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L'ART ET LES ARTISTES 16e ANNÉE Nouvelle Série NUMÉRO 25 MARS 1922 --- ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF --- DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT --- RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS 7e --- Revue d'Art de France et de l'Etranger

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L'ART ET LES ARTISTES Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif (paraissant dix fois par an) --- Abonnement $\left\{ \begin{array}{l} \text{FRANCE... 60 fr.} \\ \text{d'un An : ÉTRANGER. 75 fr.} \end{array} \right.$ Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ --- XVIe Année — SOMMAIRE DU NUMÉRO 25 (Mars 1922) L’ART IRLANDAIS ET L’EXPOSITION DES ARTISTES D’IRLANDE (14 illustrations) .. Y.-M. GOBLET LA GRAVURE SUR BOIS : TECHNIQUES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI (20 illustrations) .. PIERRE GUSMAN EUGÈNE MARTEL (5 illustrations) .. TRISTAN KLINGSOR JACQUES BLOT (5 illustrations) .. MICHEL PUY ART DÉCORATIF : LÉON BOUCHET (5 illustrations) .. RENÉ CHAVANCE L’ACTUALITÉ : A travers les Expositions : Abel Georges Warshawsky (3 illustrations), Louis Orr, Jacques Baugnies, Morillot, Zingg, etc. — Echos des Arts. — Les Livres. En hors texte : LES CENTAURES, bois original de JACQUES BELTRAND, pour la Divine Comédie. --- Prix de ce Numéro : 8 francs pour la France, 8 fr. 50 pour l’Etranger. (Envoi d’un Numéro spécimen contre mandat de 3 fr. 50) --- Tous droits de reproduction, de traduction et d’interprétation réservés pour tous pays. Les Articles publiés par L’ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Nous nous permettons d’aviser nos nombreux correspondants qu’il ne sera répondu désormais par l’Administration et la Rédaction de L’Art et les Artistes qu’aux lettres contenant l’affranchissement de retour. --- GALERIE HAUSSMANN G. DANTHON $\mathcal{O}\mathcal{O}\mathcal{O}$ TABLEAUX MODERNES — SCULPTURES 29, Rue La Boëtie Téléphone : ÉLYSÉES 12-14 --- La grande Liqueur Française --- Bénédictine --- Copyright by L’Art et les Artistes, 1922 L’administrateur-gérant : Georges COUTAREL

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DUVEEN BROTHERS LONDON PARIS NEW-YORK

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L'ART ET LES ARTISTES Revue d'Art Ancien, d'Art Moderne, d'Art Décoratif FONDÉE EN 1906 PARAISSANT CHAQUE MOIS (sauf en août et septembre) Directeur : ARMAND DAYOT --- COMITÉ DE PATRONAGE MM. Louis BARTHOU, Léon BÉRARD, Albert BESNARD, Philippe BERTHELOT, Gustave GEFFROY, Edouard HERRIOT, Anatole FRANCE, Maréchal LYAUTHEY, Paul LEON, Julien LEMORDANT, Raymond POINCARÉ, Robert de la SIZERANNE, Robert de ROTHSCHILD, André TARDIEU. --- LISTE DE N°S SPÉCIAUX PARUS PENDANT LA GUERRE PREMIÈRE SÉRIE (Année 1915) - LA CATHÉDRALE DE REIMS, avec un bois original inédit de E. DÉTÉ. - AU FRONT, avec un bois original inédit de A. LEPÈRE. - LA BELGIQUE HÉROÏQUE ET MARTYRE, avec un bois original inédit de GUSMAN. - LES VANDALÉS EN FRANCE, avec un bois original inédit de G. JEANNIOT. - L'ALSACE DÉLIVRÉE, avec un bois original inédit de A. LEPÈRE. DEUXIÈME SÉRIE (Année 1916) - LA POLOGNE IMMORTELLE, avec un bois original inédit de J. BELTRAND. - LA LORRAINE AFFRANCHIE, avec un dessin original inédit de B. NAUDIN. - LILLE SOUS LE JOUG ALLEMANN, avec un dessin original inédit de P. RENOUARD. - ROUMANIE, avec un dessin original inédit de J. BELTRAND. - L'ART ASSASSINÉ, avec un bois original inédit de E. DÉTÉ. TROISIÈME SÉRIE (Année 1917) - LA SERBIE GLORIEUSE, avec une lithographie originale inédite de STEINLEN. - LA RUSSIE. — Art Ancien, avec une reproduction d'icone de ANDRÉ ROUBLEV. - LE MAROC ARTISTIQUE, avec un dessin original de ALF. DEHODENCQ. - LA RUSSIE. — Art Moderne, avec un dessin original inédit de PAUL DARDE. - VENISE AVANT ET PENDANT LA GUERRE, avec un dessin à la plume original inédit de TITIEN. QUATRIÈME SÉRIE (Année 1918) - LA GUERRE, par STEINLEN, avec une lithographie originale inédite de STEINLEN. - AMIENS. — La Cathédrale, avec un bois original inédit de J. BELTRAND. - L'AMÉRIQUE EN FRANCE, avec un dessin original inédit de L. LANTIER. - REIMS. — Le Musée, avec un dessin original inédit de CARLOS SCHWAB. - BERNARD NAUDIN, avec un dessin original de BERNARD NAUDIN On peut se procurer chacune de ces quatre séries, avec les cinq hors-texte sur grand papier, moyennant 30 francs la série pour la France et 35 francs pour l'Étranger. Le prix de chaque numéro séparé est de 6 francs sans le hors-texte et 40 francs avec le hors-texte. --- PRIX DES EXEMPLAIRES SUR JAPON Nous rappelons aux amateurs de beaux livres que nous avons procédé à un tirage très restreint de grand luxe sur papier des Manufactures Impériales du Japon, de tous nos Numéros spéciaux de guerre. Chacun de ces recueils est numéroté et s'accompagne des bois ou dessins originaux inédits dont liste, ci-haut, tiré en hors-texte, avant la lettre, sur Japon Impérial également. Le prix de chacun de ces recueils de grand luxe est de 40 francs l'exemplaire pour la France et de 45 francs pour l'Étranger. Adresser les commandes à l'Art et les Artistes, 23, quai Voltaire, Paris (VIIe arr.)

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Galeries Georges Petit 8, RUE DE SÈZE, 8 — PARIS (IX° Arrond') --- TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE --- DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES IMPRIMERIE ARTISTIQUE 12, rue Godot-de-Mauroi, 12 --- LE GOUPY A PARIS 5, BOULEVART DE LA MADELEINE - TABLEAUX - ESTAMPES - OBJETS D'ART --- GALERIE C. BRUNNER 11, RUE ROYALE - PARIS-VIII° Téléph.: Elysées 39-78 - TABLEAUX ANCIENS des GRANDS MAITRES

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LA PREMIÈRE VOITURE FRANÇAISE CONSTRUITE EN GRANDE SÉRIE LA 10 HP CITROËN TORPÉDO 4 PLACES SERIE LUXE DUN ENTRETIEN AUSSI ÉCONOMIQUE QUE LA VOITURE DE SERIE CARROSSERIE ELARGIE TRES CONFORTABLE ET TRES ELEGANTE LA VOITURE IDÉALE POUR LES GRANDES RANDONNEES USINES CITROËN, 115-143, QUAI DE JAVEL - PARIS - XV. --- COGNAC J.F. MARTELL Le Cognac Martell est le produit naturel des vins récoltés et distillés dans la région de Cognac.

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SEAN KEATING — LA FÊTE DE SAINTE BRIGITTE L'ART IRLANDAIS ET L'EXPOSITION DES ARTISTES D'IRLANDE MISS B. ELVERY — MADONE ET ENFANT JÉSUS (PROJET DE VITRAIL) Les représentants des Irlandais du monde entier — il y a au moins quatre fois autant d'Irlandais à l'étranger qu'en Irlande — s'étant réunis à Paris en un premier Congrès mondial gaélique, ont pensé que cette grande manifestation de l'unité et de l'universalité de leur race ne pouvait avoir toute sa signification que si elle comportait une Exposition d'Art Irlandais. Ils ont eu bien raison : un Congrès celtique ne saurait être complet si l'art en était absent. Et, malgré les difficultés pratiques d'organisateurs pressés par le temps,

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L'ART ET LES ARTISTES ils nous ont donné à la Galerie Barbazanges un Salon Irlandais, première ébauche bien intéressante des fêtes d’art que nous sommes en droit d’attendre de l’Irlande, et qu’elle vient de se révéler fort capable de nous donner. Nul peuple n’a été plus généreusement doté de la puissance d’entrer et de vivre au royaume de féerie que le peuple celtique; mais son émotion artistique se manifeste surtout par le verbe: la poésie, l’éloquence et la musique sont pour lui les formes spontanées de l’art; l’architecture, la sculpture et la peinture tiennent peu de place dans ses plus anciennes traditions. « Nous ne ferons pas le Parthénon, disait Renan; le marbre nous manque. » Le marbre ne manque pas à l’Irlande; mais ses fils, pas plus que leurs frères d’Écosse, de Galles ou de Bretagne, n’ont éprouvé très tôt le besoin de fixer leur rêve dans des poèmes de pierre. Longtemps le bois leur a suffi pour construire leurs demeures. La vraie architecture celtique est peut-être celle des églises du Léon; le principe de la construction est importé; pourtant, la technique étrangère une fois acquise, l’inspiration de la race a créé des œuvres qui n’appartiennent qu’aux Celtes. Le mysticisme celtique est trop éthéré pour avoir de bonne heure des manifestations plastiques. La pensée qui s’exalte dans la contemplation du ciel et de la mer, des rochers et de la forêt, qui se passionne davantage pour la vie de l’âme que pour la perfection du corps, trouve en elle-même des sources intarissables de poésie et de musique — elle n’y découvre que sur le tard des thèmes pour la sculpture et la peinture. C’est pourquoi les arts plastiques n’ont d’abord été pour les Celtes que des arts mineurs. Leurs premiers artistes sont des artisans. Parce que ces artisans ont eux aussi l’esprit plein de rêve, ils ajoutent de la beauté à la vie quotidienne, dans le vêtement, dans les armes, dans la parure, dans l’ameublement, et bientôt ils font œuvre d’art. Le plus ancien art irlandais est représenté par des ouvrages en métaux. De tombes probablement pré-chrétiennes, on a exhumé des ornements où l’habileté de la fabrication et l’élégante sobriété d’un dessin très sûr révèlent une longue maîtrise dans le travail du bronze et parfois dans l’art des émaux. La première période chrétienne a laissé une remarquable variété de calices, de cloches, de chasses et d’ornements religieux. L’argent, l’or, les pierreries sont couramment employés pour la fabrication de bijoux fort anciens dont le style est purement irlandais. L’art celtique et irlandais par excellence naît quand l’écriture fixe les poèmes et les prières, et il atteint très vite une inimitable perfection. Les copistes, inspirés par leur dévotion pour les textes profanes et religieux qu’ils reproduisent, ajoutent l’ornementation à la calligraphie — et ce sont les manuscrits aux lettres ornées occupant parfois toute une page, aux entrelacs prodigieux de complica- SIR J. LAVERY — PORTRAIT DE M. ARTHUR GRIFFITH, PRÉSIDENT DU DAIL EIREANN

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L'ART IRLANDAIS PAUL HENRY — VILLAGE DANS L'OUEST DE L'IRLANDE tion, d’élégance et de finesse (1), aux peintures où se jouent des animaux fantastiques dans une flore de songe, mais où le monde réel et la figure humaine sont pauvrement représentés. Le Livre de Kells, qui date de la fin du viie siècle, est l’un des plus beaux manuscrits du haut Moyen Age. Pendant cinq siècles, les livres précieux sont calligraphiés et enluminés avec une telle perfection que Giraud de Cambrie — pourtant l’un des plus violents parmi les anciens « propagandistes » anti-irlandais — rapporte la tradition qui attribue certains manuscrits à une collaboration du copiste et d’un ange. Ainsi un barde breton écrira au xixe siècle : > Aboe ann ele milliget > Euz ann env m’int bet diskaret, > Doue ’n euz tolet ho zelen > D’ann douar, ’vid hon c’hanerien (2). C’est bien du ciel rêvé par les Celtes qu’est venue l’inspiration des enlumineurs, comme celle des bardes; et c’est pour cela qu’ils ont si bien chanté et peint le monde des rêves — et si peu représenté les formes de la terre et l’aspect mortel des hommes. La foi des Irlandais leur a fait ébaucher une sculpture et une architecture. Du xe au xiiie siècle, s’élèvent les croix celtiques où l’artiste taille dans la pierre les motifs délicats conçus par les enlumineurs. On discerne alors une adaptation irlandaise de l’architecture romane dans la construction des églises. Un développement artistique national, parallèle à celui du Continent, est sur le point de se produire; mais le temps des incursions et des invasions commence; nulle fleur d’art ne peut s’épanouir au milieu des guerres, des --- (1) « A l’aide d’une loupe, dit M. Westwood, je n’ai pas compté, dans un petit espace d’à peine 2 centimètres de long sur 1 de large, dans le Livre d’Armagh, moins de 158 entrecroisements d’une sorte d’étroit ruban formé de lignes blanches bordées de lignes noires. » (2) Depuis que les anges maudits — ont été renversés du ciel — Dieu a jeté leurs harpes — sur la terre, pour nos chanteurs, (Quellien, Annaik.)

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L'ART ET LES ARTISTES terreurs, des dévastations et des famines qui vont se suivre sept siècles durant. Et l'humanité est privée d'une forme d'art qui ne naîtra jamais plus. Or, au xixe siècle, les Irlandais ont repris conscience de leur nationalité. Depuis quarante ans, ils travaillent à faire revivre leur langue gaélique presque expirante. Ce n'est plus à Londres qu'ils cherchent des modèles pour leur littérature. Avant l'indépendance politique, avant le relèvement économique même, ils ont voulu la résurrection de leur personnalité intellectuelle. L'ange des Gaels, entrevu par le vieux Cambrien, a répondu à leurs appels. Et voici qu'ils nous apportent les premières œuvres d'art qu'il leur a inspirées. Le chemin d'autrefois est parcouru de nouveau; les arts décoratifs précèdent les beaux-arts. Voici les bijoux de Mlle Cranwill, des élèves de M. P. Oswald Reeves et de bien d'autres chercheurs qui tendent de renouer la tradition des orfèvres de la Broche de Tara et des émailleurs anciens; voici des tissus ornés, des tapis et des dentelles; voici des poteries, des vitraux et des cuirs ouvrés; Mlle Eleonor Kelly et ses émules présentent des reliures qui seront tout à fait intéressantes quand elles s'inspireront plus directement du style gaélique dont les arts du livre sont appelés à profiter plus aisément que tous les autres. La Cuala Press, aidée par M. Jack B. Yeats, imprime de beaux livres en rénovant les vieux procédés. Quelques enlumineurs essaient de copier les grands ancêtres. Mais où sont les livres gaéliques d'art, alors que les somptueux caractères irlandais font du moindre imprimé une joie pour l'œil? Un enlumeur annonce un « texte celtique »; hélas! ce texte est anglais, si les caractères sont gaéliques. Au reste, ce ne sont là que de premiers essais. Pourtant l'intérêt en est déjà considérable. L'étude des anciens arts décoratifs irlandais sera certainement féconde; elle le serait pour des artistes de tous les pays; les Irlandais, eux, en pourront tirer des merveilles, et par là — mais par là seulement — ils éviteront de tomber dans la banalité où tant d'autres se sont perdus. De même la terre natale doit inspirer les peintres. Il est digne de remarque que, dans

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L'ART IRLANDAIS cette exposition, presque rien de vraiment irlandais n'est indifférent. Certes, les artistes d'Irlande devront venir étudier les techniques et les œuvres du continent. Mais, ayant étudié les maîtres étrangers, qu'ils retournent chez eux, les peintres irlandais! C'est là que l'âme de leur race les inspirera et que s'épa- Mme Amable Tastu crut faire connaître à nos pères les chants de Thomas Moore. Quelle joie d'avoir entendu des Français s'étonner de ne point voir à cette exposition des Irlandaises romantiques sous des ciels de brouillard ou de pluie! Les peintres irlandais révèlent à ceux qui ignorent la vraie Irlande HARRY CLARKE — « LE CAS DE M. WALDEMAR » nouira leur génie, sur cette terre la plus anciennement artiste et pourtant la plus vierge. Déjà, ils nous apportent des impressions émouvantes de vérité et — pour le spectateur français — d'imprévu. Ils ont mis au rancart la lamentable Irlande des dessus de pendules romantiques, de la femme en pleurs au pied de la tour ronde, de la harpe aux cordes brisées et des regrettables élégies par quoi un peuple fin, séduisant et pourtant robuste et simple, un ciel pur où court la joyeuse chevauchée des nuages atlantiques. A l'exposition, les paysagistes dominent. Mais c'est surtout de leurs tableaux que l'on peut dire qu'un paysage est un état d'âme. Rien de plus changeant qu'un ciel ou qu'une