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DRÉSA. — Décor du 1er acte de la « Nuit Persanes ». L'ART DÉCORATIF AU THÉÂTRE DES ARTS (Suite) L'OEUVRE DÉCORATIVE DU PEINTRE DRÉSA Dans mon précédent article, j'ai exposé les principes de mise en scène que M. Jacques Rouché, l'habile novateur, a appliqués dans son théâtre. On sait que le directeur du Théâtre des Arts veut que le décor soit exécuté non comme l'agrandissement d'un tableau destiné à figurer dans une galerie, mais comme une œuvre décorative. Ainsi, il condamne les décevantes perspectives et le trompe-l'œil qui doivent être impitoyablement sacrifiés aux lois impérieuses de la composition décorative, en mettant au premier plan le souci des lignes et des couleurs. Par suite, les lointains, les paysages, les foules mêmes apparaîtront tantôt comme dans une frise en ronde-bosse, tantôt comme sur les tapis d'Orient, les vases grecs, les miniatures persanes ou les estampes japonaises. Ainsi, ajoute M. Rouché, « on s'efforcera d'atténuer le contraste, souvent choquant sur nos théâtres, entre les objets rythmiques qui vivent sur la scène et les fictions figées sur les toiles de la décoration ».

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L'ART DÉCORATIF C'est en s inspirant de ces principes que le peintre Drésa a illustré pour le Théâtre des Arts les trois pièces suivantes : Le Sicilien ou l'Amour peintre, La Nuit persane et Ma Mère l'Oye. D'abord, un mot sur la personnalité de l'artiste décorateur, dont une récente exposition de dessins et d'aquarelles a affirmé les fines et rares qualités de grâce sémiante et de sensibilité. Drésa est un artiste éminemment français qui, dans des parcs somptueux ou dans l'ombre des boudoirs fleurant la bergamote et le benjoin, ressuscite tout un xvm siècle fantasque et galant aux costumes bigarrés, parfois d'une capricieuse turquerie, recouvrant de pimpantes frimousses d'un parisianisme aigu. Ce maître délicat et raffiné est un amant de la lumière, sans laquelle, comme a dit si pittoresquement le poète, les choses ne seraient que ce qu'elles sont. Nul n'était plus qualifié que ce magicien de la couleur pour adorner des fantaisies burlesques ou amoureuses, des contes fantastiques et des ballets saupoudrés d'esprit étincelant. On connaît l'adorable badinage que Molière a brodé sur l'intrigue légère et froufroutante de Le Sicilien ou l'Amour peintre, qu'accompagne la musique de Lulli. L'au-

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L'ART DÉCORATIF teur, déjà hanté par les deux types que Beaumarchais développera en Bartholo et en Figaro, avait situé sa comédie à Messine, une ville quasi chimérique pour l'époque et où s'agitent des baladins de toutes les nationalités. Sans doute, la mise en scène très audacieuse de cette fantaisie eût-elle un peu estomaqué Louis XIV, Mlle de La Vallière et Mme Henriette d'Angleterre qui, lors de la première représentation du Ballet des Muses, de Benserade, y jouèrent des rôles en 1667. Mais ici, nous sommes dans le domaine de la chimère, et tous les caprices de l'imagination peuvent chatoyer dans un pays de rêve, sicilien, turc, grec et français à la fois. Le décor unique est peint dans des tons bleus et gris, toujours froids, afin de donner le plus vif relief aux colorations variées des personnages. L'action est donc située sur la place de Messine, au fond de laquelle s'élève la façade sévère de la maison de Don Pèdre, avec une fenêtre grillée à l'espa-gnole. A droite, un petit massif de verdure qui dresse son bloc symétrique ; à gauche, une balustrade perdue dans le feuillage foncé. Dans ce cadre pittoresque, le jeu des personnages a, suivant les intentions du peintre décorateur, su mettre les vrais coups de brosse à un tableau qui s'enlève sur un fond volontairement fait de couleurs neutres ou complémentaires. Les costumes, admirablement composés, sont d'une harmonieuse somptuosité; celui d'Adraste, le principal personnage, en velours noir, d'une suprême élégance, se détache sur la légèreté a-

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L'ART DÉCORATIF rienne des étoffes portées par les danseurs, voisinant avec les riches vêtements des Siciliens, des Espagnols, des Grecs, des Turcs et des Mores aux turbans vieux rose et aux manteaux grenat, doublés de vert. Le miroitement des couleurs de cette amusante pochade a laissé le souvenir d'un divertissement d'une grâce délicieuse où, dans le plus pimpant des décors, la musique de Lulli s'enchaînait comme un joyau serti dans un chaton d'or et de pierres précieuses. La Nuit persane, comédie en deux actes, en vers, de M. J.-L. Vaudoyer, est une sorte de conte des Mille et une Nuits, qui semble né de la collaboration souriante de Verlaine et de Watteau. L'action se passe dans une Perse de fantaisie, où le prince Hassan et la princesse Jasmyde s'aiment un peu et s'ennuient beaucoup. Heureusement, des comédiens de Venise, naufragés, arrivent au palais ; et vite le prince s'éprend de la piquante Sylvia, tandis que le beau Léandre séduit la princesse. Et c'est le coquet marivaudage des fêtes galantes, parmi l'éclat grisant des roses d'Ispahan et dans les parcs mystérieux où les jets d'eau pleurent des rayons de lune. Hélas ! l'enchantement d'amour ne dure que le temps d'un rêve et, au moment de se lier avec des chaînes de fleurs, les comédiens éprouvent la nostalgie de leur vie d'autrefois. Ils s'enfuient alors sur la galère qui les emportera vers de nouvelles aventures. Le premier acte a pour décor la terrasse d'un palais persan, encadrée de rideaux à grosses raies longitudinales vertes, qui domine un parc au fond duquel repose, sous un ciel bleu, la ville d'or, sise au bord de la mer. Bientôt le prince arrive en tunique de soie noire, puis c'est un Léandre rose, un Arlequin bariolé de couleurs tendres, un Brighella blanc, et, au milieu des personnages galants de la comedia dell'arte, la tache d'encre du beau nègre Misapouf. Le deuxième acte s'encadre dans des parcs enchantés, baignés de clarté lunaire où, dans une atmosphère bleuâtre, s'exhale l'âme embaumée des fleurs. Fuyant les règles surannées de la perspective et du trompe-l'œil, le peintre décorateur s'est tenu dans les règles de la stylisation la plus simple, estimant que les guirlandes régulières qui surmontent la scène, ainsi que le dessin des plans, suffisent à maintenir dans leur cadre théâtral les bocages profonds et mystérieux qu'évoque le décor. Il dit lui-même le but qu'il a voulu atteindre, en illustrant d'après ses principes le délicieux conte de M. Vaudoyer : « On remarquera que, dans l'un comme dans l'autre acte, tous les tons sont cherchés pour être propices aux costumes des acteurs, chatoyants sauf quelques-uns, dont le noir est destiné à augmenter la délicatesse des autres. Les comédiens italiens ont la tenue classique ou presque ; quant aux Perses, ils sont tout à fait imaginaires. C'est une petite troupe diaprée, papillonnante, et qui doit passer devant les rideaux enluminés de paysages comme les petites foules galantes de Watteau ; il faut qu'elle donne un instant de charme, d'oubli et de sourire. » Dans Ma Mère l'Oye, ballet en un acte de M. Ravel, l'artiste subtil et raffiné qu'est M. Drésa a continué à remplacer l'illusion de perspective par l'illusion picturale qui est amplement suffisante. Le ballet de M. Maurice Ravel a un argument de la plus adorable et de la plus fraîche naïveté : la fée Bénigne, baisant au front la Belle au bois dormant, lui donne comme rêves les contes de la Mère l'Oye.

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L'ART DÉCORATIF DRÉSA. — Décor du 3e tableau de « Ma Mère l'Oye ». De là quatre tableaux. Le premier, c'est un jardin de féerie XVIIIe siècle, anglais, avec du buis taillé en boules, reliées par des guirlandes. Au fond, une colonne de feuillages laisse entrevoir un bois automnal. Il y a là des gentilshommes vêtus de bleu et des demoiselles d'honneur en robe marron. Deux minuscules nègres, habillés de soie orange, déroulent des banderoles portant les titres des diverses légendes du ballet. Le deuxième tableau représente une salle du palais où se font les entretiens de la Belle et la Bête. Le troisième tableau nous montre Le Petit Poucet et ses frères perdus, la nuit, dans la forêt. Les enfants du bûcheron sont en bleu, sauf le Petit Poucet, dont les vêtements rouges tranchent sur l'obscurité ambiante. De beaux oiseaux passent, ironiques, en picorant le pain semé sur la route. C'est charmant, et tout l'esprit naïf du bon Perrault survit dans cette évocation avec les rêves de notre enfance. Il a suffi de deux gros arbres pour faire pressentir la forêt et sa profondeur angoissante. Le quatrième tableau s'intitule : Laidronnette, impératrice des Pagodes. D'une tente drapée à la chinoise et ornée d'un dragon, sortent Pagodins et Pagodines. Paraît

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L'ART DÉCORATIF DRÉSA. — Décor du 1er tableau de « Ma Mère l'Oye ». Laideronnette en Chinoise de Boucher, masquée de velours noir et une tulipe à la main. Elle écoute les propos amoureux de Serpentin Vert. La dernière scène nous fait voir le Prince Charmant, ce symbole exquis, dans le plus tendre et le plus pimpant costume rose. Guidé par l'Amour, il s'approche de la princesse enchantée. Celle-ci s'éveille en même temps que le jour se lève, car nos rêves, même exprimés par une musique divine, ne peuvent que se dissiper quand apparaît la froide et lumineuse réalité. C'est fini. La baguette d'une fée invisible a fait rentrer dans le néant les fables puériles et merveilleuses du conteur qui, avec l'aide de son prestigieux collaborateur et d'une chorégraphie à la grâce précieuse, a donné pour un moment la vie aux plus radieuses chimères de notre imagination. *** Les trois spectacles que nous venons d'analyser succinctement au point de vue décoratif ont montré ce qu'on peut obtenir par l'alliance intime, jusqu'ici jugée irréalisable dans certains milieux, du décor, du costume et de la mise en scène.

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L'ART DÉCORATIF Plus de spécialistes s'ignorant, marchant côte à côte sans se connaître et produisant souvent une cacophonie analogue à celle occasionnée par deux mains étrangères l'une l'autre qui frapperaient, sans entente préalable, les touches d'un piano, selon une interprétation imprévue du précepte : Que ta main gauche ignore ce que fait la droite ! Non, ici, le directeur a su discipliner avec science et méthode tous les éléments scéniques, en extériorisant par les plus simples moyens d'expression la synthèse des pièces représentées et en répudiant la multiplicité des détails qui a toujours pour résultat d'éparpiller l'intérêt d'une pièce et de distraire malencontreusement l'attention du spectateur. D'accord avec lui, le peintre a conçu le décor à l'échelle de l'action qu'il encadre suivant les immuables lois de la proportion, norme éternelle de la beauté. Il est resté dans son domaine, sans chercher à l'étendre maladroitemment, mais en s'attachant scrupuleusement au problème des lignes et des plans, à l'harmonie des costumes et du fond, pour l'animation de cette fresque mouvante qu'est une œuvre théâtrale. Il ne faut jamais oublier, en effet, que l'acteur se trouve agrandi ou diminué suivant les dimensions du décor ; on est donc conduit à varier, à chaque tableau, les dimensions de la scène. Le travail du peintre-décorateur devient l'art de suggérer au public l'illusion de l'ambiance, de manière que l'imagination du spectateur devienne la collaboratrice charmée de l'auteur et de ses lieutenants. DRÉSA. La Princesse Florence dans « Ma Mère l'Oye »

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L'ART DÉCORATIF Que ce soit pour le spectacle radieux d'un divertissement dans la lumière, comme Le Sicilien ou l'Amour peintre, — pour le marivaudage oriental de la Nuit Persane, qui évoque dans des jardins féeriques « des nuits plus belles que nos jours » — ou pour le conte bleu de Ma Mère l'Oye, si pittoresquement orchestré par Maurice Ravel, on a vu que peintre, costumier et metteur en scène ont travaillé dans une harmonie étroite, la main dans la main peut-on dire, afin d'obtenir ce résultat artistique : la fusion de l'apparence sculpturale et colorée des acteurs et des figurants avec les lignes et les couleurs de la décoration générale. Ainsi l'unité dans la variété a bien été réalisée et jamais communion plus étroite n'a été obtenue pour ériger plastiquement la pensée des auteurs dans une atmosphère d'art d'une enveloppe si justement appropriée à son objet. Mais après de telles délectations, il faut savoir gré à M. Jacques Rouché, dont le programme est si largement éclectique, d'avoir su grouper autour de lui tant de concours dévoués à ses idées réformatrices, de manière à réaliser pour nos yeux et notre cerveau des spectacles d'art, à la fois si variés, si rares et si nouveaux. ROBERT LESTRANGE Photographies Louis Lemery, 10, rue Notre-Dame de Lorette.

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VNE BOITE AVX LETTRES EN BOIS POUR L'INTERIEVR DVN HALL M. FAVRE. 1er Prix. --- LE XXIIe CONCOURS ANNUEL DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT A L'ART ET A L'INDUSTRIE Pour la vingt-deuxième fois, la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie vient de donner à toutes les Écoles d'art décoratif de France l'occasion de se mesurer entre elles. Celles de Paris, Nantes, Angers, Lyon et Roubaix se sont partagé les récompenses : L'ensemble des projets m'a paru cette année aussi morne que nombreux ; il est vrai que le programme du concours : une boîte aux lettres, était peu folâtre. La Société d'Encouragement fut d'autres fois mieux inspirée ; mais elle a tant proposé déjà de sujets que son choix devient maintenant très limité. L'Art Décoratif a publié successivement les Concours suivants de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie. - XIIIe Concours : un paravent (septembre 1903) - XIVe Concours : une écritoire (août 1904) - XVe Concours : un coffret à bijoux (août 1905) - XVIe Concours : une lanterne d'antichambre (septembre 1906) - XVIIe Concours : enseigne suspendue au-devant de la boutique d'un céramiste (août 1907) - XVIIIe Concours : un châssis de lit pour deux personnes (août 1908) - XIXe Concours : composition d'un milieu de table (juillet 1909) - XXe Concours : un fauteuil pour un grand salon moderne (août 1910) - XXIe Concours : un dessus de porte pour cabinet de travail ou bibliothèque (août 1911)

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L'ART DÉCORATIF Un premier prix a été attribué à M. Favre pour le dessin d'une boîte en bois destinée à un hall. Cette composition consiste en une réduction microscopique d'un monument; le caractère en est trop architectural et le style trop apparenté à la Renaissance: la figure d'enfant est inutile, mais les escargots de la base constituent une trouvaille assez humoristique. Le deuxième prix appartient à un sculpteur, M. Hamard, dont le projet est sobrement orné d'un décor d'églantines, auquel n'ajoute rien la figure fort commune du fronton. M. Braquemond (3e prix) n'a pas été beaucoup mieux inspiré en imaginant son allégorie du Secret, encadrée de motifs lourds et surtout surmontée d'une couronne superflue qui, à l'exécution, deviendrait naturellement un réceptacle à toutes sortes de petites ordures: tickets, bouts de cigarettes ou noyaux de cerises. Mlle Lesimple (4e prix), dans sa boîte pour hall de gare, s'est préoccupée d'abord de trouver un effet original en alliant la céramique au bronze, puis de rattacher son sujet à l'ensemble architectural dont il constitue un des éléments décoratifs. Cette boîte rectangulaire est simple comme il convient; les motifs en bronze des angles, inspirés de la pomme de pin, rappellent très heureusement la frise, également de pin, sculptée en pierre sur le mur contre lequel est appliquée la boîte. Le projet de Mlle Lesimple a réellement beaucoup de mérite. Celui de M. Dansat (5e prix), très adroitement sculpté, est plus compliqué. M. HAMARD. 2e Prix. M. BRAQUEMOND. 3e Prix.

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L'ART DÉCORATIF Quatre têtes figurant les parties du monde ornent les quatre angles inférieurs ; puis des oiseaux volent sur la porte de la boîte, tandis qu'un tout petit globe terrestre est au faite de ce minuscule édifice. Tant de sujets et d'allégories sont-ils nécessaires ? Néanmoins cet ensemble ne manque pas d'harmonie et d'une certaine grâce qui fait totalement défaut à la gibecière massive imaginée par M. Reynaert (6e prix) pour le service d'un grand hôtel. Le type de la boîte officielle, d'une architecture académique, a été on ne peut mieux réalisé par M. G. Fournier (7e prix) : nous retrouvons là tous les vieux clichés qui plaisent aux administrations de l'État ou aux services municipaux, depuis les guirlandes de laurier pendues dans lecreux des gorges jusqu'à la plaquette inférieure faisant cartouche ; ce projet est trop sage. M. Lautron (8e prix) a voulu lui aussi composer une œuvre officielle, puisque sa boîte est destinée à la Chambre des députés. Son style précieux, qui lui donne un peu l'aspect d'un bijou orné de faisceaux et de bonnets phrygiens, convient-il au caractère des messages de nos élus ? Je me permets d'en douter fort. Le projet de M. Boutonnet (9e prix), qui comprend l'emploi du fer forgé et du verre, ne manque pas d'originalité et serait véritablement intéressant si son décor n'était aussi maigre. M. Thiébaut (10e prix) prétend utiliser, en plus du verre et du fer forgé, le bois : cet artiste a eu le tort de sur-