Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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VENISE
AVANT ET PENDANT LA GUERRE
Numéro Spécial
L'ART ET LES ARTISTES
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REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES
NUMÉRO SPÉCIAL RÉDACTION, ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE, 23 PARIS
DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT
Copyright by L'Art et les Artistes, 1918
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L'ART ET LES ARTISTES
ABONNEMENT D'UN AN :
- FRANCE... 25 fr.
- ÉTRANGER... 30 fr.
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire : ADOLPHE THALASSO
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Troisième Série de Guerre : N° 5
PRIX DU N° SPÉCIAL “VENISE AVANT ET PENDANT LA GUERRE”
Sans le dessin à la plume original inédit du Titien, pour « Le Jugement de Paris », sur Japon, 5 francs pour la France; 5 fr. 50 pour l’Étranger.
Avec le dessin à la plume original inédit du Titien, 10 fr. pour la France; 10 fr. 50 pour l’Étranger.
Tout abonné ancien ou nouveau à L’Art et les Artistes recevra une épreuve du magnifique dessin original inédit du grand Maître Vénitien du XVIe siècle.
De plus, il a été fait de cet ouvrage un tirage de grand luxe de 25 exemplaires numérotés, sur papier des Manufactures Impériales du Japon. Ces exemplaires renferment chacun une épreuve avant la lettre, sur Japon-Impérial, également, du dessin à la plume.
PRIX DE L’EXEMPLAIRE DE GRAND LUXE : 30 francs pour la France ; 31 francs pour l’Étranger.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO SPÉCIAL DE JANVIER 1918
“VENISE AVANT ET PENDANT LA GUERRE”
VENISE
Henri de Régnier, de l’Académie Française.
LA DÉFENSE DE VENISE
Paul Savi-Lopez.
LA BEAUTÉ DE VENISE
Robert Hénard.
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ILLUSTRATIONS
Soixante-dix illustrations d’après des peintures de Vivarini, Previtali, Carpaccio, Gentile Bellini, Giovanni Bellini, Le Titien, Paul Véronèse, Le Tintoret, Le Giorgione, G. Tiepolo, D. Tiepolo, Le Canaletto, Guardi, P. Longhi et Rosalba Carriera; d’après des sculptures de Verrocchio, Sansovino et Ant. dal Zotto; d’après des mosaïques et des gravures originales, des photographies de la défense de Venise pendant la guerre et des reproductions de palais, monuments, églises, places publiques, etc.
Couverture en couleurs, En-Têtes de Chapitres, Lettres ornées et Culs-de-Lampe, spécialement exécutés pour ce numéro, par Ch. Peyrard.
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ÉPREUVE D’ART
COUVERTURE ORIGINALE EN COULEURS
Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
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J. ALLARD & Cie
• Galerie des Tableaux des Mattres Modernes •
20, Rue des Capucines, 20. PARIS
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Copyright by L’Art et les Artistes, 1918.
L’administrateur-gérant : Ch. PEYRARD.
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La Question d'Alsace - Lorraine
PAR
Ernest LAVISSE & Christian PFISTER
Professeur à l'Université de Paris
Librairie ARMAND COLIN
103, Boulevard Saint-Michel, PARIS
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La France immortelle
PAR
Ernest LAVISSE
Professeur à l'Université de Paris
Librairie ARMAND COLIN
103, Boulevard Saint-Michel, PARIS
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Pourquoi Nous nous battons
PAR
Ernest LAVISSE
de l'Académie française
Professeur à l'Université de Paris
Librairie ARMAND COLIN
103, Boulevard Saint-Michel, PARIS
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Toute la FRANCE Debout pour la VICTOIRE du Droit
MANIFESTATION NATIONALE DES Grandes Associations Françaises AU GRAND AMPHITHÉATRE DE LA SORBONNE Le Mercredi 7 Mars 1917 EN PRÉSENCE DE M. le Président de la République, de M. le Président du Sénat, de MM. les Membres du Gouvernement, du Corps Diplomatique, de MM. les Membres de l'Institut de France, des Présidents des Grands Corps de l'État, du Grand Chancelier de la Légion d'Honneur, du Général Gouverneur de Paris, de M. le Préfet de la Seine, de M. le Préfet de Police.
SOUS LA PRÉSIDENCE DE M. PAUL DESCHANEL de l'Académie Française, Président de la Chambre des Députés, Président de la Manifestation Nationale des Grandes Associations Françaises.
3, RUE FRANÇOIS Ier, PARIS.
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LE LION DE SAINT-MARC.
Ce superbe lion ailé, qui demeure, à travers les siècles, comme l'emblème de la puissance de Venise surmonte une des deux colonnes en granit de la Piazzetta.
Il fut apporté de Syrie par le doge Michiel en 1120 et érigé en 1180.
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VERROCCHIO E ALESSANDRO LEOPARDI. — LE COLLEONI (1479-1488).
BRONZE. — PLACE S. S. GIOVANNI E PAOLO, VENISE.
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VENISE
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NE même angoisse étreint en ce moment tous ceux que l'on pourrait appeler les Vénitiens de cœur, tous ceux pour qui la Ville merveilleuse est un lieu sacré par l'art et par la beauté. Venise, en effet, quel que soit le sort que ses destins lui réservent, court les plus grands dangers qu'elle ait jamais courus. Ses admirables monuments sont menacés, sinon de destruction complète, ce qui serait un crime devant lequel hésiteront peut-être les Barbares de la Kultur, au moins d'injures regrettables et de graves dommages.
Les ailes rouges de la guerre, selon la belle expression du grand poète Emile Verhaeren, ces ailes de sang et de feu qui ont plané sur Ypres et sur Reims, palpitent tragiquement au-dessus des arcades du Palais Ducal et des coupoles de Saint-Marc. Puisse leur vol sinistre ne pas s'abattre sur la Cité fragile !
Depuis de longs mois déjà, son péril préoccupe ses admirateurs innombrables. Ils ont suivi, avec une anxieuse attention, les attentats dirigés contre elle. Si elle a évité les risques des attaques marines, elle a subi les atteintes des incursions aériennes. Le plafond des Scalzi effondré avec son lumineux Tiepolo, la coupole de Santa Maria Formosa rompue et disjointe, sont le résultat de ce vandalisme inexcusable contre lequel la Ville incomparable s'était pourtant prémunie de son mieux.
On nous a dit les précautions prises : l'enlèvement des œuvres d'art, la protection des plus délicates merveilles, l'extinction complète des lumières, mais, malgré tout, nous ne pouvons nous empêcher de frémir en songeant à toute la malveillance destructrice et barbare qui rôde autour de la Cité délicieuse et magnifique où des siècles d'art ont réuni tant de trésors entre le double silence des eaux et du ciel, sous l'égide évangélique du Lion ailé.
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Ce sentiment d'angoisse, cette anxiété douloureuse, Venise les suscite dans tout le monde civilisé. Les plus lointaines Amériques les partagent et
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L'ART ET LES ARTISTES
les plus distantes Océanies. On les éprouve partout où s'est répandue, par l'image ou l'imprimé, la renommée universelle de la Ville unique, et qui sait si, jusqu'au fond de la brutale Allemagne, ne se chuchote pas l'apprehension d'un crime inutile et stupide?
Mais comme cette anxiété, comme cette angoisse sont plus atroces au cœur de tous ceux qui ont, une fois, abordé aux marches de marbre de la Piazzetta, foulé les dalles unies de la Place Saint-Marc et promené leur flânerie émerveillée sous les longues arcades des Procuraties! Pour le signataire de ces lignes, le souvenir de ce magnifique décor évoque les heures les plus heureuses de sa vie et c'est quelques-uns de ces souvenirs que je voudrais noter en ces pages...
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Pendant quinze ans, il ne s'est guère passé une année sans que j'aie fait, au moins une fois, le voyage de Venise et que je sois allé respirer, soit au printemps, soit en automne, l'air marin de la Lagune. Cette habitude, que je partageais avec un certain nombre de mes contemporains, était même considérée, par quelques esprits chagrins, comme une sorte de snobisme et une espèce de manie.
Cela s'appelait, dans les chroniques des moralistes de gazettes, le mal vénitien. Il consistait, d'après le diagnostic qu'on en portait, en un goût trop exclusif et un peu ridicule, mais peut-être après tout sincère, pour cette Venise que Goethe et Byron ont admirée, où Musset et Sand ont aimé, où Wagner est venu mourir, où Ruskin a passé une partie de sa vie, où Théophile Gautier et Hippolyte Taine ont promené leurs curiosités et qu'ont célébrée Gabriele d'Annunzio et Maurice Barrès. Cette prédilection n'avait rien de particulièrement maladif, même s'il s'y mêlait chez quelques-uns une certaine affectation. Que des oisifs élégants et des belles désœuvrées se soient amusés à transporter dans le noble et séduisant décor vénitien leurs occupations mondaines et leurs gentils travers parisiens, qu'ils aient apporté à Venise et qu'ils en aient rapporté un enthousiasme un peu factice, il ne s'ensuit pas pour cela que la divine atmosphère d'art, de beauté, de grâce et de mélancolie que l'on y respire en soit irrémédiablement empoisonnée.
Non, certes, et je dirai même que l'amour de Venise est un amour vivifiant et sain, quand on sait le goûter non par mode, mais par véritable attrait. Je ne nie nullement que Venise puisse nous attirer tout d'abord par un certain romantisme qui excite notre sensibilité et sollicite notre curiosité, mais bientôt c'est par un charme autrement profond et puissant que nous retient la Sirène dont nous avons écouté l'appel. Son sortilège n'a rien de maléfique et sa voix de pur cristal ne verse nul philtre dangereux. Son chant monte dans la lumière du plus beau ciel, vibre aux échos des plus belles architectures. La conque irisée que nous tend la Déesse marine a les couleurs de nos rêves et le prisme de nos songes.
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Pb. Naya.
UN ASPECT DE VENISE AVEC LE GRAND CANAL.
A droite, le Palais Corner della Cà Grande (actuellement la Préfecture) bâti en 1532, par Sansovino.
UNE VUE DU GRAND CANAL AVEC LE PONT DU RIALTO.
Ce pont fut construit de 1588 à 1591 par Antonio da Ponte. Il se compose d'une seule arche en marbre de 27 mètres d'ouverture et de 7"50 de haut, reposant sur 12.000 pilotis. Il est bordé de deux rangées de boutiques.
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Pb. Brogi.
BASILIQUE DE SAINT-MARC. — VUE EXTÉRIEURE.
Pb. Naya.
BASILIQUE DE SAINT-MARC. — VUE INTÉRIEURE.
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VENISE
Rien ne les favorise mieux que de vivre dans un lieu comme Venise et je n'en connais pas de plus mystérieux, de plus harmonieusement et plus noblement singulier. Sur une vaste étendue d'eau lumineuse, repose, assujettie à un sol invisible par d'innombrables pilotis, une ville étrange et compliquée, divisée par mille canaux et par mille ruelles, avec ses places, ses églises, ses palais, dont l'un est comme le ducal fermoir du collier. A côté de ce palais avec lequel des centaines d'autres rivalisent de luxe, de goût et d'invention, une basilique majestueuse et ouvragée gonfle dans l'air ses cinq coupoles byzantines que domine le jet puissant d'un haut campa-nile. Alentour s'étend une esplanade dallée de marbre et bordée d'arcades. C'est là que battit le cœur religieux, politique et militaire de la Cité Sérénissime et c'est au pied de la colonne qui soutient le Lion ailé qu'il faut lui rendre hommage et la venir remercier du triomphal ensemble de lignes et de couleurs qu'elle a légué à notre admiration.
C'est par le prestige de son passé qui se continue en sa beauté présente et par les trésors d'art qu'elle en conserve que Venise nous séduit et nous retient. Les mosaïques de Saint-Marc, la prestance souveraine du Palais ducal, la dignité architecturale des Procuraties suffiraient à justifier l'attrait qu'exerce Venise sur tous ceux qui ne sont pas insensibles aux impressions esthétiques et qui goûtent aussi bien une façade de Sansovino et un fronton de Palladio qu'une toile du Titien, de Véronèse ou du Tintoret ou qu'une fresque de Tiepolo. A ces grands artistes, Venise doit aussi la domination qu'elle étend sur le monde et qui lui amène chaque année, des quatre coins de l'univers, les innombrables visiteurs qu'elle accueille avec sa nonchalante et indifférente courtoisie de reine mélancolique. Hospitalière à tous, Venise en retient quelques-uns qui deviennent ses fidèles et ses privilégiés. A eux, elle réserve ses heures de solitude où elle est à eux toute entière, où elle cesse d'être cosmopolite pour redevenir une ville de grâce, de silence, de mélancolie heureuse, de méditation et de beau loisir.
Pour cela, arrivez-y aux premiers jours de l'été ou aux dernières semaines d'automne. Aussitôt, l'enchantement commence. Il est fait de la présence autour de nous de ce noble, charmant et singulier décor vénitien dont la grâce se compose d'un indéfinissable mélange de luxe et de vétusté, de langueur et de délicatesse, de dignité et d'élégance. Il est fait de l'éclat harmonieux du ciel et du miroitement des eaux, de l'irisation vapeureuse de l'air, de la diversité des couleurs, et c'est ce changeant et merveilleux spectacle dont le souvenir nous ramènera inlassablement sur sa pathétique et divine magie.
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Avant d'apparaître aux gorges des Alpes avec ses gaz asphyxiants et ses canons à longue portée, l'Allemagne, chaque année, inondait l'Italie de ses touristes. Au printemps et à l'automne, leur bande se répandait partout. Tout Allemand voulant refaire à sa manière le voyage de Goethe, il en résultait une invasion annuelle de Hermann et de Franz,