale de 1931), par ARMAND DAYOT, 36 illustrations………………… 15 fr. - N° 120. — FOUJITA, par FRANCIS DE MIOMANDRE, 38 illustrations………………… 30 fr. - N° 124. — DESPIAU, par GUSTAVE KAHN, 41 illustrations………………… 15 fr. - N° 130. — CARPEAUX, par LOUISE-CLEMENT CARPEAUX, 38 illustrations………………… 15 fr. - N° 134. — VERMEER ET L'ÉCOLE DE DELFT, par ARSÈNE ALEXANDRE, 30 illustrations………………… 15 fr. - N° 136. — LA FIGURE DU CHRIST DANS L'ART, par ARMAND DAYOT, 48 illust.………………… 15 fr. - N° 140. — LA DANSE dans les arts plastiques, par ELIE FAURE, PIERRE TUGAL, PIERRE COURTHION, MICHEL FLOVISONE, TRISTAN KLINGSOR, MAGDELEINE A-DAYOT, 40 illustrations………………… 15 fr. - N° 144. — MAILLOL, par PAUL FIERENS et PAUL-SENTENAC, 30 illustrations………………… 15 fr. - N° 150. — COROT, par CAMILLE MAUCLAIR, 38 illustrations………………… 15 fr. - N° 154. — DEGAS. — Nouveaux aperçus, par ARSÈNE ALEXANDRE, 47 illustrations………………… 15 fr.

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Pourquoi vous fatiguer... Réductions importantes pour votre auto en utilisant les billets de famille ou les billets spéciaux d'aller et retour. CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT --- COMPARTIMENTS - COUCHETTES DE 2e CLASSE sur les lignes PARIS-PUIGCERDA et PARIS-BAGNÈRES-DE-LUCHON Les Chemins de Fer P. O.-Midi viennent de mettre en service des couchettes de 2e classe dans les voitures directes Paris-Puigerda et Paris-Luchon. Départ de Paris-Quai d'Orsay à 19 h. 20 à l'aller ; au retour départ de La Tour-de-Carol à 19 h. 27 et de Luchon à 19 h. 50. Ces couchettes circuleront toute l'année entre Paris et Puigcerda et vice-versa. Sur le parcours Paris-Luchon elles ne seront mises en service que pendant la période des Sports d'Hiver (jusqu'au 17 Mars) et pendant la saison d'Été. Les suppléments à acquitter sont de 30 fr. jusqu'à 250 kilomètres, 40 fr. de 251 à 500 kilomètres et 50 fr. au-dessus de 500 kilomètres. --- EN CHEMIN DE FER, PLUS ONT EST, MOINS ON PAIE Cela vous étonne ! Il en est cependant bien ainsi, si vous voyagez avec votre famille. Pour obtenir un billet de famille d'aller et retour, vous n'avez que deux conditions à réaliser. 1° — Etre trois au moins ; la troisième personne peut être un enfant de moins de sept ans. 2° — Effectuer un parcours de 300 kilomètres au moins, retour compris. La première personne paie place entière, la deuxième trois-quart de place, la troisième demi-place, chacune des suivantes quart de place, ce qui revient à dire que quatre personnes ne paient que deux places et demie. Mieux encore plus le parcours est long, moins on paie. Si vous accomplissez plus de 400 kilomètres, retour compris vous bénéficiez, en effet, d'une réduction supplémentaire de 10 % pour 3 personnes, 15 % pour 4 personnes, 20 % pour 5 personnes, 25 % pour 6 personnes, etc... sur la somme correspondant au parcours effectué en excédent de 400 kilomètres. Trois personnes seulement sont tenues de voyager ensemble, les autres peuvent obtenir des coupons individuels pour voyager isolément. En outre, le Chef de famille, qui désire revenir de temps à autre à sa résidence, peut obtenir une carte d'identité qui lui permettra de se déplacer à moitié prix. Enfin votre billet de famille vous permet d'expédier votre voiture automobile avec près de 75 % de réduction. Par exemple, pour une 10 CV. et 1000 kilomètres de parcours — retour compris — vous ne payerez que 303 fr. 45 au lieu de 1.173 fr. Les billets délivrés pendant la période des vacances, sont valables jusqu'au 5 novembre. Pour des indications plus détaillées, notamment sur la qualité des personnes qui peuvent être comprises dans le billet, veuillez vous renseigner auprès des gares, bureaux et agences des Grands Réseaux.

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CRÉDIT LYONNAIS SOCIÉTÉ ANONYME FONDÉE EN 1863 Capital entièrement versé : 408 millions Siège social : LYON, Palais du Commerce Siège central : PARIS, Boulevard des Italiens R. C. Lyon B 732 Dépôts de fonds à vue et à échéance fixe :: Ordres de bourse (France et Etranger) :: Avances sur titres :: :: Dépôts de titres :: Escompte et encaissement de coupons :: Envois de fonds en France et à l’Etranger :: :: Change de monnaie étrangère :: :: Lettres de Crédit pour voyages :: Souscriptions :: Dépôts de bijoux, argenterie, etc. :: Assurances :: Garantie contre les risques :: :: de non vérification des tirages :: :: LOCATION de COFFRES-FORTS --- P. L. M. A VOS PROCHAINE VACANCES... Vous irez, comme chaque année, aux eaux, à la mer ou à la montagne et pour atteindre les bienfaisantes stations balnéaires, thermales et climatiques vous allez bénéficier des nouvelles facilités. Pendant la période du 15 mai au 30 septembre, vous pouvez obtenir des billets d’aller et retour comportant des réductions de 20 à 30 % selon la classe. Il vous suffit d’effectuer un parcours (retour compris) d’au moins 600 kilomètres si vous vous rendez à une station balnéaire, et d’au moins 300 kilomètres si vous vous rendez à une station thermale et climatique. La validité des billets est de 33 jours ; vous pouvez les faire prolonger de deux fois de 30 jours mais sans dépasser le 5 novembre. Ainsi, vous n’êtes plus tenu comme auparavant à un séjour minimum de 12 jours dans la station ; pendant toute la saison d’été vous pouvez vous procurer ces billets à prix réduits sans tenir compte des périodes d’avant-saison et d’arrière-saison, enfin, la faculté de prolongation des billets anciennement limités aux stations balnéaires est étendue aux autres stations thermales et climatiques. Pour obtenir des renseignements complémentaires, particulièrement sur les stations auxquelles ces facilités sont applicables, veuillez vous adresser aux gares, bureaux et agences P. L. M. --- Marque de Fabrique SENNELIER FRÈRES 3, Quai Voltaire PARIS-7e COULEURS TOILES MATÉRIEL CADRES

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AVANT L'EXPOSITION VERMEER LES PRÉ-CARAVAGISTES Cet été, en juin, une exposition Vermeer aura lieu à Rotterdam, pour inaugurer le nouvel édifice du musée de cette ville. Autour des rarissimes Vermeer, les maîtres de l'école de Delft — C. Fabritius, P. de Hooch, E. de Witte — seront représentés par les meilleurs spécimens appartenant aux collections publiques et privées d'Europe et d'Amérique. Nous connaissons l'activité, le goût et l'amour de la science, de M. D. Hannema, le jeune directeur du musée de Rotterdam, c'est pourquoi nous sommes certain que cette exposition sera une des plus importantes de notre temps. Aussi avons-nous cru utile, avant d'étudier cette manifestation, de passer en revue quelques courants italiens et internationaux qui nous paraissent être à l'origine — directe ou non — de ce chapitre passionnant de la peinture hollandaise. Ce dernier, en effet, remonte, d'un côté, aux recherches luministes d'un Caravage aussi bien que d'un Elsheimer, d'un Claude ou d'un Rembrandt, et, d'autre part, aboutit au constructivisme pictural le plus abstrait, qui l'apparente à un Masaccio, un Mantegna ou un Piero della Francesca, ainsi qu'à nos maîtres contemporains dont la grandeur et la lutte courageuse nous sont si chères. ITALIE a toujours été comme un miroir qui reflète les goûts du monde civilisé. Chaque siècle déterre et chante une Italie « nouvelle » bien à lui, et il ne se doute pas que son chant d'amour à l'Italie, — son « italianisme », — reflète, en vérité, son propre visage, et n'est qu'un chaînon des goûts éternellement changeants. Les « italianismes » constituent pour l'historien d'art, non seulement des chapitres d'importation à enregistrer, mais une suite de subtilités, de penchants, d'éveils (ces préambules des passions !), qui permettent de saisir et de mieux comprendre l'évolution d'un siècle, d'un pays ou d'un artiste. Aussi quand on relit les vieux traités d'esthétique ou les « Voyage en Italie », combien divers apparaissent les enthousiasmes ou les critiques inspirés par l'art italien. Nous ne croyons plus aujourd'hui, échapper à cette loi. Alors pourquoi cacher nos préférences et craindre de nous regarder dans un miroir au risque d'y retrouver les traits de nos passions? Notre engouement pour les peintres flamands et hollandais, longtemps méconnus, GIORGIONE. — LA VIEILLE N° 157 - MAI 1935

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L'ART ET LES ARTISTES contribué forcément à une révision des «valeurs» de la peinture italienne. Instinctivement nous nous acheminons vers des peintures, vers des artistes, vers des écoles d'Italie, dont la parenté d'esprit est évidente avec l'idéal nordique que nous avons appris à comprendre et à aimer. Ainsi le rôle de Giorgione apparaît auréolé d'une importance toute particulière — dirai-je révolutionnaire? — parmi la monotonie du «bellinisme » et le manque d'imagination des peintres vénitiens de son temps (1). On a beaucoup écrit, avec raison d'ailleurs, sur l'importance du paysage chez Giorgione, qui en fut le créateur incontestable. Mais il nous semble qu'une attention égale, sinon plus grande encore, doit être accordée aux valeurs psychologiques que Giorgione introduisit dans la représentation du visage. La révolution (1) Il suffit de voir les tableaux, dont voici la liste : Bissolo (Londres, 3915), Ingannati (Vercelli, Borgogna), Diana (Stuttgart, 515), Catena (Budapest, 97; Modène, 207), Alv. Vivarini (Venise, Redentore), Bastiani (Verone, 109), Mansueti (Varsovie, 6), Basaiti (Aix-en-Provence, 461; Berlin, 1262), P. Duia (Venise, Q. Stampalia, X, S), P. M. Pennacchi (Bassano, 22), Gir. da Treviso (autrefois Weber, Hambourg), F. Mazzola (Parme, 46), M. Marziale (Londres, 803), Bondinelli (Rome, Corsini, 726), R. Marconi (Venise, Redentore), Palmezzano (Bologne, 502; Dijon, 32), Mar. da Udine (Bassano), Fogolino (Amsterdam, 931 B; autrefois à La Haye), Ant. Solario (Londres, 2503), A. Previtali (Vienne, 14), B. Boccaccino (Berlin, 1489), sans parler des deux Santa-Croce, de certains Cima, Montagna, ou des maîtres peu connus, comme Imp. Campolongo, P. P. da Sassoferrato, V. dalle Destre, Pasq. Veneziano, A. Cordegliaghi, A. Boselli, N. Pisano, B. Carrari, A. Busato, G. et M. Bello, F. Tacconi, F. Veronese, M. Pensaben. A cette monotonie appartiennent, dans quelques-unes de leurs œuvres, des maîtres aussi personnels que L. Lotto (Munich, 32), Cariani (Bergame, Cathédrale), S. del Piombo (Treviso, S. Niccolo), Carpaccio (Francfort s. M., 1075), B. Licinio (Brescia, III, 28), B. Veneto (Louvre, 1680), G. Mocetto (Vicence, 153), F. Morone (Bergame, 201), L. Costa (Lyon, 24). Si on réunissait tous ces tableaux en une exposition, la monotonie du bellinisme serait effarante! MARC-ANTOINE. — LE RÊVE (détail) d'après Giorgione giorgionesque est justement dans ces préoccupations qui s'alimentent beaucoup plus de psychologie que de technique picturale. C'est ce côté pensif de la peinture de Giorgione (et non le côté paysage!) qui impressionna Venise. Non seulement tous les bellinisants, mais Bellini lui-même, commencèrent à giorgioniser (2). Nous tenons à préciser que par le mot pensif nous n'entendons pas seulement la représentation du visage rêveur, mais aussi une « manière » d'interprétation. Ce ne sont pas les objets ni leur exécution qui nous attirent dans une peinture de Giorgione, mais un rythme d'on ne sait quels silences, enveloppés dans les objets, dans le paysage ou dans la langue des figures. C'est cette pensivité du tableau, la mise en relief imagée des émotions intérieures de l'artiste, qui crée une atmosphère, un climat. Elle « contamine » le spectateur qui commence à regarder la peinture autrement, à l'approcher non comme une affirmation d'autrui, mais comme une porte ouverte à ses propres émotions (3). Appliquée au Portrait, dans un domaine où le visage, ce miroir de notre vie pensive, (2) Les visages devenus soudainement concentrés dans les tableaux du vieux Bellini, datés de 1505 (Venise, S. Zacaria) ou de 1507 (Venise, S. Francesco della Vigna), ne peuvent être expliqués que par le giorgionisme. (3) Combien a raison M. Federico Hermanin, de souligner le côté musical de l'œuvre de Giorgione, dans un intéressant volume qu'il vient de consacrer à ce peintre et que nous recommandons vivement à nos lecteurs (F. Hermanin, Il Milo di Giorgione, Spoleto, ed. Cl. Argentieri, in-4, 181 p. et nombr. repr.). Nous profitons de cette occasion pour rappeler que l'ouvrage de M. Lionello Venturi, Giorgione e il Giorgionismo, toujours si utile à consulter, existe encore chez l'éditeur (Milan, Ulrico Hoepli). D'autre part nous attendons avec un grand intérêt la parution du Giorgione de notre confrère américain, M. G. M. Richter.

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LES PRÉ-CARAVAGISTES RAPHAËL. — LA DÉLIVRANCE DE SAINT PIERRE (détail) MARC-ANTOINE. — LA PESTE (détail) est le « sujet principal », la peinture de Giorgione a donné un effet extraordinaire. La Vieille que nous reproduisons est un des tableaux italiens les plus importants, non seulement par sa peinture réaliste comparable aux chefs-d’œuvre du XVIIe siècle, mais aussi par la représentation des valeurs psychologiques inaugurée avec une force, avec une conviction qui troub lent. Giorgione y interprète ce qu’est devenue, avec le temps (« col tempo »), une femme belle jadis. Avec un soin — pour ainsi dire médical — l’artiste étudie les rides, les dents, le cou, ces endroits que le temps atteint particulièrement puisque c’est contre eux surtout que combattent les Instituts de Beauté. Mais, en fixant le tableau, et quand on arrive mentalement à effacer les rides de cette femme, à meubler sa bouche édentée, à redresser son cou, soudainement elle devient belle... Ainsi en croisant une vieille femme, il nous arrive parfois de surprendre, grâce à on ne sait quel vestige que la nature lui a conservé miraculeusement, sa beauté d’autrefois. C’est ce reflet miraculeux qui constitue le « sujet » de la Vieille, portrait qu’on pourrait appeler double. À l’époque où tout Venise peignait de belles filles décoratives, la Vieille accuse un esprit curieux des choses bizarres, profondément indépendant, mélancolique, et par lequel précisément Giorgione inaugure une ère nouvelle, pour la peinture non seulement vénitienne et italienne, mais internationale. Cet esprit, on le sent dès la jeunesse de Giorgione. Ainsi la Vierge de Castelfranco étonne, choque même, par sa simplicité si différente de l’esthétique vénitienne (4) : (4) Cette cloison si pauvrement tendue de rouge; ce trône fait de deux socles superposés; ces quelques tissus aux dessins simplets; la Vierge elle-même n’exalte pas le « charme féminin », le côté chair si caractéristique de Bellini et qui fait justement le succès de celui-ci auprès du grand public.