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ME ANNEE 3
NUMERO 27
L'ART DÉCORATIF
REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN
DÉCEMBRE 1900
SOMMAIRE
REMY SALVATOR: LA SOCIÉTÉ MODERNE DES BEAUX-ARTS, PREMIÈRE EXPOSITION. — CHARLES SAUNIER: LA CÉRAMIQUE ARCHITECTURALE À L'EXPOSITION. — ALPHONSE GERMAIN: LES TISSUS DE TENTURE À L'EXPOSITION. — G. M. JACQUES: QUELQUES MEUBLES. — MUSEY-GREVIN: ART ET CADEAUX. — LUCIEN MAGNE: LA DÉCORATION DU FER. — G. M. JACQUES: ÉPILOGUE DE L'EXPOSITION. — CHRONIQUE.
66 REPRODUCTIONS
D'ŒUVRES DE MM. VICTOR PROUVÉ, WILLAERT, WILFRID DE GLEHN, AUBURTIN, F. HOUBRON, A. OSTERLIND, CH. MILCENDEAU, I. MONOD, F. KHNOPFE, LA MANUFACTURE DE SÈVRES, MM. GENUYS, CAM. LEFÈVRE, E. MULLER, BIGOT, KAELHER, F. AUBERT, BAEYENS, BOHL, GILLET, VERNEUIL, MARC SAUREL, GRASSET, Mme J. FERMEY, Mme FRIDA HANSEN, MM. DUPLAN, LANDRY, BENOUVILLE, PAUL FOLLOT, DUFRÈNE, L. MAGNE, LOUVET, ROBERT.
FRANCE BELGIQUE
UN AN 20e
SIX MOIS 10e
UNION POSTALE
UN AN 24e
SIX MOIS 12e
LE NUMERO 2e
ADMINISTRATION: 95 rue des PETITS CHAMPS, PARIS
M. DUFRÈNE
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ÉTRENNES 1901
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LA MAISON MODERNE
2, RUE DE LA PAIX, PARIS
82, RUE DES PETITS-CHAMPS (RUE DE LA PAIX)
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AMEUBLEMENT
INSTALLATIONS MODERNES
PROJETS ET DEVIS SUR DEMANDE
BATIKS (ÉTOFFES NOUVELLES, TEINTES A LA MAIN)
MAROQUINERIE MODERNE
DENTELLES POLYCHROMES DE FÉLIX AUBERT
BIJOUX, OBJETS D'ART, BRONZES
TABLEAUX ET ESTAMPES
MODÈLES EXCLUSIFS POUR CADEAUX, MARIAGES, ETC
COLLABORATEURS: F. AUBERT, P. BEHPENS, M. BIAIS, A. CHARPENTIER, CONSTANTIN-MEUNIER, P. DUROIS, M. DUFRENE, FINCH, ST. LERCHE, G. LEMMEN, DEFEURE JOSSOT, A. LANDRY, MANGEANT, KARAGEORGEVITCH, G. MINNE, VAN DE VELDE, C. MÈRE, FIX-MASSEAU, F. VOULOT, ETC.
Mmes CLOSSET, ORY-ROBIN, LEROY-DESRIVERIES, ETC.
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NUMÉRO 27
DÉCEMBRE 1900
L'ART DÉCORATIF
LA SOCIÉTÉ MODERNE DES BEAUX-ARTS PREMIÈRE EXPOSITION
Les artistes semblent comprendre chaque jour davantage l'utilité qu'il y a pour eux d'abandonner les salons officiels pour des salles intimes, où leur talent se montre au public d'une manière plus synthétique. Les salons n'offrent en effet aux peintres que peu de chances de se faire apprécier; leurs toiles pour la plupart sont mal placées, mal éclairées, et pour peu que l'artiste soit un jeune, son œuvre est sûrement sacrifiée. Le public, lassé, fatigué par les longues salles qu'il doit parcourir, se hâte indifférent, ne demandant qu'à s'échapper, après avoir payé son tribut à la mode.
Dans les galeries particulières, rien de semblable. Une salle de grandeur suffisante, où des toiles presque toujours intéressantes, harmonieusement disposées selon les lois de l'esthétique, dans un jour favorable, peuvent être examinées à loisir par un public sinon sympathique tout au moins intelligent, qui vient se réjouir devant des œuvres qui le feront penser.
Il ne faut donc pas s'étonner du succès toujours croissant des expositions qui ont lieu assez régulièrement chez Durand-Ruel, chez Hessèle, chez Vollard, et si souvent à la galerie Petit. Il était à prévoir que l'idée de M. Henri Frantz de grouper autour de lui les artistes qui lui sont chers serait grandement appréciée, et l'empressement des peintres à accepter sa proposition le prouve assez.
VICTOR PROUVE
INTIMITÉ
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M. Henri Frantz est bien connu par ses études fortes et documentées sur l'art moderne parues dans de nombreuses revues françaises et anglaises. Ainsi que l'écrivait récemment notre distingué confrère M. Ivanhoé Rambosson, il occupe une des premières places dans cette nouvelle génération de critiques tels que MM. Saunier, Raymond Bouyer, Alphonse Germain, Gustave Coquiot, et nous reconnaissons sa subtilité avertie dans le choix excellent des artistes qui forment la « Société moderne des Beaux-Arts ».
Ces artistes ne sont pas tous des inconnus, quelques-uns comme Osterlind, Fernand Khnopff, Fix-Masseau, Victor Prouvé, Aubertin, sont déjà célèbres, d'autres le sont moins, mais se révèlent ici originaux et personnels : chez tous c'est un même souci d'art, un même amour de la beauté. Il est donc intéressant de suivre ces peintres en leurs œuvres différentes, et c'est ce que je veux essayer de faire en ces pages. Il est bien entendu que je ne puis consacrer à
F. WILLAERT
RIVIÈRE EN ARTOIS
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chacun que quelques lignes rapides; un jour j'espère parler de leur art comme il convient, mais aujourd'hui cela dépasserait de beaucoup la place qui m'est accordée par l'Art Décoratif.
M. Osterlind n'expose que des aquarelles telles que l'Auscultation, la Rebouteuse, le Cyclone, le Mal de dent. C'est bien là l'observation incisive, l'ardent coloris, le dessin ferme du maître suédois, qui a peint jadis la vie rustique de la Bretagne avec tant de sincérité et d'émotion. Mais ce qui me charme tout particulièrement dans son œuvre c'est sa profonde tendresse pour les enfants, il les saisit en leurs attitudes journalières, dans leur joie et leur peine et les rend avec une grande simplicité, une rare délicatesse de sentiments.
WILFRIED DE GLEHN
PORTRAIT
Chez M. Auburtin on sent vibrer une âme méridionale toute éprise de la beauté des sites suaves et doux du Midi. On voit qu'il y a vécu de longues années, ce pays n'a plus de secrets pour lui. Il sait rendre avec talent les ciels clairs, les horizons précis, les promontoires arides, brûlés par le soleil des côtes de Provence.
M. Auburtin me paraît subir dans ses œuvres deux influences très différentes. En sa lumineuse Marine à Étretat il dérive plutôt de Claude Monet, tandis que dans ses études de la Méditerranée, que j'avoue préférer, il se montre, par sa précision et sa finesse, proche parent d'Hokusai.
M. Chevalier est aussi un amoureux de la mer, mais ce sont les côtes dures et sombres de la Bretagne, aux heures du crépuscule, qui lui sont chères. Des tonalités douces et fines, tamisées par le brouillard, des navires qui s'a-
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FR. AUBURTIN
FALAISE À ÉTRETAT
F. HOUBRON
LE SACRE-CŒUR EN CONSTRUCTION, AQUARELLE
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vancent lentement pleins de prestige dans le calme du soir, ou bien encore le mystère d'un port endormi dans la nuit où brillent les feux rouges des lanternes, la vie habituelle des pêcheurs, leurs départs et leurs arrivées après les longues courses en mer, voilà ce qui l'intéresse, et il ressort de son œuvre mélancolique, comme ce qui touche à l'Océan, un grand souci de vérité et de beauté.
Ce n'est pas en quelques mots que je pourrais parler de Fernand Khnopff. Il me faudrait de longues pages pour expliquer son art idéal et mystique, d'une tristesse si infinie où se révèle un artiste d'une imagination très particulière, apparenté à des maîtres tels que Luini et Dante Rossetti.
M. Fernand Khnopff fut longtemps un incompris, et si je ne me trompe pas, il fut refusé aux salons officiels français, comme tant d'autres illustres talents, du reste. De ce refus il se soucia peu, étant un artiste très élevé, dédaigneux de la foule. M. Fernand Khnopff exposa pour la première fois en France aux salons de la Rose-Croix, des œuvres qui lui acquièrent
A. OSTERLIND
ETUDE
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aussitôt l’admiration du public spécial qui fréquentait ces expositions. Aujourd’hui M. Khnopff nous donne l’Aile bleue, d’une mystérieuse profondeur; La Méduse endormie, œuvre d’une dramatique et hautaine interprétation. Je n’aurais garde d’oublier cette délicieuse petite fille d’un dessin si pur où l’artiste a saisi toute la physionomie sérieuse et un peu mutine de l’enfant. Les paysages de M. Khnopff sont d’une beauté captivante. Il s’en dégage une intense sensation de rêverie, un charme exquis et impressionnant qui classent leur auteur parmi les peintres les plus raffinés de la génération.
Quoique d’essence bien différente, l’art de M. Granié n’est pas très éloigné de celui de M. Khnopff. Il a le même souci du dessin exact, le même amour du mystère. Les portraits qu’il nous offre sont d’une suavité extraordinaire; c’est toute une vie délicieuse et charmante en ces figures aux courbes molles et fines d’une joliesse exquise; mais ce qui me séduit en M. Granié c’est l’expression, — si je puis me servir de ce terme, — qu’il donne aux mains: il les peint avec la délicatesse d’un Clouet. Je lui reprocherais pourtant de manquer parfois de sentiment et d’avoir conservé, en certaines de ses œuvres, cette sécheresse empruntée aux primitifs allemands. Les lecteurs de l’Art Décoratif connaissent aussi ses remarquables enluminures qui nous ont donné la joie de voir revivre cet art rare et précieux abandonné aujourd’hui.
M. Willaert est le peintre exquis des villes calmes et mortes de la Belgique. On sent chez lui un grand attachement aux eaux douces et endormies, la nostalgie des rues tranquilles et solitaires où passent rapides et effacées des petites vieilles mystérieuses se hâtant vers leurs demeures. Nul mieux que lui ne connaît la vie intérieure et contemplative des êtres repliés sur eux-mêmes qui s’enferment dans la méditation et le silence, indifférents aux choses extérieures, car ils possèdent en leurs âmes closes une lumière plus belle que celle qui vient du dehors. M. Willaert paraît délaisser aujourd’hui ses paysages habituels de Gand et de
CH. MILCENDEAU
INTÉRIEUR MARAICHIN
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LUCIEN MONOD
Bruges pour certaines villes d'Artois et se montre plus que jamais le peintre par excellence de l'eau qui coule le long des quais solitaires, auprès des ponts et des vieux beffrois en ruines.
L'art de M. Milcendeau est bien l'art qui convient aux aspects intimes et doux de la Vendée, il en comprend le charme très spécial d'une séduction mélancolique ; il sait rendre avec vérité la vie de ces êtres d'une race noble et belle dont les âmes s'éduquent en un curieux mélange de superstition naïve et de joie profonde. L'Aïeul et l'Enfant endormi, l'Intérieur maraîchin témoignent d'un peintre à la pensée élevée, doué de qualités solides et sincères.
Voici encore un peintre épris de la Bretagne, mais l'art de M. Monod diffère de celui de M. Milcendeau en ce qu'il se plaît, non pas dans la réalité des choses, mais dans les légendes merveilleuses de jadis; il aime à évoquer les fées des vieux contes et les chevaliers de la table Ronde.
M. Victor Prouvé est un des artistes les plus variés qui soient et rien de ce qui touche à l'art ne lui est étranger. Il se délasse de la fatigue et des soucis de la sculpture et de la peinture à fresque en ciselant de précieux bijoux, en imaginant de souples et curieuses reliures. Et si quelques parties de son œuvre m'attirent moins, je ne puis m'empêcher d'admirer son intelligence sûre d'artiste, sa recherche obstinée du nouveau, ses idées hautes et personnelles. Le peintre de portraits qu'est M. Prouvé ne le cède en rien au décorateur, comme nous le voyons par les toiles exposées telles que ce tableau d'intérieur intitulé: Intimité, et Deux jeunes filles au piano.
Parmi les portraitistes de la jeune génération qui semblent vouloir suivre l'admirable voie ouverte par les Gainsborough, les Lawrence et les Rommey, Wilfrid de Glehn est un des plus attrayants, son art d'une grande élégance s'unit à cette grâce pure si particulière qui caractérise les peintres de l'école anglaise du XVIIIe siècle. M. de Glehn se plaît aussi aux jardins de Versailles, toute la poésie qui se dégage des avenues silencieuses où flottent encore les souvenirs d'antan l'enchanté, et sa palette idéalise, s'il est possible, ces décors prestigieux, d'une beauté absolue, tels que le Grand Trianon ou le Jet d'eau. Dans une vue de la Salute à Venise il se montre coloriste remarquable.
L'aquarelliste Houbron devient chaque jour davantage le peintre parfait de tous les aspects de Paris, personne mieux que lui n'arrive à rendre la transparence de l'atmosphère, le ca-
L'ÉPAVE
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ractère particulier des rues pleines d'ombre, des façades mystérieuses, des berges mélancoliques; ces petites œuvres à la fois précises et idéalisées, d'une si savoureuse cuisine de coloriste, deviennent dignes d'illustrer les pages inoubliables où Jean Lorrain a chanté les mêmes sites.
M. Flandrin, un des élèves les plus re-
nommés de Gustave Moreau, nous donne, sans copier le maître, des toiles d'un sentiment exquis où se reconnaît un paysagiste expert et original.
Et je note encore des œuvres d'un réel intérêt artistique, telles que les marines de M. Waidmann, les aquarelles de M. Feure et de M. Bourget ou les portraits en plein air de M. Bracquemond, fils de l'illustre graveur.
M. E. Feuillâtre, l'un des plus parfaits émailleurs de notre temps, a été longtemps auprès de Lalique, dont il s'est séparé récemment. La variété et la perfection de ses émaux, l'ingéniosité de leur décor les a fait rechercher par tous les musées; non seulement le Musée des Arts Décoratifs de Paris, mais ceux de South-Kensington, de Tokio, de Munich, de Dresde, de Vienne, de Stockholm possèdent quelques-unes de ces merveilles. Il fait aussi des bijoux séduisants et personnels, chose rare à un moment où tout le monde copie plus ou moins Lalique.
M. Fix-Masseau apporte dans son art un très grand sentiment de grâce et de mélancolie, uni à une vive compréhension de la vie, mais ce que je note surtout en ses têtes de jeunes femmes et même de jeunes filles, c'est une sensualité aiguë presque cruelle, qui se dévoile dans la coupe des yeux, dans les faces comme noyées de désirs, dans la bouche aux lèvres épaisses qui semble attendre et appeler les baisers. M. Fix-Masseau nous a souvent réjouis par des œuvres d'une rare subtilité, comme son Baguier, ses Coupes, ses Chandeliers, mais toute la puissance et la profondeur de l'artiste se révèlent dans le Passé d'une expression si douloureuse, dans le Lunghino et surtout dans cette voluptueuse figure de Salomé, d'une cruauté si ardente et perverse. M. Fix-Masseau expose régulièrement au Champ de Mars, et des critiques tels que Gustave Geffroy et Octave Uzanne ne lui ont pas ménagé leurs louanges.
La céramique est représentée à la Société Moderne par l'atelier de Glatigny, qui nous offre une remarquable collection de porcelaines flammées. Ces vases et ces coupes dont les émaux ont les teintes brillantes des gemmes ou l'apparence mate des pierres, aux tons chauds et doux comme du velours, sont aussi délicieux à toucher qu'à regarder, et nous rappellent les produits les plus parfaits de l'ancienne Chine. Ils complètent admirablement cette belle exposition, qui, par son heureux éclectisme, nous promet de brillants lendemains.
Rémy Salvator.
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HERMAN A. K.EHLER (COPENHAGUE)
FRISE EN FAIENCE DÉCOUPÉE
LA CÉRAMIQUE ARCHITECTURALE À L'EXPOSITION
DIVERSES raisons légitiment le succès, chaque année grandissant, de la céramique d'art : d'abord sa valeur décorative, ensuite son emploi facile dans les circonstances les plus diverses et la modicité de son prix de revient puisque la coûteuse main-d'œuvre disparaît avec l'édition à de nombreux exemplaires, enfin sa propreté extrême.
Aussi a-t-on été jusqu'à rêver des constructions entièrement revêtues de matériaux céramiques. Sans suivre cet engouement ou en ne souhaitant de pareilles applications que dans des cas spéciaux, on ne saurait trop insister néanmoins sur les ressources offertes par la céramique. Elle s'allie à la pierre, à la brique, au fer, au ciment et, employée avec sagacité par les architectes modernes généralement plus épris de pittoresque que d'harmonie, elle peut apporter à leurs œuvres la note originale qu'ils auraient vainement cherchée avec les autres matériaux susceptibles d'effet décoratif.
Dans la plupart des cas, le grès cérame a succédé à la terre cuite émaillée, qui a pour se consoler de ce revers de fortune le glorieux passé que lui ont assuré les Della Robbia et les Palissy.
Les avantages du grès cérame sont multiples ; il est complètement réfractaire, par con- séquent inattaquable à la gelée et aux infiltrations ; de plus, grâce au haut degré exigé pour sa vitrification, l'email qui le recouvre apparaît aussi brillant que riche de ton ; enfin, le grès permet la cuisson de fragments relativement considérables. Les architectes ont, il est vrai, trouvé à l'emploi du grès un inconvénient heureusement théorique : la quasi complète vitrification dont il est susceptible empêcherait le ciment d'avoir de la prise sur lui. Le grès menacerait donc de ne point adhérer aux constructions sur lesquelles il est appliqué. Les fabricants, en produisant des pièces creuses dont on noie les cavités dans le ciment, ont immédiatement pallié à cet inconvénient. Le grès cérame reste donc un « matériau » capable de répondre aux plus multiples exigences.
Il apparaît, au reste, dans tous ses avantages, à l'Exposition Universelle de 1900, sous la forme d'ensembles décoratifs complets. Nous citerons par exemple la fontaine édifiée au Cours-la-Reine par la Manufacture de Sèvres. Cette œuvre, d'une rare élégance et d'une importance véritable, témoigne de la perfection extrême à laquelle ont atteint, dans les applications du nouveau produit céramique, les ateliers de la célèbre manufacture. Elle fait honneur de plus à M. Sandier qui en a conçu toutes les parties, si heureusement proportionnées, et à M. Boucher, auteur de l'exquise ronde de jeunes filles qui surmonte la vasque centrale.