Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
Page 1
Surtout de table pour la « Ville de Paris ».
MAX BLONDAT.
COURS DE DÉCORATION
CINQUIÈME LEÇON
DES CONCOURS
Les concours ont été institués pour éviter plus ou moins vraisemblablement le favoritisme qui entache toujours une commande faite directement à un seul. Le concours sauve les artistes d'un mal pour les mener dans un pire; il ouvre la concurrence la plus douloureuse qui soit: vous voyez des artistes qui se cachent les uns des autres, qui s'épient, se jalousent; les meilleures camaraderies se ternissent devant les espoirs pour se retrouver amoindries dans les déceptions! Ah! quelle perturbation qu'un concours dans ce monde si impressionnable des artistes, et que l'atmosphère est lourde dans la salle d'exposition des projets!
L'institution du concours, telle qu'elle fonctionne actuellement, c'est de l'empirisme administratif — quelque chose comme l'adjudication du talent! Ses résultats n'ont même pas chance d'être bons par hasard. Dans le désir d'arriver premier, tout concurrent est porté à des préoccupations bien différentes de celles qui viseraient à faire simplement une œuvre belle. D'abord, il convient d'éclipser les maquettes voisines par des dimensions supérieures, une présentation plus avantageuse; il est nécessaire aussi, pour les mêmes raisons, de faire un travail surchargé de motifs, de détails, de brio. C'est un entraînement fatal, c'est une surenchère sans limites. Mais il y a aussi à se soucier du jury, à lui plaire, à entrer dans la manière de voir de tel de ses membres influents... et puis à circonvenir ce jury par tous les moyens possibles.
Si bien que cette « libre concurrence » n'est au fond qu'une émulation détestable et
Page 2
L'ART DÉCORATIF
7° son produit d'élection est tout à fait spécial, à ce point que dans les ateliers on dit : voici une maquette qui est très concours, ou en voici une qui ne l'est pas. Il y a donc le parfait concours qu'il convient de concevoir avec plus d'habileté que de franchise, et où le talent devient astucieux.
Chercher une maquette dans ces conditions, c'est à faire reculer un véritable artiste ; mais quand on suppute la somme de travail souvent colossale qui a été dépensée dans l'ensemble d'un concours, quand on songe à tous ces efforts gâchés, à tous les découragements et à toutes les misères aussi, hélas ! qui suivent la proclamation du lauréat, oh alors! c'est à vous dégoûter d'être celui-là, si l'on est un homme de cœur !...
L'institution du concours repose sur un jury. Que vaut-il, ce jury ? Remarquons que nos pouvoirs publics n'ont jamais essayé—pas plus qu'aucun comité privé—de provoquer un jugement populaire à propos d'un concours, au moyen d'un système de référendum facile à trouver. Notre démocratie s'inquiète moins du goût des foules qu'on ne s'en souciait au temps de la vieille Athènes, sous « l'obscurantiste » moyen âge et sous la monarchie même, où souventes fois le peuple fut appelé à donner son choix sur les questions artistiques.
Loin de ces tendances, les jurys constitués sont plus empreints d'omnipotence officielle que jamais. C'est ainsi que maints artistes de l'Institut y sont appelés, sans qu'on se rende compte que l'Institut qui n'a pas de section d'Art Décoratif, l'Institut qui se confine dans un « grand art » de Salons et de Musées, est tout à fait inapte à comprendre ce qu'est la décoration dans un surtout de table ou un monument public. Au surplus, des ouvriers d'art ne figurent jamais dans un jury de concours, mais on y trouve par contre d'inquiétantes majorités de fonctionnaires qui jugent là en toute autorité, sans aucun scrupule. (Ah ! il ferait beau que les rôles soient changés et que des artistes se permettent un jour de décider de la valeur d'un fonctionnaire !) Et puis, ces jugements à huis clos sont tout à fait odieux, cependant que les concurrents guettent angoissés aux alentours, ou se morfondent dans leur atelier, énervés, déprimés par le surmenage des derniers jours en charrette — et les uns et les autres étreints par des doutes souvent trop légitimes sur la compétence et la moralité du jury.
Enfin, cette institution du concours est si peu respectée par les artistes eux-mêmes, que l'apparition de chaque nouveau programme est saluée par ces mots : Ça doit être donné d'avance ! Injure qui malheureusement a été justifiée déjà en certains concours — ceux-ci n'ayant pas craint de cacher une commande préalablement faite en sous-main à un artiste préféré, et de la légitimer sur le dos de concurrents appelés, dupés et quelquefois ruinés — mais qui faisaient toujours les frais d'une bonne réclame.
Ainsi, en principe, que reste-t-il du concours? Il prétend provoquer la plus belle œuvre et on constate qu'il ne peut qu'influencer en mal les meilleurs rendus. Il prétend éviter tout favoritisme, et on se rend compte qu'il peut le dissimulerau contraire sous de coupables manœuvres.
Comme on le voit, l'offre et la demande de la production artistique sont limitées ici entre deux actions mauvaises : d'un côté il y a la commande que n'importe qui peut faire à n'importe qui, et dont l'immoralité est évidente ; d'autre part, il y a le système du concours-concurrence dont l'immoralité vient d'être exposée.
Page 3
L'ART DÉCORATIF
Voilà, aujourd'hui, en quelle alternative se débat la plus haute production de l'activité humaine !
Voilà, en quelle sujétion vivent les artistes !
Voilà où les a acculés un exécérable individualisme qui divise l'effort et isole le producteur. Ce dernier, berné par un enseignement incapable, est porté à développer sa personnalité. Plus tard, il voit qu'il est de mode de rendre cette personnalité précieuse par des ostentations originales. C'est ce qu'on appelle se faire un nom. Puis les exigences de la notoriété ou du commerce forcent encore les spécialisations, les exacerbent.
PAUL ROUSSEL
Quand tout le pousse à une indépendance productive, comment l'artiste peut-il se douter que le seul moyen d'œuvrer sainement, bellement, et d'imposer cette œuvre, est dans le travail en commun, comme aux belles époques !
... Et pourtant, quand on se promène dans une salle d'exposition de maquettes, et que l'on constate en chaque projet des parts de qualité, mentalement on rassemble ces qualités, on les fond en quelque sorte dans un projet définitif qui représente la somme des recherches isolées, des talents émiettés. Et l'on imagine la splendeur de l'œuvre issue de toutes... et on imagine la vie que serait celle d'artistes groupés, qui permettraient cette œuvre ! Et ce serait là le véritable concours!
— Travailleurs des arts, en attendant vos labours unis, qu'au moins un peu d'esprit solidaire vous anime ! Il est honteux qu'à notre époque, où les moindres métiers organisent leur dignité et leurs intérêts, on puisse vous voir en grand nombre pieds et poings liés devant quelques membres de jury de bon plaisir. Conviés à un concours, vous ne devez plus être désarmés ni exploitables. Ainsi, il vous sera possible de remanier un
Page 4
L'ART DÉCORATIF
DES RUELLES ET BRASSEUR.
programme (souvent si mal donné); puis vous exigerez des prix moins dérisoires que ceux qui sont distribués en ce moment aux secon ls lauréats; vous vous réserverez aussi le choix d'une grande partie du jury, et surtout, il ne faut plus qu'un seul concours soit jugé autrement que portes ouvertes, ou devant une forte délégation de concurrents.
Des considérations générales sur l'institution du concours, nous passerons à l'analyse succincte des trois concours qui viennent de troubler si profondément le monde de la sculpture: le surtout pour la « Ville de Paris », le monument Boucicaut, le monument à l'Aviation. Ces trois concours ont suscité en tout plus de cent cinquante maquettes. Bien
PAUL ROUSSEL ET PATOUILARD.
Page 5
L'ART DÉCORATIF
des artistes ont participé à deux concours, quelques-uns même ont fait les trois !... Cent cinquante maquettes, dont plusieurs très belles, forment un déchet effrayant. Les trois projets arrêtés valent-ils ce gâchis ? C'est une disproportion intolérable !
CONCOURS DU SURTOUT DESTINÉ A ÊTRE OFFERT PAR LA VILLE DE PARIS AU CUIRASSÉ QUI DOIT PORTER SON NOM
Si nous remarquons la virtuosité prodiguée dans le projet arrêté (celui de M. Paul Roussel), il n'en convient pas moins de critiquer la façon dont a été jugé ce concours.
Mme SERRUYS.
La base d'appréciation a manqué totalement. La seule bonne, c'eût été la salle d'honneur du cuirassé Ville de Paris avec son ameublement. Il était donc nécessaire d'aménager en partie cette salle d'honneur dans un coin de l'exposition : une amorce de plafond (quelques planches) délimitait la hauteur très restreinte de cette pièce ; une table, l'ébauche d'un service (quelques assiettes, verres, etc.). Sur cette table, c'est-à-dire dans le milieu définitif reconstitué autant que possible dans sa réalité, les membres du jury faisaient placer tour à tour les surtouts. Oh ! ce n'était pas si compliqué ; les gardiens sont là, et puis une dizaine d'œuvres tout au plus étaient à retenir pour cette expérience.
Placées ainsi dans le décor, les œuvres donnaient tout autre chose. Il en est qui prenaient soudain une valeur tangible — et nous citerons celles de MM. Max Blondat et
Page 6
L'ART DÉCORATIF
Auguste Arnoux.
Voici deux artistes qui ont fait œuvre d'orfevre, qui se sont subordonnés consciencieusement au programme, et dont le métier est à l'échelle du métal. Ils ont pensé à ce milieu d'assiettes fines de cristaux qu'il ne fallait pas tuer... et ces qualités leur ont valu l'oubli innocemment injuste.
CONCOURS DU MONUMENT A LA MÉMOIRE DE Mme BOUCICAUT ET DE Mme LA BARONNE DE HIRSCH
Ce qu'il faut tout de suite remarquer à ce concours, c'est la bonne tendance des projets à s'établir sur de l'architecture. Les artistes comprennent-ils enfin que tout n'est pas dans l'idée d'un monument et dans le sentiment de sa statuaire, mais qu'il doit se construire encore et s'équilibrer par de l'architecture. C'est un progrès. Pourtant faut-il que l'architecture et la sculpture se lient et non se juxtaposent. L'éducation isolée du sculpteur et de l'architecte (voir ma dernière Leçon) fait leur technique étrangère l'une à l'autre, ainsi qu'on le constate dans certains projets qui réunissent une architecture surannée et une sculpture décadente. Les meilleures maquettes n'arrivent pas à former un ensemble homogène. Mais il y a aussi la question de l'emplacement : le square du Bon Marché, loin d'autoriser une conception arbitraire, disproportionnée ou déplacée — celle par exemple d'un monument funéraire emphatique ou inadéquat par son volume — exige avant tout une décoration, c'est-à-dire un embellissement.
Parmi les concurrents, Mme Serruys semble s'être préoccupée au mieux de cette
Monument Boucicaut (détail).
DESRUELLES ET BRASSEUR.
Page 7
L'ART DÉCORATIF
question. Son projet est assez jardin ; il est d'une bonne échelle pour le lieu désigné ; la lumière se joue bien entre le motif central et le fond incurvé; enfin son plan, par des lignes rentrantes, s'est inquiété de correspondre avec le sol autrement qu'un pavé posé sur une pelouse. — (Projet non retenu par le jury).
MM. Desruelles et Brasseur ont surtout mis en valeur le sujet traité. On voit des théories de malheureux converger vers les deux figures principales du monument. Ces deux figures — Mmes Boucicaut et de Hirsch sous les traits de la Bonté et de la Charité — sont tout à fait belles. Aucun autre projet ne les a mieux entourées de grâce accueillante, de noblesse et de serénité. — (Projet non retenu par le jury).
M. Moreau-Vauthier doit être loué pour avoir cherché à sortir de la banalité des monuments-frontons, et aussi pour s'être résolu à ne pas encombrer un petit jardin. Son idée est toute de réalisme. Le réalisme est-il bon pour la grande sculpture ? Ne risque-t-il pas d'animer trop momentanément le marbre et d'illusionner malencontreusement sur les qualités statiques immuables de la matière? Certes, le spectateur est tout de suite charmé par un aspect de vie anecdotique ; mais, et par cela même, il attend les aspects suivants ; sa déception ne doit-elle pas lui faire voir bientôt figé ce qui était d'abord si attrayant? — (Projet primé).
Nous ne pouvons passer sous silence une maquette très importante et d'un extrême poussé. Elle est due à la collaboration de MM. Paul Roussel, statuaire, et Patouillard, architecte. Dans ce projet, le portrait des deux héroïnes est ramené très suffisamment à la proportion de médaillons décoratifs. Malgré l'heureuse disposition de ce motif, il semble que les deux talents de l'architecte et du sculpteur ne se soient pas assez pénétrés l'un l'autre. Et puis, l'ensemble ne serait-il pas trop monumental pour le cadre donné ? — (Projet non retenu par le jury.)
MOREAU-VAUTHIER.
Page 8
CONCOURS POUR UN MONUMENT A L'AVIATION FRANCAISE
Ce concours, organisé par l'Aéro-Club, présente un programme qui est un défi aux lois rudimentaires de la statuaire monumentale.
En effet, les sculpteurs sont invités à décorer une place publique, comme dit le programme, en y élevant un monument d'une certaine ampleur (1)
On croit rêver! Comment! on se plaint que Paris notamment reçoive sur ses places des statues, des monuments qui n'ont jamais été étudiés en vue des dites places, et qui viennent toujours là—pardonnez l'expression,—comme des cheveux sur la soupe Comment! Déplorant cet état de choses, le Conseil municipal a voté des motions aux termes desquelles il n'accorderait plus d'emplacement qu'après que des maquettes grandeur d'exécution auront, par une installation préalable, justifié de leurs qualités de convenance à l'endroit destiné, et il est permis à une société d'ouvrir un concours sans même avoir déterminé cet endroit?... Et on laisse barbotter des artistes devant cette place publique imaginaire, se demandant ce que c'est qu'une certaine ampleur, dans quel sens plastique il faut la comprendre, et d'ailleurs absolument ignorants de la somme dont pourra disposer le comité pour l'exécution du monument. Il est vrai qu'ils ont ce renseignement judicieux: les maquettes devront être exécutées à l'échelle de vingt centimètres par mètre!.. Et ce serait bouffon, s'il n'était pas pénible de voir des artistes tourmentés inutilement, et si cette malencontreuse initiative de l'Aéro-Club ne devait pas compromettre à jamais la magnifique idée d'un Monument à l'Aviation française.
Mais aussi, les sculpteurs sont-ils bien ignorants encore de leurs fonctions de décorateurs et bien punis de leur isolement; sans quoi, unanimement, ils auraient refusé de travailler sur un tel programme.
Nous ne montrons qu'un projet de ce concours (1), celui de M. Grégoire Calvet, qui a lui-même cherché son architecture et très ingénieusement. Mais que dire de plus, puisque nous n'avons aucun moyen de juger cette œuvre comparativement à un milieu connu?
M. MAIGNAN.
(1) Nous aurions désiré mettre d'autres projets sous les yeux du lecteur, mais ceux que nous avions choisis n'étant pas primés, les noms des auteurs nous sont restés inconnus, malgré les pressantes démarches faites auprès de l'Aéro Club. Sans doute, oser mettre en valeur des œuvres non primées adû paraître bien subversif; mais l'art gagne-t-il grand chose à ces roueries administratives, et l'intérêt des artistes n'est-il pas trop délibérément sacrifié?
Si nous avons la bonne fortune d'exposer le projet de M. Gregoire Calvet (projet non primé), c'est que l'artiste, moins confiant que les autres concurrents en la sollicitude du comité, a eu la bonne inspiration d'épingler sa carte sur son projet.
M.M.
Photographies de LOUIS LEMERY, 10, rue Notre-Dame-de-Lorette.
Monument à l'Aviation.
GRÉGOIRE CALVET.
Page 9
LA FERRONNERIE ESPAGNOLE
DEUXIÈME ARTICLE
Une des branches de la ferronnerie et non une des moins intéressantes que l'Espagne ait pratiquées avec une éclatante supériorité, c'est la damasquinerie importée dans la péninsule par ses conquérants les Maures. Très à la mode en Egypte et en Syrie, dès les premières années de l'hégire, la damasquinerie que les Arabes tenaient des Persans consiste en incrustations d'or ou d'argent sur le fer, obtenues : soit en gravant, profondément au moyen d'un marteau, un dessin qui forme ainsi un sillon, dans lequel on introduit de l'or ou de l'argent ; soit en guillochant légèrement le fer et en faisant adhérer encore à l'aide d'un marteau, ces mêmes métaux aux parties guillochées, en se conformant à un modèle tracé d'avance. Nulle parton n'a poussé plus loin que dans les Castilles cet art délicat et charmant.
Le plus ancien spécimen de l'art de la ferronnerie qu'offre l'Espagne est une grille en fer, conservée au musée provincial de Séville, provenant d'un vieux castillo détruit, d'un caractère étrange, faite d'une seule pièce,
Page 10
L'ART DÉCORATIF
sans soudures, tout au moins sans soudures apparentes, qui passe pour une œuvre romaine, ce qui est loin d'être prouvé. Ne serait-ce pas plutôt le travail d'un ouvrier du Moyen Age, arabe ou chrétien? Nous le croirions volontiers, d'autant plus qu'une autre grille du même genre ferme, dans la cathédrale sévillane, un des côtés de la chapelle royale.
Viennent ensuite les curieuses grilles scellées dans les fenêtres de la façade de l'église de Nuestra Señora de la Antigua del Camino, de Léon, précieux échantillon de la ferronnerie dans les Castilles à la première époque romane.
Il faut ensuite arriver aux productions des conquérants de la péninsule, les Arabes. Parmi celles-ci, il convient de citer d'abord la grille qui clôture le Sagrario de la cathédrale de Palencia, du xme siècle, véritable merveille de martelage et d'enchevêtrements. Viennent après des objets d'un autre genre; en premier lieu, une lampe aujourd'hui conservée au musée archéologique de Madrid, ayant appartenu à l'église San Ildefonso, d'Alcala de Henares,àlaquelle,suivant une tradition, elle avait été donnée par le cardinal Cisneros, en qualité de trophée de la campagne d'Oran. Elle est généralement désignée sous le nom de lampe de Abu-Abdil-Lah-Mohammed, de Grenade,oulampe d'Oran, et probablement composée de deux fragments différents provenant, l'un, de la première de ces villes,l'autre,de la seconde. Sur ses trois globes inférieurs, on lit en le ttre arabes la devise des rois de Grenade : Il n'y a de vainqueur que Dieu. Qu'il soit loué! et plus
Page 11
L'ART DÉCORATIF
bas, dans une inscription en caractères nes-khi, plus longue, mais incomplète, on déchiffre le nom de Mohammed, avec la date de l'hégire 705 (1365).
Citons, à la mosquée de Cordoue, deux beaux marteaux de portes de près de 60 centimètres de hauteur, percés à our et ornés d'arabesques du meilleur style arabe. Ces heurtoirs, qui sont sans doute l'ouvrage de quelque maure mudéjar, portent en caractères gothiques du xive siècle, autour de la bordure, l'inscription suivante : Benedictus Dominus Deus Isrhael. Il convient aussi de signaler les magnifiques clefs en argent doré de la cathédrale de Séville. Sur l'une, celle du tabernacle du grand autel, sont ciselés, avec un goût exquis, des galères, des navires, des lions, des châteaux forts, et enfin l'inscription : Dios abrira, rey entrara, répétée deux fois ; une première, en langue castillane, une seconde, sur l'anneau, en caractères hébraïques. Cette clef passe pour celle que le roi maure vaincu, Axataf, remit à Ferdinand lors de la prise de Séville. Après ces clefs, il faut au moins nommer les clefs forgées du musée de Ségovie, d'un travail si curieux, celles de Sepulvéda, etc.
De nombreuses maisons de Cordoue, de Grenade, de Jaen, de Séville, et d'autres villes du midi de l'Espagne particulièrement, conservent encore aujourd'hui des portes et des fenêtres garanties et protégées de grilles forgées par leurs anciens propriétaires, les Arabes. Elles montrent des enchevêtrements inextricables, des combinaisons sans nombre de rinceaux, de lacs, d'entrelacs, d'arabesques, du goût le