Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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Les Travaux de la Manufacture.
DESSIN DE J.-B. HUET (1784). TOILE DE JOUY.
Dimensions du fragment : 43 × 75.
(Appartient à la famille d'Oberkampf.)
La Tradition de la Toile imprimée
$\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$ en France $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$
Sur ses vieux jours, Sophie Arnould, l'idole des habitués de l'Opéra et des Encyclopédistes, cherchait acquéreur pour quelques souvenirs encombrants de sa vie galante, un mobilier, entre autres, composé d'un canapé et de huit grands fauteuils : « Je n'y tiens pas du tout, écrivait-elle à son ami l'architecte Bellanger... Il est à Paris, où ce n'est pas la place d'un meuble de perse, quoiqu' faut pas tant s'gouailler d'la Perse. Il n'y a que la singularité de la toile qui vaille. Tu scais, c'est de cette 'perse de ces mammamouchis qui estoient à Paris il y a douze ans ».
Ces toiles de Perse, que la spirituelle actrice trouvait démodées en 1801, avaient fait la folie de deux siècles de mode. On les avait vues arriver à la foire Saint-Germain, au début du règne de Louis XIV, dans ces boutiques que le gazetier Loret trouvait si bien pourvues
En antiquailles, bagatelles,
Confitures, draps et dentelles,
En indiennes, en écrans.
C'étaient des tissus de coton sur lesquels les Orientaux savaient l'art, depuis un temps immémorial, de rapporter au pinceau des dessins colorés. On les désignait sous
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L'ART DÉCORATIF
Le Ballon de Gonesse.
MANUFACTURE DE JOUY (vers 1785).
Dimensions du fragment : 47 × 67.
(Appartient à M. E. Rosot.)
le nom générique de « toiles peintes », mais on appelait particulièrement « indiennes » les étoffes rapportées de Surate ou de Mazulipatam, sur la côte de Coromandel, par les vaisseaux de la Compagnie des Indes, et « perses », les toiles fortement apprêtées et glacées avec excès, fabriquées probablement aussi dans les Indes, mais ramenées des marchés d'Ispahan par les caravanes des « mammamouchis ». Les premières servaient plus spécialement au costume féminin et même masculin, puisque Molière en accoutrait son Bourgeois gentilhomme; les secondes donnaient aux boudoirs et aux meubles d'être une parure pimpante et pleine de fraîcheur.
La vogue de ces jolies étoffes exotiques fut si rapide que dans tous les coins du royaume surgirent des imitateurs. Dès 1675 on imprimait sur toile à Châtellerault, et peut-être même à Marseille, à Montpellier, à Rouen. Les copies d'indiennes et de perses se vendaient si bien que leur débit, joint aux arrivages incessants de la Compagnie des Indes, inquiéta les fabricants de drap et de soieries. Ils obtinrent en 1686 un édit prohibitif qui n'eut d'autre résultat que de porter à l'étranger une industrie nationale et d'obliger les Françaises de bon ton à se procurer en contre-bande ce qu'elles ne pouvaient acheter ouvertement.
Bien plus, la petite croisade de soixante-dix ans qui en prit naissance et où les grandes dames de la Cour se ligèrent avec les bandes de Mandrin contre les commis des fermes, fit une passion invincible de ce qui n'eût été peut-être qu'un goût passager. Quand en 1759, les ministres se décidèrent à laisser tomber les barrières aux frontières, et à rendre libre la fabrication à l'intérieur, la mode des toiles peintes était si fort
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L'ART DÉCORATIF
La Fête de la Fédération.
DESSIN DE J.-B. HUET (1791). — TOILE DE JOUY.
Dimensions du fragment : 39 × 56.
(Appartient à la famille d'Oberkampf)
entrée dans les mœurs, qu'elle résista — on a peine à le croire! — aux facilités que les femmes trouvèrent à la satisfaire.
A ce moment, la science des indienneurs se bornait, pour la teinture ou la composition des couleurs, aux secrets des Orientaux, à peu près tels que les avaient rapportés les voyageurs, et pour l'impression aux procédés xylographiques, fidèlement conservés chez les cartiers et les dominotiers depuis le moyen âge.
On connaissait le moyen de décorer un tissu à la réserve, en y rapportant des dessins à la cire ou à la terre glaise qui, formant obstacle à l'action des mordants, se détachaient en blanc, après la teinture, sur le fond bleu ou rouge. On savait imprimer une toile « au bloc » en y appuyant à la main un bois gravé qui donnait en noir ou en rouge le contour au trait du motif. Un coup de maillet faisait pénétrer la couleur dans l'étoffe et l'imprimeur portait successivement son estampille sur toute la surface de la pièce à imprimer. La toile passait ensuite entre les mains des « pinceauteuses » qui étalaient au pinceau dans l'intérieur du dessin les couleurs rebelles à l'impression.
Quant aux modèles, c'étaient les motifs chers à l'art oriental, fleurs, arabesques, oiseaux, insectes capricieusement contournés. On se contentait de copier, et si parfois on sortait du décor indien, c'était encore pour pasticher. Vers la fin du xvn° siècle, la mode s'engoua des robes de lin, garnies de bordures imprimées imitant les dentelles blanches sur fond noir.
Si simples pourtant que fussent ces procédés, la tradition s'en était si bien perdue pendant plus d'un demi-siècle de prohibition, qu'il fallut aller les redemander à l'étranger. C'est d'Allemagne, de Suisse, de Hollande, d'Angleterre que vinrent les
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Dessin oriental pinceauté. MANUFACTURE DE JOUY (VERS 1775). Dimensions du fragment : $61 \times 46$ . (Appartient à M $^{\text{me}}$ G. Mallet.)
premiers indienneurs : Abraham Frey, le père de l’industrie rouennaise, les frères Wetter, créateurs des manufactures de Marseille et d’Orange, Nicolas Ris-sler, à Villefranche, Picot et Fazy, à Lyon, les frères Le Cler, à Bordeaux, et surtout Christophe-Philippe Oberkampf, le génie de l’indiennage, fondateur du célèbre établissement de Jouy (1738-1815).
Lorsque la liberté de fabrication fut déclarée, Oberkampf arrivait de Mulhouse, où Dollfus et Koechlin n’avaient pas su le retenir à leur manufacture de la « Cour de Lorraine ». Il avait appris à Bâle, chez Rihyner, puis à Locrach et à Aarau, dans la petite fabrique de son père, tous les secrets du métier. Aussi dès son installation à Jouy, en 1760, le jeune Bavarois se mit-il à travailler « en bon teint », c’est-à-dire à n’employer que des couleurs résistant aux lavages et aux actions atmosphériques.
Ce fut la cause de son premier succès, à une époque où nos grand-mères demandaient à une étoffe non seulement un dessin agréable à l’œil, mais encore une qualité de fabrication capable de subir, sans y perdre ses brillantes couleurs, ces lessives diluviennes et bi-annuelles auxquelles elles présidaient en personne. Le bon goût des graveurs fit le reste.
Est-il possible d’imaginer rien de plus aimable, de plus pimpant, de plus joliment français que les modèles sortis de Jouy à la fin du règne de Louis XV et pendant tout le règne de Louis XVI? Voyez les à la bibliothèque de l’Union des Arts Décoratifs, dans les précieux albums légués par M. Barbet de Jouy, fils du dernier directeur de la fabrique. C’est un régal des yeux !
On y copie bien encore le décor oriental, — et cela avec une telle perfection que les dames de la cour viennent faire compléter à Jouy leurs robes endommagées aux
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buissons de Trianon — mais on met surtout à profit la tradition des maîtres indous pour créer des modèles originaux dans le style français le plus pur. Fleurs, rinceaux, rubans, guirlandes, se plient, sous le pinceau des collaborateurs d'Oberkampf, à tous les caprices d'une fantaisie charmante et incessamment renouvelée. On ne sait ce que l'on doit le plus admirer, de la prodigieuse fécondité de leur imagination, ou du goût impeccable qui règne dans leurs créations.
L'outillage, en même temps, se perfectionne. Avec des dispositions si ingénieuses qu'elles confinent de bien près à l'art, on sème sur les blocs des pointes de laiton, pour former des fonds sablés dans les intervalles du trait ; on enroule entre les fleurs des lames flexibles de cuivre jaune pour produire des arabesques ou des tiges minces comme un fil. Sans cesse, on combine de nouvelles couleurs, on découvre des procédés de teinture plus perfectionnés, jusqu'au moment où l'on imagine d'adjoindre à la gravure sur bois la gravure sur cuivre, et d'imprimer les étoffes «à la planche plate», c'est-à-dire avec la presse en taille douce des éditeurs d'estampes. Ce jour-là, l'indiennage sort de l'art industriel pour prendre place dans l'art décoratif.
L'impression au bloc, en effet, limitait le dessin aux étroites proportions que la main d'un ouvrier pouvait embrasser. Si l'on voulait reproduire un motif d'une certaine dimension, il fallait employer un nombre parfois considérable de formes, souvent difficiles à repérer, toujours fort coûteuses à graver. Le procédé n'avait pour ainsi dire pas varié depuis que les peintres du haut moyen âge l'em-ployaientpourdécoreréconomiquement la tapisserie de Sion, l'antependium du Tyrol, la couverture de lutrin d'Innichen, ou la chasuble de la vallée d'Aoste.
L'emploi de planches en cuivre, de plus d'un mètre delongueursurunelargeur
TOILE DE JOUY. — Dimensions du fragment : 71 × 50.
(Appartient à M. Joly.)
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proportionnée, allait remplacer le petit motif, incessamment répété et monotone, par de grands dessins de fleurs et de ramages librement disposés, ou par d'amusantes successions de scènes pittoresques, spirituellement groupées, dans un enchevêtrement exempt de toute préoccupation de repérage. En même temps, la gravure au burin allait permettre d'aborder les tableaux à personnages avec une perfection de détails et une finesse d'exécution que la gravure sur bois était impuissante à obtenir.
Faut-il faire entièrement honneur à Oberkampf de ce progrès? Ne copia-t-il pas à Jouy, en 1778, les presses qui servaient en Ecosse depuis plus de dix ans? Ne s'inspira-t-il pas, pour ses nouvelles tentures, des belles estampez dites «camaïeux» chères aux graveurs de son temps? On serait tenté de le croire en retrouvant sur les premières toiles
DESSIN DE HORACE VERNET (1815). TOILE DE JOUY.
Dimensions du fragment : 38 x 58.
(Appartient à Mme G. Mallet.)
imprimées à la planche plate les mêmes couleurs rose, bleu, violet, et surtout les mêmes sujets, pastorales, allégories, scènes mythologiques, événements mémorables du règne de Louis XVI, copiés parfois trait pour trait, comme pour l'Alarme générale des habitants de Gonesse occasionnée par la chute du ballon aérostatique de M. de Montgolfier.
En tous cas, s'ils ne se montrèrent pas toujours originaux, les artistes de Jouy, J.-B. Huet en tête, composèrent, pendant un quart de siècle, la plus gracieuse galerie de vignettes du monde. Tout le XVIIIe siècle galant et anecdotique défila sur leurs cartons.
Voici les Plaisirs de la ferme, la Chasse, les Vendanges, les Délices des Quatre Saisons, l'Escarpolette, le Couronnement de la Rosière, l'Aérostat dans le parc du château, l'Education maternelle, exquises compositions qu'on dirait faites pour accompagner des romances de forte piano. Voilà des fables, le Meunier, son fils et l'âne, le Loup et l'agneau; des histoires d'amour, Paul et Virginie, Tanerède et Herminie, et toute la série des chinoi-
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series, pagodes, mandarins, jonques, palanquins. — délicieux encadrements pour des commodes laquées ou des paravents en vernis Martin.
Mais le triomphe de l'atelier, c'est le dessin d'actualité, l'histoire regardée par le côté gracieux de la longnette, Montgolfier entreprend il sa première ascension? Vite on grave l'amusant Ballon de Gonesse. Beaumarchais fait il applaudir le Mariage de Figaro? Jouy va nous en donner les meilleures scènes. La Fête de la Fédération fait elle courir tout Paris au Champ de Mars? J.B. Huet traduit ce mémorable événement en figurines de Saxe. Il écrit sur sa toile « Ici l'on danse », et peint les jolies citoyennes faisant des grâces sur les ruines de la Bastille. La Fayette à cheval, les offrandes patriotiques, les bannières des gardes nationales, Louis XVI prêtant sur l'autel de la patrie un serment moins « bon teint », à coup sûr, que les camaioux d'Oberkampf.
Parfois, malgré la hâte des artistes, les événements vont plus vite que le burin, témoin l'Allégorie à la louange de Louis XVI, dont le dessin original existe au Musée de l'Union des Arts Décoratifs et la toile dans la collection de Mme Dessaigne.
Depuis la commande au graveur, la Révolution avait marché à pas de géants. Le sujet choisi, où figurait la Religion, un crucifix à la main, menaçait de rester pour compte à la fabrique. Mais le bon Oberkampf, conciliant une sage économie avec les sentiments du plus pur patriotisme, remplaça sur sa planche un groupe d'amours par les tours de la Bastille, ôta à la Religion son crucifix pour en faire la Liberté, et écrivit sur une banderolle: Louis XVI restaurateur de la liberté!
Après quoi, on imprima la toile.
FABRIQUE NORMANDE (?) (vers 1820).
Dimensions du fragment : 50 x 80.
La planche, au pied de la jeune mère, en haut à gauche, porte l'inscription « le Doux Sommeil », et le socle du perchoir « le Kakatoes », au bas du groupe, en bas à droite on lit : « le Doux Réveil », et sur le socle du perchoir « la Perriche » (sic), les deux autres scènes ne portent aucune inscription.
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Les Plaisirs de la pêche.
FABRIQUE NANTAISE (?) (vers 1840).
Dimensions du fragment : $45 \times 65$ .
La pièce la plus caractéristique de cette période remonte à 1784, au moment où Jouy venait d’obtenir le titre envié de « Manufacture royale ». Pour célébrer cet heureux événement, son directeur demanda à Huet de retracer sur cuivre les Travaux de la Manufacture. L’habile décorateur fixa, dans des tableautins presque trop pleins d’esprit, l’étendage des toiles, la chaudière pour l’étuvage, le battage des toiles à leur sortie de l’eau, l’impression au bloc, la préparation des couleurs, l’impression à la presse plate, la cloche pour appeler les ouvriers, une vue de Jouy et des ateliers, la « batterie » pour dégorger les toiles, le rouleau à calandre et l’appareil à lustrer, la table des pinceauteuses, les dessinateurs, le lavage des toiles sur le moulinet. C.-P. Oberkampf et son associé Sarrazin de Maraize figurent sur plusieurs de ces petites scènes qui synthétisent, en une réjouissante imagerie d’Epinal, la plus belle époque de la fabrication de Jouy.
Cet âge d’or passé, la manufacture entra dans une voie moins artistique mais non moins prospère. L’ère révolutionnaire, où toutes les élégantes arborèrent le « déshabillé » d’indienne égalitaire, le Consulat et l’Empire, où Napoléon protégea tout spécialement une industrie qui faisait, à sa façon, une si rude guerre aux Anglais, portèrent à son apogée la réputation des toiles de Jouy.
Le 20 juin 1806, entre deux et trois heures, un gendarme des chasses arriva au galop à la manufacture, annonçant la venue de l’Empereur et de l’Impératrice. Le vainqueur d’Austerlitz visita les ateliers, se fit montrer les machines, et voulut voir imprimer sous ses yeux des mouchoirs de batiste. Au moment de remonter en voiture, il feignit de remarquer qu’Oberkampf n’avait pas la Légion d’honneur, et, retirant sa propre croix, il l’épingla sur la poitrine du grand industriel.
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Pendant cette période, tout imprégnée de l'antiquité telle que la comprenaient Percier et Fontaine, on édita les Scènes Égyptiennes, en l'honneur de l'expédition d'Égypte, la Fontaine, le Lion amoureux, Léda, Psyché et l'Amour, la dernière planche de J.-B. Huet. Après 1810, Pinelli, Hiem, Hippolyte Lebas, Demarne, Horace Vernet se partagèrent la succession de l'artiste disparu. Mais les Scènes romaines, Don Quichotte, le Paysage Suisse, la Chasse, les Monuments de Paris et ceux du Midi, la Marchande d'amours et les Colombes ne purent faire oublier les pastorales du plus parfait décorateur de Jouy.
Le machinisme, d'ailleurs, avait fait de redoutables progrès. Dès 1798, le cylindre de cuivre était entré à la manufacture, remplaçant la planche plate, et faisant, en un jour, le travail de quarante ouvriers. Bientôt on en arriva à la gravure à la molette et autres procédés de simplification mécaniques. La nécessité de fabriquer à bas prix pour soutenir la concurrence étrangère fit renoncer progressivement au travail à la main, qui donnait aux couleurs une solidité, un relief, un éclat que la machine fut impuissante à conserver.
En 1815, le vieil Oberkampf mourut de chagrin en voyant les malheurs de l'invasion et les alliés campés à Jouy. Son fils Emile lui succéda, puis J. Barbet, de Rouen, prit la direction de la fabrique. En 1843, la manufacture ferma ses portes. Les bâtiments vendus, morcelés, furent démolis. Il ne reste plus, à Jouy, que la petite maison dite "du Pont de pierre", où Oberkampf avait mis au monde sa première pièce de toile,
FABRIQUE ALSACIENNE (?) VERS 1865.
Dimensions du fragment : 44 × 59.
(Appartient à M. Quentin-Bauchart.)
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en s'en faisant à la fois le dessinateur, le graveur, le teinturier et l'imprimeur.
C'est toute l'histoire de cet atelier célèbre qui se déroule, cet hiver, au Musée Galliera, en échantillons de choix, libéralement prêtés par les descendants du grand industriel et par quelques collectionneurs obligeants : Mmes G. Mallet, Dessaignes, Rousset, Piet-Lataudrie ; MM. Rosot, A. Martin, Joly, Turpin, d'Allemagne, et le Musée d'Art industriel de Mulhouse.
L'Exposition comprend aussi d'intéressantes séries des manufactures de Bordeaux, Mulhouse, Munster, Nantes, Marseille, Melun, Rouen, Darnetal, Pont-de-Veyle, et quantité d'épaves anonymes de cette centaine d'indienneries qui, avec des succès divers, concurrencèrent le célèbre établissement de Jouy.
Cette amusante rétrospective de la toile imprimée s'arrête au règne de Louis-Philippe, aux cotonnades compliquées et surchargées de travaux où Rouen, Nantes et Mulhouse, timides héritières des gloires d'Oberkampf, versèrent dans le poncif et le troubadour, passant sans songer à s'en inspirer, à côté des élégances de Devéria, de Grévedon et de Gavarni. Elle laisse volontairement de côté les perses à gros bouquets, revenues à la mode de 1840 à 1855, et les cretonnes du second Empire, qui reprirent les motifs du XVIIIe siècle en y ajoutant quelques modèles d'actualité, tels que cette suggestive chasse de Compiègne, où Napoléon, en habit à la française, donne au prince impérial sa première leçon de vénerie.
En revanche, le Musée Galliera a groupé tout auprès des tentures décoratives d'exquis vêtements d'indiennes. Gilets d'hommes à fleurs et robes à ramages, brassières d'enfants, corsages de femmes, voisinent avec la propre robe de chambre d'Oberkampf, désuète et charmante avec sa doublure de soie, ses petits bouquets polychromes sur fond caca d'oie. Tout à côté, la robe de Mme Oberkampf, en organdi avec impression de fleurettes détachées, fait songer à ces déshabillés du Directoire,
Dimensions du fragment : 50 x 36.
DESSIN DE M. DOUCET.
(Elève de l'Ecole Bernard Palissy.)
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où le costume entier d'une Merveilleuse ne pesait pas, assure-t-on, plus d'une livre.
Ce n'est pas tout.
Ces éléments précis d'information, cette enquête raisonnée sur les origines, les procédés, les modèles de la toile imprimée, devaient avoir, dans l'esprit des organisateurs, et en particulier de l'habile statuaire Pierre Roche, un but pratique d'enseignement. M. Barberis, le distingué professeur de l'Ecole Bernard Palissy, s'est chargé de cette tâche en dirigeant les travaux de ses élèves dans le sens de la vraie tradition des artistes de Jouy. On a pu ainsi « montrer dans une même salle et juxtaposer dans une technique analogue ce que la tradition offre de plus certainement ancien et ce que l'imagination moderne présente de plus sûrement jeune et spontané ».
Certes, cette partie de l'Exposition, venant de très jeunes gens, ne pouvait être qu'un essai. Mais le Tobogan, de M. Amaury, les Canots automobiles, de MM. Boulleau et Fouquet, le Ballon dirigeable, de M. Doucet, la Fête foraine, l'Aéroplane, de M. Hernes, Yachting, de M. Picard, Touring, de M. Soniot, montrent tout le parti que les continuateurs d'Oberkampf pourraient tirer de la tradition en l'appliquant à des données d'art nouveau.
Ce serait, avouons-le, une belle et noble tâche pour nos industriels, aussi profitable, à coup sûr, que le « vieux-neuf » où l'on copie, au bloc, les grands rames du xvm siècle, quand on ne reproduit pas tout simplement par des reports sur zinc les plus populaires des dessins de Huet. Ils se montreraient ainsi les dignes continuateurs des grands indienneurs d'autrefois, qui, avec leur peuple d'ouvriers et d'ouvrières, leurs bâtiments immenses, leurs machines, leur énorme production, leur subdivision du travail à l'infini, ont été les véritables initiateurs et les premiers représentants de l'industrie moderne.
HENRI CLOUZOT.
Dimensions du fragment : 53 × 74. — DESSIN DE M. AMAURY.
(Elève de l'Ecole Bernard Palissy.)