Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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L'EXPULSION DES MARCHANDS (COLL. FRICK)
GRECO PEINTRE BAROQUE
GREGO est devenu pour notre science esthétique une sorte de pierre de touche; il l'oblige à montrer ce qu'elle vaut. Son œuvre apparaît vierge encore de cette patine que confère à d'autres le jugement traditionnel des générations, car sa gloire est plus récente que le prestige d'un Manet. Il y a encore vingt ou trente ans, on connaissait à peine son nom. On le reléguait parmi ces vagues vestiges d'un passé que recouvre la poussière de l'oubli, dans la grande masse de ceux qui ne comptent pas. Aussi la science esthétique moderne, qui a pris les proportions d'une vaste administration ramifiée en multiples départements, avait-elle ici, semble-t-il, une tâche toute trouvée. Le professeur allemand Justi, le premier, releva le nom de Greco; mais ce fut pour le rejeter avec un geste de commisération dans la catégorie des ratés. Le sort de l'artiste semblait ainsi définitivement réglé, car la considération qui s'attachait au biographe de Vélasquez suffisait pour que ce verdict fit autorité. Tous ceux qui poussaient assez avant l'étude de l'art espagnol pour y faire la découverte de l'homme au nom grec — ils
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PIETA
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ESPOLIO (LE CHRIST DÉPOUILLE DE SES VÊTEMENTS)
(CATHÉDRALE DE TOLÈDE).
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L'ART DÉCORATIF
étaient peu nombreux, car l'histoire de l'art, comme d'autres industries, a ses divers champs d'exploitation, et l'Espagne n'en a jamais fait partie — tous ceux-là reprenaient à leur compte le jugement de Justi. En Espagne même, en dehors d'un cercle infime,
on n'était guère plus avancé. Que savaient les Espagnols de leur plus grand maître? Cossio racontea ce propos de drôles d'histoires.
C'est lui qui entreprit avec un zèle ardent l'œuvre de réhabilitation. Au peintre méconnu et oublié il découvrit des origines et une évolution; il débarrassa sa figure des erreurs qui en altéraient l'aspect, et il plaça Greco au rang des grands maîtres de l'art européen ancien et moderne. Son livre, qui est le fruit de longues années de recherches patientes et dévouées, fournit à l'étude du Greco sa solide base première. Malheureusement, la langue dans laquelle ce livre est écrit, un espagnol savant aux formes raides et démodées, le rend à peu près inaccessible.
LA LÉGENDE DE SAINT MAURICE (ESCURIAL).
On sait si peu ce qu'il renferme, que des savants sans scrupules ont pu s'en approprier l'essentiel sans trahir les sources de leur érudition, ni risquer de se faire prendre en flagrant délit de plagiat. Sur plus d'un point ces démarqueurs ont interprété de travers ou défiguré les résultats de l'enquête de Cossio. D'ailleurs, même à ceux qui possèdent suffisamment l'espagnol pour y aller voir eux-mêmes, ce livre ne donne pas de l'artiste une idée complète. Les matériaux rassemblés par Cossio avec un zèle si méritoire, et mis à profit par lui avec tant de pénétration, sont d'un grand prix pour les amateurs cultivés qui sont avant tout préoccupés de l'œuvre d'un artiste; on y
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L'ENTERREMENT DU COMTE D'ORGAZ (TOLÈDE, ÉGLISE SAN TOMÉ)
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DÉTAIL DE L'ENTERREMENT DU COMTE D'ORGAZ
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DETAIL DE L'ENTERREMENT DU COMTE D'ORGAZ.
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L'ART DÉCORATIF
LE CARDINAL GASPAR DE QUIROGA (LONDRES, NATIONAL GALLERY).
trouve en effet un catalogue à peu près complet et des dates fixées aussi exactement qu'il était possible. Mais les esprits qui ont besoin, pour apprécier l'œuvre d'un maître, d'être familiarisés avec sa vie, n'y trouveront pas leur compte. Ce livre est à l'opposé du genre de biographies qui a trouvé dans le Vélasquez de Justi son plus remarquable modèle. Il n'y a pas seulement ici une différence de points de vue entre les deux auteurs; Cossio s'est heurté dans son enquête à un obstacle matériel infranchissable. En fait de détails biographiques, il n'a presque rien pu découvrir; et bien qu'en
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LE CHRIST
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LE GRAND INQUISITEUR DON FERNANDO NINO DE GUEVERA
(COLL. HAVEMEYER, NEW-YORK).
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L'ART DÉCORATIF
Espagne, depuis l'apparition de son livre, beaucoup d'actifs chercheurs se soient mis à l'œuvre (1), mais on n'est guère plus avancé.
Cossio n'aurait pas à revenir aujourd'hui sur l'aveu par lequel s'ouvre son livre: on ne sait pour ainsi dire rien de la vie du maître de Tolède. Il est probable qu'on devra en rester là. L'homme qui a été enseveli à Tolède, dont la tombe a disparu et dont on n'a pu retrouver l'année de naissance, semble avoir veillé tout exprès à ce que rien de lui-même qui touchait à sa personne ne passât à la postérité. On peut déduire de ses tableaux qu'il avait toutes espèces d'idées à lui sur les choses de la terre et du ciel. Il connaissait le monde. C'était un sage. Je croirais volontiers aussi qu'il aimait à se moquer. On pourrait même le soupçonner d'avoir prévu la situation qu'il devait nous créer quelques siècles après sa mort. Peut-être cette perspective ajouta-t-elle à ses joies, qui étaient de qualité peu commune, un charme de plus, de l'espèce qui lui était particulièrement chère.
Cette situation, à vrai dire, est curieuse. Au beau milieu d'une discussion sur l'impressionnisme et ses conséquences, sur Cézanne et Renoir, sur Marées et van Gogh, un élève du Titien surgit brusquement de l'oubli et vient se mêler au débat. Il se présente à la critique en nouveau venu qui affronte pour la première fois le public, et c'est comme tel qu'il en est traité. Car cette façon de débutant, en qui il est aisé de reconnaître d'emblée à certains traits de son œuvre un contemporain de la plus grande école de peinture, se distingue en même temps par certains caractères qui semblaient jusqu'ici n'appartenir qu'à l'art
(1) Parmi eux, c'est M. Borja de San Roman, qui a travaillé avec le plus de succès. Il a découvert plusieurs documents importants concernant l'histoire de la vie de Greco, principalement son testament, avec la liste des tableaux restés en sa possession. Ces documents ont été publiés dans El Greco en Toledo, par San Roman (V. Suarez, Madrid, 1910).
LA SAINTE FAMILLE