Excerpt
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Le sommet de la butte Montmartre avant la construction de l'Église du Sacré-Cœur.
MONTMARTRE
ET SES JARDINS
On s'est beaucoup occupé dans la presse, en ces derniers temps, des périls qui menacent de transformer ce joli hameau de Montmartre, où tant d'aimables souvenirs chantent à tous les coins de rue, en un quartier affreusement banal, et c'est avec juste raison que les Amis de Paris, et avec eux tout ce que la grande ville compte d'artistes, se sont émus de cette véritable profanation que rien ne saurait excuser. Il est évident qu'un quartier, si pittoresque fût-il — et nous en avons vu des exemples, — qui paralyserait sur une de ses grandes artères le libre développement de Paris, devrait disparaître. C'est une loi de l'évolution devant laquelle il n'y a qu'à s'incliner; mais pour Montmartre, aucune préoccupation analogue ne saurait entrer en ligne de compte. Le monticule abrupt n'est pas sur une grande artère, jamais le charroi n'y passera. A quoi sert donc d'élargir la rue Junot jusqu'à l'église Saint-Pierre, à quoi
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servirait de faire disparaître ces petites rues ravissantes du Mont-Cenis et de Saint-Eleuthère? Absolument à rien! Et c'est détruire pour le plaisir de détruire.
Une double raison d'hygiène et d'esthétique devrait s'opposer à ce que l'on touche en rien à ce pittoresque petit hameau. Dans tout autre pays, les jardins et les arbres sont sacrés. A Londres, quel que soit le prix du terrain, un propriétaire, une municipalité qui oserait toucher au moindre jardin, encourrait la vindicte publique. En Belgique,
le vieux roi Léopold II ordonnait de sa propre autorité de détourner une route pour éviter de couper deux vieux chênes. En France et surtout à Paris, nous attaquons les arbres comme des ennemis, nous détruisons, un à un, tous les jardins de la rive gauche, nous nous apprêtons à anéantir tous les parcs et les espaces libres de Montmartre, et nous nous étonnons sans cesse du mauvais état de l'hygiène publique, alors que le premier devoir de nos édiles devrait être de donner de l'air à nos enfants.
Pour ce qui est de l'esthétique, ou tout au moins, si le mot paraît trop grand, du pittoresque, Montmartre ne devrait pas moins être conservé. Et si certaines parties, dans le bas de la Butte, doivent disparaître, ne peut-on garder comme un des coins les plus curieux de Paris les grands jardins qui avoisinent la rue de l'Abreuvoir, la rue de Norvins, la rue Cortot et ce beau et pittoresque parc de la Reine Gabrielle, plein de vestiges anciens et d'arbres séculaires ?
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Les moulins eux aussi sont parmi les curiosités qu'il serait absolument indispensable de conserver, tant ils ajoutent de pittoresque à la silhouette du haut de la ville de Paris. Jadis ces moulins étaient légion, s'il faut en croire le vieux poète Reynard qui parle de la riante colline,
« Où de trente moulins les ailes étendues
M'apprennent chaque jour quel vent chasse les nues. »
De tous ces moulins, trois seuls subsistent encore. L'un, le But-à-fin, aurait été construit au xiii^e siècle, et appartint dès le xvi^e siècle à la famille Debray, qui l'illustra par son héroïsme en 1814. L'un des Debray l'ayant défendu contre les Alliés fut égorgé et les morceaux de son corps furent attachés aux ailes du moulin. Le Badel est aujourd'hui appelé Moulin de la Galette ; dès le xvime siècle, les Debray y débitaient du lait et des petits pains, et ce n'est qu'en 1833 qu'il devint le lieu de plaisir qu'il est demeuré depuis. Son propriétaire était alors le petit père Debray, amateur passionné de la danse et qui y réunissait tous les jeunes gens du quartier pour leur enseigner l'art de Vestris. Le troisième et dernier moulin qui nous reste est beaucoup plus petit et se trouve dans le jardin de la famille Debray.
Il n'est peut-être pas inintéressant de rappeler à propos de ces vieux jardins, que Montmartre fut jadis un grand vignoble. Dès 1133, dans la cession que les moines de Saint-Martin firent au Roi Louis VI de l'église de Montmartre, les vignes étaient com-
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prises. Vers 1313, sur l'état du monastère et de ses propriétés figurent cinq arpents et demi de vignes au territoire de Montmartre. Naturellement ces vignobles eurent une existence assez troublée, mais ils survécurent néanmoins à travers les vicissitudes les plus variées.
Le Cabaret du Lapin Agile.
car le plan de Roussel, en 1730, et celui de Gaillot (1775) représentent en vignes au pied de la butte, là où est aujourd'hui la rue Marcadet, une étendue assez importante.
La Révolution marqua une ère funeste pour les vignes de Montmartre, qui furent dévastées en 1815. Toutefois un plan de 1848 montre encore deux pièces de vignes, l'une près de la rue Ravignan, l'autre près de la rue Lepic.
Ce fut Gérard de Nerval qui prononça l'oraison funèbre de la dernière vigne de Montmartre : « C'était, dit-il, la dernière du cru célèbre de Montmartre, qui luttait du temps des Romains avec Argenteuil et Surènes. Chaque année cet humble coteau perd une rangée de ses ceps rabougris,
La place du Calvaire.
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qui tombe dans une carrière.
« Il y a dix ans j'aurais pu l'acquérir au prix de 3.000 fr. On en demande aujourd'hui 30.000 francs... C'est le plus beau point de vue des environs de Paris.
« Ce qui me séduisait avant tout, dans ce petit espace, abrité par les grands arbres du château des Brouillards, c'était ce reste de vignoble, lié au souvenir de saint Denis qui, au point de vue des philosophes, était peut-être le second Bacchus!...
S'il n'y a pas, j'en conviens, à Montmartre d'œuvres triomphales du passé, qui arrêtent d'elles-mêmes les mains sacrilèges, que de coins délicieux, d'un charme discret et doux qui plaident timidement pour leur existence ! C'est l'âme du peuple de Paris et de ces artistes qui palpite dans tous ces souvenirs. Chaque pierre, chaque coin y constitue une évocation : les trois moulins qui subsistent rappellent l'œuvre de grands peintres comme Michel, Willette, Gavarni, Cicéri, Hervier, Bonington ; le château des Brouillards c'est Gérard de Nerval, l'impassé des Tilleuls : Auguste de Châtillon, Gautier, Alphonse Karr. Dans cette petite
Jardins à Montmartre.
La rue du Mont-Cenis. Maison de Berlioz.
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Jardins montmartrois.
maison vécut Berlioz... En réalité, ce serait un crime de toucher à ces choses... et un crime impardonnable pour un pays qui prétend aimer les arts.
HENRI FRANIZ.
Porte Montmartrie sous Charles VI.
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LA FERRONNERIE ESPAGNOLE
PREMIER ARTICLE
Les origines de l'art de forger le fer sont inconnues. Elles remontent à la plus haute antiquité, quoique la ferronnerie n'ait pas eu chez les anciens les applications auxquelles elle a été appelée depuis. Il semble devoir être reconnu que si les architectes grecs, et plus tard latins, apprécieraient comme il convient les qualités de ductilité, de résistance, d'extension et de flexion du fer, que s'ils s'en servirent pour les armatures de leurs monuments, ils bornèrent là son emploi.
Il n'en fut pas de même pour notre monde moderne et, dès l'époque de l'invasion des barbares en Gaule, en Italie, en Espagne, etc., le fer ouvré fait son apparition. Il en reste pour témoignage le mobilier des tombes des rois d'origine germanique consistant en armes, boucliers, haches, lances, découpés avec soin, façonnés avec élégance et même en d'autres objets plus délicats, de formes des plus variées et parfois damasquinés d'argent, tels que des colliers et des bracelets.
Dès l'édification des premiers temples chrétiens, le fer se manifeste sous diverses formes : dans les pentures à enroulements des vieilles portes, dans les innombrables combinaisons des spires enlacées et répétées des grilles des églises et des chapelles ; plus tard, dans les objets usuels et mobiliers, tels que hauts landiers, coffres, coffrets, chandeliers, heurtoirs, serrures, clefs, armes, etc.
L'art de forger, de ciseler et de fondre le fer, introduit en Espagne par les Arabes, y a été de tout temps fort en honneur. Il n'y a guère de pays où il ait été poussé aussi loin et où il ait acquis un caractère aussi personnel, si ce n'est peut-être en Allemagne, en Suisse, dans les pays avoisinant le Rhin. La renommée des forgerons castillans devint, à un moment donné, universelle. Ils trouvèrent d'ailleurs à exercer leur talent dans les nombreuses et luxueuses grilles dont les chœurs et chapelles des églises et couvents de la péninsule sont ordinairement enclos, dans les riches balcons de fenêtres des palais et des maisons un peu importantes; dans les objets d'un usage journalier, les trépieds, les supports, les braseros si répandus de l'autre côté des Pyrénées.
L'époque brillante de la ferronnerie en Espagne commence au xve siècle pour se poursuivre jusqu'au xviiie, sans interruption. Les maîtres forgerons sont restés pendant ce long laps de temps des ouvriers incomparables pour lesquels l'art de forger, d'estamper, de relever au marteau et de ciseler le métal a été sans secrets. Mais, c'est particulièrement au xvie siècle, un peu avant, un peu après, que leurs productions témoignèrent d'un éclat sans égal. C'est alors que furent forgées les merveilleuses grilles des cathédrales de Tolède, de Burgos, de Palencia, de Saragosse, de Séville, d'Osma, d'Avila, de Barcelone, de Cuenca, etc., des
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Cristobal de Andino fecit.
GRILLES DE LA CHAPELLE DU CONNÉTABLE
cathédrale de Burgos.
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églises et couvents de Saints Just et Pastor, d'Alcala de Henares, de San Juan de la Penitencia de Tolède, des hiéronymites, de Guadalupe, etc. Toutes, de grandes proportions, montrent une originalité sans pareille, un admirable génie, d'ornementation, une impeccable exécution.
L'art de forger le fer est un art complexe. Il nécessite une connaissance approfondie du métal, une décision sûre et rapide pour improviser sur l'enclume, une mâle vigueur pour le martèlement, une profonde entente de la décoration et une patience à toute épreuve.
Cinq connaissances spéciales sont obligatoires pour l'exercer :
Le dessin, la forge, le repoussé, la sculpture et l'ajustement.
Le dessin consiste à reproduire fidèlement et intelligemment le motif ou sujet à rendre.
Le repoussé ou relevé au marteau, à agrémenter la pièce forgée, de feuillages, de rosaces, d'attributs, de mascarons de faible épaisseur en fer aplati ou en tôle.
La sculpture, à buriner dans la masse.
Enfin, l'ajustage réside dans le travail d'étai fait à la lime pour l'achèvement.
La ferronnerie espagnole a été exclusivement forgée au charbon de bois dont le calorique donne au métal une souplesse et un recuit particuliers qui permettent de le souder plus facilement et de le plier à toutes les exigences.
Dans les Castilles, comme dans
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le reste de l'Europe, la fer- ronnerie, pendant la plus grande partie du Moyen Age, étendue et corroyée au marteau, à force de bras, ne produit guère de fers excédant le poids de 20 kilos, dont la décoration était obtenue à l'aide de simples coups de poinçon conique, disposés en zigzags sur les parties présentant une certaine largeur et en enfilade de points, sur le champ du métal. Les pièces atteignant 150 à 200 kilos étaient à peu près introuvables. Il en était de même, vu ce qu'avaient encore de primitifs les moyens de fabrication, des pièces d'une certaine longueur, d'une égale épaisseur, bien équarries et dressées. Les barres de deux ou trois mètres étaient des plus rares.
Les ferronneries antérieures au xne siècle, consistant surtout en pentures de portes, sont rigides et fort peu tourmentées. Au xune siècle, à la forge, vient s'ajouter la ciselure; mais jusqu'aux dernières années du xive, la ferronnerie reste surtout façonnée à l'étampe et au marteau; depuis lors, et, pendant plus d'un siècle, elle a été l'œuvre de la lime; au xvie siècle, elle devient celle du burin; elle accentue vite le relief et arrive
J&R sc.
Chaire gothique.
Cathédrale d'Avila
Photo Alguacil, Tolède.
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Chaire gothique (détails)
Cathédrale d'Avila.
Photo Lévy, Paris.
à se jouer des difficultés. Les grilles et les pentures du xive au xune siècle ne sont autre chose que des tiges sinuèuses ornées à leur point d'attache et à leurs extrémités de feuilles et de fleurons aux formes grasses et souples.
Plus tard, du xive au xve siècle, principalement les serrures et les heurtoirs,