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Chapelle à reliques. École brabançonne (vers 1500).
(Chêne sculpté et albâtre polychromes.)
EXPOSITION DE L’ART ANCIEN ET DE L’ART POPULAIRE A MALINES
J’ai contemplé Malines par une fin de jour automnal, calme et recueilli. Le soleil mourant dorait d’un dernier rayon vermeil l’épine gigantesque de la vieille tour de Saint-Rombaut, hérissee de colonnettes aux vives arêtes, avec au sommet l’ajour d’or noirci du cadran de son énorme horloge. Sur la Grande Place des maisons aux couleurs tendres, aux pignons découpés, sculptés, sous des toits en tuiles rouges, se pressent, vieillottes, mais fières, semblant fixer avec orgueil la Halle aux Draps, la dentelle de pierre de la maison du Grand Conseil et l’austère Hôtel de Ville.
Sous ses ponts la Dyle coule doucement, reflétant les maisons antiques qui sommeillent sur ses quais. Et si Bruges-la-Morte, chantée magistralement par Rodenbach, est
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célèbre par son charme de vieille cité assoupie depuis des siècles, Malines ne lui cède pas en beauté.
Aux temps où l'humanité s'éveillait à peine, ce fut ici une cité lacustre; puis Mechelen
En haut, Notre-Dame d'Hanswyck en dentelle de Malines. En bas, fond de bonnet en dentelle de Malines.
ou Malines devient une ville riche et florissante. Son nom, d'après le Dr Gessler, paraît provenir d'une forme germanique maginloon, ce qui signifiait grand marécage ou grand pré.
Presque capitale des Flandres, elle fut toujours une cité d'art et l'exposition récente
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où les efforts du capitaine de Witt, du Dr van Doorslaer, du bourgmestre Dessain, de M. F. Empain et de tant d'autres collaborateurs réunirent une magnifique collection.
prouve l'importance de son art religieux, de l'essor des anciens métiers d'art et la richesse de son folklore artistique. L'art religieux de la province d'Anvers eut une large part à cette exposition organisée avec un soin et une méthode scientifique parfaite.
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Dans le domaine de la sculpture le Brabant avait fourni bon nombre d'artisans et d'artistes qui travaillèrent, depuis le début du moyen âge, la pierre à Tournai, le bois à Anvers et Bruxelles. Au xvie siècle nous trouvons les noms de Colin à Malines, de Broencq à Mons, de Vriedt à Anvers mais c'est au xviie qu'arrive le Rubens de la sculpture, Fay-d'herbe, suivi de Delcour et de Quesnoy. Les églises de la province d'Anvers sont remplies de leurs œuvres magnifiques.
Un genre tout particulier fut la sculpture en buis et en ivoire. Véritables bibelots, qui sont des œuvres d'art exquises, ces petites sculptures sont d'une technique subtile et excessivement fine. Têtes de mort qui, en s'ouvrant, montrent toute une cohorte de figurines minuscules, boules terminant les dizaines de chapelets, retables liliputiens avec des scènes de la Passion, statuettes charmantes. D'après M. de Witte il est plus que probable que Malines fut un centre de production pour ces charmants bibelots.
Très curieuses sont les chapelles à reliques ou jardins clos. La plupart sont du commencement du xvie siècle et représentent quelques figurines de saints en bois sculpté, avec un fond rempli de reliques, de médaillons et de fleurs en rubans de soie,
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en argent et en or de Chypre. Mais c'est surtout la série de petites statuettes en chêne et en buis qui attire l'attention, ainsi que les Christs en buis et en ivoire. Parmi les artistes dont les noms restent célèbres dans ce domaine, citons surtout Mathieu van Beveren d'Anvers, passé maître dans la sculpture du buis.
Les tapisseries et les broderies furent représentées à Malines d'une façon remarquable. Je suis l'excellent exposé de M. de Witte, qui nous apprend que la plus ancienne tapisserie connue, créée par des artistes brabançons, fut la tenture de l'« Apocalypse » conservée à la cathédrale d'Angers et tissée en 1376 par Nicolas Bataille, de Paris, d'après les cartons de Jean de Bruges.
La tapisserie représentant le « Souper du roi Midas » est de la fin du XVIIe siècle. C'est le paysage, la « verdure » qui fait à vrai dire le thème principal; au milieu des jardins le roi Midas, vêtu de rouge, est assis à table en compagnie de deux dames. Cette pièce, d'une beauté et d'une conservation remarquables, porte la marque B (Bruxelles) et la signature de H. Reydam.
Parmi les industries malinoises, une des plus remarquables est, sans contredit, celle des cuirs dorés. La fabrication des cuirs, dont certains dépassent en beauté ceux de Cordoue, est originaire d'Espagne et s'implanta à Malines au début du XVIe siècle. Si Lille, Liège et quelques villes belges fabriquèrent éga-
(Eglise de SS.-Pierre et Paul, à Loenhaut.)
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lement ces cuirs, aucune n'atteignit la perfection que ce travail eut à Malines.
Le décor était riche, largement traité, d'un dessin généralement très grand, d'une coloration chaude et puissante. Mais avec l'apparition des toiles et des papiers peints,
l'art du cuir commença à décliner. On abandonne l'usage des reliefs et l'or qui les ornait primitivement dora tout le fond. Aux temps de Louis XIV, l'emploi des petits fers atténue un peu le mauvais goût de ces fonds criards, mais l'art du cuir avait vécu.
L'exposition de Malines nous donne une très belle série d'imitations du cuir de Cordoue du commencement du xvie siècle, puis une belle série de feuilles de fabrication malinoise, dont certaines sur fonds blancs, verts, noirs, polychromés, et sur fond bleu, sont de véritables merveilles, tant comme nuances que finesse et recherche subtile du décor qui les orne.
La section de dentelles de Malines fut des plus riches et des plus importantes. La ville de la reine des dentelles ne pouvait faire moins que d'exposer une série remarquable des productions de l'industrie qui a rendu son nom célèbre dans le monde entier. S'il est difficile de préciser à quelle époque apparut à Malines l'industrie dentellière, il est certain qu'à partir de 1665 on donne couramment le nom de Malines à cette magnifique dentelle dont le fond moucheté la fait nommer par la « Révolte des Passements », les « Escadrons de Neige ».
Le sonner du roi Midas. L'apisserie taine et soie, travaux bruxellois, fin du XVIIe siècle.
(Collection du duo d'Ursol)
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Ce qui caractérise surtout d'une façon indéniable la Malines à partir du XVIIe siècle, c'est sa maille hexagonale très fine et vaporeuse, le décor où dominent les roses épanouies disposées en guirlandes, ses toilés qui sont toujours contournés par un fil plat
et brillant. La Malines d'aujourd'hui n'a peut-être plus la qualité charmante de son ancêtre, mais il faut espérer que les encouragements qu'on ne ménage pas aux dentel- lières qui voudront travailler d'après les anciens modèles ou dans leur style, donneront un renouveau brillant à cette belle et si artistique industrie malinoise.
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Cuisine d'auberge. (Section du folklore.)
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JAR sc.
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Buffet en chêne sculpté. Travail flamand du XVIIe siècle.
L'exposition de Malines au point de vue didactique avait une valeur unique. Au Musée des Arts Industriels de Bruxelles, j'ai eu le loisir d'admirer l'excellente et progressive exposition de tous les genres de la dentelle belge dans toutes les phases de son évolution. Ici nous avons une série de patrons depuis 1750 jusqu'à 1870.
Les patrons étaient travaillés par des ouvrières spéciales d'une très grande habileté. Les fils y sont entrelacés au nombre de huit et forment une tresse plus ou moins rapprochée, selon la finesse de la dentelle ; ces tresses indiquent le nombre de fils, de fuseaux nécessaire pour l'exécution de la dentelle.
Ces patrons retracent absolument l'histoire de la dentelle de Malines depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle jusqu'à nos jours et constituent un document unique et des plus précieux pour la future histoire de la dentelle en question.
Inutile d'insister sur la beauté de la plus grande partie des lots exposés, parmi lesquels il y avait de véritables chefs-d'œuvre.
La sculpture en albâtre, fort en honneur en Angleterre où les imagiers de Nottingham excellèrent dans ce genre, fut connue en Belgique dès le moyen âge. Mais c'est au XVIe siècle que ce genre de sculpture se répand plus activement dans le Brabant. Parmi les Malinois, Alexandre Colin et plus tard Henry, père de Lucas Fayd'herbe, exécutèrent un nombre considérable de petits retables en cette belle matière.
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Nous arrivons enfin à la pittoresque section du folklore local.
C'est d'abord la chambrette de la dentellière avec des naïfs tableaux de saints accrochés aux murs, quelques vieilles chaises fort curieuses, un chandelier avec la « profijter », appareil permettant de consumer la chandelle jusqu'au bout.
Et c'est l'image d'une vie qui s'en va, calme et tranquille, que ne troublait point le fracas des usines d'aujourd'hui et notre vie fiévreuse. C'est l'existence un peu morne mais bien remplie, dans le fond d'une maisonnette claire et propre, où la dentellière, penchée sur son coussin, manœuvrait de ses doigts agiles le fin fuscau pour créer avec le fil blanc les grâces aériennes de ces célèbres dentelles.
A côté s'étale une échoppe de friandises populaires, où le « Comte de la Mi-Carème » prodigue aux enfants sages les douceurs tant convoitées. Et cette épicerie est, comme l'imagerie populaire, mise en sculpture. Elle s'ajoute logiquement et elle continue l'œuvre de ces peintres naïfs qui dessinèrent et imprimèrent les scènes des cortèges et des pèlerinages qui furent dans les Flandres, à part leur caractère religieux, comme des revues souvent satiriques des événements de l'année.
Puis, c'est la vitrine du bijoutier : les boucles d'oreilles, les longs pendentifs, des chaines avec médaillons, des boucles d'oreilles en anneaux filigranés et ajourés avec un soin subtil.
Puis les fermetures en forme de coquille en
Collection de M. E. van Heroll.
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argent qui servent à agrafier les « failles ou kapmantels », ces mantilles dont l'usage vient d'Espagne. Enfin, une série de bibelots intéressants : scapulaires, sachets à reliques, jouets, etc. Une papeterie ancienne expose des livres populaires, des images, des échantillons du vieux papier d'an-an, des patrons pour la guipure, la broderie et la dentelle. Enfin, une pharmacie ancienne avec tout son matériel provenant de la maison « In de blauwe Hand » (à la main bleue), nous reporte à l'officine du pharmacien du XVIIIe siècle et rappelle celle qui se trouve au Musée des Arts Industriels à Bruxelles.
C. DE DANILowicz.
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J&R sc.
GUSTAVE-ADOLPHE FJAESTAD.
Bouleaux sous la neige.
GUSTAVE-ADOLPHE FJAESTAD
La peinture suédoise, c’est, pour la France, avant tout, Anders Zorn, virtuose de la belle pâte et de la ressemblance parfaite, et son émule officiel et un peu bourgeois Emile O’Estermann; c’est Carl Larsson, décorateur national au sens le plus parfait du mot, dont la demeure est un chef-d’œuvre et qui tire des séries d’aquarelles exquises des aspects de cette « Maison au soleil » et de la vie qu’on y mène; c’est le prince Eugène de Suède, fatalement pour la curiosité du fait, encore plus que pour son incontestable talent; c’est Gustave Ankarcrona, avec une magnifique école de paysagistes, que même les spécialistes n’ont pas encore étudiée de près, parce que, au premier abord, ils se ressemblent à la façon des figures d’un même temps dans les modes du même jour, et qu’il est plus facile de confondre un Suédois avec un autre Suédois, que de se donner la peine de bien regarder et de retenir des noms exotiques. Toutefois deux fortes individualités s’en dégagent avec une telle énergie que, en Allemagne du moins, où ils exposent fidèlement depuis vingt ans, on les a classées au tout premier rang des artistes de leur pays et qu’on leur y offre comme à Larsson, aux Expositions Internationales, des salles spéciales : Otto Hesselbom et Gustave-Adolphe Fjaestad.