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L'ART ET LES ARTISTES
7e ANNÉE
N° 84
ART ANCIEN ART MODERNE
ART DÉCORATIF
REVUE
D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES
DIRECTEUR-FONDATEUR:
ARMAND DAYOT
MARS 1912
ABONNEMENT (UN AN)
FRANCE... 20 FR.
ÉTRANGER 25 FR.
RÉDACTION ET ADMINISTRATION
23, QUAI VOLTAIRE PARIS
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L'ART ET LES ARTISTES
PRIX DU NUMÉRO :
- FRANCE .. Net 2.00
- ÉTRANGER.. Net 2.50
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire : FRANCIS DE MIOMANDRE
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 84
- LA PEINTURE ALLEMANDE: Premier article (22 illustrations) .. .. .. LÉON ROSENTHAL
- L'IMAGIER MOSSA (7 illustrations).. .. .. .. .. .. .. .. ROBERT DE LA SIZERANNE
- L'ART DÉCORATIF: Les Meubles et la Décoration en Angleterre (1680-1800) (10 illustrations).. .. .. .. .. .. .. .. LÉANDRE VAILLAT
- Le Mois artistique (2 illustrations), par F. M.; Le Mouvement artistique à l'Etranger: Allemagne, Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER; Espagne, par J. CAUSSE; Italie, par R. CANUDO; Orient, par ADOLPHE THALASSO; Echos des Arts (1 illustration); Bibliographie.
Hors-texte en couleurs: Tranquillus (aquarelle), par G.-A. Mossa.
Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de o fr. 5o en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain.
Les articles publiés par l'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés.
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J. ALLARD
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Echos de la Mode
Bien que Mars soit réputé le plus traître de tous les mois du calendrier, on ne lui fait pas moins bon accueil, et en son honneur, on endosse prestement les petits costumes dégagés qui affirment le départ de l'hiver et les chapeaux fleuris qui sentent le printemps.
Pour dégagés, ils le sont, nos costumes !... Pour fleuris, ils le sont, nos chapeaux !... et l'ensemble, quoique un peu étriqué, n'a pas mauvaise grâce. Tout cela possède un air de vivacité, de jeunesse, d'endurance à faire croire que toutes les femmes trottent d'un pied agile, sur leurs talons pointus, sans s'inquiéter des lustres plus ou moins nombreux qui s'alignent sur leur extrait de naissance.
D'ailleurs, de gré ou de force, il faut bien qu'elles se résignent, les malheureuses ! à ne jamais sembler vieilli, puisqu'on ne leur reconnaît plus le droit de porter robes et coiffures assorties à leur âge. Qu'elles soient fatiguées, souffrantes, fanées, grisonnantes, peu importe, il existe un uniforme général qu'on adopte depuis sept ans jusqu'à... je n'ose préciser, dans la crainte de paraître citer des personnages Bibliques, dans le genre de Sarah, qui faisait la jeune mariée, à quatre-vingts ans.
Enfin, voilà, c'est la mode ! Il n'y a plus de vieilles femmes que chez les Iroquois, pour faire la soupe ; et plus de vieilles dames qu'en province, pour jouer au loto. Quant à Paris, centre lumineux, il veut ignorer ce fâcheux article, vêtu de robes dans lesquelles on peut s'introduire sans passer au laminoir et coiffé de chapeaux qui n'ont pas l'air de sortir d'un magasin d'accessoires pour Opéra-Bouffe.
Sur ce sujet, cependant assez sérieux pour une fraction importante de l'espèce féminine, les couturiers font la sourde oreille. Ils ne veulent pas admettre la délimitation des années et, tout en se gaussant par derrière de leurs victimes affublées en trottins, ils continuent à les rendre ridicules des pieds à la tête. Oh ! ces jupes courtes bridant sur de pauvres grosses chevilles rhumatisantes, ces jaquettes étroites comprimant comme une ceinture orthopédique des rondeurs vénérables, ces décolletes indiscrets et, couronnant le tout, ces bonnets de pitre sur des cheveux qui gagneraient joliment à rompre tout commerce avec la chimie !!
Grand'maman, l'aimable grand'maman a disparu, muée en une fausse duégne peu agréable à voir,... quel dommage !... Messieurs les couturiers, rendez-nous là, je vous assure que son absence se fait sentir dans les familles et que tout le monde vous en saura gré.
Une coquetterie fort répandue est celle de posséder de beaux cils longs et touffus, ainsi que des sourcils bien arçés, épais et brillants. Rien de plus légitime, car cette beauté a le double effet très appréciable de contribuer à l'harmonie du visage et de donner aux yeux la plus charmante expression, à la fois douce et profondée.
Malheureusement, ce charme est fragile. La poussière, la fatigue, les veillées, un peu d'irritation des paupières et voilà la chute, ou tout au moins la sécheresse des cils et des sourcils auxquels on ne peut rendre leur vitalité qu'avec des applications de Sève Sourcière. Tout à fait inoffensif, ce produit agit énergiquement. On le trouve à la Parfumerie Ninon, 31, rue du Quatre-Septembre, au prix de 5 fr. et 5 fr. 50 franc.
CHRYSANTHÈME.
Questionneuse à R. — Oui, Fleur de Pêche est une poudre de riz excellente, fine et parfumée aux essences de fleurs exotiques. Blanche, rosée, naturelle ou bise, elle vaut 3 fr. 50 et 4 fr. 50, à la Parfumerie Exotique, 35, rue du Quatre-Septembre.
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SOCIÉTÉ ANONYME
FONDÉ EN 1863
Capital entièrement versé : 250 millions
Siège Social : LYON, Palais du Commerce
Succursale : PARIS, Boulevard des Italiens
Dépôts de fonds à vue et à échéance fixe
Ordres de bourse (France et Étranger)
Avances sur titres
Depôts de titres
Escompte et encaissement de coupons
Envois de fonds en France et à l'Étranger
Change de monnaies étrangères
Lettres de Crédit pour voyages
Souscriptions
Dépôts de bijoux, argenterie, etc.
Assurances
Garantie contre les risques
de non vérification des tirages
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COMPTOIR NATIONAL D'ESCOMPTE
DE PARIS
Capital : 200 millions de francs
SIÈGE SOCIAL :
Rue Bergère
SUCCURSALE :
2, Place de l'Opéra
Président du Conseil d'Administration :
M. ALEXIS ROSTAND, O. *
Vice-Président, Directeur :
M. E. ULLMANN, O. *
Directeur, Administrateur :
M. P. BOYER, *
OPÉRATIONS DU COMPTOIR
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Le COMPTOIR NATIONAL D'ESCOMPTE délire des Lettres de Crédit circulaires payables dans le monde entier auprès de ses agences et correspondants ; ces Lettres de Crédit sont accompagnées d'un carnet d'identité et d'indications et offrent aux voyageurs les plus grandes commodités, en même temps qu'une sécurité incontestable
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Installation spéciale pour voyageurs -- Emission et paiement de Lettres de Crédit -- Bureau de change -- Bureau de poste
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ANTEPENDIUM DE SOEST
LA PEINTURE ALLEMANDE
PAR
LÉON ROSENTHAL
L'ALLEMAGNE a joué, dans l'évolution de la peinture moderne, un rôle tout à fait secondaire. Si les artistes de l'Italie et des Flandres n'avaient pas existé, l'histoire de l'art européen en eût été profondément modifiée; la disparition de l'Allemagne aurait été à peine ressentie. Les peintres allemands ne nous instruisent guère que sur eux-mêmes: ils nous révèlent, il est vrai, un des côtés les plus curieux et les plus riches de la pensée germanique.
On ne les aborde pas sans difficulté. Ils ont des allures très particulières que les plus grands d'entre eux ont rarement dépouillées. Il faut se familiariser avec les formes dont ils s'enveloppent; l'idée ou le sentiment qu'ils expriment sont le plus souvent aussi d'intelligence malaisée. Près de ces maîtres laborieux nous éprouverons peu de joies spontanées, mais, si nous ne nous laissons pas rebuter, l'effort qu'ils nous coûteront recevra sa récompense certaine.
Les Allemands qui ont peu donné ont, en revanche, beaucoup reçu. Depuis les époques les plus lointaines, ils ont demandé aux autres peuples les éléments de leur vocabulaire. Ils ont pris de toutes mains: à Rome, à Byzance, à l'Orient, aux Flandres, à l'Italie, à la France. Il semble que, réduits à leurs propres forces, ils n'auraient pas trouvé de langage pour s'exprimer.
Ils manifestent pourtant, dans l'adaptation des éléments étrangers, quelques tendances persistantes. Ils ont, de tout temps, eu une prédilection pour «le tissage des fils enchevêtrés, la complication de nœuds inextricables, la combinaison de lignes ondulées, tournoyantes, répétées à l'infini». Ils ont un sentiment de la forme qui nous paraît lourd, barbare, inélégant, ce qui veut dire qu'ils ne conçoivent pas la beauté comme les peuples de race ou de culture gréco-latine. La couleur, ils l'aiment violente et fortement contrastée et, par là encore, ils choquent notre besoin de transitions et de nuances. Ils usent, d'ailleurs, de la couleur comme à regret et ne lui attribuent presque toujours qu'une signification subordonnée.
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L'ART ET LES ARTISTES
MAITRE INCONNU — LA LÉGENDE DE SAINTE URSULE (DÉTAIL)
Surtout ils ne semblent jamais complètement à leur aise; ils ne parviennent pas à dire tout ce qu'ils voudraient; ils insistent, s'évertuent ou grimacent : dans leurs moments les plus heureux d'expansion il demeure quelque trace de gêne ou de gaucherie; on dirait qu'ils portent des vêtements d'emprunt.
Mais cette pensée, qui ne sort jamais complètement, offre le plus haut intérêt. Elle est multiple et féconde. Sensible au mouvement, à l'action, au drame, elles ingénie en développements variés, tumultueux, véhéments, pour exprimer la vie. L'Allemand, qui parle avec peine, est préservé des dangers qui menacent le virtuose: il ne se produit pas pour se faire valoir, l'art ne lui apparaît pas comme un jeu. Il se sert de la peinture pour traduire son âme, profond parfois, toujours sincère. Il faut qu'il ait une vérité à proclamer: il fait acte religieux, exalte la bourgeoisie laborieuse et puissante, combat pour l'idée nationale ou célèbre le culte de la vie. Sa pensée est complexe, elle ne se présente jamais sous forme d'idée pure, elle se subdivise et se contourne, s'enveloppe d'un réseau touffu de sentiments. Sentimental et chimérique, épris de fantastique, bercé par des rêveries vagues, l'Allemand essaye, par l'art le plus écrit, de fixer l'infini et l'insaisissable.
L'Allemand dépense un effort âpre pour maîtriser la forme, il demande à la page peinte d'interpréter ses plus secrètes intentions; il ne peut considérer l'art comme une chose de peu de prix. Il l'étudie avec une ardeur hardie et sagace. Les esthéticiens, les philosophes allemands ont affirmé, les premiers, l'importance essentielle des phénomènes esthétiques et l'Europe, qui ignorait les peintres de l'Allemagne, s'est inclinée devant l'autorité de ses théoriciens. Il n'est pas, d'autre part, de pays où les études d'histoire de l'art soient poursuivies avec plus d'intensité et de méthode, où les publications artistiques soient si nombreuses, si luxueuses, si répandues.
Les Allemands prennent volontiers un air d'assurance, mais ils ont, en réalité, peu de confiance en eux-mêmes. Leurs peintres, selon les époques,
MAITRE INCONNU — LE CHRIST EN CROIX
(VERS 1400)
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LA PEINTURE ALLEMANDE
se sont inclinés devant la supériorité de leurs voisins les plus brillants. La succession des influences dominantes suffirait à elle seule à déterminer des périodes dans l'histoire de la peinture germanique. Les révolutions politiques qui ont fait, tour à tour, de l'Allemagne une des moindres puissances de l'Europe ou l'une des plus fortes, ont eu un retentissement direct et profond sur les arts. L'Allemagne, d'autre part, n'a jamais été un pays unitaire. L'évolution artistique y a été très complexe : des écoles locales y ont vécu côte à côte, sans qu'à aucune époque, ni lointaine ni présente, l'une d'elles imposât aux autres son hégémonie. Cette vitalité touffue n'est pas pour faciliter le travail des historiens.
Nous examinerons successivement : la période médiévale ; le quinzième siècle ; l'épanouissement au début du xvie siècle et Dürer ; Holbein ; la décadence aux xviiie et xviiiie siècles ; la renaissance du xixe siècle ; les écoles contemporaines.
I PÉRIODE MÉDIÉVALE. MANUSCRITS ET PEINTURE MONUMENTALE.
Les origines et les premiers progrès de l'art germanique demeurent enveloppés d'un mystère profond. L'ingéniosité des érudits ne peut suppléer à la disparition des documents et les questions que nous suggérerait la curiosité ne reçoivent pas de réponse. Nous ne savons ni comment l'art naquit dans les pays où devait se constituer l'Allemagne, ni quels en furent les plus anciens foyers. Les influences qui présidèrent à ses premiers pas échappent à l'analyse. Les traditions antiques, les idées et les symboles chrétiens, le génie des races du nord, les infiltrations orientales et l'exemple des Byzantins ont certainement collaboré à son éclosion, mais nous ne saurions dire en quelle mesure.
Pendant cinq siècles, les manuscrits à miniatures nous renseignent seuls sur les idées artistiques germaniques ; à partir du xe siècle il s'y joint des fragments de peintures murales. Les manuscrits, jusqu'au douzième siècle, sont l'œuvre exclusive des moines ; les plus riches étaient destinés à des princes, les autres étaient conservés dans les couvents. A certaines époques, ils comportent comme unique parure des lettres ornées ; à d'autres moments, des compositions couvrent des pages entières : le Christ, les évangelistes, des scènes sacrées, y sont représentés avec un art maladroit, rudimentaire parfois mais très souvent expressif.
On classe les manuscrits par leurs dates et on les groupe en familles selon leur provenance. Ils soulignent l'influence civilisatrice de Charlemagne. A cette époque, la région du Rhin est prospère. La civilisation ne s'étend guère à l'est au-delà de la Weser, elle présente les mêmes caractères essentiels sur les territoiresquell'Allemagne et la France se partageront plus tard.
La restauration de l'Empire par Henri l'oiseleur donne une impulsion nouvelle ; c'est la renaissance othonienne dont le principal centre fut l'abbaye de Reichenau sur le lac de Constance et qui fut encouragée surtout par l'archevêque de Trèves, Egbert.
Au xive siècle, les pays rhénans passent au second plan. L'Allemagne se différencie des pays de l'ouest, des écoles se créent ou se développent en Westphalie, en Saxe, dans le Sud ; l'influence byzantine s'accentue. Cette influence, prépondérante au xive siècle, cédera le pas, à la fin de ce siècle même, à l'autorité de l'école des miniaturistes parisiens, arrivée à son apogée sous saint Louis et qui impose à l'Allemagne le style gothique.
En même temps, une révolution s'opère dans la confection et dans la destination des manuscrits.
MAITRE WILHELM
LA VIERGE A LA FLEUR DES POIS
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L'ART ET LES ARTISTES
STEPHANE LOCHNER — LE JUGEMENT DERNIER
Les copistes ne sont plus des moines, mais des laïques ; ils ne travaillent plus exclusivement pour les couvents ou les princes. Les ouvrages s’adressent à une classe sociale nouvelle, la bourgeoisie, et cessent d’être uniquement religieux : ce sont des chroniques, des livres de droit, des romans ou des recueils de poésie. Le peuple même réclame un aliment et on copie, à son usage, des Bibles des Pauvres, des Miroirs du Salut Humain. L’illustration se fait plus libre, plus actuelle. Un souffle nouveau d’émancipation passe sur la Germanie.
Les manuscrits jalonnent, pour nous, ces siècles de formation. Ils ne nous consolent pas de la disparition des peintures murales qui couvraient palais et églises. Ces peintures, des textes nous l’attestent, avaient une variété de sujets, une richesse de développements que les manuscrits n’offrent pas. Destinées à fournir aux foules un enseignement permanent, elles avaient une envergure dont les manuscrits sont dépourvus.
On les croyait, jusqu’à ces dernières années, totalement détruites. Quelques morceaux avaient, fort heureusement, échappé sous le badigeon, à la ruine et, dégagés depuis peu, ils méritent notre attention, tant par leur rareté que par leur valeur propre. Le plus ancien a été retrouvé en 1880 dans l’église d’Oberzell, dans l’île de Reichenau. C’est un ensemble, remarquablement conservé, qui développe sur les parois d’une nef simple un cycle complet de décoration. Le Jugement dernier y est représenté, et les miracles du Christ s’y déroulent avec une grande gravité et un sentiment très vivant. L’artiste a une science très courte : il ignore perspective et proportions ; sa palette est réduite à quatre couleurs : vert, bleu, rouge et ocre ; il ne soupçonne pas l’art du modelé et, comme les miniaturistes, comme tous ses successeurs jusqu’au xve siècle, il se contente, après avoir marqué les traits et dessiné les plis des draperies, de remplir les contours avec des teintes plates ; mais il use avec tant d’ingéniosité de ces éléments pauvres qu’il parvient à nous toucher. Sa pensée et son art se rattachent d’ailleurs étroitement aux traditions des enlumineurs de son temps et son œuvre présente des ressemblances étroites avec un manuscrit de Reichenau, le Codex Egberti.
A Burgfelden en Souabe, des peintures plus hésitantes offrent, à côté d’un Jugement dernier, le repas du riche et sa mort, la mort de Lazare, le bon Samaritain, première indication de sujets que reprendront les imagiers du xiniè siècle.
Du xiiè siècle, nous conservons au dôme de Brunschwig une Danse d’Hérodiad’s d’une maladresse précieuse ; Hérodiad’s danse en véritable
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LA PEINTURE ALLEMANDE
acrobate, le pein- tre l'a habillée avec une horreur pudique du nu.
Les peintures de Soëst, en Westphalie, ont d'autant plus d'intérêt qu'elles s'échelonnent sur plusieurs périodes. L'abside du clocher de Saint-Patrocle y reçut, au xvi^e siècle, une décoration solennelle et grave. La chapelle de Saint-Nicolas fut, au siècle suivant, revêtue de peintures que complètent des vitraux.
Les peintures exécutées, vers le milieu du xiii^e siècle, à Gurk en Carinthie, à l'extrémité des pays germaniques, tranchent avec celles que nous venons d'évoquer par la beauté et la sûreté de l'ordonnance, le charme plastique : on y sent l'action très proche de l'Italie.
Une frise du Dôme de Munster, où l'on voit des paysans apporter des présents à l'église, a, pour nous, la nouveauté d'introduire des personnages contemporains dont les allures ont été observées avec une grande justesse.
Enfin les peintures qui enrichirent les édifices laïques : palais, hôtels de ville ou maisons de bourgeois ne survivent que par quelques fragments du xiii^e et du xiv^e siècles,
STÉPHANE LOCHNER — L'ADORATION DES MAGES (PARTIE CENTRALE DU DOMBILD)
recueillis au Musée de Cologne, et par un exemple unique de décoration demeurée en place, au château de Runkelstein. Cette décoration du xiii^e siècle avait été restaurée dès le xvi^e, mais elle conserve un haut intérêt car elle représente, avec une naïveté très fidèle, une ronde de seigneurs et de dames accompagnés par un groupe de musiciens.
Miniatures et peintures murales ne furent certainement pas les deux seules formes prises par l'image peinte pendant cette longue période. La peinture tabulaire ne fut pas ignorée et nous en trouvons le témoignage dans les devants d'autel (Antependiums) de Soëst et de Goslar.
L'Antependium de Soëst, que conserve le Musée de Berlin, juxtapose trois scènes des évangiles composées sous la leçon des byzantins et offre le contraste d'ignorance extrême et d'un instinct sûr d'élégance molle et de richesse.
Ainsi nous devi-nons quelles furent, depuis le jour où ils devinrent chrétiens jusqu'à la fin du xiv^e siècle, les pensées que les Germains traduisirent en images, idées uniquement religieuses jusqu'au xiii^e siècle et, depuis lors, mêlées de préoccupations mon-
STÉPHANE LOCHNER L'ANNONCIATION (DÉTAIL DE LA FACE EXTERNE DES VOLETS DU DOMBILD)
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