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L'ART ET LES ARTISTES Art Ancien, Art Moderne, Art Décoratif 16e Année Nouvelle Série Numéro 26 Avril 1922 --- Directeur Fondateur Armand Dayot Rédaction & Administration 23, Quai Voltaire, PARIS 7e --- Revue d'Art de France et de l'Etranger
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L'ART ET LES ARTISTES Art Ancien, Art Moderne, Art Décoratif 16e Année Nouvelle Série Numéro 26 Avril 1922 --- Directeur Fondateur Armand Dayot Rédaction & Administration 23, Quai Voltaire, PARIS 7e --- Revue d'Art de France et de l'Etranger
L'ART ET LES ARTISTES Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif (paraissant dix fois par an) --- Abonnement $\left\{ \begin{array}{l} \text{FRANCE. - 60 fr.} \\ \text{d'un An : ÉTRANGER. 75 fr.} \end{array} \right.$ Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ --- XVIe Année — SOMMAIRE DU NUMÉRO 26 (Avril 1922) - LES GRANDS CAVALIERS DE L'ART (17 illustrations) — CAMILLE MAUCLAIR - NOS ARTISTES ANIMALIERS (13 illustrations) — JEAN SYLVEIRE. - PAUL MATHEY (7 illustrations) — CLÉMENT-JANIN - EDGAR BRANDT ET L'ART DU FER (7 illustrations) — RENÉ CHAVANCE L'ACTUALITÉ : « Cent ans de peinture française ». — A travers les Expositions : Alexandre Urbain. — Les grandes ventes. — Échos des Arts : Un Rembrandt retrouvé. — Le mouvement artistique à l'étranger. — Les Livres. En hors texte : BUSE CENDRÉE, d'après une aquarelle de R. BIGOT. --- Prix de ce Numéro : 8 francs pour la France, 8 fr. 50 pour l'Etranger. (Envoi d'un Numéro spécimen contre mandat de 3 fr. 50) --- Tous droits de reproduction, de traduction et d'interprétation réservés pour tous pays. Les Articles publiés par L'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Nous nous permettons d'aviser nos nombreux correspondants qu'il ne sera répondu désormais par l'Administration et la Rédaction de L'Art et les Artistes qu'aux lettres contenant l'affranchissement de retour. --- GALERIE HAUSSMANN G. DANTHON TABLEAUX MODERNES — SCULPTURES 29, Rue La Boëtie Téléphone : ÉLYSÉES 12-14 --- Bénédictine --- La grande --- Liqueur --- Française --- Copyright by L'Art et les Artistes, 1922 L'administrateur-gérant : Georges COUTAREL
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ALEXANDRE LE GRAND (BRONZE ANTIQUE, MUSÉE DE NAPLES) LES GRANDS CAVALIERS DE L'ART D epuis l'âge des effigies frustes ou parfaîtes que créèrent l'Assyrie, l'Egypte, l'Hellade, elle s'achemine vers nous, la chevauchée des figures équestres par l'art immortalisées. Toujours l'hommage humain imagina, belliqueux ou paisible, sur l'animal dompté ou rétif, le héros surélévé, dominant les foules. Et c'est une légende des siècles que résument, peints ou sculptés, les cavaliers dont voici quelques images réelles ou fabuleuses. L'Amazone du musée de Naples surgit la première. C'est la Valkyrie des terres ensoleillées qui ont dressé le mythe de Pallas contre l'Odin du Nord stérile et glacial. Elle monte un cheval léger. Elle a les jambes longues, la taille mince et souple, un torse robuste où pointent sous la tunique des seins encore puérils. Un casque sans cimier ni ciselure presse ses cheveux annelés sur sa tête étroite, et elle brandit largement sa javeline. C'est la vélite qui, bondissante, précède le corps de bataille. S'avancent alors trois empereurs : l'Alexan-
L'ART ET LES ARTISTES MARC-AURÈLE (STATUE ANTIQUE, MUSÉE DU CAPITOLE A ROME) dre et le Caligula du musée de Naples, le Marc-Aurèle du Campidoglio de Rome. L’Alexandre est en plein combat, il sursaute sur son coursier de galbe purement grec, par- thénonien, et, le serrant entre ses jambes nerveuses, il le fait se cabrer. Son bras se dresse pour frapper. Il est trapu, beau d’une beauté sensuelle de Bacchus, luxueux et vaillant. Le Caligula, assis à cru, sans selle ni étriers, en arrière du garrot d’un cheval lui aussi purement grec, se présente sans ar- mure, simplement vêtu de la toge. Il traverse le forum, il invite, d’un geste dédaigneux, la foule à se courber, et il porte haute sa tête de brute grasse, au muflé camard, au cou de boucher, image de force et d’orgueil stupide. Le Marc-Aurèle a une attitude presque pareille sur sa monture courtaude, énorme. Mais il marche avec calme, son bras allongé rassure plutôt qu’il ne commande, il semble parler au peuple avec une bonté familière, que confirme l’expression de sa fine tête fière et mélanco- lique, à la barbe pointue et frisée, au regard noble. Trois âmes en ces trois effigies : le conquérant effréné, le despote féroce et fou, l’homme d’état pensif et stoïque. Une silhouette naïve, celle d’un quatrième empereur, le Charlemagne du musée Carna- valet, chevauchant le globe et l’épée aux mains, nous conduit à la geste du Moyen âge : et c’est tout de suite la Légende dorée. Saint Martin et Saint Georges en sont les deux grandes figu- res équestres. En l’exquise église de San Martino de Pise, un bas relief nous redit pieusement l’acte de charité du saint coupant en deux son manteau. Sa tête auréolée est imberbe; il est jeune, doux, tendre, presque féminin. Il est vêtu en légionnaire de Rome, avec le court pallium militaire, et, d’un geste lent, il fend de son glaive la cape dont il tend la moitié. Arrêté, son cheval débonnaire regarde aussi avec douceur le Pauvre, dont l’expression d’humble gratitude est délicieuse. Une miniature de Jean Foucquet, au Louvre, raconte la même scène, mais l’environne de personnages dans le décor compliqué d’une ville médiévale, et le Saint Martin en bois du legs Peyre, au musée des Arts décoratifs, n’a point, en sa sculpe- ture amusante, le sentiment profond de l’œuvre pisane. Quant à Saint Geor- ges, si abondamment célèbre, de quelle image parler, sinon, avant toutes autres, de ART CAROLINGIEN — CHARLEMAGNE (STATUETTE EN BRONZE, MUSÉE CARNAVALET)
LES GRANDS CAVALIERS DE L'ART l’admirable Carpaccio de Venise, à Saint Georges des Esclavons, de cette figure définitive de la beauté guerrière adolescente, animée d’une résolution inflexible, dardant sa volonté de victoire selon la ligne droite de la rigide et lourde lance poussée dans la gorge du monstre de tout le poids de l’homme de fer et du destrier? Si, de Jeanne d’Arc, aucune image digne d’elle ne nous fut transmise, hormis le bronze naïf du musée de Cluny où, dans les mentonnières du casque, s’inscrit une face ronde et malicieuse, du moins le faste des cavaliers de rêve a-t-il trouvé un interprète adorable en le génie de Benozzo Gozzoli. Au palais Riccardi, de Florence, se déroule la fresque où le suave magicien fait chevaucher les rois mages. Des écuyers acharnés pourchassent le cerf aux pentes rugueuses d’un mont : des vallées fuient, des cités hérissees de créneaux et de flèches s’entrevoient entre des pins parasols et des arbres fantastiques : au premier plan passent les princes, et, plus pur et plus attirant que tous, celui qui, diadémé de roses d’or, drapé de brocart, sur son coursier blanc aux harnais ouvragés, sourit de toute sa jeune beauté souveraine parmi ses pages : une des visions qui ont le plus séduit, qui ont amené le plus d’adhésions enthousiastes à cet art des fresquistes toscans depuis un siècle, avec Botticelli et l’Orcagna. Vision radieuse, autant qu’est âpre et tragique celle du combat de cavalerie du Louvre où, sur un ciel noir, le vieux Paolo Uccello a dressé les lances peintes au-dessus d’une massive mêlée, en un des tableaux les plus étranges et les plus hardis qui aient jamais déféré les prétendues hardesses novatrices de l’art actuel. Et c’est le quattrocento, avec quelques grandes merveilles. Bartolomeo Colleoni, général des forces de terre et de mer de la sérénissime République, domine une place de cette Venise dont il exigea, en échange du legs de tous ses biens, cet hommage posthume. De ses exploits rien n’est demeuré : mais le condottière survit comme prétexte au génie impérieux de Verrocchio. Sur un parfait piédestal de Leopardi se dresse la plus belle statue équestre du monde. L’armure de bataille, sans damasquinures, avec ses spalières énormes, fait paraître très petite sous le casque étroit la tête aux yeux farouches, au nez en bec de rapace, à la lippe orgueilleuse et cruelle.
L'ART ET LES ARTISTES Le corps, engainé de fer, formidable, fait bloc avec le coursier d'armes. Le chef bergamasque n'a point d'épée : au poing le bâton de commandement, et c'est assez. Il dompte la cité d'un regard, il la traverse, il va de l'avant en un mouvement d'une justesse merveilleuse. L'aventurier oublié est devenu un symbole. Au soleil la patine de ce chef-d'œuvre est d'une inouïe tonalité de jade. Mais c'est au clair de lune qu'il faut regarder cette terrible silhouette pour mesurer ce que la création humaine a pu faire de fantastique et de splendide avec la noire apparition de la Force. A Padoue, le génie de Donatello a donné une allure assez différente au vieux Gattamelata. Lui aussi monte un cheval massif, lui aussi élève sur la ville le bâton de commandement. Mais il apaise plutôt qu'il ne menace. A son armure italienne se mêlent quelques détails empruntés au harnais de guerre des empereurs romains. Le masque, subtil et placide, atteste autant qu'un homme d'épée le négociateur rusé que fut ce meneur de mercenaires se vendant au plus offrant. Personne n'a donné, du moins à la sculpture, l'image de l'effrayant tueur d'hommes que fut Jean de Médicis, Jean des Bandes-Noires, brisé en pleine jeunesse meurtrière par un projectile de couleuvrine. Mais il faut aller à Vérone, aux tombeaux des Scaligeri, pour trouver, sur un fond de vieux murs safranés, derrière des palais vétustes, à quelques pas de la riante piazza delle Erbe, les images de la férocité. Mastino II est droit sur sa selle haute qui l'emboîte. Il est droit sur son cheval immobile, drapé, une guivre ciselée sur le chanfrein. Mastino est en arrêt, la lance haute, prêt à foncer. La targe en feuille d'acanthe couvre son torse : la visière baissée cache pour l'éternité son visage. Un cimier de plumes de faucon, en fer, surgit de la nuque du casque. L'as- DONATELLO — MONUMENT D'ERASME DE NARDI DIT GATTAMELATA (PADOUE)
LES GRANDS CAVALIERS DE L'ART VERROCCHIO — BARTOLOMEO COLLEONI (1479-1488) (BRONZE) (Place S. S. Giovanni e Paolo, Venise)
L'ART ET LES ARTISTES pect est d'autant plus terrible que l'homme et la bête ne font aucun mouvement. On songe à l'impassibilité du Tiphaine que Hugo a dépeint dans L'Aigle du Casque, avant qu'il se rue sur l'enfant qui l'a défie. L'autre tyran, Can, est non moins morne. Ce sont là deux veilleurs sombres, deux monstres faits de ténèbres coagulées. Mais le troisième, Can Grande, s'anime, son cheval s'ébroue, son écharpe flotte au vent, et sa face rit — et ce rire est plus affreux encore que le masque d'une brute de bataille dans cet adolescent superbe, tué à vingt-deux ans dans son triomphe de Ravenne après la foudroyante campagne commencée à la prise de Brescia. C'est bien un grand seigneur que ce neveu de Louis XII, ce compagnon de Bayard. La pesante armure d'acier du cheval est richement historiée, celle du prince est un chef-d'œuvre de ciselure, sa longue et fine épée n'est plus l'outil de mort, l'espadon court et grossier des assommeurs d'antan, et il y a un impénétrable de Mastino. La cruauté de ce rire ne se décrit pas. Lentement s'effritent sous la rouille, la mousse, l'injure vengeresse du temps, ces images de la Force néfaste. Du Chevalier et la Mort, de Dürer, rien à dire : il vaut mieux regarder en silence. La Renaissance nous apporte, après ce tragique escadron de burgraves aux âmes carnassières, des formes plus reposées, luxueuses et nobles. Le Gaston de Foix en bronze, de la collection Thomy-Thiéry au Louvre, est aussi un conquérant dont le destrier est cuirassé comme lui-même : mais il n'y a rien charme délicat dans sa tête pourtant très virile, à la barbe légère, aux longs cheveux bouclés. L'effigie équestre de Louis XII, sur le royal tombeau du château de Blois, est également calme et vraiment souveraine : la couronne fleurdélisée remplace le heaume, l'armure n'intervient plus que comme symbole, elle est décorative et ses lignes dures s'agrémentent des doux plis des fourrures et du velours. Les images de François Ier, telles les montrent les miniatures, celle entre autres du musée de Chantilly, ne sont que faste sur le cheval de parade, à l'amble, plaisamment ALBERT DURER — SAINT GEORGES (GRAVURE)

Cette revue d'art, intitulée "L'Art et les Artistes", publie un numéro d'avril 1922. Le contenu principal de ce numéro est un article intitulé "Les Grands Cavaliers de l'Art", illustré de nombreuses reproductions d'œuvres d'art représentant des figures équestres célèbres à travers l'histoire, de l'Antiquité au Quattrocento. D'autres articles abordent "Nos Artistes Animaliers", "Paul Mathey" et "Edgar Brandt et l'Art du Fer", ainsi que l'actualité artistique et des critiques de livres.