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ART et le BEAU Juin 1906 N° 6 Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique --- Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. Prix net 5 Fr.; Étranger, 6 Fr.
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ART et le BEAU Juin 1906 N° 6 Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique --- Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. Prix net 5 Fr.; Étranger, 6 Fr.
L'ART ET LE BEAU REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE. N° 6 JUIN 1906. Ire Année. Numéro consacré à Félicien Rops --- Abonnement et Vente 10, Rue du Mont-Thabor. Téléph.: 156-38. Conditions de l'Abonnement Paris: 1 an 28 fr.; six mois 14 fr. Départements: 1 an 32 fr.; six mois 16 fr. Etranger (Union Postale): 1 an 34 fr.; six mois 17 fr. Publicité Librairie artistique et littéraire 10, Rue du Mont-Thabor. --- Ferments Organiques Duvivier Traitement Radical des Maladies: de Poitrine, Tuberculose, Phthisie Pulmonaire C tarrhes invétérés. LABORATOIRE ET COMMANDES 3, rue Emile Gilbert PARIS GARE DE LYON Téléphone 931-03. Champagne et grands vins mousseux. Maison fondée en 1875. BALANDIN FRÈRES & CIE. Medaille d'Or 9 rue d'Aubervilliers 9 PARIS XIXe 1er Prix Exposition de Liège 1965. Diplôme d'Honneur GUERISON RADICALE des névralgies, maux de tête, maladies du foie et de l'estomac, constipation, goutte, rhumatismes Par les PILULES DE LONGUE VIE Préparées par J. GARNIER pharén, 45, rue de Boulainvilliers, PARIS Envoi franco contre Mandat-Poste de 2 Francs. --- EAU DE SUEZ Le Seul DENTIFRICE ANTISEPTIQUE Combinée d'après les découvertes de Pastreau, elle désigne la Médecine de la carte, CONSERVE LES DENTS. Le Seul Dentifrice gérissant les Maux de Dents POUDRE et PATE de SUEZ EN VENTE PARTOUT Machine à écrire "UNDERWOOD" à Écriture visible La plus rapide La plus solide La plus simple La plus complète La plus pratique Télèph. 295.74. École de Dactylographie et de Sténographie Maison principale: 36 Boulevard des Italiens, PARIS --- LA DUTAURINE PEINTURE HYDROFUGESIGNIFUGE SOUS MARINE LA SEULE TENANT SUR LE GOUDRON ET SUR TOUS LES CIMENTS 3 Rue de Châteaudun BOULOGNE (Seine) --- Institut des nouveaux Formolateurs. Traitement des maladies des voies respiratoires par une méthode spéciale basée sur l'emploi du Formol. Mardi - Jeudi - Samedi de 5 heures à 7 heures. 11 bis, Rue d'Edimbourg. Téléphone 546-42.
L'ART ET LE BEAU LA FEMME À LA FOURRURE. Félicien Rops --- P élicien Rops! A ce nom, c'est dans la mémoire toute une nuée d'images qui se lève et qui bourdonne comme un essaim d'abeilles; c'est hors la poussière de la mémoire, comme une fuligineuse colonne qui se dresse, s'approche, se tord, accourt avec des vitesses de trombe et jette sous le regard du souvenir des grappes d'êtres aux formes nobles, aux yeux fixes, et des cortèges violents, comme ceux des damnés de l'enfer du Dante, plus douloureux, plus tragiques, plus lamentables encore, puisqu'ils descendent sous le vent furieux du désir, sous le fouet de la passion charnelle, toute la spirale sans fond de la lassitude humaine. On entend des râles et des rauquements, et des halètements et des murmures, des rumeurs d'orage et des cris de bêtes en folie. On entend aussi des rires et des tintinnabulements de clochettes, car sur le passage des grands protagonistes de son drame multiple, Rops a disposé ses fous; les grelots de leurs bonnets et de leurs marottes s'éveillent au moindre rire qui secoue la panse et agite les carillons sans fin de ces bouffons. Quand on discerne mieux, et que le tourbillon des formes que l'artiste a suscitées de son impulsion s'apaise, le paysage que Rops vous a laissé dans l'esprit, qui s'y crée d'une synthèse de son œuvre, apparaît, enfermant des villes aux rues populeuses, des beffrois, dans lesquels le diable s'agite, et à côté, dans la banlieue maudite de ces cités de débauche, ce sont des coins sinistres et désolés. Cette forme blafarde, c'est l'échafaud sur les montants duquel une femme exaspérée ulule et pleure ses morts; cette autre, c'est un sphinx de basalte noir aux yeux de feu, au flanc duquel se tord une femme qui lui demande vainement son secret. Un frôlement vous épouvante et des ombres puissantes passent à votre droite et à votre gauche, souples, silencieuses, rapides comme de grands vols d'oiseaux de nuit; se sont des monstres qui tombent à côté
L'ART ET LE BEAU LASSATA. --- HYMÉNÉE. --- de vous. Satan, en traversant le fleuve d'une enjambée, les lance dans l'espace parmi les toits de la ville ; ils y trouveront bon accueil ; si la nuit n'était si profonde, ou si l'œil humain pouvait concevoir l'irréel, vous le verriez,lui-même, Satan et ses jambes maigres et ses lourds sabots, ses longs bras décharnés,ses yeux de feu sous son large chapeau noir; mais si vous le voyiez, vous croiriez que c'est une image de votre rêve, une ébauche de votre spleen, comme vous attribueriez à votre mémoire le flamboi de ces vitraux d'un laboratoire de savant. Pourtant s'ils s'empourprent, et si à leur rougoiement succède une pâleur comme sulfureuse, c'est que du grand miroir placé en face du vieil et calme incantateur, vient de surgir, ardente et pâle sous le hennin, détachant son manteau qui se dentèle comme les ailes membraneuses de la chauve souris, une reine de la nuit et du passé, une admirable Ysabeau, aux yeux profonds comme ceux d'une Hérodiade et qui dresse, vivant, le charme nivelé d'un corps qui est resté superbe malgré qu'elles soient lointaines, les neiges d'antan que de son vivant, en attendant que montât vers elle l'amour des beaux cavaliers, elle regardait tomber de la verrière d'une tourelle, en un palais magnifique et décrié. Si ces diableries vous étonnent et que vous refusant à regarder vers ce ciel de mauvaises féeries l'air lourd et noir de la cité se remplir de chimères, vous tenez les yeux obstinément fixés vers la terre, les reflets des trottoirs polis vous paraissent luisants d'une pareille lumière, bizarre, à la fois crue et sourde. Et si vous voulez voir d'où tombe cette lumière, vous verrez que des milliers de lampes éclairent de sombres corridors, où grimacent des masques pâles ; et le pas automatique des promeneuses des ryddecks, leurs yeux vagues dans le masque blafard, le rire muet des lèvres trop rouges, le sourire maniaque, les yeux trop luisants au regard mort, les démarches onduleuses et sèches à la fois, comme de mannequins qui seraient gracieux, et les bruits de musiques enfantines et barbares, les gros chants sentimentaux vous rendront plus âcres les paroles violentes, qui comme des oiseaux noirs, volètent lourdement, croassent et se cognent aux murs, bruyamment, au fond de ce cloaque, le pour-
L'ART ET LE BEAU 103 rissoir de la cité. Vous fuyez et non sans avoir heurté le calvaire emblématoire ou une femme est crucifiée, que tient vivante la force du désir, vous vous trouverez au bout d'une allée silencieuse, sur une vaste échappée d'air, parc, place ombreuse, bois sacré et vous verrez la statue d'un merveilleux androgyne dont les doigts errent sur les cordes d'une grande lyre; et les cordes de cette lyre semblent monter jusqu'au ciel. Cette admirable personnification de la poésie, est-ce donc la divinité de cet endroit tumultueux? est-ce cette forme que vénèrent ces buveuses d'absinthe , appuyées contre la porte de ce bal public, les yeux cernés, l'air minable, la bouche hébétée, dans un pauvre costume qui semble de l'oripeau de carnaval, tant la monomane qui le porte est absente du lieu et de l'heure? Détrompez-vous ! Voici le cortège de Pornocratés qui vient. Incarnant la beauté et la force de la bestialité, souriante, sereine, les yeux bandés comme la fortune, la déesse passe ; elle suit tranquille le cochon qui la guide et qu'elle tient mollement en laisse. Elle est nue, sauf des bas bien tirés, des gants bien ajustés, une ceinture légère, un collier, et des tulles frissonnants à son chapeau. Elle est la déesse et la personification de la luxure, et c'est elle qu'on vénère dans la cité. La forme blanche qui tient la grande lyre, seuls la discernent et l'entendent les poètes pieux ennemis du sommeil, ennemis aussi de la bêtise au front de taureau qu'a chantés cet ami de Rops, qui fut un peu son maître, Charles Baudelaire. Cette cité de cauchemars et de luxe cache dans ses faubourgs d'autres statues, et des monuments adressés à d'autres divinités. Voyez ce dessin : la Pudeur de Sodome. La Muse de Rops, cette robuste figure, dont il orne la nudité, de ceintures et de bracelets, à qui il jette si bizarrement, au dessous des reins, le masque de velours de l'hypocrisie, écarte les voiles d'un singulier sanctuaire. Devant un horizon de tours phalliques, de sphinx énigmatiques et mitrés à l'équivoque beauté, la statue de Joseph Prudhomme se dresse, épaisse, mammaire; comme la statue de la Venus de Milo, elle est sans bras; une tiare bizarre, un gorgerin d'un goût égyptien sertissent cette face lourde, aux lignes impérieuses quoique fléchissantes, aux yeux fixes sous les lunettes bonasses. La poitrine trop gonflée se continue en un corps gras et lourd qui s'achève en pattes de faune. Qu'y-a-t'il, parmi ces hautes tours, parmi ces allées de sphinx, sinon la route du palais d'hypocrisie. Ailleurs, c'est l'acceptation plus tranquille de l'amour et de la vie. Les amants de la Messe de Gnide s'avancent fiers de la beauté de leur corps, manifeste parmi les bandelettes légères et les voiles transparentes qui sont leurs uniques seuls vêtements, vers l'autel de la Venus Paienne; des enfants de chœurs les suivent, joviaux et joyeux, gourmands, espiegles, curieux comme de petits clercs émancipés. L'homme couronné de fleurs, présente d'un geste grave l'Eve de son désir à la déesse étendue sur un grand lit triomphal, sculpté de colombes. La déesse est indolente, elle ressemble un peu à cette beauté qu'a forgé dans son rêve Baudelaire. Elle hait le mouvement qui déplace les lignes, mais elle n'a point aux regards les grands éclats qu'y voulait voir le poète. Elle garde ses yeux clos, et sa main tient d'un geste coquet la branche fleurie qui est son sceptre. La tranquillité des allures est ici libertine mais point luxuriouse. Dans la cité de Rops, il y a les bouges et les boudoirs, et voisinent tous les autels.
L'ART ET LE BEAU LES FILIATIONS. Il est bien peu d'artistes à propos de qui en établissant les filiations et les points de contact avec les prédécesseurs, il faille inscrire d'abord un nom de poète, et ici, non seulement l'occasion est bonne, mais la vérité l'impose. Alors que Rops, jeune et inconnu rencontra Charles Baudelaire, celui-ci avait déjà publié les Fleurs du Mal; les longues conversations que le poète et le peintre graveur eurent ensemble, à Bruxelles, alors que le poète s'y exaspérait de ses ennuis et de son inaction forcée, alors que s'exacerbant de la vie si lourde et si difficile il causait plus à cœur ouvert et à avec moins de personnes que dans sa vie de Paris, ces entretiens furent pour Rops, pris en affection par Baudelaire, une série d'horizons brusquement dévoilés. Les dialogues devant les pintes d'étain, dans cette taverne noire et enfumée à l'enseigne du Prince de Galles, où fréquentait Baudelaire, rendirent sans doute, au jeune artiste à qui Poulet-Malassis commandait quelques vignettes grivoises, le service de la mise en contact avec un génie pareil au sien et déjà tout développé. Sans doute, le terrain était merveilleusement préparé. Rops, très lettré, bon humaniste, élève des désuites, farci d'une certaine érudition, curieux des littératures dites de décadence, était tout apt à comprendre le Fransiscæ mea laudes de Baudelaire, comme son tour d'esprit ironique et voluptueux le mettait de plein pied avec les pièces des Epaves; il était très capable d'en dégager tout de suite le rayon de tristesse. Mais eut-il cherché à arracher du rêve et de la douleur à ces excessives Kermesses des sens, se fut-il magnifié jusqu'au grandiose, le souvenir et la vision de ces ripailles dont les vieux maîtres flamands lui laissaient le beau fantôme, et dont il avait pu suivre les vivantes gaietés, si Baudelaire ne lui avait dessillé les yeux selon son regard? Au moins y eut-il été aussi vite prêt, ce romantique, qui auparavant n'est pas peu fier de quelque semblant d'origine hongroise, et tout en riant quelque peu avec Grécourt, est tout prêt à caracoler, à piaffer vers la fantaisie légère selon Gavarni et vers la causticité d'un Monnier qu'il rendrait plus lyrique. En tous cas, lorsqu'il rencontra Baudelaire, celui-ci dut lui parler de Poe, de l'Homme des foules, et aussi de sa forte et personnelle conception du monde telle que la donnent les Fleurs du Mal et aussi de Constantin Guys dont il dut lui montrer les précieux dessins. * Eugène Demolder qui connaît bien son Rops et lui a consacré
L'ART ET LE BEAU LA FOIRE AUX AMOURS. une très pénétrante étude lui attribue comme ancêtres picturaux Watteau, Goya, Breughel et les vieux Flamands. Henry Detouche qui a beaucoup causé avec Rops y ajoute Dürer. Rien de mieux, mais, autant que d'un Gavarni, le dessin qui porte comme légende « Monsieur, vous avez pris la taille à ma femme — Monsieur, fouillez moi, je n'ai rien pris, » ce dessin relève de l'esthétique de Guys. Que Rops, comme à Baudelaire, ne lui doive pas plus que des indications, soit ! Que plus tard, par un phénomène inverse quel- ques dessins de Rops aient pu avoir à leur tour une influence sur Guys, c'est possible ! Mais la similitude existe entre les deux maîtres (et c'est Guys qui a commencé) dans leur recherche obstinée et profonde du masque du plaisir sur les faces, et aussi leur tendance à rechercher pour les peindre, les marchés du vice les plus humbles et les plus bizzarres. Guys ne s'y consacra pas tout entier et garda quelque attention pour le luxe et le beau décor de la vie, moins il est vrai, de jour en jour à mesure qu'il vieillissait. Félicien Rops a toujours été infiniment plus complexe. La différence encore c'est que Guys s'est fait avec le temps, sans trop insister sur la culture de ses très beau dons, un métier amusant, savoureux, incomplet, génial mais limité ; tandis que Rops sait tout ce qu'on peut savoir et que les impressions multiples qu'il reçoit, il les traduit d'une infinie variété de moyens, peintre vigoureux à la manière d'un Manet, portraitiste parfois avec la verve contenue d'un Degas, mariniste au moins égal à un Boudin, et dès qu'il rencontre le corps humain sous son pinceau, sous son crayon, sous sa pointe, interprète de premier ordre sachant tout le dessin, profond dans l'invention, épique dans le rendu, plus grand que Guys, mais n'étant pas sans avoir été informé du puissant labeur de cet étrange et taciturne artiste. Ce sont d'ailleurs des types également nouveaux dans l'Art que Rops et Guys. On a dit de Guys que s'il s'était plu à l'étude de la foule, ce n'était point en vignettiste amusé de sa bizarrerie, mais à la manière de l'observateur angoissé qui interpréta l'Homme des Foules, de l'écrivain qui suivait un mélancolique amoureux de la lumière pour savoir de quoi et comment il souffrait, et le pourquoi dououreux de l'adhésivité de ce contemplateur morose à tout ce qui était du bruit, de l'aspect de vice et de plaisir,
L'ART ET LE BEAU LE BUVEUR. (De Tyl Ulenspiegel.) du remous de passants. On a dit sa joie amère à voir passer en détail les personnages de l'époque oppressive, en énumérer les fastes, en peindre les cortèges et visiter en contraste les pauvres refuges des humbles, et y assister longuement aux joyeux passages des étudiants et des soldats, à la solennelle entrée des notaires! On a dépeint Guys assis là, qui séparent les deux artistes, et noter encore une fois la supériorité technique de l'art de Rops, il faut l'envisager comme plus grand que Guys. Mais ils devaient apparaître ensemble ou à peu près, car ils vont au même but : formuler des âmes, formuler des âmes modernes, et ils eurent la même ambition tous deux, soit de juxtaposer à ce long métier de la peinture, où il est si difficile de conserver durant de longs travaux sa fraîcheur d'impression, un art plus libre et plus facilement fragmentaire, une manière concise de présenter les plus beaux effets de cette vie moderne qui les captivait tant, tous les deux ; le dessin et l'aquarelle chez Guys, le dessin, l'eau forte, l'aquarelle chez Rops leurs servent également à continuer le grand effort de Daumier vers la modernisation en même temps que la bonne vulgarisation de l'art. Ces feuilles légères qu'éparpillent les tirages à nombre limité mais considérable, ces dessins ou ces eaux-fortes, de Rops attaquées sur le cuivre directement, sans esquisse, ces labours brefs à techniques simplifiées, permettant les réalisations rapides ; c'est au premier chef de l'art moderniste, traité avec des procédés modernistes. Nos démocraties ont accueilli et accueilleront avec plus de faveur encore ces formules d'art à dispersion prompte et à diffusion rapide et sans doute, à ce point de vue, le postérité rangera Rops, parmi les précurseurs. Peut-on ranger parmi leurs points de contact que Guys ait vécu des années de jeunesse en pays Zélandais, là ou Rops ira passer tant de belles et fécondes vacances ? Quoique né à Flessingue, Guys est d'origine française, provençale. Rops né à Namur, est (Demolder en a fait la démonstration) de race flamande. Toute la vérité veut donc qu'on établisse entre Jérôme Bosch et Rops, entre Steen et Rops des parentés. Il n'est pas eux, il n'a pas la grosse folichonnerie grasse et bariolée de Bosch ; a-t-il moins de mouvement que Steen ? mais Steen possède une belle et forte simplicité que ne pouvait garder Rops. Entre le temps de Steen et celui de Rops bien des choses ont eu lieu ; la franche jovialité de Steen est impossible à un homme qui a lu tant de livres romantiques, qui a écouté tant de musique romantique, qui ne se plaît point aux tavernes à femelles ou il faut enjamber les ivrognes et les grosses commères, mais qui va observer le vice des grandes HOLOCAUSTE. dans un coin, un minuscule carnet de notes au creux de la main, comme une manière de Faust à la Kermesse, soucieux de noter tout ce mouvement, peut-être espérant voir un jour passer dans ces riddecks sombres quelque fille à la beauté pure comme celle de la grande Hélène et qui serait comme un lys magnifique, éclos de cette pestilence. Les mêmes réflexions pourraient s'appliquer à Rops à sa recherche du caractère de la physionomie féminine. Mais s'il y a entre eux des similitudes qu'il y a de différences. Guys ne déshabille guère : ses filles portent comme un uniforme le costume de la lorette ou celui de la gigolette. Dans les jardins d'amour, les Paphos vulgaires, les Crémornes, les Valentinos, les Idalies, les Bulliers, il suit l'histoire des danses spéciales, depuis les anciennes, aux préludes timides, où la danseuse pinçait modestement sa jupe lourde avant de menacer les lustres de la pointe de sa bottine, jusqu'aux plus récentes : depuis la Tulipe orageuse et la valse particulière, échevelée du bal BULLIER, jusqu'au chahut dont sa longévité lui permit de constater l'avènement. Guys est un reporter de la vie du vice ; quelquefois il suit ses modèles. Sa Femme au fichu jaune, on la trouve à de nombreux dessins ou aquarelles, toujours avec un costume un peu différent, caractéristique d'une montée en grade dans la hiérarchie des courtisanes ; à l'un de ces dessins elle apparait hésitante, débutante avec des allures encore ancillaires, à un autre aquarelle on la retrouve pimpante, aménisée, glissant pour ses emplettes vers quelque magasin de fanfreluches. Guys nous décrit par le détail des vies de grisettes. Rops a d'autres soucis. Guys est un reporter de la rue et du Bois. Rops pense surtout à l'alcove, Guys est un réaliste ; Rops est surtout un lyrique. Sans insister sur les différences de métier AKEDYSSERIL.
$\text{CANICULE.}$ $\text{M. Berger}$ $\text{1832}$
L'ART ET LE BEAU DANS LA PUSTA DANS LA PUSTA le mot « vernis mou » vocable inintelligible pour le plus grand nombre, plein de mystère pour ceux qui essaient d'en extraire un sens pratique ! non qu'il s'agisse d'une invention nouvelle, puisque dès le commencement du XVIIe siècle, Abraham Bosse écrivait un traité de la gravure enseignant à se servir de tous vernis durs et mols . . . . . mais si la théorie est enfantine, la pratique est infiniment délicate. Avec Courboin, avec Rassenfosse, Rops à sans cesse pioché la formule du « vernis mou », jusqu'à ce qu'il ait trouvé de concert avec Rassenfosse un produit qui l'ait satisfait, et qu'il puisse écrire : « Il faut voir, je le dis sans fausse modestaillerie, quels vernis mous on faisait avant moi ! Franchement, j'ai créé un art charmant qui n'existait pas . . . . --- villes que captive non plus les complaintes joyeuses des villageois, mais la musique nerveuse et capricieuse des tziganes. C'est un éclaircissement sur le caractère de Félicien Rops et très précieux que les phrases qu'il écrivit (car il écrivait et fort bien) sur les tziganes et leur musique « le tzigane musicien est aussi insoumis, que le zèbre, le nègre marron, le Lapon et le Norval des banquises polaires. Il est bohémien d'instinct et de goût de vie, quand il ne l'est pas de race. Il faut le voir chez lui, sous ce ciel ou se reflète déjà l'Asie, excité par les vins chauds et capiteux de son pays, entouré de gens qui l'aiment, lui plaisent, dont il interprète les idées ». vous trouverez ce développement, la manière de poème en prose que Rops consacre aux tziganes et à leur musique dans l'étude d'Eugène Demolder sur Félicien Rops (Trois Contemporains); à le lire, on comprend que Félicien Rops soit cet homme à qui on demandait un jour quel était le summum du bonheur humain, et qui répondait « Recevoir une belle commande et ne point y satisfaire » il était surtout épris de caprice et de liberté, et de cette perfection dans l'art qu'on atteint qu'en étant libre. « J'ai eu du talent, a dit Baudelaire... parce que j'ai eu des loisirs. » --- L'HOMME. C'était un laborieux et un fécond ; cette expression autrefois trouvée pour Alexandre Dumas père « c'est une force de la nature » s'applique bien à Rops, mieux même à lui qu'à d'autres, car l'énorme labeur de Rops, en même temps qu'ardent, est méticuleux, et toujours il est parfait. Parmi l'essor prodigue d'une fantaisie qui multiplie les lithographies, les eaux-fortes, les pointes sèches, tous ces travaux difficiles et minutieux avec le nombre, le faste et l'aisance dont un autre accumulerait les croquis, Félicien Rops trouve le temps de perfectionner le métier du graveur, de se livrer à des recherches patientes sur les vernis; comme les primitifs broyaient leurs couleurs et se préparaient les matériaux de leur peinture, Félicien Rops prépare les ingrédients de sa gravure. Debout à côté de sa presse, auprès de sa lucarne, tel que le représente le portrait de Mathey, il demeurait des heures de longue séance. M. Erastène Ramiro dans le beau livre qu'il a consacré à Félicien Rops a donné les renseignements les plus curieux sur le travail technique de Rops. « Il était rare, dit-il, qu'une conversation avec Rops, même brève, n'amenaît point sur ses lèvres, LA DAME AU PANTIN.
L'ART ET LE BEAU «C'est que, ne fait pas qui veut du vernis mou ! Nous en savons quelque chose. Mais nous allons arriver à en faire comme l'on dessine sur le papier. C'est là le vrai but. Nous deviendrons des maîtres en l'art d'engraver en imitation de crayon.» Il fut grand travailleur, et on conçoit que cet acharnement à accumuler les minutes au profit de l'art, se rencontrant chez un artiste doué de toutes les fécondes ressources de l'improvisateur, et à qui de fortes études permettaient d'aller vite, ait amassé une œuvre très considérable. Est-ce à croire qu'il n'aît connu que les heures ou le crayon va comme tout seul, sous la flambée d'une inspiration du moment, les minutes d'exubérance et de magnifique plénitude créatrice. Il écrira: «Pour faire qui vaille, si peu que cela soit, il faut que je m'enferme, avec le modèle, que je sois seul avec mes défaillances, mes peurs de cette sacrée cochonne de nature, qui me flanque le trac, comme si j'étais un débutant. Et cela à chaque séance. Quand ma poseuse me fait dire qu'elle ne peut venir, je pousse un ah! de soulagement. Si vous saviez comment je travaille péniblement c'est à me prendre en pitié.» Ceci fut sans doute écrit à une période d'hésitation où le travail lui était pénible, où il se violentait à tirer de lui son rêve de luxe moderne, a créer les symboles et les visions lyriques, les grandes pages littéraires de son œuvre; il avait aussi des moments de claire fécondité et de travail, pour ainsi dire, uni, auprès de la mer du Nord, alors qu'il se reposait de sa transcription de la vie des grandes villes par ses calmes MASQUES PARISIENS.

Cette revue mensuelle illustrée de la beauté plastique, "L'Art et le Beau", publie dans ce numéro de juin 1906 un dossier consacré à l'artiste Félicien Rops. L'ouvrage explore ses œuvres, ses influences et sa place dans l'art de son époque, le comparant notamment à des artistes comme Baudelaire, Guys, et les vieux maîtres flamands.