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L'ART ET LES ARTISTES 9e ANNÉE N° 106 --- ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF --- REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES --- DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT --- RÉDACTION ET ADMINISTRATION - 23, QUAI VOLTAIRE PARIS - 16, QUERSTRASSE LEIPZIG --- JANVIER 1914 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ETRANGER 25 FR. --- The illustration depicts a figure with long hair and a crown, holding a staff, standing on a pedestal. The background is dark brown, emphasizing the figure's presence.

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L'ART ET LES ARTISTES PRIX DU NUMÉRO : - FRANCE... Net 2.00 - ÉTRANGER... Net 2.50 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : ADOLPHIE THALASSO --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 106 ANDREA PALLADIO (9 illustrations) CHARLES MILCENDEAU (10 illustrations) EDUARDO CHICHARRO (12 illustrations) CHARLES W. HAWTHORNE (7 illustrations) L'ART DÉCORATIF AU SALON D'AUTOMNE (6 illustrations) LE SALON D'AUTOMNE et LE MOIS ARTISTIQUE (2 illustrations) ROBERT HÉNARD TRISTAN LECLÈRE M. NELKEN A. SEATON-SCHMIDT LÉANDRE VAILLAT ADOLPHIE THALASSO Le Mouvement artistique à l'Étranger : Allemagne, par WILLIAM RITTER ; Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER ; Espagne, par JULES CAUSSE ; Orient, par A. DE MILO ; Echos des Arts ; Bibliographie. Epreuve d'Art : Jeune Bretonne (dessin rehaussé), par CHARLES MILCENDEAU. Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de o fr. 5o en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain. Les articles publiés par L'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. --- J. ALLARD Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes 20, Rue des Capucines, 20 --- TABLEAUX ANCIENS Maison fondée en 1848 Galeries KLEINBERGER PARIS, 9, Rue de l'Échelle NEW-YORK, 709, Fifth Avenue (Entre 55 et 56° rue) Spécialités : ÉCOLES HOLLANDAISE, FLAMANDE ET PRIMITIFS DES XIV° et XV° SIÈCLES

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Échos de la Mode --- POUR nos étrennes 1913 nous a laissé quelques souvenirs dont l'un, au moins, n'est pas ordinaire : les cheveux assortis à la robe et montant la gamme des couleurs chères à feu Schaunard qui n'aimait pas les tons neutres. Ce fantasque bohème voulait pénétrer ses contemporains de sa théorie sur « l'influence du bleu dans les arts » ; c'était déjà joli, mais de nos jours, il pourrait disserter sur l'influence du bleu dans les perruques, ce qui serait encore mieux. Oui, nous en sommes là !... Fi des cheveux blonds et bruns, d'une telle banalité qu'on n'a rien vu d'autre depuis que le monde est monde. A peine quelques tignasses rousses et de maigres chignons gris ou blancs ont-ils fait diversion, mais ce n'est pas la peine d'en parler et, pour sortir de la rengaine capillaire, les esprits indépendants qui mènent la mode ont voulu rompre en visière avec des préjugés datant du Paradis Terrestre, abolir les sottes nuances mises à la mode par nos premiers parents et subies depuis tant de milliers d'années par les nigauds répandus sur toute la terre. Haut le front, mesdames, vous voilà libérées d'un tel esclavage et tout à votre aise, vous pouvez vous couronner de cheveux verts, bleus, garance, violets, orangés, ou autres teintes puisées dans le spectre solaire !... Rien n'est interdit en ce genre, du moment où le ton de la chevelure s'harmonise avec celui du cotillon. Par exemple, je ne réponds pas que vous soulèverez tout de go l'enthousiasme sur votre passage ; mais, vous savez, être discuté, bafoué et sujet à recevoir des pommes cuites, c'est le sort des précurseurs. On n'innove pas sans risques... Seulement, qu'impose aux séides de la mode l'opinion et les gestes des vagues humanistes, ça ne compte pas ! En attendant le jour de gloire où l'on ne verra plus que des cheveux de ce genre moderne, je pense que nous, les classiques, nous feront bien de continuer à soigner les nôtres, bien qu'ils soient vulgairement semblables à ceux des types féminins dont s'est enorgueillie la race. Toutes ces beautés-là avaient peut-être des secrets de toilette que nous ignorons, mais nous en possédons un bon : L'Extrait capillaire des Bénédictins du Mont-Majella et cela nous suffit. En effet, par l'action tonique de ce produit, les cheveux prennent de la force, de la souplesse, du brillant et permettent ainsi de se coiffer sans peine, quelle que soit la mode. L'Extrait capillaire vaut 6 francs et 6 fr. 85 francs, chez M. l'administrateur Senet, 35, rue du 4-Septembre. COMTESSE RÉGINE. Simonette. — Rien de plus facile que de ramener la nuance naturelle des cheveux précocement décolorés. La Poudre Capillus, qui n'est pas une teinture, agit à sec et fait disparaître les fils blanchis de la chevelure. Son application est très commode. Prix : 5 francs et 5 fr. 50 francs, en n'importe quelle nuance, à la parfumerie Ninon, 31, rue du 4-Septembre. C***.R. --- Transports Internationaux Maritimes et Terrestres KIMBEL & CIE DE LA RANCHERAYE & Co., Succ. Maison fondée en 1849 Adresse Télégr. Medium-Paris Tél. : 230-89 et 307-32 31, Place du Marché-Saint-Honoré PARIS SPECIALITÉ D'EMBALLAGES DE TRANSPORTS DE TABLEAUX, SCULPTURES, OBJETS D'ART, etc. Agents des principales Expositions des Beaux-Arts Européennes et Américaines --- Charles POTTIER EMBALLEUR 14, Rue Gaillon, 14 Près l'Avenue de l'Opéra Téléphone 246 - 84 PARIS --- EMBALLAGE SPÉCIAL DE TABLEAUX, MEUBLES, MARBRES & OBJETS D'ART SUCCURSALE 12 :: Rue de Louvois :: 12 GARDE-MEUBLE POUR OBJETS D'ART 12, Rue des Messageries, 12

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SAINT-GEORGES-MAJEUR (VENISE) ANDREA PALLADIO LORSQUE l’on arrive à Venise et que, pour la première fois, on suit en gondole la double courbe que décrit le Grand Canal de l’église des Scalzi à la Dogana, on contemple avec au moins autant de surprise que de ravissement les édifices qui s’offrent peu à peu à la vue. La variété du décor, si divers en son homogénéité séculaire, amuse, charme, enchante. Tous les styles, du bizantin au rococo, en passant par le lombard, le roman et le gothique, s’y succèdent sans symétrie ni ordre, mais tous marqués au coin de l’originalité vénitienne. Ces éléments s’harmonisent ici et, là, montrent de piquants contrastes. Pietro Lombardo, Sansovino, Sanmicheli, Scamozzi, Sebastiano Mazzoni, Longhena, Moro Coducci, Giorgio Massari y donnent tour à tour la mesure de leur art. Aux façades percées de baies cintrées ou de fenêtres en ogive, se marient d’autres façades ornées de colonnes superposées suivant le goût de la Renaissance. Sur certaines, les marbres de couleurs étendent leur précieux placage; sur plusieurs, la pierre revêt mille formes dues au ciseau d’illustres sculpteurs. Le Palais Ducal, avec son mur blanc zébré de rose, ses balcons, sa loggia, ses trèfles et son acrotère dentelé, termine la série de ces constructions par une vision d’Orient… Et alors, voici que sur la droite, au fond de la voie liquide qui s’élargit, soudain le regard découvre un monument d’un caractère nouveau et à la base duquel se dresse, blanc et ambré comme un temple grec, un portail d’une splendeur et d’une majesté incomparables. C’est l’église Saint-Georges-Majeur.

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L'ART ET LES ARTISTES Tout ce que l'on a précédemment admiré de somptueux, d'élegant, d'étrange est éclipsé par l'éclat de cette apparition imprévue, et, de lui-même, vient aux lèvres le nom de celui qui l'enfanta, ce nom emprunté à l'antiquité sereine, le nom de Palladio. Palladio, le fait n'est ignoré de personne, a considérablement bâti. «Il a élevé, dit Vasari, son contemporain, une telle quantité d'édifices, que l'ensemble pourrait constituer une ville entière.» plus belles de l'Italie. Sans doute, parmi ces œuvres, il en est de plus importantes que Saint-Georges-Majeur et que prise davantage l'élite des connaisseurs. Il n'en est peut-être pas une qui révèle mieux les tendances du célèbre architecte et qui soit plus caractéristique de son classique génie. Palladio justifia pleinement cet adage de Michel-Ange : «Chi non sa far bene da sé, non può servirsi bene delle cose d'altri : Qui ne sait bien faire par soi-même, ne saurait profiter de l'ouvrage d'autrui». Il ne tira parti des enseignements du passé que parce qu'il était lui-même un radieux et fécond esprit. Cette intelligence lumineuse lui fit discerner dans l'imitation de l'art antique la correction de la pédanterie et la sévérité de la rudesse. D'une beauté propre à des temps révolus, à des mœurs et à des usages d'un autre âge, il dégagea avec une entente et une sagacité remarquables ce qui en pouvait être appliqué aux besoins de son époque. A ce sens délicat, à cette faculté d'assimilation, il joignit un goût personnel d'une exquise logique et d'une Venise, outre Saint-Georges-Majeur, possède de lui deux ou trois monuments, sans compter ceux que le feu a détruits. La campagne qui s'étend aux environs de la Cité des Doges renferme de nombreuses villas de sa façon : les unes, habitées encore par les descendants des patriciens qui en furent les premiers possesseurs, s'érigent au milieu de délicieux jardins ; d'autres, abandonnées ou déchues, surgissent de la verdure champêtre qu'enguirlande le feston des vignes. Vicence enfin, berceau de Palladio, lui doit cette physionomie quasi-royale, cet air de grandeur et de noblesse qui en fait une des villes les plus curieuses et les

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ANDREA PALLADIO charmante ingéniosité. Saint-Georges-Majeur démontre excellemment tout cela. Si la façade accuse de lointaines réminiscences — les fenêtres passent pour reproduire les niches du temple de Diane, à Nîmes — un examen plus soutenu ne tarde pas à faire découvrir une incontestable originalité dans l'ordonnance générale de la construction. Rompant avec cette méthode dont on avait vu tant d'exemples et qui consistait à dresser devant l'édifice un panile, qui, sous le soleil vénitien, ont l'air de flamber dans l'azur. Les monuments de Palladio, assis sur des bases solides, si savamment et si clairement conçus dans le fond et dans la forme qu'après plus de trois siècles ils servent encore de modèles, et terminés par des frontons ou des corniches ouvragées que dominent des statues de dieux, sont l'image même de la vie de leur créateur. Cette vie, simple, égale et grave, se forma et se fortifia dans sa contempla- mur pour ainsi dire indépendant du reste de ses parties, une sorte d'écran magnifique ne laissant rien soupçonner de l'intérieur. Palladio accuse au dehors les dispositions du dedans. Un fronton correspond exactement à la nef principale et un demi-fronton à chacun des bas-côtés. Saint-Georges-Majeur montre aussi ce sentiment de la couleur qu'avait Palladio et qui le portait à employer des matériaux différents afin de rompre la monotonie parfois fâcheuse du décor. C'est à quoi nous devons, au-dessus des blancheurs marmoréennes du portail, ces masses roses, ces flèches roses, dômes, clochetons, cam- tion raisonnée des chefs-d'œuvre de l'antiquité; elle se développa normalement, sans heurts ni troubles, dans un perpétuel et constant effort vers une expression nouvelle de la beauté; elle se termina, non pas dans le déclin d'une sénilité débile, mais dans le pur épanouissement d'une maturité qui n'avait pas déchu. Non content de bâtir, Palladio, dans un livre qui eût suffi à immortaliser son souvenir, légua à la postérité le secret de sa science. En vérité, si la religion du Beau avait comme celle du Bien ses saints et ses apôtres, Palladio, plus que tout autre, mériterait l'auréole.

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L'ART ET LES ARTISTES Il naquit à Vicence en 1518. Ses origines sont assez obscures. D'après Tremanza, son meilleur biographe, la condition de ses parents était modeste et il fut, dès l'adolescence, employé à d'humbles labours. Néanmoins, il faut croire que sa vocation se manifesta de bonne heure, car c'est parmi les pierres du palais Cricoli en voie d'érection que le découvrit le poète Giangiorgio Trissino. Palladio, dit-on, remplissait l'office de scarpellino (1). Peut-être maniait-il le ciseau avec une dextérité particulière; peut-être avait-il déjà exécuté quelqu'une de ces ébauches qui décelent l'embryon d'un talent. Quoiqu'il en soit, Trissino, le dramaturge à la mode, l'auteur applaudi de Sophonisbe, le Mécène érudit et délicat, remarqua le jeune homme et s'intéressa à lui. Il devait lui ouvrir les portes de l'avenir. Ce fut vraisemblablement vers 1530 que cette rencontre eut lieu. On assure que, frappé des dispositions et de la sagesse précoce de son protégé, Trissino lui donna ce nom de Palladio d'une étymologie si caractéristique et qui, de ce fait, ne serait pas un nom de famille. Ce n'est là sans doute qu'une tradition, mais elle est fort conforme à l'esprit du temps. En 1530, Trissino avait figuré avec honneur dans la suite du pape Clément VII au couronnement de Charles-Quint. La faveur du pontife le laissant libre d'agir à sa guise à Rome, où, d'ailleurs, il jouissait déjà de la réputation la plus flatteuse, il emmena Palladio à la Ville Eternelle et y fit exécuter pour lui des fouilles qui mirent à jour des débris enfouis depuis quinze siècles. Le futur architecte trouva ainsi une matière toute neuve d'études et de travaux. Non seulement il copia ces fragments, mais il eut encore l'heureuse idée de reconstituer en plans, coupes, élévations les édifices dont ils avaient fait partie. Sous son crayon résurrecteur renaquit la capitale des Césars. Ces dessins furent gravés plus tard (1547) et répandus dans toute l'Italie. Il est à présumer que la fortune sourit vite à Palladio. Un portrait que peignit de lui Bernardino Licinio en 1541, le montre sous un riche costume, un anneau d'or orné d'un gros diamant au doigt, entouré des attributs de son art, bref dans tout l'appareil d'un maître. A cette époque en effet, Palladio avait bel et bien conquis la maîtrise. Il avait élevé à Lonedo une fastueuse maison de campagne pour un riche seigneur, Girolamo de Godi; il se préparait à en commencer une seconde pour le comte Jacopo Angarono. Le grand-duc de Toscane lui demandait les dessins d'un vaste palais qu'il se proposait de lui faire bâtir. C'est alors qu'il fut chargé par sa ville natale d'une entreprise particulièrement difficile, qui allait une fois pour toutes mettre à l'épreuve son habileté de constructeur et dont la réussite devait consacrer à jamais son renom. Il y avait à Vicence, au centre même et sur la place principale de la cité, un monument qui se trouvait dans un singulier état d'abandon. C'était la Basilique, l'antique Palažzo della Ragione. Commencé en 1222, élevé dans le style gothique, il avait été successivement témoin de la tyrannie des Ezzelins et de la domination non moins violente des Padouans; puis, les Scaligers étaient venus et, enfin, Venise, dispensatrice d'un gouvernement meilleur et plus favorable au développement des arts. Les événements de ces périodes diverses, fécondes en vicissitudes de toutes sortes, avaient fort endommagé le palais. En 1443, il tombait en ruines. Un décret du doge Foscari enjoignit aux Vicentins d'avoir à le restaurer sans tarder. De nouveaux fondements furent posés et le bâtiment s'éleva rapidement. Il faut croire que ceux qui furent chargés de l'ouvrage n'avaient pas toutes les connaissances requises, car, au bout de sept ans, les murs s'affaissèrent. Le désastre fut réparé. En 1477, le vaste parallélogramme formant le corps de l'édifice était achevé: on mit dix-sept ans encore à le revêtir extérieurement de loges. La Basilique terminée, on établit devant elle une large place en jetant à bas plusieurs maisons. Deux ans après, en 1496, les loges, en grande partie, s'écroulèrent. Les Vicentins firent alors appel à l'expérience d'Antonio Riccio, architecte de la République, auteur de la façade intérieure au Palais des Doges et de l'escalier des Géants. Ce choix ne fut pas heureux. Riccio dilapida l'argent confié à sa garde et s'enfuit en 1498, accusé d'avoir volé 10.000 ducats. Les Vicentins se tourneront vers Giorgio Spaventa qui s'était signalé dans la construction des Procuraties de Saint-Marc et avait réparé la salle du Grand-Conseil, au Palais Ducal. Spaventa fit un projet de consolidation qui fut accueilli favorablement. Mais la guerre que Venise eut presque aussitôt à soutenir contre la Ligue de Cambrai remit les choses en suspens. En 1538 Sansovino vint à Vicence pour examiner les travaux. Serlio, Sanmicheli, Jules Romain s'y rendirent ensuite les uns après les autres et présentèrent des dessins qui ne furent pas approuvés. Cependant, ce qui restait debout des loges menaçait de s'effondrer. On était en 1545. Palladio, dont la gloire naissante attirait déjà l'attention, fut consulté à son tour. Il proposa sans hésitation (1) Tailleur de pierre.

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ANDREA PALLADIO de démolir les vieilles loges et de les remplacer par de nouvelles de sa propre invention. Son projet fut adopté en 1549: il ne devait être exécuté totalement que soixante-cinq ans plus tard. Palladio, qui mourut en 1580, n'assista donc pas à l'achèvement de son œuvre; toutefois, ce qu'il en put voir suffit à le tranquilliser sur l'avenir. Il écrivait vers 1570 dans son traité Les Quatre Livres de l'Architecture: « On remarque à Vicence une Basilique dont les portiques d'alentour sont de ma composition : à mon avis, cette fabrique est comparable à celles des Anciens et digne d'être considérée comme une des plus grandes et des plus belles qui aient été faites depuis eux tant pour la forme et la richesse de ses ornements que pour la matière qui est une pierre vive très dure dont les assises ont été jointes et posées avec toute la diligence possible ». Palladio revêtît donc le vieux colosse gothique d'une somptueuse parure de loges classiques. La fusion des deux styles était si parfaite, la concordance des différentes parties entre elles si absolue que l'harmonie de l'ensemble paraissait tenir du miracle. A ce prestige de la difficulté vaincue, l'architecte avait su joindre les grâces d'un art élégant autant que majestueux par la superposition de deux ordres, l'un dorique et l'autre ionique. L'ornementation était sobre. L'aspect général était néanmoins d'une grande richesse et d'une légèreté extraordinaire due à l'originalité des proportions ainsi qu'à une adroite répartition des pleins et des creux qui se faisaient réciproquement valoir. La Basilique palladienne fut regardée comme une merveille bien avant que la dernière pierre en eût été posée. Les artistes venaient de toutes parts en admirer les plans et suivre la marche des travaux comme ils allaient à Rome s'instruire à l'école de Michel-Ange, continuateur de Bramante, de Raphaël, de Péruzzi et d'Antonio de San Gallo dans la construction de l'église de Saint-Pierre. Vers 1549, on retrouve Palladio à sa Ville PALAIS PORTO-BARBARAN (VICENCE)