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1906. Janvier N° 4 ART et le BEAU Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont Thabor, Paris. — Prix net 2 Fr. 50 ; Étranger, 3 Fr.
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1906. Janvier N° 4 ART et le BEAU Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont Thabor, Paris. — Prix net 2 Fr. 50 ; Étranger, 3 Fr.
L'ART ET LE BEAU REVUE ARTISTIQUE. N° 1 JANVIER 1906. Ire Année. SOMMAIRE: Page. --- La vie parisienne --- Chronique théâtrale --- Les livres --- Expositions --- La mode --- Page. --- L'art et le beau --- L'Aphrodite antique. Par Guy de Téramond. --- La Coiffure de la femme grecque. Par Henri de Pesquidoux --- Clodion et son oeuvre. Par Gustave Kahn --- CHEMINS DE FER D'ORLÉANS EXCURSIONS aux Stations Therales et Hivernales des Pyrénées et du Golfe de Gascogne ARCACHON, BIARRITZ, DAX, PAU, SALIES-DE-BÉARN, etc. Tarif spécial G. V. n° 106 (Orléans). Des billets d'aller et retour, avec réduction de 25% en 1re classe et de 20% en 2e et 3e classes, sur les prix calculés au Tarif général d'après l'itinéraire effectivement suivi, sont délivrés toute l'année, à toutes les stations du réseau de la Compagnie d'Orléans, pour les stations thermales et hivernales du Midi, et notamment pour Arcachon, Biarritz, Dax, Guéthary (bâtie), Hendaye, Pau, Saint-Jean-de-Luz, Salies-de-Béarn, etc. Durée de validité: 33 jours (non compris les jours de départ et d'arrivée). --- BILLETS D'ALLER ET RETOUR DE FAMILLE Pour les Stations Therales et Hivernales des Pyrénées et du Golfe de Gascogne ARCACHON, BIARRITZ, DAX, PAU, SALIES-DE-BÉARN, etc. Tarif spécial G. V. n° 106 (Orléans). Des billets de famille, 1re, 2e et 3e classes, comportant une réduction de 20 à 40%, suivant le nombre de personnes, sont délivrés toute l'année, à toutes les gares du réseau d'Orléans, pour les stations thermales et hivernales du Midi, sous condition d'événement minimum de 30 sec. d'hiver et retour comptant et notamment pour Arcachon, Biarritz, Dax, Guéthary (bâtie), Hendaye, Pau, Saint-Jean-de-Luz, Salies-de-Béarn, etc. Durée de validité: 33 jours (non compris les jours de départ et d'arrivée). --- EXCURSIONS en TOURAINE, aux CHATEAUX des bords de la Loire et aux Stations balnéaires de la ligne de SAINT-NAZAIRE au CROISIC et à GUÉRANDE Tarif spécial G. V. n° 5 (Orléans). PREMIER ITINÉRAIRE --- DEUXIEME ITINÉRAIRE --- 1re CLASSE86 fr.Durée 30 jours. --- 2e CLASSE63 fr. --- 1re CLASSE54 fr.Durée 15 jours. --- 2e CLASSE41 fr. --- Paris. — Orléans. — Blois. — Ambloise. — Tours. — Chenonceaux et retour à Tours. — Loches et retour à Tours. — Langeais. — Saumur. — Angers. — Nantes. — St-Nazaire. — Guérande et retour à Paris via Blois ou Vendôme, par Angers et Chartres, sans arrêt sur le réseau de l'Ouest. --- Paris. — Orléans. — Blois. — Ambloise. — Tours. — Chenonceaux et retour à Tours. — Loches et retour à Tours. — Langeais et retour à Paris via Blois ou Vendôme. --- VOYAGES dans les PYRENEES Tarif G. V. n° 105 (Orléans). La Compagnie d'Orléans délivre toute l'année des billets d'excursion comprenant les trois itinéraires ci-après, permettant de se situer le Centre de la France et les Stations thermales et balnéaires des Pyrénées et du Golfe de Gascogne. PREMIER ITINÉRAIRE --- DEUXIEME ITINÉRAIRE --- TROISIEME ITINÉRAIRE --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Mont-de-Marsan. — Tarbes. — Bagnères-de-Bigorre. — Montréjean. — Bagnères-de-Luchon. — Pau. — Puyôo, Dax. — Bordeaux. — Paris. --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Mont-de-Marsan. — Tarbes. — Pierrefitte-Nestalos. — Bagnères-de-Bigorre. — Bagnères-de-Luchon. — Toulouse. — Paris. — Limoges ou via Figeac, Limoges). --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Dax. — Bayonne. — Pau. — Pierrefitte-Nestalos. — Bagnères-de-Bigorre. — Bagnères-de-Luchon. — Toulouse. — Paris ou Montauban, Cathors, Limoges ou via Figeac, Limoges). --- Durée de validité: 30 jours (non compris le jour de départ). PRIX DES BILLETS. — 1re classe: 163 fr. 50 c. ; 2e classe: 122 fr. 50 c. --- ECHOS DE JANVIER par A. GRASS-MICK. FROIDEUR D'HIVER. — L'hiver, mais c'est de la chaleur à côté de vous, cher ami . . . LES COMPLIMENTS. — Mais, mon ami, vous m'avez déjà dit ça l'année dernière à pareille époque. — C'est que c'est l'époque des rappels sans doute!
L'ART ET LE BEAU No 1. --- Abonnement et Vente:10, Rue du Mont Thabor.Télèph.: 156–38. --- PublicitéLibrairie artistique et littéraire10, Rue du Mont Thabor. --- Conditions de l’AbonnementParis: 1 an 36 fr.Départements: 1 an 40 fr.Etranger (Union Postale): 1 an 42 fr. --- Janvier 1906. --- LA VIE PARISIENNE. UNE SOIRÉE DANS LE GRAND MONDE. Paris, on vit dans une perpétuelle atmosphère de fête; vraiment, il faudrait être grincheux ou bilieux au dernier point, pour ne pas être enchanté des jolies comédies qui nous sont annoncées et qui, avec avantage, vont succéder aux familliales agapes et aux banals souhaits qui font de Noël et du premier de l’an les jours d’apothéose de l’hypocrisie et de la dyspepsie. Les mensonges et le boudin ont fraternisé dans les fleurs et le champagne : c’est un autre programme pour la vie de demain. Savez-vous, citadins et pétrousquins, mes frères, qu’on se marie, en ce moment, à tour de bras? Des vierges, il en sort de tous les coins! Des vierges en robes blanches, en voulez-vous… En voilà! Si M. Piot, cet étalon moral de France, n’est pas content…! Mais M. Piot est enchanté ; il érète, satisfait. Si tout va bien, que la récolte sera donc bonne à la fin de l’année! Oh ! que de pucelles ! que de somptueuses pucelles! . . . Et moi, bêtement, je croyais qu’on n’en faisait plus. Dame! à voir quelques demoiselles, je m’imaginais que la virginité ne sè portait guère . . . ne se portait plus que dans quelques villes comme Blois . . . et Troyes, en particulier, ou j’en sais qui se flétrissent, désespérément, comme de pauvres vieilles roses qui n’ont jamais touchées les suaves rosées des soirs et des matins en mal d’amour. A Paris, c’est ni plus ni moins qu’à Troyes, vous dis-je. On porte encore, au jour d’hy-men, la robe blanche. Il est vrai, hélas! que la robe n’est qu’un symbole; et un symbole, c’est souvent une blague. Ainsi, Jeudi dernier, je dus assister à la soirée que donnait la comtesse de M. . . . à l’occasion de la signature du contrat de mariage de sa délicieuse fille, Yvonne, qui épousera, la semaine prochaine, un de nos plus blonds gentilshommes de France. «Vous en parlerez dans les journaux», m’avait dit la mère. La comtesse et moi sommes de très bonnes amies, nous nous sommes beaucoup aimées autrefois; pensez donc, nous étions du même couvent lorsque nous avions seize ans, et nous avons été, de compagnie, retoquées avec un ensemble admirable à notre brevet supérieur. Depuis, nous nous sommes consolées comme nous avons pu de cet échec retentissant ; ça ne l’a pas empêchée, elle, de se marier, si moi, je suis restée célibataire ; elle a eu une fille, j’aurais pu être une fille-mère . . . Je vous dis que nous sommes, la comtesse de M . . . et moi, d’excellentes amies. Et c’est un Monseigneur — qui, entre parenthèses, a deux fils et entretient une danseuse de l’Opéra — qui bénira l’anneau nuptial. Chère Yvonne! Si vous aviez vu son petit air innocent . . . ! Et vraiment jolie, avec ses grandes yeux chocolat qu’elle ouvre candide-ment, naïve comme un séraphin qui n’aurait jamais vu le loup . . . Elle parle de la fleur d’oranger qu’elle piquera dans ses cheveux, avec candeur, avec onction, avec émotion . . . Elle sera très belle, en blanc. Pourtant, je me souvenais, pendant que le notaire lisait son jargon, d’avoir surpris, et plus d’une fois, la gracieuse Yvonne, à Dinard, ce nid du flirt à outrance, ce nid de tous les flirts à l’américaine, quand elle allait aux rendez-vous galants qu’elle avait . . . souhaités des premières raquettes du lawn-tennis . . . Ne l’avais-je pas reconnue, malgré moi, sur un banc, dans le clair obscur de la plus tendre nuit d’été, enlacée par un gaillard qui ne semblait pas perdre son temps? Et l’an passé, au Bourg de Batz, en compagnie de cette détraqué, célèbre au moins là bas, qui s’offrait du matelot par hygiène ou dégoût de son mari, que fit-elle, la petite Yvonne? Oh! Oh! Oh! . . . Et j’ai regardé le futur mari. Il ne m’inspira aucune pitié. Bah! s’il reçoit une vierge très ravagée, ne touche-t-il pas une très grosse somme d’argent? Près de lui, sa maman écoutait gravement le tabellion, et, de temps en temps, comptait sur ses doigts. Avare comme on ne devrait plus l’être depuis que Molière immortalisa Harpagon, Madame douanière vendait l’héritier de sa couronne au mieux de ses espérances et elle était heureuse. Elle et son fils fusaient une bonne affaire. Il paraît que cette dame du monde est une ancienne petite modiste de la rue de la Paix; elle fut épousée, et discutée, par un israélite Viennois qui mourut très fatigué et lui laissa tout son avoir; elle en usa pour devenir comtesse . . . comme tant d’autres. Décidément, être trottin même à tout, à condition qu’on sache, à temps, sortir de l’atelier. Dans cette époque de passions vénales, vénales pour les hommes, vénales pour les femmes, il n’y a pas de sots métiers. Et l’on a vu, tout dernièrement . . . On a vu, tout dernièrement aussi, une actrice du Boulevard épouser un financier qui sera ministre . . . Et nous savons, que M. Arthur Meyer aurait pu, il y a longtemps, épouser aussi une . . . artiste. Mais voila que je vais potiner, et j’ai bien d’autres choses à vous dire! On signe le contrat, puis . . . on promène des plateaux avec des friandises et des breuvages de luxe. Tout à coup, Valentine, — c’est le petit nom de la comtesse — s’approche de moi; un monsieur l’accompagne; elle nous présente et se sauve. — J’ai beaucoup entendu parler de vous, mademoiselle, me dit-il, et j’ai le plus grand désir de vous entretenir . . . Le mot me choque, je tique. — Oh! je veux dire que j’ai le plus grand désir de causer avec vous. — Je suis flattée, monsieur . . . On s’assied dans un coin isolé, assez près l’un de l’autre. Il se rapproche encore, supprime toute distance et, très confidentiellement, me contemple. Je le regarde avec anxiété. C’est un tout petit bonhomme; une barbiche blanche fait une étroite virgule à son menton. Il est quel-conque, ce bourgeois finissant. On en voit de semblables, parfois, sur le boulevard, quand s’allument les becs de gaz, à l’heure du crépuscle des paillards: ils suivent, à pas menus, et d’un regard humide, les fausses fillettes — boutons fanés du trottoir — nattées dans le dos, et qui parlent de leur mère avec trop de tendresse. De toute sa personne s’exhale un étrange parfum, parfum fade de septua-générale qui craint les ablutions totales, parfum de satyre ou de bouc: les petits vieux sentent toujours quelque chose. Monsieur Le Saurec — il s’appelle Le Saurec — s’est peu à peu penché, ramassé sur lui-même; je remarque son dos vouté en bosse honteuse; il ressemble, de profil, à M. Combes, et, de face, à Belzébuth ratatiné, à un Belzébuth sur le retour. — Vous êtes une parisienne exquise, mademoiselle, dit-il enfin, et vous avez de yeux prédestinés . . . — Est-ce possible? m’écriai-je. — Oui, vos yeux sont peut-être uniques au monde . . . J’en ai connu de pareils, mais il ne sont plus . . . C’était aussi une bien intelligente personne . . . — Vous l’aimiez? dis-je sur un ton de complainte. — Elle m’aimait, répondit-il sans cependant me paraître prétentieux. Je l’avoue, il me tenait sous ses yeux et me dominait. Sa tranquillité, son assurance, son calme . . . Je perdais contenance, moi. Il n’était pas beau, il semblait faible . . . il n’était ni vulgaire, ni humble. — Je voudrais que vous m’aimiez, vous aussi . . . Un frémissement me secoua. Était-il fou? — Attendez . . . attendez . . . Je vais vous expliquer . . . Sans doute, c’est énorme, ce que je souhaite là. Et pourtant! Je vais me présenter à vous, tel que je suis. Je vous demande le secret, et je suis sûr que vous ne me trahirez pas. Pendant quarante années, sans me lasser jamais, j’ai travaillé. Le hasard, peut-être, m’a-t-il favorisé?
L'ART ET LE BEAU C'est possible. Mais, à la suite d'expériences incontestablement sûres, je me suis asservi les plus puissantes forces de la nature. Si je voulais, j'accomplirais des merveilles ou je détruirais le monde. Dans trois cents ans, la science humaine ne se sera pas enrichie de mes trésors. L'électricité n'a plus de mystères pour moi; j'ai découvert d'autres fluides beaucoup plus puissants encore qui ne seront peut-être jamais connus des savants futurs. Je refuse de donner aux hommes le résultat de mes recherches, parcequ'ils ne sauraient devenir meilleurs, parcequ'ils en feraient le plus détestable usage. Sachez ceci: la science est l'ennemie de l'humanité et elle la tuera. Oh! beaucoup plus tard, dans mille ans... Il sourit, non sans orgueil, et reprit, parlant un peu plus bas: — Je sais, aujourd'hui, comment on recule indéfiniment la vieillesse. J'ai trouvé cela trop tard, quand j'étais déjà vieux. Je me laisse veiller comme tout le monde, et c'est le luxe, dont je suis le plus jaloux, celui de ne pas me servir de mes découvertes. Connaissiez-vous l'histoire de l'anneau de Gygès? — Oui, Gygès était un roi, il possédait un anneau merveilleux; lorsque le châton était caché à tous les regards, Gygès devenait également invisible... — Et bien, scientifiquement, j'ai composé un bain qui rend également invisible tout être qui s'y plonge. Je puis aussi assouplir la matière ou l'annihiler presque au point de traverser, par exemple, la porte la plus épaisse: je puis pénétrer partout. J'ai inventé une machine admirable, capable de me transporter instantanément d'un point à l'autre du globe. Parfois, vous avez vu des météores rayer de feu le ciel? Quant j'ai expérimenté ma machine, je laissais derrière moi une trainée lumineuse... Il m'est facile, aussi, lorsque j'ai mis dans mes yeux une goutte d'un certain élixir, de voir tout ce qui se passe ou existe derrière la plus formidable muraille... Ces connaissances, ces moyens, cette puissance m'ont dégouté de la vie et des hommes: la vie me semble ignoble, les hommes sont écœurants. Il y a dans vos yeux une lueur qui me trouble et m'enchaîne, un éclat incomparable, une froideur qui m'émeut... C'est à vos yeux que vous devez mes confidences... — Mais... balbutiai-je, j'ai peur que ce ne soit qu'une moquerie... — Voulez-vous que je vous aime? Voulez-vous m'aimer? Aussi longtemps que je vivrai, je satisferai tous vos caprices et tous vos désirs. Je ne vous promets pas que je vous ferai riche; l'or, c'est si peu de chose quand on a dans ses mains ce que je possède! Je vous sais curieuse, je vous permettrai de contenter votre curiosité. Voulez-vous? — J'étais abasourdie. Était-ce un rêve? Étais-je devenue folle, soudain? — Avant que vous répondiez à ma question, reprit-il encore, permettez-moi de vous accompagner... Sortons d'ici... Dehors, il fait beau, et si votre robe n'est pas trop gênante, nous marcherons dans l'air frais, au clair de la lune... Je vous montrerai que je ne raile point, et non plus que je n'exagère pas ma puissance. Je lui obéis. Sur l'avenue, un camelot have et maigre criait: «La Presse!... La Presse!... La Révolution russe...! La situation du tzar...! Le crack de la finance!...» M. Le Saurec sourit haussa ses grosses épaules, et murmura: — Pauvre Tzar!... Pauvre homme!... Une victime de l'amour des autres. — Comment cela? demandai-je. — La guerre avec le Japon est le résultat d'opérations financières stupides... Alexieff et l'imperatrice douanière sont amants depuis longtemps; ils ont joué sur Port-Arthur, Wladivostok et la Mandchourie; il a fallu défendre les capitaux engagés; c'est pour sauver l'or de ces deux amants qui étaient de mauvais financiers que la guerre a été indispensable... Il n'y a pas d'autres raisons. Cette guerre fut une guerre de gros sous. L'Empire tombe pour avoir soutenu Alexieff et sa maîtresse. — Pauvre Tzar! — Oh! ne le plaignez pas! C'est un simple, et le royaume des cieux lui appartiendra un jour. Peut-être savez-vous que le Grand duc Serge... — L'assassiné? — Oui. Il fut décidé, en conseil secret tenu par tous les oncles du tzar, parcequ'il était le plus jeune d'entre eux, qu'il ferait un fils, ou essaierait de faire un fils à la tzarine régnante... Vous savez qu'il y réussit... mais le tzar apprit la vérité... — Ah! c'est lui? — Pour le récompenser, il le fit supprimer. La bombe, le nihiliste, sa mort... plaisanteries! Il y ent une bombe, c'est vrai; mais tout fut ordonné, arrangé, préparé par l'impérial Sganarelle: — Comment de tels secrets... — Je sais tout ce que je veux savoir, vous dis-je, affirma M. Le Saurec avec simplicité. Oh! je pourrais meubler votre mémoire... — Ainsi, demandai-je, si vous voulez, vous pourriez voir quels gens sont dans cette maison, ce qu'ils y font... Certes, répondit-il, je pourrais tout cela. — Et ce qu'ils disent aussi. — Et bien?... Que se passe-t-il dans cette maison? Et je désignais du doigt la maison devant laquelle nous nous trouvions. — Quelle garantie aurez-vous, ma chère Lyonne? Ne puis-je pas vous mentir? Comment aurez-vous la preuve que je dis vrai? — Vous avez raison, répondis-je. — J'habite tout près, venez chez moi, je vous émerveillerai, je vous prêterai le moyen de voir comme moi, d'agir comme moi; nous irons où vous voudrez; nous pénétrerons chez qui vous voudrez. Voulez-vous? — Donnez moi un jour pour reflechir, et, cette nuit, il est trop tard... Tout le monde dort... — Tout le monde se vend, dit-il. — Voulez-vous que je vous fasse visite demain? M. Le Saurec prit une de mes menottes, la porta à ses lèvres et, souriant: — A demain donc, murmura-t-il. Quelques instants plus tard, il me souhaitait une bonne nuit, à ma porte. Je n'ai pas pu dormir, j'ai griffonné ces lignes; mais je sais que, tout à l'heure, j'irai sonner chez lui... Après, on verra! LYONNE DE LESPINASSE. CHRONIQUE THEATRALE. De temps en temps, les colonnes Morris muent. Les affiches rouges, jaunes, vertes qui les ornent tombent et sont remplacées par d'autres. L'espace d'un matin parfois! Ainsi avons-nous vu famboyer ces derniers temps: Jeunesse! à l'antique Odéon, Miarka à l'Opéra comique, le père à l'Ours, Freyschütz au Théâtrephone je veux dire l'Opéra, les Filles Jackson et Cie aux Gouffres-Parisiens, les Oberlé à la Gaîté, cet euphémisme, Les 400 Coups du Diable au Châtelet, Une veine de... aux Folies-Dramatiques et tutti quanti... Submergé par cette salade de pièces nouvelles, il faut un peu de recul pour distinguer plus nettement celles dont le succès sera véritablement durable. Je crois que la palme, cette saison, sera décernée à Triplepatte de Tristan Bernard et A. Godfernaux que vient de donner l'Athénae. Dans ce vaudeville, ou plutôt dans cette fantaisie, Tristan Bernard a mis toute son observation ironique et un peu désabusée de la vie. Tous les types sont exquis de vérité. Nous les avons rencontrés quelque-gaîté sans rosserie de sophie narquoise bon tion. C'est ce qui fait ment et qu'ils nous La muse dramatique GODFERNAUX n'a pas sur ces cothurnes: vraie. Le sujet est patte ne veut pas se mute qui aboie autour raisons,l'y forcera. Un rencontre avec sa fian-de foudre et l'épouse Il me faut vous de l'express de L'interprétation est FRANCIS DE CROISSET Le plus parisien des revuesistes (1) HENRY MOREAU très honorable. Mlle
L'ART ET LE BEAU LA PORTEUSE D'EAU
L'ART ET LE BEAU L'ART ET LE BEAU. Les Grecs avaient coutume de placer dans leurs gynécées leurs plus superbes statues, de façon que, dès le premier âge, les enfants s'habituaissent à la contemplation et à la compréhension de la beauté. Cette éducation se continuait au stade où ils avaient devant les yeux, en l'impeccable musculature des athlètes, la perpétuelle apothéose, la continuelle glorification de la forme. Et c'est ainsi que l'on peut expliquer que les Grecs fussent si épris de la beauté plastique, et que leurs artistes, sans études anatomiques, inconnues alors, arrivassent par la seule vue de leurs modèles à une perfection d'harmonie, d'expression et d'attitude que depuis, l'on n'a jamais égalée. D'ailleurs, tout portait vers l'Art cette race si privilégiée chez qui tout correspondait directement avec son culte de la Beauté auquel la grave philosophie elle-même, sous les traits du sage Socrate, venait demander ses profonds enseignements dans l'atelier où posait Lais. Et le siècle de Périclès fut le plus grand à travers les siècles parce qu'il sut être celui des Phidias, des Alcamène et des Polygnote. Nous sommes loin de cette époque heureuse. Les hordes barbares accourues des contrées froides, rustres et sauvages, bouleversant les civilisations antiques, ont apporté dans ces pays délicieux où la poésie de la chair s'épanouissait sans contrainte, dans la magnificence de l'admiration universelle et du respect général, leur conception primitive et brutale de tout ce qui touche à la beauté corporelle. Les religions nouvelles, procédant d'une morale étroite et évère sont cherché à annihiler tout élan vers l'esthétisme physique, n'admettant d'autre art que celui qui rend les sentiments de l'âme, poussant même l'autorité jusqu'à prescrire, avec certains conciles, la nudité des Christs. Il n'y a donc rien d'étonnant qu'après ces violentes secousses il ne soit demeuré dans les idées modernes des traces ineffacables de réprobation pour tout ce qui paraissait aux Grecs naturel, simple, pur, sans hypocrisie et sans vice. Aussi ne saurions-nous trop regretter, avec le poète: > « Le temps où le ciel, sur la terre, > > Marchait et respirait dans un peuple de dieux, > > Où Vénus Astarté, fille de l'onde amère, > > Secouait vierge encore, les larmes de sa mère, > > Et fécondait le monde en tordant ses cheveux. » Mais ce sont là des mots. Si le temps de l'Arcadie est passé, et s'il serait ridicule d'en réclamer le retour, ne peut-on, néanmoins, espérer que l'éducation progressive des masses nous ramènera un jour, vers une appréciation plus juste de la beauté plastique et que le culte de celle-ci, loin d'être jugé subversif et corrupteur, comme le veulent quelques esprits timorés ou mal intentionnés, s'épanouira de nouveau dans la floraison d'un art pur et désintéressé? Nous ne demandons pas encore, certes, que l'on déboulonne quelques bonhommes hideux de la politique, des lettres et des sciences qui enlaïdisent si inutilement nos places publiques, gâchent les perspectives et déhonorent l'esthétisme des villes, ni que, comme l'Agora ou le Céramique d'Athènes, elles soient peuplées d'hermaphrodites au corps svelte et mince, de nymphes aux contours harmonieux, d'Aphrodites et d'Apollon d'une admirable académie. Les aspirations populaires n'y réclament guère d'ailleurs, que de nombreux marchands de vins, quelques Wallaces et quelques indispensables colonnes Rambuteau. Nous souhaitons seulement l'affranchissement de la beauté plastique; nous voulons la libérer des liens d'immoralité dont tend à l'entourer l'ignorance générale, nous réclamons pour elle le libre droit de cité autrement que dans les salons de peinture où on la confine jalousement, avec regret encore, et d'où on la proscrirait peut-être même, si on l'osait. Est-ce exagéré? Nous ne le croyons pas. Le spectacle de la beauté parfaite, ne saurait être, comme toute perfection, qu'essentiellement moralisateur. Aussi une des plus hautes leçons de moralité que l'on puisse prendre est étudier l'harmonie divine de cet Apollon du Belvédère, la plus sublime des statues grecques, au dire de Winckelmann, un célèbre archéologue allemand qui a fait de sa description un chef-d'œuvre d'art élevé et de nobles sentiments. A côté, comparez un peu que l'on pourrait dire des représentations des musics-halls où la pronographie humaine déploie toutes ses ressources, pour qu'attiré par la gravelure qu'elle promet à la porte, le public se précipite vers les plus répugnantes exhibitions. Est-ce impossible? Nous ne l'imaginons pas davantage. Faire admettre par le peuple que derrière la beauté sans voiles ne se cache aucune idée d'obscénité est une simple affaire d'éducation. Education lente, difficile, mais certainement point irréalisable. Ce n'est pas en un jour, évidemment, qu'on pourra lui faire comprendre que la Marche de Tannhäuser est supérieure à « Viens Poupolle! » que le Cid est plus intéressant que les revues de fin d'année et que la Vénus de Cnide est plus belle que le Couchier d'Yvette. De patients et constants efforts vainqueront certainement cet esprit mauvais qui, de jour en jour, a rabaisssé l'art à ce qu'il pouvait y avoir dans l'humanité de plus bas, de plus vil, de plus flatteur des pires instincts. Voilà donc le but de notre œuvre, sans qu'il soit nécessaire d'insister plus longtemps; l'initiation de tous à la véritable beauté, la rénovation de son culte, le respect de tout ce qui y touche. La tâche est ingrate mais nous n'y failliront point sous cette devise élevée: > « Pour l'art, pour le beau…………… » LES EDITEURS.
L'ART ET LE BEAU L'APHRODITE ANTIQUE. VÉNUS DE MÉDICIS (Florence) --- Lomère nous apprend que le culte d'Aphrodite est un culte asiatique. D'après Hérodote et Pausanias, les Phéniciens et les Egyptiens l'auraient transmis aux Grecs. C'est le phénicien Cadmus qui l'aurait, paraît-il, introduit à Thèbes d'où il se répandit vite dans toute la péninsule hellénique et de ce mémorable événement date dans les annales de la Grèce, l'apparition de cette race merveilleuse et privilégiée qui porta la compréhension de la beauté, l'amour de l'art et le goût de la beauté à son apogée. Aphrodite, connue chez les Chaldéens, sous le nom de Mirtha, était à cette époque-là une divinité androgyne, comprenant le principe mâle et le principe femelle, ayant la faculté de concevoir et de mettre au jour sans cesser d'être toujours vierge, — idée que l'on retrouvera plus tard dans les religions modernes si fortement imprégnées de l'imagination orientale. Cet adrogynisme se retrouve fréquemment dans l'histoire du culte d'Aphrodite. Ainsi, à Paphos on la représentait sous la figure d'un cône; à Cypre, elle portait une barbe et les parties génitales des deux sexes qu'elle garde dans plusieurs statues de Rome où Catulle l'appelait Duplex Amalthusia. Mais bientôt cette double qualité d'Aphrodite se sépara: de Baâlim, divinité mâle et femelle qu'elle incarnait chez les Assyriens elle devint Bel mâle et Mylitta femelle. Mylitta fut une divinité subordonnée à son époux, principe essentiellement créateur incarnant le modèle de la sagesse, de l'intelligence et de la beauté; elle remplit le rôle de médiatrice entre Bel et les être créés. De cette union naquit l'amour entretenant l'harmonie; dès lors, on considéra Mylitta comme mère de l'amour. Cette Aphrodite assyrienne, cette Mylitta, était adorée à Byblas, à Babylone, à Aphaque près du mont Liban chez les Moabites, chez les Madianites, dans les colonies phéniciennes d'Afrique où elle devient Astarté, chez les Corinthiens où elle s'appelle Uriana et où son culte ne tarde pas à dégénérer en les plus honteuses prostitutions. C'est sous ce nom là que les Arabes, puis les Perses avaient appris des Assyriens à sacrifier à Aphrodite, que les Egyptiens l'honoraient, lui ayant — selon Jélien — consacré la vache qui, dit-il, a avec elle tant d'affinité . . . . . ce passage est intraduisible. On trouve, d'ailleurs, encore des traces du culte d'Aphrodite, plusieurs siècles après la mort de Jésus-Christ, dans l'Asie occi-
L'ART ET LE BEAU dentale où le vendredi lui est consacré; peut-être Mahomet s'imprégna-t-il de ce système quand, dans sa religion, il ordonna à tout bon musulman de remplir le vendredi ses devoirs conjugaux; peut-être aussi, cette pratique lui est elle due des prêtres druses du Liban qui, si l'on en croit le chevalier Regnault et le baron de Baz auraient rendu un véritable culte, dans leurs vèpres secrètes le vendredi également, aux parties intimes de la femme. Ce qu'il y a de certain, c'est que, sous Constantin le Grand, elle avait des Temples à Jérusalem et à Héliopolis que l'empereur chrétien fit détruire, et qu'au septième siècle de l'ère chrétienne, Omar en détruisit un également à Sama dans la Yémen (Arabie) où on l'appelait El-Kabbar (la Grande). Mais ce fut en Grèce qu'elle prit la place la plus grande, que ses sanctuaires furent les plus célèbres et les plus fréquentés. Déesse de la beauté de l'amour de la génération, de la vie universelle, sa naissance fut entourée par le peuple où elle régnait si puissamment, d'une légende d'une poésie admirable: « Un jour que les flots qui baignent la terre de Phénicie, étaient calmes et que le ciel d'Ionie se refléchissait tout bleu dans ces ondes limpides, voilà que, au premier rayon d'un beau soleil d'Asie, la mer se mit à se balancer gracieusement non loin de Chypre, puis elle blanchit d'écume et sembla bercer, sur son sein comme une troupe de cygnes blancs. Soudain de cette écume sortit comme par enchantement, une femme plutôt grande que petite, plutôt forte que délicate en apparence. Elle était nue, or une ceinture d'azur, qui ne faisait que donner plus de grâce, plus de charme, à ce qu'elle voilait. Sa blancheur effaçait celle des cygnes qui nageaient autour d'elle; ses cheveux, à travers lesquels se jouaient les zéphyrs étaient négligemment attachés et tombaient çà et là en boucles légères. Le cortège des amours qui volaient autour d'elle, attachaient quelques roses sur son front, où se ca- chaient sous sa ceinture, les ris et les grâces voltigeaient sur sa bouche, dans ses yeux. Etonnée, in-décise, elle ne comprenait point la nouvelle existence, quand des colombes légères, entraînant son char de nacre dans les airs, la portèrent dans les cieux, surpris et ravis de sa splendeur . . . . . . » Ainsi s'exprimaient ces hommes dont les dieux habitaient les montagnes et les vallées, dont la langue était tout harmonie, dont le chant était la voix de la poésie elle-même, dont la race fut la plus noble et dont le génie ne le cédait en rien à la beauté physique.
L'ART ET LE BEAU Il importe donc peu, quant au reste, qu'elle soit, selon Hésiode, fille de Celus mutilée par Chronos; selon Homère, fille de Jupiter et Diane, selon Cicéron, du Jour et de la Nuit; qu'elle ait eu des mœurs adultères, avec nombre de dieux, avec Hermès, avec Dionysos, avec Arès ou avec des mortels comme Anchise, Adonis, Phaeton, dont elle eut de nombreux enfants, Eros, Hymen, les Charites, Priape, Hermaphrodite, Enée, etc. . . . Son culte est vaste comme l'amour lui-même. Elle représente toute la volupté humaine et ses surnoms expriment la multitude des fonctions qui lui sont dévolues dans la mythologie grecque. Elle est Apostrophia, ou préservatrice de la pureté; Ourania ou déesse de l'amour céleste; Pandemos, déesse de l'amour profane, des plaisirs sexuels, des rites sensuels; Nymphia, du mariage; Hétaira, des courtisanes; Callipyge, des belles formes; et ses temples sous ces formes multiples étaient innombrables à Paphos, à Amathonte, à Cnide, à Idalie, à Chypre, à Cythère, à Eryx, à Thèbes, à Mégare, à Patras, à Argos, à Corinthe. Tout en elle est légende et poésie, aussi n'y a-t-il rien d'étonnant qu'elle ait tant inspiré les artistes grecs. Son iconographie est innombrable du cône vulgaire, sous lequel les paphiens l'adoraient, et de la grossière idole des Cypriotes, aux merveilleuses statues que nous a révélées l'art antique où elle tient une des premières places. Il faut feuilleter le Répertoire de la statuaire grecque et romaine de Salomon Reinach pour avoir une idée de cette admirable floraison d'Aphrodites drapées, nues, demi-nues, pressant ses cheveux sur une jambe avec un geste pudique, accroupies, assises, à genoux, couchées, qu'enfanta la génie hélène. En faire l'historique est impossible ici, on le comprendra très bien. Il faudrait d'épais volumes, et encore serait-on forcément toujours incomplet. On doit donc se contenter au lieu d'une énumération fastidieuse, allant de la Vénus de Milo, à l'Aphrodite de Cnide, de la Vénus Callipyge à celle de Médicis, d'agrémenter de quelques anecdotes curieuses et typiques, cette longue suite de représentations de la déesse que l'on peutsuivre pas à pas, en quelque sorte à travers les âges. Le type des statues archaïques, images grossières, chargées de bracelets et de colliers, telles qu'on les voit au Louvre, aux musées de Rome, de Berlin, de Vienne, de Copenhague, etc. . . après avoir été découvertes dans les différentes îles de l'archipel, se maintient jusqu'au VIème siècle. Alors se dessine une physionomie artistique qui VÉNUS ANADYOMÈNE (Vatican)
L'ART ET LE BEAU part, du IVème siècle, et qui fera d'Aphrodite une divinité grave, drapée telle que l'Aphrodite voilée de la frise du Parthénon, l'Aphrodite aux jardins d'Alcamène. Puis apparaît une période de transition, l'Aphrodite Victorieuse de Scopas, dont les hanches sont entourées d'une draperie (musée de Naples), la Vénus d'Arles tenant un casque et une lance et surtout la célèbre Vénus de Milo sur laquelle il est inutile d'insister. C'est vers le milieu du IVème siècle que Praxilète, symbolisant en Aphrodite l'immortelle déesse de l'amour et de la volupté, la dépouille de ses vêtements et la fait triompher dans la splendeur de sa beauté nue. La légende veut qu'il la conçut en voyant une hétaire célèbre sortir de la mer et qu'il la vendit aux Cnidiens. Elle devint aussitôt universellement célèbre ; le roi Nicomède voulut l'acheter à grand prix, mais les Cnidiens refusèrent. Alors il la demanda en mariage, songeant peut-être à l'aventure de Pygmalion. « Les Cnidiens, dit Pline, ne furent point fâchés de l'amour de cet homme, estimant que cela faisait honneur à la déesse et lui donnait dans le monde une grande réputation. » C'est de cette Aphrodite de Cnide que procèdent vraisemblablement toutes les autres répliques, la Vénus du Capitole, la Vénus de Cherchel, la Vénus de Médicis enfin, prototype des innombrables Vénus pudiques dont on a coutume de dire que l'art n'a jamais rien produit de plus beau. À la fin du IVème siècle, le peintre Apelle, imagina l'Aphrodite Anadyomène (musée du Vatican) d'où dérivent toutes les Vénus accroupies, si fort à la mode pendant la période Alexandrine et Greco-Romaine et dont les musées, de Vienne et de Naples, avec la fameuse Vénus Callipyge nous offrent d'admirables spécimens. Rome ne modifia guère tous ces types ; peuple guerrier, les Romains, tendirent à associer Vénus à leur dieu Mars, comme sur les fresques de Pompéi et dans les groupes en marbre du Louvre et de la villa Borghèse, suivant en cela l'exemple des Lacédémoniens auxquels dans les premiers siècles de leur existence ils ressemblaient tant, qui personnifiquement dans leurs Aphrodites Lactance, leurs femmes prenant des armes et repoussent l'ennemi. Vénus à la fin de l'Empire, de même que Mars, ne fut plus qu'une épisode allégorique représentant, par flagornerie les princesses et les princes, et il existe mille médailles sur ce thème. Telle fut l'Aphrodite antique, cette grande déesse de tous les commerces galants, qui possédait pour vaincre le désir des hommes et des dieux, cette ceinture mystérieuse ainsi décrite par Homère : « Elle était d'un tissu admirablement diversifié où se trouvaient tous les charmes les plus séducteurs, les attraits, les amusements les entretiens secretes, les innocentes tromperies et le charmant badinage qui, insensiblement, surprend l'esprit, le cœur des plus sensés... » Guy de Térandon.
AU BORD DU RUISSEAU

Cette revue artistique et littéraire, intitulée "L'Art et le Beau", publie son premier numéro en janvier 1906. Le contenu abordé inclut des chroniques sur la vie parisienne, le théâtre, les livres, les expositions et la mode. Des articles plus approfondis traitent de l'art antique, notamment de l'Aphrodite antique et de la sculpture grecque, ainsi que de l'œuvre de Clodion.