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--- L’Art Populaire $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$ Tchèque $^{(1)}$ $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}$ --- Dessin de broderie. Ce dessin a été exécuté à main levée sous les yeux de l’auteur de ces lignes par une paysanne slovaque. --- $\mathbb{C}$ est toucher à la partie la moins connue, une vraie terre vierge dans le domaine de l’art national slave, que de parler de l’art populaire tchèque. Que cela tienne à l’isolement politique de la Bohême, ou au peu d’ardeur qu’a montré la littérature tchèque à réclamer la place spéciale de la race dans l’histoire de l’art pour pénétrer à l’étranger, à travers le silence hostile de la science allemande, l’art tchèque resta ignoré, ou presque, jusqu’aujourd’hui. Il faut avouer, toutefois, que la conscience nette de le posséder s’est réveillée, en Bohême elle-même, bien tard. Ce n’est que depuis une vingtaine d’années qu’on a commencé à s’occuper de l’existence d’un art national, à l’étudier, à en sauver les restes de l’oubli et de la destruction. Aujourd’hui, bon nombre de collections, dont celle du Musée Royal et du Musée Ethnographique à Prague, des musées de Brno et Olomouc, et quelques publications savamment organisées offrent une image assez authentique de l’art populaire tchèque et il ne reste, à l’étude artistique, qu’à suivre les efforts des ethnographes --- (1) Les documents photographiques de cet article ont été mis à la disposition de l’Art décoratif avec le droit exclusif de reproduction, par le Musée ethnographique de Prague. Une partie en provient de la belle édition de M. P. B. Sochan, Slovenskie narodnie ornamenty (5 vol. 300 tables, Turcansky Sv. Martin).

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L'ART DECORATIF Dessin de broderie slovaque. et des ar- chéologues, pour arriver, au point de vue d'art, aux conclusions et aux synthèses définitives. La distinction, établie par la critique, pour l'art slave oriental, entre l'art populaire et national, issu des traditions originales, et l'art officiel, de racine étrangère, importé et cultivé artificiellement — cette distinction s'impose, évidente, à l'histoire de l'art tchèque. Depuis la chute du grand Empire Morave, au x° siècle, et la formation de la Bohême et de la Moravie actuelle, les influences occidentales ne cessèrent d'en vahir ces deux pays. Les rapports politiques de la Bohême à l'Allemagne, une colonisation allemande qui créa des zones larges d'influence étrangère, l'église enfin, à qui la culture primitive du peuple paraissait suspecte, tout cela, appuyé de la passivité innée de la race, put affaiblir, paralyser même, les instincts propres de la nation. Ainsi, la cour, la noblesse, la bourgeoisie se détachèrent du reste du peuple sans conserver rien des traditions artistiques qu'il possédait. Leur art, l'architecture, peinture et sculpture, l'art du livre et l'art décoratif, venait d'Allemagne, d'Italie, de France et suivit les phases d'évolution de l'art occidental. A côté de l'art officiel, un autre art, celui du peuple, conserva, en les continuant, les traditions anciennes. Basé sur un ordre social particulier, sur la zadruha patriarcale, il est resté fidèle aux instincts artistiques de la race et à leur expression propre, l'ornement. La chaumière du paysan et les ustensiles de son travail, le costume infiniment varié et la céramique constituent l'objet sur lequel les besoins décoratifs du peuple se sont trouvés concentrés. Avec la tradition, c'est la vie qui inspire cet art. Lui aussi, il a dû subir de nombreuses influences, mais d'une part, le conservatisme conscient l'a fait résister à leur courant, d'autre part, une force naïve mais sûre qui l'anime, a pu absorber, assimiler les éléments étrangers jusqu'aux dernières années, sans perdre son caractère particulier. C'est cet art qui, avec la chanson populaire, exprime l'âme du peuple. Si les éléments traditionnels forment le caractère typique et la base immuable de l'art populaire tchèque, les conditions ethnographiques toutes spéciales expliquent sa variété surprenante.

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L'ART DÉCORATIF En effet, la désignation même de l'art populaire tchèque est assez précaire, autorisée par la situation politique actuelle, contredite par de saillantes différences. Les Tchèques proprement dits, habitants de la Bohême, les Moraves, et parmi eux, encore, les Slovaques, les Hanaques, les Valaques, enfin les Slovaques de la Hongrie, — voici des unités ethniques distinctes, dont chacune possède sa langue, son tempérament, son goût artistique à part, différant de toutes les autres. De là, les types spécifiques de l'art populaire d'une particularité très prononcée, bien qu'il soit difficile, parfois, de fixer d'une façon précise leur territoire. Tandis qu'en Moravie, moins exposée et bien plus conservatrice d'instinct, les traditions de l'art national ont été gardées et restèrent pures pendant longtemps, la Bohême, d'un tempérament vif et enclin aux changements, fut largement ouverte aux innovations étrangères. En Moravie, le lyrisme passionnel des Slovaques — qui, eux-mêmes, diffèrent beaucoup des Slovaques Hongrois aux chants languissants et mélancoliques — le naturalisme tranquille des Hanaques, la finesse des Valaques fermes et pensifs, créent autant de variantes du type primitif et

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commun de l'art slave. En même temps, plusieurs degrés d'évolution des motifs ornementaux coexistent dans le même pays, le même village, chez la même personne. Le costume qui est l'objet le plus favorisé de l'art populaire montre une variété infinie de combinaisons. Chaque village a le sien. D'une simplicité classique, en toile blanche brodée et plissée aux environs de Trentschin où les Kopanitschari habitent le pays le plus pauvre, il devient splendide, éblouissant de couleurs, brodé d'or et d'argent, sur la rive fertile du Vah et dans les plaines de Moravie : signe de la large fécondité, de l'invention inépuisable du génie national. Comme chez tous les peuples slaves, et pour des motifs pareils, la broderie a servi au développement le plus vaste du décor populaire tchèque. Tout en s'intéressant à tous les objets de son entourage, la paysanne — car il s'agit, ici, des arts de la femme — avait choisi la toile brodée pour y concentrer son amour naïf du luxe. La belle science de l'ornement, la richesse de la couleur et la variété de la technique font des broderies tchèques des objets d'art d'une haute valeur esthétique. Outre les parties décorées du costume, les cols, les manches, les coiffures archaïques brodées en or et en argent, les pelisses en peau blanche d'agneau, poil en dedans, ornées de broderie sur le dos et les manches, il existe des toiles brodées réservées à un usage spécial et qui formaient le trésor des familles. Leur ornement, répondant à la destination, est de caractère absolument traditionnel. Ce sont, chez les Slovaques, les « koutnitze », larges carrés de toile blanche, destinés à isoler le lit de la femme en couches ; leur ornement consiste le plus souvent en Broderie hanaque, toile, soie jaune et noire.

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L'ART DÉCORATIF 165 variantes du motif archaïque du coq (oiseau protecteur des femmes mariées) et détail curieux, c'est ici qu'on croit avoir trouvé l'origine de la broderie « à jour » que le peuple nomme « petits pois » : la malade ne devant être vue de personne, on voulut lui conserver la vue de la chambre en dissimulant des petites ouvertures, mêlées

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L'ART DÉCORATIF Broderie slovaque. Trentschin, XVIIIe siècle. habilement dans les lignes de l'ornement. Chez les Valaques, la toile traditionnelle fut la « ouvod-nitza », conservée pour les noces et les baptêmes et que les femmes serraient en écharpe autour des bras; tandis qu'ici elle était brodée en soie blanche, on la retrouve, chez les Ha-naques, avec un ornement jaune et, aux deux bouts, avec une fleur, un coq, un cercle enfermant une croix, en soie noire. Par son caractère archaïque, la broderie morave diffère essentiellement de celle de la Bohême. Ici, plus d'éléments religieux, plus d'ornement géométrique coutumier aux Slovaques. Tout en conservant certains motifs primitifs, surtout les symboles érotiques de la pomme et du petit cœur, la broderie tchèque préfère les formes naturelles, les fleurs, les feuilles, les petits oiseaux stylisés, qu'elle traduit en harmonies claires de rouge et de bleu, interrompues d'or et d'argent. La partie typique du costume est la « plena » qui recouvre la tête et enserre la moitié du corps drapée de façon à faire valoir les coins brodés et la « holubinka » (colombe), pareille aux coiffures bretonnes, richement brodée et garnie de dentelle. En général, l'amour de la couleur est un trait saillant de l'art populaire tchèque, l'expression de son esprit lyrique et voluptueux. Les murs blanchis à la chaux, les meubles peints, et, au coin, au-dessus de la table entourée de banquettes, une Broderie slovaque. XVIIe siècle.

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L'ART DÉCORATIF rangée d'images saintes peintes sur verre, voilà l'aspect de la chambre du paysan tchèque, moins austère que l'isba russe, claire et intime. Les armoires, les lits, les étagères suspendues et qui servent à garder les assiettes montrent sur le fond bleu foncé une profusion de fleurs, feuilles, oiseaux fantastiques, rouges, jaunes, verts. L'image sur verre semble d'origine persane, influence facile à expliquer par le contact perpétuel de la Turquie d'où, aussi, certains motifs exotiques de l'ornement, tels que le paon. Le même décor fantastique et colorié revient dans les charmantes peintures murales qui encadrent les portes et les fenêtres et remplissent, à l'intérieur, les corridors et les niches de la maison. Sur ces panneaux, voici encore tout un jardin de fleurs dont les taches gaies et harmonieuses essaient capricieusement, mais avec un équilibre parfait de plans ornementaux. La même main qui, la veille, avait brodé sur la toile les formes traditionnelles, joue, ici, le rôle d'un pinceau libre et n'écoutant que l'imagination riante. Car c'est avec la main, en trempant trois doigts dans la couleur, que la paysanne décore, pour le jour de la fête, les murs de la maison et peint, ou plutôt modèle une

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frise de deux mètres de hauteur, d'une pâte faite de chaux, de terre glaise et de cendres. Ainsi, l'art du dessin est devenu quelque chose de familier aux jeunes filles slovaques, qui n'hésitent pas à confier les plus beaux de leurs ornements à la coque fragile de leur œuf de Pâques dont la surface rouge, bleue ou jaune porte souvent des chefs d'œuvre d'arabesque. Quant à la céramique, bien que la poterie nationale ait cédé, dès le xvie siècle, aux Broderie tchèque, soie noire. Pardoubitze. influences étrangères, elle n'en est pas moins une des parties les plus curieuses de l'art populaire tchèque. Après avoir oublié les formes archaïques, elle a su jouir de toute sa liberté d'invention à chercher des combinaisons des nuances qui font penser aux cruches arabes et leurs tons jaunes, verts, violets, à évoquer, sur les cruchons et assiettes, des scènes de labourage et de chasse, des images de la Vierge et du Sauveur, sorte d'images d'Epinal qui auraient extasié Gauguin. Même détaché de la tradition, l'esprit artistique du peuple a fini par se retrouver, tel qu'il se manifeste dans celles de

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L'ART DECORATIF Broderies tchèques, tabliers. Litomychée. ces créations dont le caractère archaïque et purement national reste incontestable : dans les bijoux slovaques, rares, hélas! fibules et boutons en argent ou en laiton ciselé, dans les ustensiles en bois sculpté, en forme d'animaux, et décoré d'un ornement

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$\mathbf{170}$ $\mathbf{L'ARTDECORATIF}$ incisé de dessin classique, dans l'architecture enfin des constructions bâties en bois, aux piliers sculptés qui forment, autour de la place d'un village, une sorte de galeries pittoresques, et aux faites, « lomenitze » remplies de décorations ingénues — architecture que l'on peut admirer encore dans quelques coins de la Slovaquie et de la Valaquie. Ne faut-il pas voir un signe curieux de la vitalité dont est doué le goût populaire dans cette éclosion spontanée, au xvie siècle, d'un art du livre, basé sur l'ornement national? Tandis que les manuscrits officiels, originaires des couvents, imitent l'art des enlumineurs français, italiens et allemands, voici, dès que le livre a pris quelque signification pour le peuple, des manuscrits de chants d'église et de prières, écrits par des humbles maîtres d'école et ornés dans le goût des broderies et des œufs de Pâques, reliés avec art en des plaques de laiton repoussées, le « Kancyonal de Borchitz » pour ne citer qu'un seul de ces livres intéressants. A la fin de cette vue d'ensemble — qui n'embrace, il faut l'avouer, que les points les plus marqués d'une matière extrêmement riche — une question de principe s'impose, impérieuse, celle de la provenance de l'ornement tchèque et de son caractère essentiellement national. Étant donnée la difficulté de fixer les dates précises de la plupart de ces objets, c'est dans la partie du pays la moins exposée aux influences étrangères, et dont l'art comme la vie elle-même ont pu garder leur caractère archaïque, qu'il faut chercher à reconnaître les éléments primitifs de l'art populaire. Je veux parler du pays des « Kopanitschari » Slovaques, possesseurs des chants les plus archaïques, et qui mènent une vie très simple et primitive. Laboureurs de terres à l'accès difficile et peu fertiles, sans commerce au sens moderne du mot et partant étrangers à la civilisation européenne, ils habitent des cabanes pauvres, aux fenêtres étroites, garnies de mica, quand ce ne sont pas des trous creusés dans les collines. Là, le rouet même est inconnu et c'est au fuscau que les femmes filaient il n'y a pas plus de vingt ans. Mais malgré leur extrême pauvreté ils possèdent un amour exquis de luxe primitif, et leur costume aussi simple qu'il soit est de fière beauté, tout en toile Toile brodée slovaque, partie du costume Twrdonitze.

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L'ART DÉCORATIF blanche, la jupe courte plissée, la chemise brodée et fermée par une agrafe ciselée en laiton; sur la tête des femmes la « chatka », nouée avec art, est brodée d'un ornement