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ART et le BEAU Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique Avril 1906 No 4 Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. — Prix net 2 Fr. 50 ; Étranger, 3 Fr. --- Rabat Mastor
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ART et le BEAU Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique Avril 1906 No 4 Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. — Prix net 2 Fr. 50 ; Étranger, 3 Fr. --- Rabat Mastor
L'ART ET LE BEAU REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE. N° 4 AVRIL 1906. Ire Année. --- SOMMAIRE: Page. --- Page. --- La vie parisienne (De la politique et de l'amour) --- La Pudeur de la Beauté. Par Guy de Téramond 62 --- La vie littéraire et théâtrale --- Amours et Psychés. Par Mary-Gill 64 --- Expositions --- Conte antique. Par Henri de Pesquidoux 72 --- Chronique de la mode --- Sonnet à une Blonde 78 --- Le Rêve de Glycère 80 --- CHEMINS DE FER D'ORLÉANS EXCURSIONS aux Stations Therales et Hivernales des Pyrénées et du Golfe de Gascogne ARCACHON, BIARRITZ, DAX, PAU, SALIES-DE-BÉARN, etc. Tarif spécial G.V. n° 106 (Orléans). Des billets d’aller et retour, avec réduction de 25% en 1re classe et de 20% en 2e et 3e classes, sur les prix calculés au tarif général d’après l’itinéraire effectivement suivi, sont délivrés toute l’année, à toutes les stations du réseau de la Compagnie d’Orléans pour les stations thermales et hivernales du vesseau du Midi, et notamment pour Arcachon, Biarritz, Dax, Guéthary (haite), Hendaye, Pau, Saint-Jean-de-Luz, Salies-de-Béarn, etc. Durée de validité: 33 jours (non compris les jours de départ et d’arrivée). --- BILLETS D’ALLER ET RETOUR DE FAMILLE Pour les Stations Therales et Hivernales des Pyrénées et du Golfe de Gascogne Arcachon, Biarritz, Dax, Pau, Salies-de-Béarn, etc. Tarif spécial G.V. n° 106 (Orléans). Des billets de famille, 1re, 2e et 3e classes, comportant une réduction de 20 à 40%, suivant le nombre de personnes, sont délivrés toute l’année, à toutes les gares du réseau d’Orléans, pour les stations thermales et hivernales du Midi, sous condition d’effectuer un parcours minimum de 300 kilomètres (aller et retour compris), et notamment pour Arcachon, Biarritz, Dax, Guéthary (haite), Hendaye, Pau, Saint-Jean-de-Luz, Salies-de-Béarn, etc. — Durée de validité: 33 jours (non compris les jours de départ et d’arrivée). --- EXCURSIONS en TOURAINE, aux CHATEAUX des bords de la Loire et aux Stations balnéaires de la ligne de SAINT-NAZAIRE au CROISIC et à GUÉRANDÉ Tarif spécial G.V. n° 5 (Orléans). 1<sup>re</sup> CLASSE 86 fr. --- PREMIER ITINÉRAIRE --- 2<sup>e</sup> CLASSE 63 fr. --- 1<sup>re</sup> CLASSE 54 fr. --- DEUXIÈME ITINÉRAIRE 3<sup>e</sup> CLASSE 41 fr. --- Durée 30 jours. --- Paris. — Orléans. — Blois. — Amboise. — Tours. — Chenonceaux et retour à Tours. — Loches et retour à Tours. — Langeais. — Saumur. — Angers. — Nantes. — St-Nazaire. — Le Croisic. — Guérande et retour à Paris via Blois ou Vendôme, ou par Angers et Chartres, sans arrêt sur le réseau de l’Ouest. --- Pierrefitte-Nestalas. — Mont-de-Marsan. — Tarbes. — Bagneres-de-Bigorre. — Bagnères-de-Luchon. — Pierrefitte-Nestalas. — Pau. — Puyôo. — Bayonne. — Dax (ou Puyôo, Dax). — Bordeaux. — Paris. --- Paris. — Orléans. — Blois. — Amboise. — Tours. — Chenonceaux et retour à Tours. — Loches et retour à Tours. — Langeais et retour à Paris via Blois ou Vendôme. --- VOYAGES dans les PYRÉNÉES Tarif G.V. n° 105 (Orléans). La Compagnie d’Orléans délivre toute l’année des billets d’excursion comprenant les trois itinéraires ci-après, permettant de visiter le Centre de la France et les Stations thermales et balnéaires des Pyrénées et du Golfe de Gascogne. PREMIER ITINÉRAIRE --- DEUXIÈME ITINÉRAIRE --- TROISIÈME ITINÉRAIRE --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Mont-de-Marsan. — Tarbes. — Bagneres-de-Bigorre. — Montréjeau. — Bagneres-de-Luchon. — Pierrefitte-Nestalas. — Pau. — Puyôo. — Bayonne. — Dax (ou Puyôo, Dax). — Bordeaux. — Paris. --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Mont-de-Marsan. — Tarbes. — Pierrefitte-Nestalas. — Bagneres-de-Bigorre. — Bagnères-de-Luchon. — Toulouse. — Paris (via Montauban, Cahors, Limoges ou via Pigeac, Limoges). --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Dax. — Bayonne. — Pau. — Pierrefitte-Nestalos. — Bagneres-de-Bigorre. — Bagnères-de-Luchon. — Toulouse. — Paris (via Montauban, Cahors, Limoges ou via Pigeac, Limoges). --- Durée de validité: 30 jours (non compris le jour de départ). PRIX DES BILLETS. — 1re classe: 163 fr. 50 c. : 2e classe: 122 fr. 50 c.
L'ART ET LE BEAU No 4. --- Abonnement et Vente:10, Rue du Mont-Thabor.Télèph.: 156-38. --- Conditions de l’AbonnementParis: 1 an 28 fr.; six mois 14 fr.Départements: 1 an 32 fr.; six mois 16 fr.Etranger (Union Postale): 1 an 34 fr.; six mois 17 fr. --- PublicitéLibrairie artistique et littéraire10, Rue du Mont-Thabor. --- Avril 1906. --- LA VIE PARISIENNE. DE LA POLITIQUE ET DE L’AMOUR. Qui donc oserait, aujourd’hui, affirmer encore que les Parisiennes ne se passionnent que pour les futilités de la vie galante ou élégante, et qu’elles manquent de bon sens et de nerf lorsqu’il s’agit des graves problèmes de la politique, de la protection de la liberté humaine, de tout ce qui agite la susceptibilité des consciences? . . « La Parisienne n’est qu’un chiffon vibrant, » hurla un jour, du haut de la chaire de la Madeleine, je ne sais plus quel moine exaspéré par toutes sortes de jeunes. Je suis bien persuadée que ce père sévère a changé complètement d’opinion; et, enfermé au fond d’une cellule il doit croupir pour expier son péché sur le dur lit des remords les plus cuisants. Oh! non, la Parisienne n’est pas seulement un chiffon qui vibre, c’est une âme capable de s’épouvoir avec enthousiasme, lorsque ses convictions sont blessées, lorsqu’on attende à toutes les susceptibilités qu’elle perpétue autour de sa jolie pensée de la même façon qu’elle entretient autour de sa mignonne personne l’exaspérant parfum de sa beauté et de son éternelle fraîcheur. Tout le bruit commis autour des églises a révolutionné l’existence des plus égoïstes coquettes; les paysans qui se sont soulevés dans les campagnes et se sont armés de fourches et de faux, pour chasser les malheureux fonctionnaires chargés d’établir le bilan des biens de l’Église, font l’admiration de toutes. Elles rêvent de Jacquerie sous cette gueuse de République qui fait des siennes. Et de tous côtés, on annonce pour la semaine de Pâques, des manifestations monstres auxquelles seront conviés les pétrousquins de Privas et des Vendées; les gracieuses baronnes de la rive gauche préparent les allocations qui seront prononcées; on s’est assuré de quelques jours bien pensants; Arthur Meyer est tout dévoué aux futures œuvres de propagation de la foi, et le duc d’Orléans a envoyé une parcimonieuse subvention. A cause de mes opinions bien connues, à cause de mes relations très amicales avec M. Le Saurec aussi, j’ai été conviée, ainsi que mon protecteur à une réunion chez la frouffontante duchesse de X . . . réunion où devait être débattue, réglée, la défense générale contre les monstres qui conduisent le char de l’État. J’ai passé une des plus délicieuses soirées de ma vie à écouter le programme de la lutte. La baronne R . . . grand général de l’œuvre, a été d’une netteté et d’une loyauté admirables. Ah! elle n’a pas été par quatre chemins pour exposer ses plans de combat et pour reconnaître l’inanité des efforts qui seront accomplis! En quelques lignes, voici: Tout ce que nous ferons ne servira à rien. Au fond, ces histoires-là nous sont égales. Les croyances religieuses, c’est du luxe; nous aurons toujours le moyen de nous payer la fantaisie de prier le bon Dieu. Mais la République est une organisation qui manque de chic; M. Loubet manquait d’allures, M. Fallières n’est guère distingué. Tous nos hommes d’état sont à peu près du même acabit. Voici le printemps, sortons dans la rue, poussons à la rue la foule qui a si grand besoin de prendre l’air. A la foule, a la foule, ça lui fera du bien; et nous, ça nous amusera. On chantera des cantiques sur les boulevards; le peuple échangera des horions avec la police: c’est toujours très drôle. Il y aura quelques bonshommes d’arrêtés et qui seront condamnés, le lendemain en correctionnelle, tout comme un comte de La Rochefoucauld; ça les embêtera, certainement, tout autant que le comte est embêté de sa ridicule aventure, mais ils seront ravis tout de même parcequ’ils se figureront avoir accompli un beau geste. Et nous aurons passé quelques bonnes heures qui auront détourné le spleen que fait planer sur nos fronts l’ombre d’Algésiras. Le gouvernement n’accomplit rien pour distraire le peuple, substituons nous à lui en organisant des fêtes bruyantes, et nous aurons gagné, en même temps que des distractions peu banales, quelques bonnes indulgences qui nous entr’ouvriront les portes du Paradis . . . La Baronne R . . . pendant une grande heure, tint à peu près ce langage. Et, ma foi, dans son joli décolleté qui laissait voir les plus luxuriants seins qui soient dans le noble faubourg, elle avait de la ligne et une certaine grandeur. Tout le long de sa harangue, elle ne dit pas plus de bêtises qu’on est accoutumé d’en entendre, soit au Palais Bourbon soit au Sénat, et, de plus, elle eut le mérite d’être jolie . . . et de montrer, non sans coquetterie, qu’elle n’apportait pas une grande importance à tout ce qui sortait de sa mignonne bouche rougie au carmin et qui souriait tout à fait délicieusement avec un air de se ficher du monde que je n’ai jamais vu nulle part. Le propre des femmes du monde qui font de la politique est de mépriser justement la politique même. Elles s’y livrent comme, parfois, elles acceptent une place dans un jeu enuyeux. Mais toujours, elles savent se sauver du côté grotesque qui envahit presque toujours les hommes. D’ailleurs, les femmes du monde qui sont vraiment des parisiennes, en n’importe quelle circonstance ne sont jamais ridicules. Un tact naturel, une instinctive finesse les protègent sans cesse. Si loin qu’elles sachent aller, elles ne vont jamais trop loin. Et, lorsqu’elles affrontent le scandale, la plupart du temps elles en sortent sans s’être irrémédiablement blessées. Ainsi, la semaine dernière, à propos de son divorce, on a vu la comtesse Ella étager les unes sur les autres toutes les infidélités de son mari, prouver qu’elle avait été la femme la plus trompée de Paris, sans perdre si peu que ce soit de sa dignité. Elle se plaisait à exiber ses infortunes avec une simplicité orgueil-leuse, et on avait le sentiment que c’était justement dans leur grand nombre qu’elle puisait le droit de rester hautein. J’ai passé, dernièrement, quelques heures avec une jeune femme qui vient d’être abandonnée pour une gourmandine par son mari; j’ai gardé l’impression que le mari était bien plus à plaindre que cette femme qui avait su manifester une toute à fait sincère expression de délivrance. De plus en plus, d’un autre côté, dans le clan des excentriques qui font carrément la fête, on met en pratique la théorie des apparences sauvées: on peut tout accomplir à condition qu’on ne se compromette jamais. C’est ainsi qu’on encourage les folies de Mme de B . . . , cette blonde américaine récemment remariée, parce qu’elle se maintient, avec une inlassable habileté, sur l’étroite limite qui sépare les femmes légères des femmes tarées. Jamais aucun clown n’a montré une telle perfection dans l’art de garder l’équilibre. Toutefois, en ce moment, il faut bien reconnaître, malgré le printemps, Paris est sage. Il règne un indéfinisable malaise dans la haute société. Toutes sortes d’inquiétudes arrêtent les élans qui voudraient se produire. C’est un méchant printemps. Les cœurs sont enveloppés de tristesse, comme, certains jours, le soleil est ceint de nuages. Le rire est rare. Sans savoir pourquoi, je subis moi-même l’influence de cette griserie, j’ai tâté des femmes qui frôlent la politique, j’ai touché des femmes qui se contentent d’être des femmes aimables, et je reste légèrement boudeuse, en compagnie de M. Le Saurec, qui, de plus en plus, ressemble à M. Combes avec sa barbie blanche, son grand nez coloré, ses épaules voûtées, et sa démarche ratatinée. Je vous l’affirme, Paris souffre en ce moment d’une crise de nerfs . . . mais, n’est-il pas vrai que le monde entier est atteint du même mal? Un jeune homme très gentil et qui faisait mes délices par sa conversation vient de rejoindre le cuirassé où il sert comme enseigne . . . Il m’a fait ses adieux avec une voix trop grave . . . Une pointe de mélancolie monte dans le ciel à travers un voile épais qui sent lourdement la poudre . . . . LYONNE DE LESPINASSE.
L'ART ET LE BEAU LA VIE LITTERAIRE ET THEATRALE. Il y a des gens pour qui la loi semble n'exister point. Ils s'en moquent comme de leur première paire de chaussettes, encore qu'ils ne soient arrivés à Paris en sabots. Mr. Heurteau, le directeur de la Compagnie d'Orléans est de ceux-là. Monsieur Heurteau n'ayant plus la douce occupation de sucrer les honnêtes filouteries de feu Cronier avec les millions de ses actionnaires, daigne s'intéresser maintenant aux bibliothèques de ses gares — ce qui est moins coûteux pour eux... les pôvres! Il s'est réveillé un matin critique et moraliste, et d'un trait de plume, aujourd'hui, il décide que certains livres, certains journaux, certaines publications, n'auront plus accès sur les quais de son réseau. ANDRÉ BRULÉ. YVONNE DE BRAY. BARON FILS. ANNA JUDIC. LE BOURGEON. (Vaudeville.) Mr. Heurteau fait son sucré et le sel gaulois lui produit un effet laxatif. Tout cela est fort bien. Ce n'est jamais moi qui protesterai contre la disparition de certains journaux, de certains livres qui n'ont avec la littérature qu'un rapport des plus vagues, et qui étalent dans les kiosques des dessins d'une gravelure n'ayant pas même l'excuse d'être spirituelles, donnant en pâture à leurs lecteurs de la prose qui n'a pas même le vague mérite d'être écrite en français des Batignolles ou de Montparnasse. Un coup de balai, de temps en temps, là-dedans est salutaire et c'est une mesure d'hygiène publique que personne ne peut blâmer. Seulement sous ces réserves, il ne serait peut-être pas inutile de demander au Directeur de la Compagnie de P.O., ce qu'il pense de la liberté de la presse? Car, qu'il le veuille ou non, il y a une loi sur la presse, loi comprenant un certain nombre d'articles applicables sur le territoire français. Or, je ne suis pas curieux, mais — comme dit la chanson — je voudrais bien savoir où Monsieur Heurteau a pris son droit de veto contre certaines publications qui lui déplaisent? Quel est le texte qui autorise cet honnête citoyen à faire l'office de gendarme, de procureur, de juge et d'exécuteur de ses œuvres? Moi qui croyais naïvement au contraire que toute usurpation de fonction publique était punie par le Code! La vente des publications dans les gares est un monopole. A quel titre s'y vient mêler Monsieur Heurteau? Voyez-vous que dans mon quartier j'émette la prétention d'interdire la vente de certaines allumettes, sous prétexte que je leur trouve de l'obscénité?... Et puis, d'ailleurs, quand j'en verrais dans leur forme et dans leur couleur, qui m'autorise à m'ériger censeur de la morale publique?... Est-ce qu'il n'y a point des tribunaux qui jugent et punissent tous les attentats contre celle-ci? Laissons-leur cette besogne... C'est une besogne utile, mais dont nous n'avons point à nous mêler. Et tant qu'un tribunal n'a point imprimé au front d'un homme le mot de voleur, n'a point déclaré une publication immorale, nous n'avons point le droit de porter publiquement sur l'un ou sur l'autre un pareil jugement. Si nous le faisons néanmoins, cela s'appelle une diffamation; Mr. Heurteau, malgré l'amitié célèbre de Cronier, n'est pas assez puissant pour l'oublier. Il viendra bien un jour, où avec un peu d'entente et d'initiative, on le lui fera savoir. Les artistes révoltés contre de pareils procédés viennent déjà de fonder le ligue pour la liberté de l'art. C'est un premier pas. Espérons que cette ligue se mettra bientôt à l'œuvre et rappellera les Heurteau et Compagnie au respect des justes lois! Beaucoup de livres, ces temps-ci, peu d'intéressants. On se plaint de la crise de la librairie. Que messieurs les romanciers commencent dirait Alphonse Karr. Citons: Les grands bourgeois d'Abel Hermant qui s'est spécialisé dans ces études mondaines à public restreint mais sûr; une Plage d'amour, un nouveau chef d'œuvre d'ironie et de bonne humeur de Willy; l'Ivraie de Jean Niscary, une œuvre pleine de charme, de poésie saine; les Roquevillard un récit tragique, rapide et saisissant d'Henry Bordeaux, ardent admirateur de la tradition qui pour lui est presque la base de toute morale, de toute valeur individuelle; Will, Trimm et Co de Kistemakers, le livre de l'année le plus gai, le plus franchement amusant, le plus original sur l'automobilisme, Le devoir d'un fils de Mathilde Alanic, d'un style élégant, limpide et simple; Rina par Paul Brulat, cruelle et navrante histoire où se déploie le plus grand talent de l'auteur de la Gangue si ridiculisé par une publicité imbécile d'éditeur. Ce livre est d'une puissance d'humanité extraordinaire, d'une force rare, d'une admirable profondeur d'idées. Quand au théâtre, plus. Le Bourgeon malgré un sujet scala première effarouche santes. Georges Feybrûlé; c'est toujours vif de l'auteur de tant drôles. L'Attentat de guère réussi. Ce pauvre m'a l'air irrégulière-ce n'est pas le fait de lâche, des Maîtres de Panine qui le sortira crité. Aussi attend-on fameux Chantecier qui et qui ne viendra peut-être jamais. Mettez vous à la place d'Edmond Rostand: c'est dur, quand on a fait Cyrano et l'Aiglon, d'aller ce casser le nez à faire dialoguer un merle avec une pintade ou flirter un paon avec une dinde. Qu'y-a-t-il encore? Sous l'Epaulette une pièce forte qui continue sa belle carrière; rappelez-vous le succès de la Retraite; ce sont des sujets qui portent toujours sur l'âme des foules. Dans Glatigny il y a glas. Blaguons les vaudevilles, mes frères, car ils ont plus de cent représentations et cela fait toucher ceux qui n'y arrivent point, par Sainte-Thérèse! La Piste dure toujours au Vaudeville avec Réjane et Brasseur. Au côté-car c'est signalons le gros succès de Tout le monde en partie la spirituelle revue de Trébla, à Ba-ta-clan et à l'Européen une opérante délicieuse en deux actes de notre distingué collaborateur Paul Bonhomme et de Madeleine Guitty qui attire le public tout les soirs dans le coquet music-hall de la place Clichy: Mominette. INTERIM. ABEL HERMANT WILLY BRASSEUR E. ROSTAND CATULLE MENDES
L'ART ET LE BEAU LA TRESSE NOIRE
L'ART ET LE BEAU LA PUDEUR DE LA BEAUTÉ À RENÉ EMERY. LE REGARD VERS L'ÉTOILE DU SOIR. Ligue officielle de la pudeur publique et porter sur elle des jugements si divers, selon les gens que j'interrogeais, — car, aux uns, elle avait fait trop de bien pour en dire du mal, tandis qu'aux autres, elle avait fait trop de mal pour en dire du bien, que je n'étais point fâché de pouvoir, par un heureux hasard, me rendre compte, moi-même, de son objectif intrinsèque, de son utilité pratique et de me faire à son sujet une opinion personnelle. Il y avait d'ailleurs énormément de monde sur les gradins, ce qui me porte à croire qu'il y a beaucoup plus de gens en France qu'on ne se l'imagine préoccupés de la morale — allez donc le dire à l'Angleterre ! — ou qu'une conférence gratuite par un temps de pluie (car il pleuvait abominablement ce jour là) dans un lieu bien chauffé, n'est pas sans charme pour les oisifs. Le public était, quant au reste, très mélangé : des soldats, des séminaristes, des magistrats, de vieilles dames, des enfants des patronnages, bref, toute une foule bigarrée à qui pouvait vraisemblablement s'appliquer le refrain philosophe du tourlourou Polin : Moi, faut peu de chose pour m'amuser ! à moins qu'ils ne fussent venus là par conviction ; il ne faut suspecter aucune bonne intention.
L'ART ET LE BEAU Quand j'entrai dans l'immense salle, à la tribune, un prêtre flanqué à droite d'un pasteur protestant, à gauche d'un francmaçon, sous la présidence d'un sénateur dont le nom m'échappe, tonitruait gravement contre l'obscénité qui, le doigt raccrocheur et l'œil en coulisse, guette, paraît-il, à chaque pas la pauvre humanité. Avec une éloquence chaleureuse, l'orateur flétrissait les marchands de cartes postales malpropres et les vendeurs des Filles de Loth ou de l'Examen de Flora, joie coupable de notre enfance dévergondée. Pour ma part, j'opinai. Tous les invendus de Bruxelles, toute la fabrication transparente d'Allemagne, qu'on débite chez nous sous l'étiquette trompeuse d'articles parisiens, nous ont donné un facheux renom d'immoralité que nous ne méritons point, car nous sommes encore le peuple le plus épris d'Art et de Beauté, le plus athénien, dans toute la magnificence de cette épithète. Cependant dans un large mouvement oratoire, le prêtre, se retournant vers l'admirable fresque de Puvis de Chavannes qui était au-dessus de sa tête, déclara solennellement, pour appuyer ses arguments, qu'il ne songerait jamais, par exemple, à incriminer de pareilles manifestations du talent humain. À ce moment un cri partit de l'une des loges d'en haut, cri étouffé de colère et de honte, poussé par une vieille femme congestionnée : — MAIS IL Y A DES GENS NUS ! Et c'était vrai. Dans la toile du maître, les personnages jouant, lisant, chantant, déclamant, ont le primitif costume du berger heureux de l'Arcadie. Cette indignation se répandit instantanément dans la salle, trouvant de l'écho sur tous les bancs. On eut dit que l'on venait de crier : au feu. Mille personnes hurlaient : — OUI, IL Y A DU NU ! Et le prêtre demeura bouche bée, le bras en l'air, dans son geste interrompu, en face de cette foule grondante qui venait de voir s'ouvrir devant elle les portes de l'enfer. Alors, je me suis levé et je suis sorti. Je n'avais plus rien à faire dans cette galère où, sous prétexte de protestation solennelle contre des licences problématiques et, en tout cas, mal définies, se donnait libre cours le courroux des hypocrites et des impuissants contre tout ce qu'il y a de beau, de noble et de pur dans l'Art. Non, il ne faut pas que nous laissions salir la Beauté par les injures des cagots et des cuistres ; il faut au contraire que nous proclamions de toutes nos forces son unité, son indivisibilité. Malgré eux, elle ne sera jamais ni ceci ni cela, mais toujours la Beauté, c'est-à-dire quelque chose d'intangible et d'éternel, au-dessus de tout et de tous. Et si, pour se délasser un peu en redevenant plus humain, l'Art qu'elle personnifie s'émancipait un peu, je préfère encore la morale ancienne qui ne s'indignait point que la vertueuse Pénélope folâtrât parfois avec son époux, au grand amusement des valets phrygiens qui regardaient par la trou de la serrure, Quantum precipue multivolvo est mulier . . . Guy de Térandon. LA STATUE DE LA MALICE.
L'ART ET LE BEAU AMOURS ET PSYCHÉS PAR MARY-GILL. Un membre de l'Académie des Beaux-Arts, QUATREMÈRE DE QUINCY, écrivait en 1796 : «Mille choses réunies ont concouru à faire de l'Italie une espèce de muséum général, un dépôt complet des objets propres à l'étude des arts. Ce pays est le seul qui puisse jouir de ce privilège proprement dit ; il le tient de la nature même des choses ; il le doit en grande partie à l'existence et à la conservation des monuments indigènes et des traditions de l'antiquité qui l'ont garanti de la contagion totale de l'ignorance et de la barbarie dont le reste de l'Europe fut infecté jusqu'au 16ème Siècle.» Cette opinion, méprisante pour notre vieil art national, dédaigneuse du prodigieux épanouissement de l'architecture comme de la statuaire du moyen âge, n'était pas exceptionnelle. Elle était l'expression du goût de l'époque, un retour aux conceptions académiques qui venaient, une fois de plus, d'étouffer l'aimable aussi bien que la plus noble indépendance de nos artistes. La personnalité de ceux-ci s'était cependant souvent manifestée sous la férule d'un Lebrun qui devait bien permettre quelques libertés, alors que d'autres étaient prises dans des limites qui allèrent s'élargissant sous la régence, jusqu'à cet art incomparablement gracieux du 18ème siècle. Mais la bourgeoisie triomphante coupait court à ces «fantaisies», qu'elle appelait dans ses gazettes «manifestations d'un art en décadence» tout en admirant sans réserve les pro-
PLAISIRS D'ÉTÉ.
L'ART ET LE BEAU --- PATOUL PSYCHÉ (Louvre). Un allemand, Winckelmann, dont la pensée, suivant l’expression de Courajod, est la clef intellectuelle de l’art français depuis la fin du 18ème siècle, l’avait formulée. Pour lui, le beau restait fort loin de la réalité vivante ; il était tout entier dans ce qu’il appelait l’inappropriation, c’est-à-dire en des formes plastiques qui ne sauraient appartenir en propre à telle ou telle personne. Les œuvres de l’antiquité que n’altérait pas l’expression d’un état d’âme, auxquelles ne se mêlaient ni passion ni sentiment purement humain, incarnaient seules l’éternelle beauté. Le triomphe d’une telle théorie condamne pour un temps nos sculpteurs à la production de types généraux, de pure convention. Va-t-il altérer le culte des formes féminines, pieusement conservé par les successeurs de Jean Goujon ? Et la Diane de Houdon, qui resplendit, éclatante de blancheur, dans le musée de l’Ermitage à St.Pétersbourg, qui se dresse au Louvre, impeccablement belle, en un bronze amoureusement caressé par le ciselet de l’artiste, sera-t-elle aussi bien que son ainée la chasseresse de Goujon, condamnée par l’impitoyable doctrine ? La toute gracieuse baigneuse de Falconet trouvera-t-elle grâce devant le tribunal de David — la fameuse « Société populaire et républicaine des Arts » qui, siégeant au Louvre, ne réclame --- CANOUA L’AMOUR ET PSYCHÉ AVEC LE PAPILLON (Louvre).

Cette revue mensuelle illustrée de la beauté plastique, "L'Art et le Beau", publie en avril 1906 des articles sur la vie parisienne, la politique et l'amour, la vie littéraire et théâtrale, ainsi que des réflexions sur la pudeur de la beauté et les amours et psychés. Elle aborde également des sujets comme les expositions et la mode, tout en incluant des publicités pour divers produits et services.