Excerpt
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F. AUBURTIN
Le matin (frise décorative)
LA PEINTURE AUX SALONS
Au moment où je commence cette étude, tient des œuvres les plus marquantes des Salons ne sont pas encore ouverts, Salons de cette année.
je ne puis donc connaître toutes les œuvres qu'ils nous apporteront; mais sans doute, sitôt même que les portes vont m'en être en- tr'ouvertes, avant l'inaugu- ration officielle, ne m'offri- ront-ils pas de révélation très inattendue. Non certes que je leur dénie la pos- sibilité de renfermer des œuvres puissantes ou d'un charme durable dans leur délicatesse: mais j'ai été voir les tableaux chez eux, avant la réunion de cet an- nuel congrès de peinture, — chez les peintres du moins dont je savais pouvoir at- tendre des œuvres qui comp- teront. Il en est, en effet, heureusement, auprès des- quels on est assuré de trou- ver les témoignages d'un labeur assidu et sérieux, des œuvres qui ne peuvent rester indifférentes, parce qu'elles décèlent une indi- vidualité aux prises avec la nature qu'elle veut com- prendre et rendre. J'ai donc la certitude de connaitre déjà dans leur intimité une par-
A. BESNARD
Au bord du ruisseau
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L'ART DÉCORATIF
Il est bien rare, en effet, que l'on voie éclater avec soudaineté un talent imprévu, armé du premier coup pour la lutte et pour la victoire. Le cas n'est pas impossible cependant, et il arrive que de jeunes artistes, mûris dans l'étude solitaire, loin des expositions, n'entrent en contact avec le public que lorsqu'ils se sentent maîtres de leurs moyens d'expression. On se rappelle
Nous avons de plus sérieuses garanties avec les artistes dont nous avons vu le talent se compléter et se fortifier peu à peu. Nous savons ceux-là assez sincères pour ne pas chercher la réussite d'un moment, et pour nous présenter une œuvre vraiment méditée et faite, une œuvre qui soit non pas une notation de hasard, mais le résultat d'observations préalables, le point définitif d'un effort.
CH. COTTET
Vieux cheval breton
quelle heureuse surprise a accueilli, il y a deux ans, au Salon des Artistes Français, les premiers tableaux de M. Caro-Delvaille, chez qui l'on trouvait à la fois de la fraîcheur et de la solidité, de la sûreté et de la souplesse. Mais on ne peut compter sur la fréquence de pareils exemples. Et d'autre part, les ouvrages qui aspirent à devenir le clou du Salon ne cherchent en général à attirer le spectateur que par leurs dimensions et par un attrait de curiosité assez étranger à la valeur artistique elle-même : l'intérêt suscité n'est que fort éphémère.
L'examen d'un Salon annuel ne doit pas seulement tenir pour nous de la chronique; notre tâche consiste à discerner autant que possible les artistes qui travaillent pour l'éternité, les œuvres qui resteront les pièces des musées futurs, parce qu'elles demeureront une expression puissante de l'art et de la vie.
Musset fait dire au jeune peintre Tebaldeo, dans Lorenzaccio : « Réaliser des rêves, voilà la vie du peintre. Les plus grands ont représenté les leurs dans toute leur force et sans y rien changer. » Des
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LA PEINTURE AUX SALONS
E. DINET
«Elles se coupèrent les mains».... (Le Koran)
(Version arabe de l'histoire de Joseph et de la femme de Putiphar)
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L'ART DÉCORATIF
rêves, si l'on veut, mais des rêves puisés dans les réalités mêmes de la nature et de la vie, voilà la substance dont se nourrissent les œuvres fortes et durables.
L'œuvre qui s'abstrairait de la nature pour ne poursuivre que des chimères ris- tumultueuses, agité sous le front de ses personnages des songes plus mystérieux que Michel-Ange, au plafond de la Sixtine? Mais quel est l'art qui nous donne en même temps une impression plus intense et plus poignante d'humanité?
C'est que de véritables pensées se découvrent dans le jeu des muscles bouleversant ces visages anxieux; c'est que la douleur, l'an-goisse de l'inconnu, la méditation, l'allégresse de la force se déchiffrent dans des attitudes strictement expressives, qui sont comme le signe abréviatif de tout un sentiment, la pose instinctive à laquelle se plie le corps possédé par une pensée, par un état d'âme déterminés.
De même que l'on peut fixer tout un alphabet des mouvements du visage, de même toutes les lignes du corps, dans l'infinie variété des attitudes droites ou infléchies, pourraient être cataloguées et définies par une nuance d'expression psychologique. De cette subtile et sûre étude, l'art dramatique et les arts figurés retireraient à la fois des moyens singulièrement forts et émouvants. Les maîtres querait fort, malgré le talent de métier et l'ingéniosité de penseur qu'elle pourrait renfermer, de n'être qu'une œuvre artificielle, accessible seulement à quelques-uns. Quelques grands exemples pourraient être cités.
Quel peintre a remué des visions plus les plus éprouvés de l'art ne manquent pas, d'ailleurs, de poursuivre cette analyse des mouvements expressifs.
Il n'y a qu'une réalité, celle que l'on observe soi-même autour de soi; et c'est elle qui a toujours nourri les œuvres d'art.
HENRI MARTIN
Peinture décorative pour le Capitole de Toulouse
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LA PEINTURE AUX SALONS
Quand Ghirlandajo peignait ses fresques dans le chœur de Santa Maria Novella, c'était bien la Vierge et ses compagnes qu'il représentait, mais c'était en même temps Giovanna Tornabuoni ou Ginevra dei Benci, qu'il voyait se promener et qu'il avait même tout loisir de faire poser devant lui. Dans la poésie de sa Primavera, composée avec un exquissentiment de souplesse et d'enchaînement décoratif, ce sont de jeunes corps que Botticelli veut peindre, en révélant toute la grâce précise sous les étoffes légères. Et le plus éthéré, le plus «spirituel» des peintres, l'Angelico lui-même, nous a retracé dans les figures de ses apôtres, de ses Vierges, de ses saints, des visages humains, reflétant des sentiments terrestres, des âmes simples et rustiques, choisies parmi celles qu'il voyait près de lui : celui-là aussi a été, au sens le plus profond du mot, un réaliste.
Si l'on continuait à passer en revue les maîtres les plus authentiques de la peinture, on verrait que tous se sont simplement efforcés de peindre la vie, humble ou fastueuse, de nous mettre en présence de créatures humaines, ou bien de l'éigmatique personnalité de la nature, des forêts, des champs, des nuages, des montagnes, des fleuves ou des océans ; car à travers leurs métamorphoses, nous sentons une obscure parenté avec nos propres transformations. Mais c'est toujours la vie que l'on sent palpiter dans leur œuvre, même lorsqu'ils ont voulu la voir comme pacifiée, «transmuée en rêve», pourrait-on dire.
Lorsqu'on a vu paraître le jeune talent de Caro-Delvaillle, dont nous parlions tout à l'heure, on a prononcé à la fois, devant
HENRI MARTIN
Peinture décorative pour le Capitole de Toulouse
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L'ART DÉCORATIF
cette spontanéité et cette justesse, les noms de Manet et de Velasquez, ce qui montre bien encore que, par delà les siècles, les maîtres, si divers qu'ils soient, se rejoignent par une communauté de tendances, de doctrine.
C'est ce même goût de la vie franche- contour d'épaule, la cambrure d'un dos, les ombres qui se jouent sur une gorge, ont pour M. Besnard une séduction sans cesse renouvelée. Il est peintre aussi pleinement que possible, par la joie de donner corps à de solides modelés, souples dans leur fermeté, à de belles visions colorées, qui chantent la force, la santé et la vie. Cette hardiesse dans le jet d'un mouvement, cette franchise dans le rendu de la couleur vraie, ont souvent fait scandale auprès d'une partie du public, qui ne vit que de conventions et n'a plus même les yeux assez neufs pour voir les choses de la nature et de la vie sous leurs vrais aspects. Il leur faut des chloroses distinguées, une afféterie de bon ton. Il y a des tonalités moyennes dans lesquelles on doit se tenir. Une prairie qui a l'inconvenance d'être verte, un ciel qui aurait l'inexplicable singularité d'être jaune ou violet, tout comme une figure aux joues rouges, ou marbrée de reflets et d'ombres, passeront dans une œuvre picturale pour des fantaisies condamnables et vulgaires. Il y a des heures et des aspects délicats et consacrés : les divagations de la nature doivent être émondées par notre goût pour entrer dans le domaine de l'art; ou
ALBERT BESNARD
ment observée, sentie dans toutes ses grandeurs et ses misères, que nous avons vu renaître de plus en plus parmi divers groupes de peintres contemporains, à la suite de quelques ainés, dont M. Besnard peut être considéré comme le plus puissant, le plus inlassable dans son effort de vérité. On sent toujours dans son œuvre la volupté des belles formes. Un mouvement de cou,
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LA PEINTURE AUX SALONS
pour mieux dire, elles n'existent pas pour certains yeux qui ne s'en sont jamais aperçu, et ne reçoivent une impression des spectacles réels qu'à travers des lunettes idéales. Je me rappelle l'étonnement de quelqu'un à qui je faisais observer, à la campagne, les reflets bleus d'un plan de choux. Peu de vertes toujours nouvelles d'harmonies qu'est intéressé un tempérament véritable de peintre, car ce sont ces modifications constantes qui révèlent la vitalité de la nature comme des êtres humains.
La sincérité toujours en éveil de M. Besnard nous assure des œuvres intéressantes,
H. CARO-DELVAILLE
temps auparavant, la même personne avait fortement critiqué devant moi un tableau qui s'efforçait de rendre cet effet: «Les choux ne sont pas bleus!» avait-on prononcé.
Comme si la beauté de l'art de peindre ne consistait pas à surprendre la nature dans toute sa variété, dans toute sa profusion, à chercher à l'égaliser en diversité et en surprenante puissance. C'est par ces décou-
car il ne se contente pas d'exploiter dans des redites des effets déjà étudiés. Ses tableaux de baigneuses nous donnent le côté éclatant, souple, juvénile de son talent. Les chairs tendres s'y meuvent dans la lumière, caressées de rayons, frôlant les frissons d'eaux et les herbes veloutées. La saine saveur du plein air s'y respire, étudiée à la fois avec sûreté et liberté. En même temps,
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L'ART DÉCORATIF
le beau Portrait de Madame Besnard, très sobre dans sa robe noire et sous le jour de l'atelier, est d'une simple et grande allure. C'est un morceau qui a dès maintenant sa place marquée dans un musée, et nous ne serions pas surpris qu'il aille l'y prendre dès la clôture du Salon. Le visage, en profil un peu perdu, est révélateur d'énergie et de bonté; les cheveux relevés avec une élégance aisée dégagent la claire intelligence du front. M. Albert Besnard nous a donné ici dont il a déjà retiré tout un poignant poème, et dans un humble corps de vieux cheval, le poil froissé et frissonnant, qui broute une herbe maigre. Le morceau est digne de Courbet, et d'une force dépouillée de tout artifice et de tout effet vain.
Avec son Deuil Marin, Charles Cottet revient sur une scène muette et poignante qu'il a déjà tenté à plusieurs reprises de rendre. Le tableau prend cette fois-ci, par l'intensité des visages analysés, une profon-
RENÉ MÉNARD
Les Errants
même, dans cette Revue, il y a peu de mois, un portrait écrit de l'artiste et de la femme d'un haut caractère qu'est Mme Besnard, — et de cela nous gardons une grande gratitude; aujourd'hui, le peintre complète son œuvre par une effigie scrupuleuse et noble, où il a mis un très profond sentiment.
La sensation de vie, d'êtres vivants en face desquels on nous jette, nous la retrouvons encore chez bien d'autres, de quelque façon qu'ils aient été conduits à la dégager. M. Cottet a été la puiser à la fois au pays de la mer et des deuils, dans cette Bretagne deur particulière. Ces deux peintures restent deux morceaux de premier ordre, dans la différence des sujets. Se pencher sur la vie animale et végétale, comme observer une humanité plus rapprochée de la nature, reflétant mieux les sentiments primitifs, c'est aller à la source certaine des œuvres fortes.
Nous verrons comment bien des artistes, avec leur tempérament propre, ont compris ces vérités, et nous examinerons leurs ouvrages au point de vue de l'impression vivante qui les a inspirées et qu'elles projettent à leur tour.
(À suivre.)
GUSTAVE SOULIER.
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UNE NOUVELLE CONSTRUCTION EN GRÈS
PAR suite d'un éternel renouveau, la céramique architecturale, abandonnée depuis la Renaissance, revient en faveur. Elle se présente, il est vrai, profondément modifiée.
Les architectes du XVIe siècle n'avaient guère connu que la terre-cuite émaillée, c'est-à-dire un produit encore tendre et susceptible, dans les régions septentrionales, d'une détérioration rapide. Aussi, tandis que, grâce au climat, les faïences des Della Robbia résistaient au temps sur le sol italien, celles qui furent expédiées en France, ou fabriquées, ici même, par des imitateurs, sont aujourd'hui entièrement disparues des monuments qu'elles ornaient. Les hommes, certes, ont beaucoup détruit, mais ils n'ont fait que parachever l'œuvre des saisons: les gelées, l'humidité, ayant accompli le plus gros de la besogne.
Grand fut l'engouement de François Ier et de ses successeurs pour la céramique architecturale. Le château de Madrid, au Bois de Boulogne, était revêtu de carreaux et de motifs émaillés qui faisaient «un effet surprenant quand le soleil les frappait», dit un contemporain.
Le château de Madrid eut des admirateurs et des copistes, comme en témoignent, parmi les maisons du vieux Paris, les hôtels du président de Verdun, de Torpane, de Scipion Sardini, encore subsistant rue du Fer-à-Moulin et transformé en boulangerie des hôpitaux. Mais combien dégradé! Les médaillons de terre-cuite qui décorèrent l'ancienne cour d'honneur sont méconnaissables.
La faïence émaillée cependant eut, dès le XVIe siècle, des détracteurs. Par exemple, Philibert Delorme qui, fidèle à la belle pierre, traitait la construction du Bois de Boulogne de «château de faïence». Et lorsque Henri II le chargea d'exterminer la façade nord, il se glorifia de n'employer que la seule pierre, la belle pierre qui avait servi à la construction des cathédrales, des châteaux de Blois, d'Amboise et de Gaillon.
Quatre siècles ont passé et voilà que la céramique architecturale, sous forme de grès cérame, revient en faveur. Les conditions des matériaux ne sont plus les mêmes, il
CH. KLEIN ET ÉMILE MULLER
Porte d'entrée
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L'ART DECORATIF
est vrai. La terre-cuite vernissée était gélive, son éclat peu varié. Le grès cérame est, au contraire, complètement réfractaire, par conséquent inattaquable à la gelée et aux infiltrations; il permet la cuisson de fragments relativement considérables; ceux-ci peuvent être, à la volonté du céramiste, mats ou brillants. Enfin, au cas où toute décoration serait qu'il pouvait répondre à toutes les exigences, et au besoin remplacer la pierre ou autres matériaux équivalents. Une construction revêtue entièrement de blocs de grès a été édifiée sur la rive gauche, et nous avons, naguère, constaté dans cette revue l'heureuse alliance entre le grès et la pierre réalisée avec succès par M. Plumet, dans un hôtel
CH. KLEIN ET EMILE MULLER
proscrite, la terre de grès en se vitrifiant se recouvre d'un émail local, d'un ton chaud, assez parent de celui que prennent les pierres des vieux édifices dorés par le soleil. Une pareille coloration n'est pas contre les habitudes de l'œil, et c'est là un avantage essentiel.
L'Exposition Universelle de 1900 a été le triomphe du grès: les ressources de ce matériau se révélèrent alors complètement. Cependant, à ce moment même, malgré les résultats acquis, on ne le considérait encore que comme une ressource accessoire dans la construction. L'expérience a démontré particulier situé avenue du Bois-de-Boulogne. Voici que dans ce même quartier de Passy, à l'angle de la rue Claude-Chahu (n° 9), un immeuble de rapport, de six étages, édifie ses deux façades de grès. L'impression produite est heureuse. La coloration des blocs de grès sobre, mais chaude, plait à l'œil; la décoration polychrome qui souligne les étages et la saillie des bow-windows ne vient à aucun moment contrarier les dispositions linéaires de la construction. On se trouve là en présence d'une œuvre très significative et très réussie qui fait le plus
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UNE NOUVELLE CONSTRUCTION EN GRÈS
CH. KLEIN ET EMILE MULLER
Maison à Paris, rue Claude-Chahou