Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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ANDRÉ HELLÉ.
Frise pour chambre d'enfant.
(Appartient aux Grands Magasins du Printemps.)
AU SALON D'AUTOMNE
(DEUXIÈME ARTICLE) (1)
L'ART DÉCORATIF
Le Salon d'Automne nous avait laissé espérer, pour 1911, une sensationnelle section d'art appliqué : l'exemple mémorable des « ensembliers » bavarois, si magnifiquement disciplinés, montrant à leurs confrères français une suite d'intérieurs, discutables certes (et nous ne nous sommes pas fait faute de les discuter), mais de la plus homogène tenue, devait, assuraient les gens bien informés, porter cette fois ses fruits.
On parlait de deux ensembles français, coordonnés, où deux architectes réputés pour la logique hardie de leurs concepts, allaient, « maîtres de l'œuvre », diriger deux vaillantes équipes de décorateurs modernistes.
Hélas! il nous faut déchanter. L'automne est venu, et les vendanges ne sont qu'à demi satisfaisantes; les promesses mirifiques n'ont été qu'à moitié tenues. Ces fameux ensembles se réduisent à une série de pièces intéressantes, à coup sûr, où se révèlent des mérites de technique et de goût distingués, mais les deux maisons modernes, tant
ANDRÉ MÉTHEY.
Plat en faïence.
(1) Voir l'article consacré à la Peinture et à la Statuaire du Salon d'Automne (N° du 5 novembre).
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L'ART DÉCORATIF
ANDRÉ HELLÉ.
Animaux de bois.
(Appartiennent aux Grands Magasins du Printemps.)
espérées, sont restées dans le domaine des limbes. Ce sera pour l'an prochain. Espérons...
Ne nous affligeons point, toutefois. L'idée marche à grands pas. Les progrès s'accen-
tuent. La lutte contre les styles d'antan — ces styles que nous entendons admirer dans
les musées ou dans les demeures seigneuriales — n'est point terminée, et le faubourg
DELAHERCHE, DECOEUR ET LENOBLE.
Céramiques.
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ANDRÉ HELLÉ
CHAMBRE COMPLÈTE D'ENFANT (l'Arche de Noë).
(Appartient aux Grands Magasins du Printemps)
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L'ART DÉCORATIF
JEAN BAFFIER.
Une coupe à fruits (étain et cuivre).
Saint-Antoine se défend énergiquement, au nom des plus mercantiles routines. Mais la victoire est proche. Les pouvoirs publics, sous l'aiguillon de rapporteurs du budget acquis à la cause, se sont émus. Le public est sorti de son indifférence gouailleuse; il regarde sans ricaner, et parfois même, ô miracle! il achète les spécimens de l'art nouveau; un directeur avisé de grand magasin a embauché deux de nos meubliers hardis. Des expositions d'intérieurs d'aujourd'hui se sont succédé. On en prépare une, internationale, pour 1915. La création du « style Fallières », s'il faut reprendre une expression que les réacteurs voulaient injurieuse et que nous relevons et prendrons volontiers à notre compte, s'organise, et sort enfin de l'ère des tâtonnements, des erreurs, des outrances et du bluff de surenchère.
Nos décorateurs se sont, sinon assagis, du moins libérés de la tendance à l'exceptionnel.Ils ont mieux compris
Pichet en étain.
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L'ART DÉCORATIF
Félix Massoul.
Céramique.
les lois du décor, la nécessité de subordonner au parti constructif le parti décoratif, et ses surcharges d'arabesques et d'enjolivements stylisés. Ils ont rejeté les influences étrangères et reviennent à la santé française, c'est-à-dire à l'élégance saine et spirituelle, au bon sens fin, à la clarté analytique. Ils tendent à l'unité. Ils ne veulent plus créer un ordre nouveau, surgissant ex nihilo, mais savent qu'on ne fait œuvre révolutionnaire
Richard Desvallières.
Chenets en fer forgé.
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L'ART DÉCORATIF
qu'en se référant à la tradition. Il ne leur manque plus que de s'unir. Les peintres, longtemps hostiles, sont venus leur donner un précieux réconfort. Quelques-uns de nos coloristes les plus hardis, las de brosser de hâtives pochades, et soucieux d'appliquer autre part que sur la toile leurs théories où revient en leit-motiv le mot usagé de synthèse, se révèlent ornemanistes, architectes décorateurs.
Cet appoint des peintres est à la fois dangereux et efficace. Je m'explique. Dangereux, si les peintres, méconnaissant hautainement la matière, bois ou métal, se bornent à orchestrer des taches amusantes, à faire œuvre de tapissiers ingénieux. Efficace, s'ils complètent la besogne des techniciens, en apprenant d'eux un métier qu'ils ignorent, et s'ils viennent leur fournir les leçons de goût dont ces honnêtes artisans avaient parfois besoin. Je pense, en écrivant ces lignes, à des artistes doués comme MM. Jaulmes, Süe, André Mare, qui se sont improvisés meubliers.
Et c'est ici encore que la nécessité de l'union apparaît indispensable. Je crains que les techniciens et les coloristes ne se méconnaissent, ne se jaloussent, ne se dénigrent. Il faut qu'ils marchent ensemble. La victoire est à ce prix.
***
Nous avons à déplorer l'abstention, volontaire ou non, de MM. Gaillard, Jallot et Mathieu Gallerey; soit qu'ils n'eussent rien de prêt, soit que le fâcheux manque de parole d'un architecte les ait déconcertés, ils ne sont pas représentés au rez-de-chaussée du Grand Palais.
Mais nous avons MM. Jaulmes, Süe et Huillard, André Mare et André Groult, Hellé, Francis Jourdain, Dufrène, Follot, Majorelle et Bigaux. Voyons ce qu'ils nous soumettent.
Mlle MARGUERITE DE FÉLICE.
Vitrine de salon, panneaux en cuir repoussé, sculpture de M. Gilbert Péjac.
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L'ART DÉCORATIF
M. Jaulmes, de qui nul n'a oublié la salle à manger de l'an passé, conçue et réalisée en vue d'un programme défini, nous présente cette fois une installation de campagne, avec le concours de MM. Damon et Bertaux. L'effort est, dans l'ensemble Jaulmes, dirigé plutôt vers l'architecture intérieure et l'harmonie décorative que du côté fabrication des meubles. Ce n'est pas à dire que le grand bahut rectangulaire, en bois clair
Émile Bernaux.
Buffet de salle à manger avec bas-reliefs sculptés.
et gaiement rustique, de M. Damon, ne soit pas charmant. Et ses sièges et petits meubles aussi sont fort réussis. Mais ce qui a séduit les délicats ici, c'est la convenance des proportions, la joliesse des lignes, l'heureux dosage de la lumière, la souplesse mouvante et fraîche des étoffes, tentures murales, rideaux ou portières.
Ce grand hall est tentant au possible : l'atmosphère en est quiète et le regard charmé se repose sur des harmonies discrètes et nuancées. Jaulmes décorateur reste le Jaulmes souriant et fin de sa subtile peinture ; nous le retrouvons aux tonalités apaisées de son paravent, du divan, du carrelage Bigot, du moelleux tapis aux roses câlines. En ce hall, que précède un atrium où s'érite, dans une vasque, une statuette
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L'ART DÉCORATIF
LOUIS MAJORELLE.
Mobilier pour chambre à coucher.
d'Albert Marque, peu de meubles, nul désordre pittoresque, point d'encombrement; quelques livres dans la bibliothèque basse, de-ci de-là une sépia, sanguine ou gouache de Dresa ; et c'est tout. Ce peu est voulu. La distinction de l'auteur est réticente.
Ajoutons qu'une gentillette et proprette cuisine — avec de bien agréables rideaux bleus, singulièrement « chic » pour une cuisine — fût-elle de Jaulmes ! — nous montre qu'on peut, qu'on doit apporter du goût dans le décor des plus humbles pièces ; remarquez le crépi du mur, le double paillis des chaises, les petits pots de géranium, rangés, bien sages, comme des écolières hollandaises...
MM. Süe et Huillard exposent un cabinet de travail à bibliothèques et armoires murales sur lequel on ne peut porter ici de juge-
ANDRÉ MARE.
Fauteuil de bureau.
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L'ART DÉCORATIF
ment complet, cette pièce particulière étant conçue selon un programme, pour un endroit déterminé. Le parti pris des armoires recouvrant tout un pan de murs déroute un peu : on dirait une sacristie en citronnier. Il faudrait voir cela en place.
Ce qu'on peut apprécier et louer dès maintenant, c'est la richesse sans lourdeurs de la tenture bleue à rosaces, l'ampleur et la nouveauté des formes de meubles ; j'appelle votre attention surtout sur le petit meuble guéridon ventru à large tiroir ; il sera très démarrqué, n'en doutons pas. Et je n'aurais garde d'omettre les ravissants coussins
LOUIS MAJORELLE.
Chambre à coucher.
de Mme Huillard, le tapis prune de Süe, les statuettes d'Albert Marque et les magistrales eaux-fortes de Bernard Naudin.
M. Francis Jourdain, dont la salle à manger est exposée au premier étage du Grand Palais, à cause des beaux panneaux du peintre Flandrin qui sont un des « clous » de la section de peinture, s'est divertit et délassé de son travail pictural, en construisant des meubles élégamment logiques, d'une simplicité voulue, et qui font songer à du Gallerey un peu plus riche.
M. Bernaux se borne à présenter trois meubles, un tantinet massifs, mais agréablement rehaussés de bonne sculpture, où revit l'enseignement excellent du regretté Lucien Schnegg.
Tout comme Jaulmes et Louis Süe, André Mare est un peintre. Peintre jeune, hardi, dont les sympathies, lisibles aux murs de ces deux pièces, vont crânement à l'extrême gauche de nos coloristes. Songez que nous avons ici un trumeau de la
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Louis Bigaux
CABINET DE TOILETTE
(Exécuté par les Grands Magasins du Printemps)
J&R sc.
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Louis Bigaux
CHAMBRE A COUCHER
(Exécutée par les Grands Magasins du Printemps.)