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ME ANNEE 3 NUMERO 29 L'ART DÉCORATIF REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN FÉVRIER 1901 SOMMAIRE ALBERT THOMAS. PETITS BRONZES D'ART. — CHARLES SAUNIER. L'HÔTEL DE M. YVETTE GUILBERI. — LEON MAILLARD. ORFEVRERIE, ORFEVRES. — MUSEY-GREVIN S.D. PAOLETTI. — O GERDFIL: LE MEUBLE MODERNE. — S. DE VAIRE: LA BRODERIE JAPONAISE. — G.M.JACQUES PARADONES. — CHRONIQUE. 60 REPRODUCTIONS DŒUVRES DE MM. LEO LAPORTE, L. CHALON, TIL RIVIERE, M. BOUVAL, DELAGRANGE, CHR. PEYRE, MARCEL DEBUT, CAUSSE, MILLES, MARS-VALLETTI, X. SCHELLKOPF, BONVALET (CARDEILHAC), STOCK (P. BRUCK-MANN), BINDESBOEL (A. MICHELSEN), LA MAISON CHRISTOFLE, G. DE FEURE, PROF. NOVAK, S. D. PAOLETTI, DAMON ET COLIN, S. NISHIMURA, S. JIDA, GOSHUK WAISHA, S. FOUJI, NAMUKAWA. FRANCE BELGIQUE UN AN 20 Fr SIX MOIS 10 Fr UNION POSTALE UN AN 24 Fr SIX MOIS 12 Fr LE NUMERO 2 FR ADMINISTRATION: 95 rue des PETITS CHAMPS, PARIS M. DUPRENE

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--- LA MAISON MODERNE 2, RUE DE LA PAIX, PARIS 82, RUE DES PETITS-CHAMPS (RUE DE LA PAIX) --- AMEUBLEMENT INSTALLATIONS MODERNES PROJETS ET DEVIS SUR DEMANDE BATIKS (ÉTOFFES NOUVELLES, TEINTES A LA MAIN) MAROQUINERIE MODERNE DENTELLES POLYCHROMES DE FÉLIX AUBERT BIJOUX, OBJETS D'ART, BRONZES, ÉTAINS TABLEAUX ET ESTAMPES --- MODÈLES EXCLUSIFS POUR CADEAUX, MARIAGES, ETC --- AVEC LA COLLABORATION DE: F. AUBERT, P. BEHRENS, CHAR-PENTIER, CONSTANTIN-MEUNIER, P. DUBOIS, M. DUFORENE, FINCH, ST. LERCHE, G. LEMMEN, DE FEURE, JOSSOT, A. LANDRY, MANGEANT, KARAGEORGEVITCH, G. MINNE, VAN DE VELDE, C. MÈRE, FIX-MASSEAU, F. VOULOT, ETC. Mmes CLOSSET, ORY-ROBIN, LEROY-DESRIIVIERES, ETC. --- WAGNER, BACH, GLUCK, BEETHOVEN 4 EAUX-FORTES PAR A. MULLER EN ALBUM: 60 FRANCS « GERMINAL » ALBUM UNIQUE 20 ESTAMPES INÉDITES PRIX : 250 FRANCS. ---

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N° 29 FÉVRIER 1901 L'ART DÉCORATIF PETITS BRONZES D'ART Voilà des bronzes fort aimables, bibelots d'usage ou statuettes, qui ne dépareraient pas le mieux compris de nos appartements modernes. Ils ont chacun leur allure et leur saveur spéciales, mais ils procèdent d'une conception identique, témoignent des mêmes curiosités, des mêmes recherches et peuvent nous aider à démêler quelques-uns des principes qui semblent devoir présider aujourd'hui à la création de l'objet d'art. La raison, universelle et nécessaire, n'est pas exclue du monde esthétique; son action, pour s'y exercer de façon assez subtile, n'y est pas moins souveraine. La beauté se confond souvent avec la logique; une chose semble souvent d'autant plus belle qu'elle satisfait mieux à sa fonction. Les objets essentiels dont l'ensemble constitue le milieu domestique, le lit, la table, les sièges, le buffet, ne sauraient souffrir d'ornements parasites, car leur forme est rigoureusement déterminée par leur nécessité même. Aussi la décoration ne doit-elle s'appliquer à ces meubles qu'avec une extrême réserve; se concentrer en certaines surfaces, se borner à quelque discret modelé. Les limites et les convenances de l'ornementation dans l'appartement ont été précisées ici avec un singulier bonheur: «L'importance du décor doit être en raison inverse de l'utilité des objets, de l'activité de leur intervention dans nos besoins.» Nos meubles, en effet, nous sont trop indispensables, jouent vis-à-vis de nous un rôle trop important, trop nettement défini pour s'accommoder de grandes fantaisies décoratives; la beauté doit leur être en quelque sorte intérieure, s'y manifester du dedans au dehors, comme une force organisatrice, leur imposer l'unité de l'ensemble et la juste relation des parties. Si, dans le cadre de l'appartement, nous passons des meubles aux autres objets et des gros volumes aux volumes plus petits, nous nous élevons de la région du nécessaire vers la région de l'art proprement dit. Certaines choses se tiennent sur les confins de ces deux empires. Le vase à fleurs, le candelabre, par exemple, ne sont pas d'une utilité aussi immédiate que le lit ou la table. Les rapports de ces objets avec nous n'apparaissent pas de même nature. Ils sont moins directs, moins intimes, n'admettent pas le contact et l'utilisation de LEO LAPORTE LE MENUET (HOUDEBINE ÉD.)

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L'ART DÉCORATIF DEBUT LA VOIE LACTÉE, VEILLEUSE (E. BLOT ÉD.) tous les instants. La place que nous donnons au candélabre, au vase à fleurs dans le milieu de notre vie familière montre assez ce que nous leur voulons. Nous leur demandons de contribuer à l’embellissement d’un ensemble, de charmer nos regards et notre esprit, sans manquer toutefois à une fonction déterminée. Sur les objets de cet ordre le décor est donc légitime. La difficulté réside seulement dans l’adaptation de l’ornement à la chose, dans la conciliation du caractère usuel avec le caractère artistique. Le problème s’est de tout temps posé. Autrefois la chose était le plus souvent prépondérante, imposait sa masse et sa ligne ; l’ornement devait se distribuer en menus reliefs, en ciselures, en guillochis sur ses différentes surfaces. L’équilibre entre les deux éléments n’existait guère de cette façon ; mais, nonobstant le peu de cohésion des détails, la silhouette essentielle de l’objet s’affirmait, proclamant son utilité. L’ornement a pris de nos jours une importance inattendue, de simple accessoire modelé ou gravé il est devenu une véritable statuette. Souvent cette statuette se substitue à l’objet, souvent elle se développe parallèlement à lui, quelquefois enfin elle s’y adapte exactement. Là seulement est la vérité. Le décor ne doit pas s’ajouter à l’objet d’usage comme un détail postiche et parasite, mais il lui faut entrer dans le rythme de cet objet, compléter sa silhouette et paraachever son architecture. Dans le concours de plans et de lignes qui déterminent la forme générale, il lui faut apporter un élément nécessaire. Il doit se développer suivant le sens CAUSSE LA FÈE DES GLACES (E. BLOT ÉD.)

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FÉVRIER 1901 et selon la loi de la chose à embellir. Les sculpteurs, soucieux de faire œuvre nouvelle et imprévue, ne se sont pas toujours rendu compte de cette nécessité. Leur imagination s'est évertuée sans mesure ni discipline, et de là tant d'œuvres incertaines où triomphent, avec un vif désir d'originalité, un manque total de réflexion, une ignorance absolue des exigences de l'adaptation. Heureusement, quelques artistes subtils se sont inquiétés des conditions du genre, se sont appliqués à la fusion logique de l'ornement et de l'objet. Ils ont naturellement choisi ce qu'il y a au monde de plus souple et de plus gra- CH. R. PEYRE LA LAME (E. BLOT ÉD.) cieux, la tige, la fleur, le doux corps féminin. Ces trois merveilles se sont prêtées sous leurs mains à toutes les combinaisons, ont adopté toutes les formes, suivi tous les contours, se sont infléchies selon toutes les arabesques, sans jamais rien perdre de leur aisance naturelle, de leur grâce élastique et vivante. Elles ont uni leur sveltesse et leurs moyens de séduction, la tige enlaçant le torse cambré, la feuille tombant sur la rondeur des seins et des hanches, la corolle s'épanouissant au bout des bras flexibles. On a vu s'accomplir les métamorphoses de l'antique mythologie et des figures exquises se muer en laurier, en narcissse, en mol hyacinthe. Des maîtres ouvriers comme Dampt, Desbois, Baffier, Alexandre et Félix Charpentier, Vallgren, travaillant des matières diverses, ont opéré ces prodiges, et presque toujours leurs compositions ornementales, à côté de la plus neuve fantaisie, ont laissé voir un sens exact, une préoccupation réelle de la destination de l'objet. C'est la maison Colin qui édite les œuvres de M. Félix Charpentier, c'est aussi dans ses vitrines qu'on rencontre la plupart des bibelots modelés par un sculpteur abondant, avisé et

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L'ART DÉCORATIF gracieux entre tous, M. Bouval. Fondus avec le plus grand soin, délicatement dorés ou recouverts de fines patines, les bronzes de M. Bouval amusent les yeux en même temps qu'ils satisfont l'esprit. Ils sont charmants et raisonnables. Voilà des feuilles de nénuphar, des feuilles de chêne ou de seringa qui se recourbent pour recevoir le bristol des cartes de visite, la cendre légère des cigarettes, la splendeur éparse des joyaux et des bagues. Voilà des encriers s'entourant de pensées et des salières cachées au calice des pavots. D'aimables petites femmes se dressent, s'agenouillent, s'étirent, se blottissent et supportent une coupe, un vide-poches, forment la tige d'un cachet d'onyx, la poignée d'un miroir dont elles soutiennent l'ovale de leurs bras étendus. Ce plateau simule un clair bassin d'où la tête d'une naïade émerge entre les nymphéas, et le manche de cette liseuse qui termine la feuille aiguë du glaïeul, c'est une frêle créature, nue et pelotonnée. Inventions agréables, dominées par un juste sentiment des convenances décoratives et complètement exemptes de littérature. La petite femme de M. Bouval est simple à ravir, simple comme les fleurs auxquelles si souvent elle s'allie. Ce n'est point la raide pimbêche que nous montrent certains bronzes « art | nouveau », la poseuse au sec profil, aux mystiques bandeaux, figée par la morgue symboliste. Nous lui sommes reconnaissants de ne penser à rien et de ne rien personnifier. Car vraiment le symbolisme nous déborde et nous navre; il envahit nos appartements, conspire contre la quiétude de nos siestes, et de nos songeries, nous gâte l'âme innocente et la délicieuse passivité des choses. Avec lui, le moindre bibelot LOUIS CHALON ENCRIER « PENSÉES » (COLIN & CIE ÉD.)

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FÉVRIER 1901 DELAGRANGE JARDINIÈRE (COLIN & C° ED.) vous a des airs revêches, ironiques ou pédants. Les cendriers, les baguiers, les sonnettes prennent des figures diaboliques, exigent des silhouettes de vampires et de goules; tel vide-poché s'intitule «envoûtement», «perdition» ou «cauchemar», et telle fillette malingre qui se penche éperdument sur le gouffre d'un encrier signifie le vertige de l'âme devant le néant. Lorsque tant d'artistes s'attardent aux extravagances de cette sorte, M. Bouval poursuit la saine raison. Il ne considère point la femme comme un être de mystère et de damnation, mais comme une créature infiniment plastique, plaisante et douce à voir, dont il pourra tirer les meilleurs effets ornementaux. Et l'intérêt du corps douillet, aux souples rondeurs, aux minces attaches, il sait le subordonner à l'intérêt de l'objet à décorer. En même temps que M. Bouval, le même éditeur a su s'attacher d'autres artistes intéressants, par exemple M. James Vibert (qui modela, outre ses curieux étains, certains bronzes fort aimables, baguiers, cendriers, vide-poches où des nymphes sommeillent dans des feuilles de nénuphar) et surtout un ancien peintre, M. Chalon. M. Chalon est un des espoirs de l'art appliqué. Les premiers ouvrages sortis de ses mains ont de la personnalité et de l'inattendu. Seulement ils rappellent plus encore le coloriste qu'ils n'affirment le sculpteur. L'exactitude des proportions est assez fréquemment sacrifiée à l'intention de sveltesse, de gracile élégance; puis la volonté d'adaptation à l'objet n'est pas toujours victorieuse. Je n'en veux pour preuve que le vase reproduit dans ces pages; la figure de profil, auréolée de marguerites, ne fait point corps avec la masse essentielle, elle n'y tient par aucun lien logique, elle y est arbitrairement collée. Elle a quelques prétentions symboliques. Symbole bien transparent sans doute; elle se nomme «la Reine des Prés». De même un encrier est étiqueté «Pensées», un grand plateau «les Parfums». Ce dernier d'ailleurs est un objet fort agréable. Dans la vasque brodée de fleurettes d'or, des patines vertes et bleues et des reliefs légers traduisent un remous de fumées odorantes; une volute s'élève au centre, enlace une petite Parisienne, nue, effilée, qui dresse son joli corps, ses jambes minces, ses hanches étroites, ses seins menus, sourit, baisse mollement ses paupières et tord les bras d'un long geste enviré. D'une conception piquante, d'un modèle extrêmement vif, l'œuvrette témoigne du plus

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L'ART DECORATIF M. BOUVAL CARMENCITA (COLIN & Cie ED.) ingénieux modernisme. La recherche de l'ingénieux dans le moderne, c'est aussi le caractère des bronzes édités par la maison Eugène Blot. L'homme de goût qui la dirige a l'horreur des imitations et des redites, il accueille toutes les hardiesses et ses salons abondent en spirituelles trouvailles. J'y remarque des sonnettes, des coupes et des vases heureusement conçus par M. Jouant, une horloge de cet adroit sculpteur, une Loïe Füller de Michelet dont l'écharpe se transforme en baguier et surtout une curieuse série de lampes électriques. L'application de l'électricité à l'éclairage devait susciter bien des tentatives. Pour distribuer la clarté nouvelle dans nos demeures, pour l'y répandre comme une onde paisible ou l'y diffuser comme un clair de lune, pour la faire tomber en givre éblouissant sur les soies, les grès flammés, la blancheur des épaules et des gorges, il fallait des appareils nouveaux. Les artistes familiers de M. Blot se sont efforcés dans ce sens. Leurs créations prouvent beaucoup d'imagination et d'esprit. A côté de porte-lampes de MM. Moreau, Peyre, Lefeuvre et Jouant, voici la veilleuse de M. Marcel Debut. Elle s'appelle «la Voie lactée». Une femme debout, doucement sommeillante, soutient au-dessus de sa tête un voile qui redescend derrière elle et figure un pan du ciel nocturne. Deux étoiles de cristal s'insèrent au firmament de bronze. Une ampoule masquée par la figure fait briller les étoiles d'un éclat lointain et mystérieux, caresse la dorure et les oxydations du métal. Ce bibelot à coup sûr est joli, comme cette fillette de Caussé brandissant des roseaux dont la fleur est une lampe à incandescence, comme cette délicieuse créature de Van der Straeten, assise, emmitouflée, qui tend ses mains au feu de bois où brûle la flamme électrique. Toutefois, devant de pareilles œuvres, on THEODORE RIVIÈRE LA COURSE (COLIN & Cie ED.)

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FÉVRIER 1901 ne saurait éprouver le contentement parfait. On est surpris, piqué, amusé, mais on se reproche vite de se laisser ainsi séduire. On a conscience que tout cela pèche par excès d'ingéniosité et que tant de fantaisie blesse un peu la logique souveraine. On cherche vainement chez le décorateur la préoccupation de l'objet, de son sens propre, de sa forme normale et de son caractère pratique. Un « sujet », une scène de genre ne sont pas des appareils lumineux. Les conditions de l'éclairage électrique réclament autre chose que des jouets gentiment machinés. Le vrai luminaire moderne — dont M. Dampt a réalisé quelques types — doit concilier l'original et l'utile, nous révéler sous la plus fine parure d'art le schéma voulu par la raison, satisfaire en un mot à toutes les nécessités de l'objet usuel. La statuette n'est point soumise à des règles aussi étroites. La fantaisie peut s'y déployer sans contrainte dans les limites qui s'imposent à toute sculpture. Les figurines que nous reproduisons ici sont charmantes et diverses, elles attestent les progrès accomplis depuis quelques années par le bronze d'art. Leur accent original, leur facture élégante et serrée contrastent avec la banalité des modèles commerciaux : troubadours, bergères, enfants joufflus, nymphes, soubrettes sentimentales, perpétuant de niaises et veules traditions. Rien de poncif ni de vulgaire ; un sens aigu d'artiste, une technique de bon ouvrier s'appliquant à la traduction des aspects de l'histoire, du rêve et de la vie moderne. Le rêve et la modernité se combinent dans les statuettes de M. Bouval de façon très savoureuse. Nos abonnés se rappellent l'exquise poésie du « Secret », édité par la maison Goldscheider, dont la photographie figurait, dans notre numéro 23, au milieu de nombre d'autres. Ils goûteront cette fois la fière allure, MILLES SALOME (COLIN & Cie ÉD.) M. BOUVAL PARFUM DES FLEURS (COLIN & Cie ÉD.)

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L'ART DÉCORATIF LOUIS CHALON 1900 (COLIN & C° ED.) le mouvement vif et facile de « la Carmencita », la grâce longue, jeune et suave de la figure qui personnifie le « Parfum des fleurs ». L’orne-maniste avisé, qui fait servir la beauté féminine à la parure de l’objet usuel, sait aussi la sentir et la célébrer quand elle n’a d’autre raison qu’elle-même. Un sculpteur moins connu, mais de même bien doué, M. Léo Laporte, présenté par la maison Houdebine, montre, dans un « Menuet », de joliesse exquisement minaudière, comment la distinction de la pensée et de l’exécution peuvent vivifier les vieux thèmes. Léo Laporte modèle en outre une apparition de conte bleu qu’il appelle « la Pensée ». Toute fine, toute précieuse, toute mignarde, une main sur sa gorgerette, une petite princesse nous tire sa révérence. Au bord de sa jupe de brocart et sur son front, en guise de coiffe, Papillon violet que veloute un or pâle, frissonne la fleur dont un poète anonyme a fait récemment, à la Revue des Deux-Mondes, l’éloge subtil et somptueux. L’histoire et l’exotisme, les civilisations mortes, les peuplades lointaines et d’âme mystérieuse sollicitent un jeune sculpteur, M. Mars Vallett. Comme le maître Théodore Rivière, l’auteur de figurines orientales si colorées et de cette nerveuve statuette de « la Course » que nous mettons aujourd’hui sous les yeux du lecteur, M. Mars Vallett s’applique à des reconstitutions de costumes, à l’évocation d’un luxe magnifique, voluptueux et périmé; il marque de même sur le masque de ses héroïnes l’empreinte des influences climatériques, des fatalités, du milieu et de la race. Cette « Akédys-sérile », cette « Salammbo » illustrent exactement les pages de Flaubert et de Villiers de l’Isle Adam. « Salomé » du Suédois Milles, exposée LOUIS CHALON REINE DES PRÈS (COLIN & C° ÉD.)

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FÉVRIER 1901 MARS-VALLETT ACKEDYSSERIL (GOLDSCHIEDER ED.) chez M. Colin, est une étrange figure mi-moderne, mi-barbare, avec sa grâce mince et grelottante, ses yeux d'inquiétude dans la pénombre de sa chevelure. Une autre œuvre de M. Milles, qu'à notre regret nous n'avons pu réussir à bien photographier, une « Danseuse », hardie, mouvante et rythmique comme un Tanagra, affirme une des tendances les plus curieuses de l'art contemporain, la simplification des modelés, la synthèse de la forme, tentées par Rodin et Bartholomé, excellentes pour la sculpture monumentale, pour l'enveloppement et la vibration du plein-air, susceptibles de produire aussi dans la statuette d'heureux effets décoratifs. Deux innovations également significatives, ce sont la recherche des patines et l'alliance des matières. Les colorations obtenues par la morsure des acides, ces nuances infiniment délicates, souples et chaudes, ces verts, ces bleus, ces tons violets et fauves, intéressent le regard, rompent à propos avec la monochromie du vieux bronze. Les ateliers de MM. Blot, Colin, Houdebine et Goldscheider rivalisent dans l'art des oxydations. On y tente aussi la combinaison du métal et du minéral. Chez M. Blot, cette « Fée des glaces », de Caussé, cette « Lame », de Peyre, joignent à la beauté du bronze patiné la magie d'une matière translucide et riche en reflets Le verre fondu par Léveillé, de Nancy, ou la cristallerie de Choisy-le-Roy réfléchit les lueurs changeantes du jour, réunit les irisations de la nacre et les feux voilés de l'opale. Les sculpteurs ont à leur service aujourd'hui les métaux et les pierres les plus rares, une palette que pourraient leur envier les peintres; qu'ils en usent; que le goût leur enseigne seulement l'opportunité de cet emploi et la mesure. ALBERT THOMAS. MARS-VALLETT SALAMBO (GOLDSCHIEDER ED.)