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L'ART ET LES ARTISTES 9e ANNÉE N° 107 ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT FÉVRIER 1914 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ETRANGER 25 FR. RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS 16, QUERSTRASSE LEIPZIG

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L'ART ET LES ARTISTES PRIX DU NUMÉRO : - FRANCE .. Net 2.00 - ÉTRANGER.. Net 2.50 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : ADOLPHE THALASSO --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 107 LES ANIMAUX DANS L'ŒUVRE D'EUGÈNE DELACROIX (15 illustrations) . . . . . . ROGER REBOUSSIN LE PLAFOND DU THÉÂTRE DE RENNES (12 illustrations) . . . . . . GUSTAVE CEFFROY UN TABLEAU DE TIEPOLO RETROUVE (4 illustrations) . . . . . . ROBERT HÉNARD L'ART DE JOHN SLOAN (6 illustrations) . . . . . . WALTER PACH VARIÉTÉ : DE LA PORCELAINE ET DE LA FAIENCE (7 illustrations) . . . . . . A.-S. GOMPERTZ L'ART DÉCORATIF : GUSTAVE JAULMES (7 illustrations) . . . . . . LÉANDRE VAILLAT LE MOIS ARTISTIQUE (1 illustration) . . . . . . ADOLPHE THALASSO Le Mouvement artistique à l'Étranger : Allemagne, par WILLIAM RITTER ; Angleterre, par P.-E. RIXENS; Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER ; Espagne, par JULES CAUSSE ; Italie, par CARLO BOZZI; Orient, par A. DE MILO ; Pologne, par WENCESLAS TH. HUSARSKI ; Echos des Arts : Bibliographie. Épreuve d'Art : Plafond du Théâtre municipal de Rennes (esquisse peinte), par JEAN-JULIEN LEMORDANT. Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de 0 fr. 50 en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain. Les articles publiés par l'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. — Les Manuscrits ne sont pas rendus. --- J. ALLARD - Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes - 20, Rue des Capucines, 20 --- TABLEAUX ANCIENS Maison fondée en 1848 Galeries KLEINBERGER PARIS, 9, Rue de l'Échelle NEW-YORK, 709, Fifth Avenue (Entre 55 et 56° rue) Spécialités : ÉCOLES HOLLANDAISE, FLAMANDE ET PRIMITIFS DES XIV° et XV° SIÈCLES

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UNE IMPRIMERIE POUR LIVRES D'ART M. ESSIEURS les Éditeurs, les Bibliophiles et les Experts sont souvent gênés dans la publication de beaux Ouvrages ou de beaux Catalogues par l’insuffisance du matériel mis à leur disposition. Nous avons voulu faire disparaître cette difficulté. Aussi nous efforçons-nous depuis plusieurs années de réunir une quantité importante de beaux caractères. Nous pouvons maintenant composer des Ouvrages entiers avec les plus beaux types français anciens et modernes. Nous sommes soucieux, avant tout, de belle typographie et nous croyons pouvoir garantir une qualité de tirage irréprochable. Les Ouvrages que notre maison a imprimés durant tout le XIXe siècle, et les progrès continuellement réalisés peuvent donner confiance aux plus difficiles. IMPRIMERIE GAUTHIER-VILLARS ET CIE (1790-1914) 55, Quai des Grands-Augustins, Paris, non loin du Pont-Nouf et de la place St-Michel. Téléph.: Gobelina 19-32. UN REPRÉSENTANT EST ENVOYÉ SUR DEMANDE CHEMIN DE FER D'ORLÉANS RELATIONS DIRECTES entre PARIS & L'ALGÉRIE PAR BORDEAUX, MADRID, CARTHAGÈNE, ORAN A L'ALLER. — Départ de Paris-Quai d'Orsay, à 12 h. 16 (Sud-Express) et à 19 h. 38 (Rapide 1", 2" cl. et wagons-lits); arrivée à Bordeaux-Saint-Jean à 16 h. 09 et à 3 h. 43; à Madrid-Norte à 14 h. 12 et à 22 h. 58; départ de Madrid-Atocha à 20 h. 35 (1", 2", 3", cl., wagons-lits les lundis, mercredis et vendredis); arrivée à Carthagène à 10 h. 35 De Carthagène à Oran: 1° par la Compagnie Générale Transatlantique, tous les mardis à 20 heures. Traversée en 9 heures. 2° par la Compagnie Tintoré tous les vendredis à 20 heures. Traversée en 11 heures. AU RETOUR. — D'Oran à Carthagène: 1° par la Compagnie Générale Transatlantique, tous les lundis à 23 heures. Traversée en 9 heures. 2° par la Compagnie Tintoré tous les jeudis à 20 heures. Traversée en 11 heures. Départ de Carthagène à 16 h. 45 (1", 2", 3", cl., wagons-lits les mardis, jeudis et samedis); arrivée à Madrid-Atocha à 7 h. 30; départ de Madrid-Norte à 20 h. (Sud-Express et à 9 h. 15 (rapide 1", et 2" cl.; couchettes et lits-toilette au départ d'Hendaye), de Bordeaux-Saint-Jean à 14 h. 03 et à 6 h. 00; arrivée à Paris-Quai d'Orsay à 20 h. 54 et à 14 h. 15. CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT PARIS A LONDRES VIA DIEPPE ET NEWHAVEN par la GARE SAINT-LAZARE SERVICES MATIN ET SOIR TOUS LES JOURS (Dimanches et Fêtes compris) TRAINS LUXUEUX Puissants Paquebots à turbines Les plus rapides de la Manche MAXIMUM DE CONFORT

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Échos de la Mode J'ignore ce que Vestris, le Pion de la danse, penserait des pas à la Mode, lui qui n'aimait que le noble et le gracieux et jugeait l'humanité sur son élégance à se mouvoir en mesure, d'après les rythmes consacrés. Mais j'ai idée que ses théories, touchant un art qu'il estimait le premier de tous et le plus indispensable aux gens de qualité, seraient furieusement chavirées par les exercices aussi baroques que déplacés auxquels se livrent les classes dirigeantes, après les avoir empruntés aux classes mal dirigées. Nous avons eu tout d'abord la surprise de voir la valse chaloupée, chère aux apaches et aux coquines, reçue dans les salons en général plus scrupuleux. C'était si parfaitement ignoble que ça n'a fait qu'entrer et sortir, à titre de curiosité, mais pour être remplacé par d'autres fantaisies chorégraphiques peut-être un peu moins crapuleuses, mais tout aussi indécentes et fort souvent grotesques. Ces divers mérites n'ont pas empêché ces danses, surgies des bas-fonds, d'obtenir le plus grand succès dans la bonne compagnie. Des mères, à qui, en leur jeunesse, on défendait la valse comme trop capiteuse, permettent à leurs filles de danser des horreurs dont le nom seul est déjà équivoque et dont l'exécution nécessite des réalités plutôt interdites à l'innocence. Tout le corps s'en mêle, sans qu'il soit plus question de réserve et de maintien, et si l'on ajoute à ce laisser-aller la légèreté du costume, on peut se faire une idée de l'état d'âme d'une jeune fille au sortir d'une réunion où l'on a sacrifié sans répit à la Terpsichore nouveau jeu. Ce n'est pas encore de cette école de danses exotiques que sortiront des mariages solides, basés sur une tendre estime réciproque, car il est probable que l'opinion mutuelle des partenaires doit être aussi extraordinaire que la distraction qui les a rapprochés. L'écho de ces demi-scandales est arrivé jusque sous les voûtes du Vatican. Le signal d'un rappel à l'ordre s'en est suivi, si bien que dans nombre de dioceses, y compris Paris, le fameux tango est mis à l'index, malgré la protection académique dont il a bénéficié un moment... Qu'en adviendra-t-il?... Continuera-t-on à tanguer avec frénésie ou reviendra-t-on à quelque chose de mieux dans nos moeurs, le moins sujet à déchaîner les foudres de l'Eglise?... Cela serait profitable pour tout le monde, et en particulier pour les petites mademoiselles trop enclines à s'émanciper, avec ou sans musique. Comme note caractéristique de toilette en ce moment, on soigne beaucoup les sourcils. Il faut qu'ils soient épais, longs, brillants et forment un bel arc capable d'augmenter l'expression du regard. Les Orientales, déjà très favorisées de la nature sous ce rapport, ont, paraît-il de nombreux secrets pour entretenir la vigueur de cette belle parure, mais point n'est besoin d'en posséder autant, un seul suffit quand c'est la Sève sourcière de la parfumerie Ninon, 31, rue du 4-Septembre, car son action est merveilleuse. Prix : 5 francs et 5 fr. 50 franco. COMTESSE RÉGINE. Belle Lurette. — La pression des ongles vous rougira l'épiderme sans résultat. Employez l'Auto-Bolbos, sans-rival pour faire disparaître les points noirs de la peau. Parfumerie Exotique, 35, rue du 4-Septembre. — 5 francs et 5 fr. 50 franco. C*** R. --- GALERIES F. GUÉRAULT 3, RUE ROQUÉPINE, 3 --- EXPOSITION D'OBJETS D'ART ET D'AMEUBLEMENT ANCIENS - TAPISSERIES ANCIENNES EXPERTISES Téléphone : 305-29 PARIS

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FEMME ATTAQUÉE PAR UN TIGRE Ph. E., Druet. Coll. Bernheim Jeune. Les Animaux dans l'Œuvre d'Eugène Delacroix Si entre les hommes quelques-uns ont le pouvoir d'évoquer par le moyen de l'art et de rénover ainsi les motifs de l'admiration, cette élite manifeste son pouvoir de deux façons : les uns, vont à ce qui les charme, s'attachent à l'observer, y découvrent un monde, et à mesure qu'ils progressent dans la conscience de leur art particulier, inventent des moyens plus impersonnels encore pour proclamer une définition du vrai au travers du beau ; leurs chefs-d'œuvre reflètent la nature tant ils projettent de clarté sur les lois de la vie profonde, tant ce qu'ils érigent en œuvre semble les dominer eux-mêmes ; ils nous initient à un mystère resté insondable si à un moment imprévu une intuition originale n'était venue en révéler les arcanes ; et leur œuvre dira pour toujours ce qui dans la vie changeante avait enchanté ces maîtres les premiers au point de les faire ressentir et exprimer. Les autres, et les distinguer n'est point cependant les opposer, ont pris les mêmes outils, mais ce qu'ils ont représenté s'est caractérisé par une empreinte où leur âme domi- Musée du Louvre. TÊTE DE LION (AQUARELLE)

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L'ART ET LES ARTISTES LIONNE PRÊTE A S’ÉLANCER nant le motif, eux-mêmes nous ont dévoilé, trésor inexploré, une âme nouvelle. Ils viennent comme les faits de l’histoire, de la gestation des siècles, et dans l’avenir révolu marquent un stade du passé. Si les limites de ces deux groupes se confondent pour certains, Eugène Delacroix appartient tout entier au second. Avec la spontanéité d’un élément qui franchit ce qui le borne, il nous révèle son intime vision, non l’évidence de la vie, mais ce qu’il y avait entre la réalité plastique et ce regard que ses portraits réservés et ardents nous ont transmis. Ce génie, comme les plus hautes figures de l’art, aborda les thèmes les plus variés des expressions accordées de sa pensée et de la vie. Les obstacles de la technique y furent asservis; l’univers présentait à son imagination les termes nécessaires d’un langage où tout fut «accessoire» à un rêve toujours dépassé, à un chant intérieur symphonisant sur des modes variés comme les forces de la nature et les passions qui agitent les hommes. Delacroix représenta les «scènes» les plus diverses de l’épopée humaine, cieux d’orage ou d’azur, feu, eaux perfides, houles vertes de la mer, frondaisons et rochers, villes, temples, palais et prisons; décors où règnent l’amour, la paix, le meurtre et les fléaux. La même âme mobile comprit tout avec une logique et une fantaisie qui sont pour son œuvre la trame la plus durable. Fixée sur la toile, fut-elle en controverse avec les données d’un esprit plus exact, l’interprétation vécut d’une vie nouvelle et véritable par delà la réalité première. L’âme du peintre rêva d’un monde que la nature ne pouvait remplir, que les mirages de «l’Orient» ne pouvaient limiter. Même réaliste, elle ne pouvait s’astreindre à être seulement vraie. Si ce n’est point la vie éclatante de Rubens, ni le triste et doux enchantement de Watteau où planent désirs et regrets, c’est la vie aussi, mais toujours liée à un élément morbide, la vie intensifiée par le danger de ce qui peut l’anéantir retenue miraculeusement par la permanence d’un chef-d’œuvre. L’animalité le tenta, son concept y trouva des formules ramassées capables dans le développement le plus touffu de sa composition d’une

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LES ANIMAUX DANS L'ŒUVRE D'EUGÈNE DELACROIX Musee du Louvre. LE LION AU LIÈVRE nuance décisive appuyant la dominante expressive; vivifiée de son accent, cette note s'apparentait à l'ensemble par des traits et une facture analogues au mode passionnel du sujet. La mobilité ne lui opposait pas ses obstacles. Une conception de Delacroix était en effet «en mouvement» comme une masse en fusion : des traits se croisent, des hachures de plume s'agrif- tent à un organisme encore plastique où des lignes fulgurantes écrivent ce que l'imagination débor- dante suggère, mais de «faux traits» la retiennent dans un faisceau vibrant de toute l'amplitude de l'action qu'une main emportée, mais obéissante, tempère. Une émotion musicale à vrai dire (on sait la passion du maître pour la musique, son amitié avec Chopin), évocation procédant de la nature, avec l'accompagnement d'un chant plus fort où la mimique outrée arrivait spontanément à être héroïque, s'enflant jusqu'à devenir terrible, à subjuger le magicien qui l'avait fait naître ; alors une crinière, une bride flottante, yeux, naseaux ardents, ailes ou griffes prenaient part à l'instant légendaire que le peintre éprouvait. Si Géricault peignit ses chevaux, avec la fougue et la puissance que guerriers, jockeys ou charretiers pouvaient en attendre, chez Delacroix le dessin souffre souvent ; mais sa langue dans ses défaillances de forme ne détoure point le sens suprêmement poétique de l'envolée. Que ses fauves n'aient point lieu d'être repris par un canon de Barye, cela implique-t-il une faute réelle : lui, fait des animaux hantés d'un feu qui les rend toujours prêts à accomplir une action violente ; s'ils trouvent un but à leur élan, la toile bouge réellement, tant l'entrainement des lignes est fort, tant les taches de couleur s'appellent en sympathie avec cette arabesque véhémente qui ne peut être stagnante que dans la mort ; on assiste à la poussée d'un agencement vaste, organisé dans l'emportement d'une âme qui veut être servie jusqu'à l'expression du rêve ; alors il faut quitter la vie pour la poésie épique, pour un songe qui peut atteindre à l'extravagance d'un vertige. Comme Barye, il a été pénétré de l'influence de Géricault qu'il fréquenta. Ses études, dès 1816, sont consacrées à des chevaux ; il leur donne cette stature

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L'ART ET LES ARTISTES LION DÉVORANT UN ARABE Ph. E. Druet. Coll. Bernheim Jeune. ces œuvres gravées ou peintes dans lesquelles Goya indique avec tant d'humeur les taureaux furieux ou l'ébattement burlesque de certains ânes avec tant de folie et de stupre; ce que le grand français tire de lui-même est violent et triste, rarement éclairé d'une pensée de bonheur, si tragique toujours, que c'est la seule vitalité qui représente l'élément fièvreux et passionné dans cet œuvre élevé en monument à l'éphémère de tout. Dans les Massacres de Scio (1824) : un cheval syrien, gris pommelé, le naseau enflammé, l'œil frénétique, le mors écumant, la tête mutine, se cabre au milieu des cadavres et des mourants, la crinière hérissee par la brise qui promène sous le ciel calme l'odeur des charniers et du feu ; sa croupe, ramassée sous le fardeau léger de cette vierge attachée à l'arçon, dont le torse est un si grand chef-d'œuvre, est prête d'un soubresaut, à l'entrainer sous les incitations de son dur cavalier ; son avant-main soulevée, d'une observation absolue de justesse, terminée par un sabot fin se silhouettant sur le fond clair où sévissent les massacreurs, le cheval oppose là toute sa vie surgissant au milieu de la mort ; c'est un des plus beaux qu'ait peint Delacroix avec celui du premier plan de la Mort de Sardanapale (1827); leurs formes sont de grande race; un souci de réalité élégante et forte, ces aplombs fermes et élastiques qui réactionnent lorsque les chevaux « encensent » sous le harnais très observé. Mais dès 1824, l'année des Massacres de Scio, voici une aquarelle représentant un Cheval effrayé par l'Orage : libre sous un ciel sombre que sillonne un éclair, il se cabre; le vent d'orage agite ses crins, et, mouvement très personnel que le peintre reprendra souvent, sa tête repoyée sur l'encloure rejetée de côté contrarie l'élan de tout le corps emporté. La hardiesse en est inaccoutumée, l'arrangement brusqué d'accent osé. Tout l'œuvre durant, des poses de ce sens font de Delacroix un peintre d'impressions violentes poussées à leur extrême puissance. On ne les rapprochera pas du style de Dürer, qui sous leur obscur mutisme charge ses bêtes des pouvoirs maléficeux que le moyen âge religieux leur imputa ; admirateur passionné de Rubens, il n'évoquera même plus le souvenir des lions débonnaires trainant des chars escortés de chevaux à la robe fleurie, aux croupes opulentes, et malgré son outrance dans l'accent de la fureur ou de l'effroi, malgré des ressources d'effet très étranges, il ne côtoiera pas l'impression de ÉTUDE DE FAUVE (ENCRE DE CHINE)

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LES ANIMAUX DANS L'ŒUVRE D'EUGÈNE DELACROIX et de distinction les empreint. Ces œuvres suivent des études où la structure, le type, les miroite- ments de robe sont très fermement étudiés, où les fonds se mouvementent d'ombres et de reflets, de ces touches troublantes qui sont la signification même du génie de Delacroix. La nature morte du legs Moreau-Nélaton (1826) n'est-elle pas comme tous les coins de toile du maître pleine du « romantisme » qui fit de lui un chef d'école et intensifiant la coloration des constructions, profond document sur sa technique. Il aborde aussi des compositions fougueuses : les Chocs de Cavaliers. Là commencent dans un dessin très libéré les « fautes » qu'on lui reproche amèrement, écriture d'un peintre de sentiment, non d'un peintre de types. Là où Barye caractériserait dans la cernure d'un fort contour donnant à la forme une monumentalité et une force qui avec la localité CHEVAL TERRASSÉ PAR UNE LIONNE malgré lui : le fond en est superbe et charmant, avec ses forêts et ses plaines alternant sous les ombres et les clartés d'un temps nuageux; le faisant, le geai, les homards et le fusil posé sur un carnier sont d'une maëstria étourdissante, le flanc d'un lièvre éclairant le centre, tandis que de petits cavaliers ponctuent de blanc et de rouge un plan lointain. A cette même époque ses cahiers notent des effets, des lois de couleur sur le nu, les étoffes et les chevaux, étude scrupuleuse et innovée des oppositions de touches complémentaires, de « repiqués » du ton débarrassée de tout reflet, nous livrent sous un style d'une mystérieuse rareté, un docu- ment absolu sur les proportions, l'allure, la livrée des fauves, Delacroix entraîne tous les motifs à participer au même lyrisme final ; l'effet de la toile est composé de rappels de grandes taches complémentaires, de reflets entre les volumes qui s'accostent dans une arabesque équilibrée par un « lien » tel que son « Journal » en redit le terme inquiet, fusion dans la diversité la plus vibrante des dissonances et des accords que tout le tragique de la légende ou de l'histoire autorise