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ART de la BEAU Revue mensuelle illustrée de la beauté plastique 1906 Septembre No 9 --- Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. — Prix net 2 Fr. 50; Étranger, 3 Fr. --- Robert KASTOR

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L'ART ET LE BEAU REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE. N° 9 SEPTEMBRE 1906. 1re Année. SOMMAIRE: La mâle beauté par Guy de Téramond --- Page. --- Visions évoquées par Beethoven --- Page. --- Le nu chez les peintres contemporains --- par Gaston Derys --- par Gustave Kahn --- Abonnement et Vente: - 10, Rue du Mont-Thabor. - Téléph.: 136-38. Conditions de l'Abonnement - Paris: 1 an 28 fr.; six mois 14 fr. - Départements: 1 an 32 fr.; six mois 16 fr. - Étranger (Union Postale): 1 an 34 fr.; six mois 17 fr. Publicité Librairie artistique et littéraire - 10, Rue du Mont-Thabor. --- Ferments Organiques Duivier Traitement Radical des Maladies: de Poitrine, Tuberculose, Phthisie Pulmonaire C.tarrhes invétérés. LABORATOIRE ET COMMANDES 3, rue Emile Gilbert PARIS GARE DE LYON Champagne et grands vins mousseux. Maison fondée en 1875. BALANDIN FRÈRES & CIE. Medaille d'Or 9 rue d'Aubervilliers 9 PARIS XIXe 1er Prix Exposition de Liège 1905. Diplôme d'Honneur GUERISON RADICALE des névralgies, maux de tête, maladies du foie et de l'estomac, constipation, goutte, rhumatismes Par les PILULES DE LONGUE VIE Préparées par J. GARNIER pharén, 45, rue de Boulainvilliers, PARIS Envoi franco contre Mandat-Poste de 2 Francs. --- EAU... SUEZ Le Seul DENTIFRICE ANTISEPTIQUE Combinée d'après les découvertes de PASTKUN, elle détruit le Microbe de la carie, CONSERVE LES DENTS. Le Seul Dentifrice Permutateur Maux à Dents FOUDRE et FATE de SUEZ EN VENTE PARTOUT Machine à écrire "UNDERWOOD" à Écriture visible La plus rapide La plus solide La plus simple La plus complète La plus pratique École de Dactylographie et de Stenographie Maison principale: 36 Boulevard des Italiens, PARIS --- GUY DE TÉRAMOND LA BEAUTÉ DU NU Dans l'antiquité, la religion, la vie moderne. (Etudes physiologiques.) Ouvrage artistique illustré par le nu photographique d'après nature. 100 Etudes. Prix 5 fr. Paris Librairie artistique et littéraire 10, rue du Mont-Thabor.

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L'ART ET LE BEAU LE BAISER DANS LES AJONCS D'OR.

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L'ART ET LE BEAU LA MÂLE BEAUTÉ. LE BRIN DE VARECH monie de ses lignes est plus pure, les différentes parties de son corps sont mieux proportionnées. Il n'a pas de grâce, il a de la souplesse. Il n'a pas d'attirante mignardise, il a de la force et de la noblesse. Il n'a pas la joliesse des contours, il a de l'élégance, de la forme. Cette splendeur de la beauté mâle a été merveilleusement comprise par un savant allemand, Winkelmann, le premier archéologue qui ait étudié avec une méthode vraiment scientifique la statuaire antique. Sa description de l'Apolлон du Belvédère, ce symbole de la magnificence des formes masculines dans la perfection de leur esthétisme, est un véritable chef-d'oeuvre, et nous ne trouverions pas mieux pour exprimer l'admiration que mérite la beauté de l'homme, plus pure en elle-même, plus réelle, intrinsèquement dépouillée de tous les désirs qui nous poussent, aveuglés et affolés vers la chair de la femme. «Sa taille, écrit-il, est au-dessus de celle de l'homme, et son n y réfléchissant un peu, d'un esprit libéré de tout parti-pris, on pourrait assez justement affirmer que la beauté de la femme est essentiellement une création de notre imagination. Notre éducation, notre raffinement, notre sensibilité ont fait du corps féminin la chair idéale où tend perpétuellement notre cerveau, centre producteur de nos désirs et nos appétences. Mais le critérium de la beauté parfaite tient-il uniquement dans la poitrine opulente ou les hanches trop en saillie de la structure féminine? Il serait téméraire de l'avancer et on pourrait, plus justement, dire sans paradoxer outre mesure, que s'il est exact que la femme est un être de prédilection comme sensations et comme sentiments, faite toute de délicatesse, de charme et de poésie, il est vrai aussi que ce n'est point chez elle qu'il faut chercher la beauté physique dans toute sa perfection. Sous ce rapport-là, l'homme lui est supérieur, et Apollon est plus beau que Vénus. L'harmoïne de ses lignes est plus pure, les différentes parties de son corps sont mieux proportionnées. Il n'a pas de grâce, il a de la souplesse. Il n'a pas d'attirante mignardise, il a de la force et de la noblesse. Il n'a pas la joliesse des contours, il a de l'élégance, de la forme. Cette splendeur de la beauté mâle a été merveilleusement comprise par un savant allemand, Winkelmann, le premier archéologue qui ait étudié avec une méthode vraiment scientifique la statuaire antique. Sa description de l'Apolлон du Belvédère, ce symbole de la magnificence des formes masculines dans la perfection de leur esthétisme, est un véritable chef-d'oeuvre, et nous ne trouverions pas mieux pour exprimer l'admiration que mérite la beauté de l'homme, plus pure en elle-même, plus réelle, intrinsèquement dépouillée de tous les désirs qui nous poussent, aveuglés et affolés vers la chair de la femme. «Sa taille, écrit-il, est au-dessus de celle de l'homme, et son

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L'ART ET LE BEAU LE NOBLE JEU DE L'ÉPÉE.

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L'ART ET LE BEAU LE CHEVAL ET LA LANCE. attitude annonce la grandeur divine qui le remplit; un éternel printemps, tel que celui qui règne dans les champs fortunés de l'Elysée, revêt d'une aimable jeunesse son beau corps et brille avec douceur sur la fière structure de ses membres. «Pour mieux sentir tout le mérite de ce chef-d'oeuvre de l'art, il faut se pénétrer des beautés intellectuelles et devenir, s'il se peut, créature d'une nature céleste; car il n'y a rien qui soit mortel, rien qui soit sujet aux besoins de l'humanité.» «Ce corps, dont aucune veine n'interrompt les formes, et qui n'est agité par aucun nerf, semble animé d'un esprit divin qui circule comme une douce vapeur dans tous les contours de cette aimable figure.» «Le dieu vient de poursuivre Python, contre lequel il a tendu son arc redoutable, pour la première fois; il l'a atteint dans sa course rapide, et vient de lui porter un coup mortel. Pénétré de la conviction de sa puissance, et comme abîmé dans une joie concentrée, son auguste regard pénètre au loin dans l'infini et s'étend bien au delà de sa victoire; le dédain siège sur ses lèvres; l'indignation qu'il res- L'ORAGE LOINTAIN.

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ODIN.

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L'ART ET LE BEAU LE CHEVAL GRIS. pire gonfle ses narines et monte jusqu'à ses sourcils; mais une paix inaltérable et peinte sur son front; son œil est plein de douceur, tel qu'il est quand les âmes le caressent » « Parmi toutes les figures qui nous restent de Jupiter, il n'y en a aucune dans laquelle le père des dieux approche de la grandeur avec laquelle il se manifesta jadis à l'intelligence d'Homère; mais dans les traits de l'Apolon du Belvédère, on trouve les beautés individuelles de toutes les autres divinités réunies. Ce front est celui de Jupiter, renfermant la déesse de la sagesse; ces sourcils, par leur mouvement, annoncent la volonté suprême; ce sont les grands yeux et les sourcils des déesses arqués avec dignité, et sa bouche est une image du beau Bacchus, où respirait la volupté. Semblable aux tendres sarments de la vigne, sa belle chevelure flotte autour de sa tête, comme si elle était légèrement agitée par l'haleine du Zéphir; elle semble parfumée de l'essence des dieux, et se trouve attachée avec une pompe charmante au haut de sa tête par la main des grâces.» « Et cette statue semble s'animer comme le fit jadis la beauté sortie du ciseau de Pygmalion. En la voyant, on passe de l'admiration à l'extase, on sent sa poitrine se dilater, son esprit prendre une disposition surnaturelle . . . . » Cette admirable page, d'un souffle d'Art si puissant, mérite d'être citée chaque fois qu'on discute des principes de la Beauté, car elle constitue un véritable cours d'esthétisme, dont nous ne pouvons que profiter. Elle nous apprend, en tous cas, à ne point nous laisser hypnotiser, dans cette recherche du beau, à laquelle tend perpétuel-

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L'ART ET LE BEAU Page 184 lement l'humanité pensante, par la beauté féminine comme critérium unique en lui opposant celle de l'homme, plus complète, plus vraie, plus pure aussi, puisqu'elle ne parle point à nos sens, mais exclusivement à notre cerveau libéré de toute basse préoccupation. Car, pour arriver jusqu'à la vérité, notre premier soin doit être de nous délivrer de toute malfaisante sensibilité, et l'intelligence ne peut point avoir, comme le cœur, des raisons que la Raison ignore. Qu'on ne crée point au paradoxe. Si nous étudions la grande leçon que nous donne chaque jour la nature, nous verrons que la femelle, à quelque espèce qu'elle appartienne, est moins belle que le mâle. Qu'on regarde le faisant, tout doré comme un diplomate de carrière à côté de sa poule, le lion à crinière rousse, majestueux et superbe, à côté de la lionne, le paon à la queue ornée des mille étincelantes pierreries d'un manteau de cour, à côté de sa femelle. Pourquoi y aurait-il une exception en faveur de l'humanité? Il n'y a point d'exception dans la nature. Tout a été ordonné sur un plan bien net, bien déterminé, et ce n'est pas notre volonté qui le modifiera. Louons donc la beauté masculine, symbole de noblesse, d'élegance et de force, admirons la beauté du mâle, identification de la puissance, de la virilité, de l'énergie humaine, qu'elle incarne, qu'elle résume en l'offrant perpétuellement à nos regards admiratifs, et donnons à Apollon non pas une place avant Vénus — ce qui ne serait, d'ailleurs, pas galant — mais la même place qu'à Vénus dans notre admiration du Beau, incarnation terrestre de la divinité, essence de toutes les perfections. C'est une leçon qui nous sera profitable. Elle nous apprendra, en tous cas, en ne traçant point de limite au BEAU, à lui garder cette unité qui est sa base la plus solide et aussi la plus vraie. Enfermer la beauté dans un seul sexe serait le plus grand danger pour la morale intrinsèque; et il faut, au contraire, en la mettant partout et en tout, élargir l'esprit humain, en ne lui donnant pas de bornes, en faisant de l'univers entier son horizon. Ainsi, en présence de la beauté, quelle qu'elle soit, nous délivrerons-nous de toute hypocrisie, pour nous abandonner plus librement à l'élévation unique de notre âme vers l'Art, sans que rien de terrestre paralyse notre effort vers les intangibles splendeurs... Guy de Téramond.

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L'ART ET LE BEAU HENNER. NATADE (Musée du Luxembourg). LE NU CHEZ LES PEINTRES CONTEMPORAINS. CAROLUS DURAN. LILLIA (Musée du Luxembourg). Il n'y a pas longtemps que ce nu radieux, l'Olympia de Manet provoquait encore de sottes protestations parmi les ennemis de la peinture vraie et de l'art franc. A distance, une fois les polémiques finies et la sérénité de la gloire descendue sur ceux qui combattaient au nom de formules diverses, la vérité de Manet est admise autant, sinon plus, que les vérités traditionnelles des peintres qui présentent selon l'esthétique italienne et les souvenirs de l'art païen, des nymphes et des dryades isolées dans leur nudité, parmi le décor des bocages mythologiques. L'impressionniste qui ne peint que ce qu'il a vu, s'interdisait ainsi d'évoquer le nu en plein air, et se devait de le présenter dans la lumière exacte de l'atelier. Henner, plus libre de par ses théories en même temps qu'il étend parfois le corps de la femme sur le ton sombre d'un tapis, ou sur le noir franc d'une étoffe déployée, a suscité dans les bosquets de l'Oeta et du Pinde la beauté des nymphes qui chantent au crépuscule ou qui jouent de la syrinx. Mais le talent de cet artiste, et c'est ce qui le distingue des peintres ordinaires, abandonnant la tradition de Rubens qui projette au clair soleil les formes opulentes de ses Néréides, le plus souvent représentait le corps humain parmi les lueurs du jour finissant. Deux méthodes s'offraient à lui, ou peindre le jeu des colorations extérieures et en suivre curieusement l'influence sur le ton des chairs, au risque d'y accentuer un peu trop en contraste de leurs harmonies et des tons des carnations, les mille nuances de lumière et d'ombre de la matière ambiante, ou bien les simplifier dans la lumière du soir, en matir la blancheur et les rendre en quelque sorte marmoréennes, peuplant ainsi de blanches statues le