Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
Page 1
29e ANNÉE - TOME XXIX
Nouvelle Série
FONDATEUR
ARMAND DAYOT
L'ART
ET LES ARTISTES
ART ANCIEN, ART MODERNE
ART DÉCORATIF
DIRECTEUR :
Magdeleine A-DAYOT
RÉDACTION - ADMINISTRATION
23, Quai Voltaire, PARIS-7e
Revue mensuelle d'Art de France et de l'Étranger
NUMÉRO 152
DÉCEMBRE 1934
Page 2
L'ART ET LES ARTISTES
Revue Mensuelle d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif
Compte Chèques postaux : 603.60
(PARAISSANT DIX FOIS PAR AN)
Tous droits réservés.
Registre du Commerce Seine 58.503
Fondateur
ARMAND DAYOT
Directeur
Magdeleine A-DAYOT
---
COMITÉ DE PATRONAGE
† Louis BARTHOU, ancien président du Conseil des Ministres, de l’Académie française.
M. Léon BÉRARD, ancien ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts.
M. Philippe BERTHELOT, Ambassadeur de France.
† Albert BESNARD, peintre, membre de l’Académie des Beaux-Arts et de l’Académie française.
† Antoine BOURDELLE, sculpteur.
M. Édouard HERRIOT, ancien président du Conseil des Ministres, ancien ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts.
M. Julien LEMORDANT, peintre.
M. Paul LÉON, de l’Institut, Directeur général des Beaux-Arts honoraire, professeur au Collège de France.
† Maréchal LYAUTHEY, de l’Académie française.
† Raymond POINCARÉ, ancien président de la République, de l’Académie française.
M. André TARDIEU, ancien président du Conseil des Ministres, ancien président de la Société des Artistes Décorateurs.
† Robert de la SIZERANNE, critique d’art.
---
COMITÉ D'HONNEUR
M. D. DAVID-WEILL, membre de l’Institut, président du Conseil des Musées Nationaux, vice-président de l’Union Centrale des Arts Décoratifs, vice-président de la Société des Amis du Louvre.
M. Maurice FENAILLE, membre de l’Institut, vice-président du Conseil des Musées Nationaux.
Comte M. de CAMONDO, vice-président de l’Union Centrale des Arts Décoratifs, membre du Conseil des Musées Nationaux.
Mme Pierre GOUJON, née REINACH, amateur d’art.
† Julien SCHWOB D’HÉRICOURT, amateur d’art.
M. H. EBRARD, amateur d’art.
---
29e ANNÉE — TOME XXIX — SOMMAIRE DU NUMÉRO 152 (Décembre 1934)
ARMAND DAYOT (5 illustrations) ...
Page 5
MONSIEUR ET CHER ABONNÉ,
LE Conseil d'Administration de la Revue l'Art et les Artistes m'a fait l'honneur, après la mort de mon cher et regretté Père, de me confier la direction de cette Revue, qu'il avait fondée il y a plus de trente ans, et à laquelle avec un inlassable dévouement il avait consacré sa noble et belle activité.
La volonté d'Armand Dayot était que son œuvre continuât après sa mort, et il avait souvent exprimé le désir que sa succession à la tête de l'Art et les Artistes me fût confiée, car j'étais depuis longtemps sa collaboratrice et même, depuis plusieurs années, directrice-adjointe.
C'est donc avec un sentiment de pieux respect et de filiale reconnaissance que j'ai accepté cette tâche. Tâche un peu rude à l'époque troublée que nous traversons !
C'est aussi parce que j'ai la ferme conviction que tous les abonnés, tous les lecteurs, tous les amis de l'Art et les Artistes continueront à m'aider, comme ils ont toujours soutenu mon cher Père, que je veux poursuivre sa belle œuvre, et dans la même tradition. Comme lui, je désire me consacrer à l'Art dans ses manifestations les plus pures, glorifier les chefs-d'œuvre du passé, soutenir les artistes, les jeunes surtout, inconnus ou mal connus : en un mot, servir la Beauté.
Pour cela c'est sur vous, cher Lecteur, que je compte, sur votre dévouement, sur votre foi, sur l'influence que vous avez auprès de ceux qui vous entourent, dans votre famille, dans votre profession, parmi vos amis. A cette heure, où la vie est plus difficile que jamais, surtout la vie d'une Revue d'Art qui veut maintenir son indépendance absolue, qui pour y parvenir a déjà fait de nombreux sacrifices et qui est prête à en accomplir d'autres encore, la fidélité de tous nos amis est indispensable, leur générosité nécessaire.
J'attends avec confiance.
Vous lirez, Monsieur et cher Abonné, dans les pages suivantes, les mots émus que notre grand ami, le peintre-héros Jean-Julien Lemordant, a bien voulu écrire sur notre cher Fondateur ; vous revivrez en les parcourant les belles étapes qui ont jalonné la route suivie par l'Art et les Artistes.
Vous constaterez que la tâche ne fut pas inutile, qu'elle n'est pas achevée, que nous devons la continuer, que nous ne pouvons la poursuivre qu'avec votre propre collaboration, fidèle, vivante, efficace. Puis-je même vous demander de contribuer à faire connaître plus encore l'Art et les Artistes, et de nous trouver de nouveaux abonnés dans votre entourage ?
Persuadée que mon appel ne sera pas vain, je vous en exprime, dès maintenant, ma vive reconnaissance, en vous priant d'agréer, Monsieur et cher Abonné, l'expression de mes sentiments dévoués.
Le Directeur,
Tl ag deleine H. Dayot
Chevalier de la Légion d'Honneur.
Page 7
Photo Vizzavona
ARMAND DAYOT A SA TABLE DE TRAVAIL
ARMAND DAYOT
ARMAND DAYOT est né à Paimpol, le 19 octobre 1851. Petit-fils et arrière-petit-fils de marin, ses yeux s'ouvrent à la beauté du Monde, en face de l'Océan sillonné par des goélettes, cinglant, toutes voiles dehors, vers les bancs d'Islande. La plus grande joie du bambin, le soir, est de s'étendre sur la lande, semée de bruyères et d'immortelles jaunes, et de regarder le soleil qui promène son agonie rouge dans un ciel bleu de lin et poudré d'or. Les lames heurtent avec violence la proue des robustes barques de pêche qui marquent un imperceptible temps d'arrêt, l'étrave suspendue dans le vide. Puis, poussées par le vent, elles rebondissent, piquent dans un creux, se cabrent encore, noires, assaillies d'écume blanche, et les flancs luisants dans les
ARMAND DAYOT
A VINGT ANS
N° 152 - DÉCEMBRE 1934
Page 8
L'ART ET LES ARTISTES
flots acharnés. La mer marqua l'enfant à son empreinte et glissa dans son âme le délicieux tourment de l'action et du rêve. Ses premiers amis ne furent pas des gamins de son âge, mais des hommes extraordinaires par leurs actes et leur caractère, le capitaine Bellegarde, dit le Bancal, et le pirate Jean Kerlidou.
A la suite d'une équipée amusante qui causa des inquiétudes à sa famille, le jeune coureur de grèves, pour apaiser le courroux de sa mère, catholique intranigente, entra comme élève interne au petit séminaire de Tréguier. L'atmosphère de ce pieux établissement, où il fut l'objet des plus bienveillantes attentions, ne lui convenait pas, et, par une brumeuse matinée d'hiver, il le quitta en cachette pour regagner la maison paternelle. Cette fois son père, libre penseur, tint ferme, malgré son libéralisme angélique, et fit admettre son fils au collège de Saint-Brieuc.
Ses études achevées, il désire préparer l'École navale. Son père lui conseille de choisir une autre carrière, celle de la médecine, et il s'incline devant sa volonté. A Rennes, il suit les cours de la Faculté avec une morne résignation. Sa nature sensible s'accommode mal du spectacle navrant de toutes les misères qui s'étalent dans les hôpitaux, et il renonce à devenir un disciple d'Esculape pour aller faire son droit à Toulouse, patrie de Cujas, où une école célèbre attire des élèves de tous les points du monde. Il étudie pendant deux années dans cette riante et agréable cité et obtient son diplôme de licencié.
Après une quinzaine de jours passés en Bretagne, il se dirige vers Paris. « Par un soir de printemps, écrit-il, je débarquai seul à la gare Montparnasse, — seul. Pour tout bagage, une malle de moyenne taille où ma petite garde-robe était tassée avec un tendre soin maternel. » Armand Dayot a vingt-deux ans. Il entre comme rédacteur dans les bureaux de l'Hôtel de Ville, et par une ironie singulière, ce Breton passionné, ardent, plein de force, est affecté au service des décès, où il a comme camarade Maurice Rollinat, qui devait écrire plus tard une ballade macabre et splendide sur les cimetières.
Laurent Tailhade promène Armand Dayot dans les cafés des deux rives, où il rencontre des écrivains et des poètes célèbres, Villiers de l'Isle-Adam, Verlaine, Richepin, Gustave Kahn, et d'autres en passe de le devenir, comme Charles Frémine et l'éigmatique Rimbaud. Il l'introduit également dans une modeste brasserie située rue Jacob et tenue par une brave dame alsacienne, Mme Clarisse, où il se lie d'amitié avec Jean Moréas, Jules Tellier, Maurice Barrès et Charles Le Goffic.
Au mois de mai 1872, Armand Dayot est nommé secrétaire particulier de M. Louis de Ronchaud, secrétaire général de l'administration des Beaux-Arts ; puis, sous le ministère Gambetta, chef-adjoint du cabinet de M. Antonin Proust, ministre des Arts ; et, à la chute du grand ministère, inspecteur des Beaux-Arts.
Armand Dayot a trouvé la situation qui convient exactement à ses aptitudes et à ses aspirations, et il ne la quittera, momentanément, que pour vivre ce qu'il a nommé « la belle aventure algérienne ». En 1880, il devient chef de cabinet de M. Pétrille, préfet d'Oran, et il rejoint son nouveau poste en passant par l'Espagne et le Maroc.
Ce fut pendant une magnifique diffa offerte par les grands chefs arabes, au centre d'une campagne roussie par le soleil et cernée par des collines bleues, dans l'éclaboussement des costumes multicolores, au milieu des danses et des chants indigènes et sous la tente de Si Ahmed bach-agah de Frenda, qu'il rencontrera une jeune fille d'une rare beauté, appartenant à une des meilleures familles du pays, et que naquit « avec une foudroyante réciprocité le sentiment qui devait créer, pour le bonheur d'une longue vie, l'union de deux coeurs faits pour s'aimer, de deux âmes faites, malgré leurs origines si lointaines, pour se comprendre ».
Mariée, cette jeune femme, d'une intelligence très vive et douée pour tous les arts, sensible à une mélodie de Debussy autant qu'au charme d'une maternité de Carrière ou à la puissance d'un groupe de Rodin, renonce volontairement à tout
Page 9
ARMAND DAYOT
essai personnel pour se consacrer entièrement aux travaux de son mari. Elle l'accompagne dans ses voyages, elle l'aide dans ses recherches, fouille dans la masse énorme des documents rassemblés pour la rédaction de ses livres, écarte tout ce qui est inutile, et classe le reste avec une parfaite sûreté de goût. Elle est la confidente de toutes ses pensées, son amie, sa collaboratrice, et soutient son courage dans les moments de tristesse où le sort contrarie ses projets.
Armand Dayot, revenu comme inspecteur à son bureau de la rue de Valois, organise, en 1888, la première de ses grandes manifestations d'art qui allaient se succéder à des intervalles rapprochés pendant plus d'un quart de siècle, en réunissant à l'École des Beaux-Arts les œuvres caractéristiques des Maîtres de la Caricature française, qui obtint un immense succès et produisit un bénéfice de 68 000 francs, versés à la Société de secours aux familles des marins naufragés.
L'exposition des Cent portraits de femmes, appartenant par moitié aux écoles françaises et anglaises du XVIIIe siècle, « sorte de combat des cinquante, tournoi d'art et de beauté », eut lieu dans la salle du Jeu de Paume, aux Tuileries (1), et reçut la royale visite d'Édouard VII. Encouragé par la constante faveur du public, Armand Dayot montra ensuite, dans ce même local, les œuvres de « Chardin et Fragonard » et celles des « Grands et petits maîtres hollandais », créant ainsi une tradition féconde qui devait être continuée avec une subtile intelligence par un jeune conservateur très actif, M. André Dezarrois.
Enfin, au printemps de 1914, Armand Dayot fut chargé de préparer, seul et sous sa responsabilité personnelle, la section française à l'Exposition internationale des Beaux-Arts à Munich. Mission particulièrement difficile dont il s'acquitta avec éclat. Son activité inlassable ne se ralentit ni pendant ni après la guerre. En 1916, il passe le Détroit pour installer et soumettre
(1) On sait que c'est Armand Dayot qui, le premier, eut l'idée d'utiliser pour des expositions d'art, ce merveilleux local, abandonné depuis de longues années.
à l'appréciation de l'élite anglaise les tableaux et les esquisses inspirés à nos peintres par les terribles événements qui se déroulaient. Le bateau qui le transportait, assailli par la tempête, parvint péniblement à Douvres ; et, pendant le retour, une vergue flottant verticalement et que les veilleurs, trompés par une brume épaisse, prirent pour le périscope d'un sous-marin, provoqua un branle-bas de combat.
La vieillesse se montra clémente envers Armand Dayot et lui permit de rassembler à la Galerie Pigalle, en 1931, et avec une ardeur toute juvénile, les dernières œuvres de Forain, dessins ironiques aux légendes mordantes et scènes de tribunaux, peintes en blanc et noir et d'un réalisme féroce.
L'accomplissement de toutes ces tâches oblige Armand Dayot à visiter les principaux musées d'Europe et de nombreuses collections particulières, et il en profite pour amasser les documents nécessaires à la rédaction de ses meilleurs livres d'art : la Peinture anglaise, de ses origines à nos jours; Reynolds; Grands et petits maîtres hollandais; les Trois Vernel; la Peinture française au XVIIIe siècle; Charlet; Raffel; la Campagne de Russie; les Maîtres de la Caricature française; l'image de la Femme; la Révolution; Napoléon; le Second Empire et La Commune. La simple énumération de cette liste incomplète laisse entrevoir l'étendue des connaissances, la variété et la souplesse du talent d'Armand Dayot.
Inspecteur général des Beaux-Arts, il encourage les jeunes artistes, stimule leur courage et favorise leurs initiatives. Il fait preuve, dans l'exercice de ces délicates fonctions, d'une finesse précieuse et d'une sorte de divination qui lui permet, non seulement de comprendre les tendances artistiques les plus opposées, mais souvent aussi de pressentir le génie d'un peintre ou d'un sculpteur, longtemps avant que la foule le soupçonne. Le nombre des artistes sortis de l'ombre et arrachés à la misère par Armand Dayot est considérable.
Lié d'amitié avec Auguste Rodin, Bourdelle, Eugène Carrière, Claude Monet, Renoir, Pissaro, Gauguin, Whistler, Manet, Degas, Sisley, Puvis de Chavannes, Tou-
Page 10
L'ART ET LES ARTISTES
louse-Lautrec, Steinlen et Fantin-Latour, — pour ne citer que les disparus, — il les soutint par la plume et par la parole contre l’opinion hostile, et contribua à leur triomphe.
Tous ces travaux, ces déplacements continuels, toute cette dépense d’énergie ne suffisent pas à calmer sa fièvre d’action.
Au début du siècle, en 1905, il fonde l’une des plus belles revues de ce temps, l’Art et les Artistes, et, malgré d’incessantes difficultés matérielles suscitées par la guerre et les crises économiques qui la suivirent, il en assura l’existence sans compromissions ni défaillances jusqu’à l’extrême limite de ses forces. Une nouvelle collaboratrice, particulièrement chère à son cœur, sa propre fille, Mlle Magdeleine Dayot, vint le seconder dans les dernières années. Peintre et décorateur, elle avait obtenu de brillants succès à ses débuts en exécutant des paysages bretons et provençaux d’une touche grasse et d’une sensibilité aiguë, ainsi que des modèles pour papiers peints, cretonnes, robes de soie et nappes fleuries d’une réelle originalité. Un immense tapis de 26 mètres de long, destiné à la salle des fêtes du Musée des Colonies à l’Exposition Coloniale, allait lui faire attribuer un peu plus tard la croix de la Légion d’honneur.
Elle révéla très vite un talent d’écrivain dans ses chroniques et ses articles sur l’ameublement et l’ornementation dans la maison moderne.
M. Rey, conservateur du Musée de Fontainebleau, a parlé en des circonstances émouvantes de l’accueil simple et courtois que recevaient toujours les jeunes écri-vains qui apportaient leurs premiers essais à ce directeur affable, Armand Dayot, dans ses bureaux situés quai Voltaire. Il les écoutait avec attention, renversé dans un fauteuil, ou maniant de sa main nerveuse les photographies étalées sur la table. La découverte d’une œuvre inconnue le faisait tressaillir de joie, et il exprimait aussitôt le désir de connaître son auteur. Ses jugements étaient sûrs. Il discernait le mérite avec aisance et se trompait rarement. Des critiques connus et des artistes célèbres entraient et sortaient, et le contraste était saisissant entre l’extrême modestie du local et la richesse de cette revue aux articles remarquables, à la mise en page soignée et aux illustrations magnifiques, qui en sortait chaque mois pour prendre son essor à travers le monde. C’est là, dans cette ambiance de chaude effervescence intellectuelle, en face du Louvre et en bordure de la Seine aux clapotis argentés, que furent conçus et réalisés par Armand Dayot, avec une parfaite clairvoyance et une étonnante sûreté, tous les splendides numéros spéciaux sur Auguste Rodin, Claude Monet, Goya, Courbet, Toulouse-Lautrec, Renoir, Bourdelle, Gauguin, Gustave Morcau, Albert Besnard, Forain, Zorn, Maurice Denis, Despiau, Georges Desvallières, Jouve, Ingres, Delacroix, Manet, Zuloaga et Corot. Quiconque voudra étudier le mouvement des arts au xixe et au début du xx° siècle devra consulter cette incomparable collection.
L’invasion de notre sol, en 1914, affligea profondément Armand Dayot, et il eut un sursaut de révolte en apprenant l’incendie de Louvain, le bombardement d’Ypres et de Malines, les menaces contre Amiens et la destruction lente et systématique de la cathédrale de Reims. Il consacra, avec sa rapide décision habituelle, une série de numéros spéciaux à ces villes dévastées et à la Belgique héroïque et martyre. Les illustrations furent encadrées par la protestation enflammée, éloquente, de forme impeccable et somptueuse, de Maurice Maeterlinck, les articles de Dumont-Wilden et de Paul Lambotte, et des lettres d’Anatole France, de Bédier, de Rodin ainsi que de nombreux combattants, artistes ou intellectuels, qui causèrent une sensation énorme à l’étranger. La vue de ces nef branlantes aux toits calcinés, de toutes ces statues balafrées, amputées, réduites à l’état de blocs frustes, la stupeur causée par la décapitation de l’ange, dit « Le sourire de Reims », dont la tête sectionnée par un éclat de métal avait roulé à terre, sans nez et les yeux crevés, soulevèrent l’indignation de la conscience universelle. Dans les pays neutres, des clameurs s’élevèrent, et nos ennemis, inquiets de cette réprobation géné-
Page 11
ARMAND DAYOT
UNE RÉCENTE PHOTOGRAPHIE DU MAÎTRE