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ME ANNEE 3 NUMERO 25 L'ART DE CORATIF REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN OCTOBRE 1900 SOMMAIRE ALBERT THOMAS: LES BIJOUTIERS MODERNES A L'EXPOSITION. — CHARLES SAUNIER: LA MANUFACTURE DE SEVRES A L'EXPOSITION. — G. M. JACQUES: LE MEUBLE A L'EXPOSITION. — O. GERDEIL: LA NORVEGE A L'EXPOSITION. — LÉON RIOTOR: LES DENTELLES VIENNOISES A L'EXPOSITION. — G. BANS: LES GARES DU METROPOLITAIN DE PARIS. — CHRONIQUE. 59 REPRODUCTIONS D'ŒUVRES DE MM. GEORGES FOUQUET, A. MUCHA, LA MANUFACTURE NATIONALE DE SÈVRES, MM. CH. PLUMET ET TONY SELMERSHEIM, LE PATRONAT DE L'EBÉNISTERIE DE GENÈVE, MM. PRYTZ, H. BULL, FINN KNUDSEN, TOSTRUP, G. MUNTHE, INGRID KLINGENBERG, HOLMBOË, Mme FRIDA HANSEN, Mme E. FAYE-HANSEN, M. J. HERDLICKA ET Mme HERDLICKA, M. HECTOR GUIMARD. FRANCE BELGIQUE UNION POSTALE UN AN 20" UN AN 24" SIX MOIS 10" SIX MOIS 12" LE NUMERO 2ER ADMINISTRATION: 95 rue des PETITS CHAMPS, PARIS M. DUPRENE

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--- LA MAISON MODERNE 2, RUE DE LA PAIX, PARIS 82, RUE DES PETITS-CHAMPS (RUE DE LA PAIX) --- AMEUBLEMENT INSTALLATIONS MODERNES PROJETS ET DEVIS SUR DEMANDE BATIKS (ÉTOFFES NOUVELLES, TEINTES A LA MAIN) MAROQUINERIE MODERNE DENTELLES POLYCHROMES DE FÉLIX AUBERT BIJOUX, OBJETS D’ART, BRONZES TABLEAUX ET ESTAMPES --- MODÈLES EXCLUSIFS POUR CADEAUX, MARIAGES, ETC --- COLLABORATEURS: F. AUBERT, P. BEHRENS, M. BIAIS, A. CHAR-PENTIER, CONSTANTIN-MEUNIER, P. DUBOIS, M. DUFORENE, FINCH, ST. LERCHE, G. LEMMEN, DE FEURE, JOSSOT, A. LANDRY, MANGEANT, KARAGEORGEVITCH, G. MINNE, VAN DE VELDE, C. MÈRE, FIX-MASSEAU, F. VOULOT, ETC. MMES CLOSSET, ORY-ROBIN, LEROY-DESRIVERIES, ETC. --- « ALBUM-PAN » TRIMESTRIEL UN EXEMPLAIRE: 20 F. ABONNEMENT: 60 F. PAR AN. « GERMINAL » ALBUM UNIQUE 20 ESTAMPES INÉDITES PRIX: 250 FRANCS. ---

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N° 25 OCTOBRE 1900 L'ART DÉCORATIF LES BIJOUTIERS MODERNES A L'EXPOSITION UNIVERSELLE GEORGES FOUQUET Mon confrère Léon Riotor me permettra de lui emprunter le titre de l'article qu'il écrivait ici même voilà deux mois et de donner à mon tour, avec moins d'autorité et de lyrisme, mon opinion sur notre moderne bijouterie. Les lecteurs de cette revue n'ont pas oublié, sans doute, la page rayonnante dans laquelle M. Riotor, après des considérations très subtiles et de prestigieuses descriptions, évoquait à leurs yeux la femme de demain, cuirassée de métaux, casquée de pierreries, s'avançant au cliquetis de ses bracelets, mystérieuse et hiératique, comme quelque reine de Saba. La contemplation des joyaux de Lalique, l'étude du plus agile et du plus complexe génie décoratif de notre époque justifiaient certes l'éloquence des périodes et la splendeur de l'apparition finale. Tous les stylistes se sont essayés à décrire précieusement les merveilles de «l'orfèvre-poète»; tous les sertisseurs de mots ont prétendu rivaliser avec ce sertisseur de gemmes. Tous ont voulu saluer en lui sur le mode lyrique le rénovateur de la parure féminine. Jamais tendance nouvelle ne s'était d'ailleurs affirmée avec plus d'éclat, jamais idéal entrevu ne s'était réalisé plus pleinement, dans un œuvre plus ample et plus somptueux. La bijouterie, sous le second empire, offrait un spectacle pénible. Elle n'avait ni la curiosité des formes, ni le souci des couleurs, elle se bornait à «monter» des diamants dont la valeur commerciale offensait les délicats comme un luxe de parvenu. L'art si vivant au cours des siècles n'était plus qu'un ensemble de pratiques routinières, qu'un plat et insipide métier. C'est alors qu'apparut René Lalique. Son esprit inquiet et sensible, successivement tourné vers la tradition, vers la nature et vers le rêve, trouva dans ces trois sources d'inspiration les éléments d'un art nouveau. Cet art rappelait certes celui des orfèvres antérieurs, celui que nous ont découvert les fouilles égyptiennes ou étrusques, celui qui fut la grâce magnifique de notre Renaissance française; mais l'apport de l'âme contemporaine lui donnait une saveur originale; il était plus riche, plus aigu, plus troublant et, comme dit Shakespeare, «fait de l'essence de plus de choses». Les délicats remercièrent le jeune maître d'avoir restitué à la joaillerie son antique éclat et ses titres de noblesse, d'avoir ressuscité dans la complexité d'un génie moderne tous les aspects du passé lapidaire. Ils lui vouèrent pour cela une admiration fervente; ils attachèrent son nom à toutes les recherches tentées par la suite dans la voie qu'il avait tracée. Mais il ne faut pas s'hypnotiser dans la contemplation d'un seul artiste, même incom- G. FOUQUET PENDANT

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L'ART DÉCORATIF parable, et derrière René Lalique, dans le groupe de ceux qui poursuivent à son exemple la rénovation de la joaillerie, parmi les plus actifs et les plus audacieux, les plus méthodiques dans l’activité et les plus raisonnables dans l’audace, les gens de goût ont distingué M. Georges Fouquet. Comme Lalique, M. Georges Fouquet a l’amour des formes ingénieuses et belles, des harmonies de couleurs et de lignes, comme lui il se préoccupe moins de la pierre, de ses dimensions, de son eau, que de la façon dont il la présentera, bien mieux il y voit seulement un des éléments de ces compositions décoratives où elle doit concourir, avec des métaux divers, des cristaux, des émaux opaques ou translucides, cloisonnés, gravés, champlevés, à l’ornement du deux corps féminin. Comme Lalique, il consulte les maîtres anciens, comme lui il demande ses thèmes à la nature, aux paons superbes, aux papillons, aux libellules, aux fleurs adorables des bois, des prairies et des grèves, et, comme Lalique encore, il apporte dans son œuvre un goût particulier et des qualités propres. Depuis quelques années M. Georges Fouquet s’était fait remarquer aux Salons par la sûre élégance de ses créations et leur grand charme de modernité. Sa vitrine de l’Exposition, en même temps que de menus joyaux où nous retrouvons ses habituels mérites, nous offre d’importantes pièces décoratives qui paraissent révéler un esprit hanté d’orientalisme, curieux des magnificences phéniciennes et byzantines. Ce caractère est né du concours de Mucha. Il était inévitable que l’artiste slave, imagination prodigue et chatoyante, sollicité par tous les modes d’expression, triomphant dans l’affiche et l’estampe, mais s’adonnant de plus à la sculpture, à l’architecture, au costume, essayât de réaliser dans l’or et les plus rares matières ses plus précieuses fantaisies. Il faut rendre grâces à M. Georges Fouquet de lui avoir fourni l’occasion de le faire. J’en sais qu’eût effarés l’idée de cette collaboration. Les admirateurs de Mucha, tous ceux qui aiment sa grâce ingénieuse et facile, ses délicats accords de tons, la jolisse inquiétante et caline de ses figures, la richesse de son ornementation tra-hissant le goût de sa race pour les choses voyantes et cliquetantes, tous ceux que séduit le talent un peu étrange de cet enfant de Bohême se plairont au luxe des parures par lui conçues et réalisées, avec l’intelligence la plus compréhensive, par M. Georges Fouquet. Ce sont des armures de pierre et de métal dont les dimensions étonnent d’abord. Un bandeau de corsage richement ciselé, enfermant des émaux dans ses fines cloisons d’or, est un joyau superbe et barbare. Dans la pensée des auteurs, il doit border une robe sans manches ni épaulières, une sorte de simarre flottante, et la soutenir au bord d’une gorge orgueilleuse, G. FOUQUET PARURE DE COIFFURE

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OCTOBRE 1900 ce pendant que deux chaines croisées, aux crochets bizarrement tordus, le maintiennent lui-même sous des bras adorables. Ici, cinq épaulières d'or, avec incrustations d'émail vertes et roses, sur lesquelles se pose, caprice original où l'intervention de M. Fouquet se devine, un scarabée naturel du Brésil, portant une plaque merveilleusement ouvrée, offrant sous un couronnement de fleurs d'œillets une délicieuse miniature sur ivoire. On y reconnaît la femme chère à l'artiste hongrois, la même qui, dans ses estampes, rêve et s'alanguit en des paysages joliment irréels, contre le fût des arbres roux, dans le rayonnement des ciels mauves, parmi la jonchée des lys, des pavots et des chrysanthèmes. Elle est assise, sa tunique forme des plis harmonieux; les coudes aux genoux, les mains près des tempes, elle écoute dans l'air subtil le murmure innombrable des sèves et sa chevelure se répand autour d'elle en ondes souples enlaçant l'ondoyante souplesse de son corps. Son visage si clair au sourire lointain, sourire des Isis et des Sphinx, nous le rencontrons encore sur deux pendants de col, au bout de la toujours fantasque chainette, et c'est lui qui, finement sculpté, dans un ample enroulement de cheveux d'or, ceint d'une auréole d'opale à pointes d'émail rose et à bordure de perles, fait l'ornement d'un troisième devant de corsage en se complétant, à droite et à gauche, par des ailes de chimères, incrustées d'écaillle et d'opale laiteuse. Mais la pièce la plus hardie, c'est la parure de tête qui figure dans nos reproductions. Une crête ornée de grenats en cabochons; deux branches soudées de part et d'autre à cette crête, agrémentées d'ailettes émaillées; à l'extrémité de chaque branche, un grand cercle d'or entourant l'oreille et soutenant une pendeloque, croissant et rosace de turquoises, que termine un groupe tintinnabullant de pierres enchâssées. Voilà qui ferait le ravissement des poètes, des stylistes et de M. Léon Riotor. Sous ces ornements somptueux, les femmes leur sembleraient de fabuleuses impératrices, d'inaccessibles Salammbô. Aussi les bijoux de Mucha imposent-ils le souvenir de Flaubert. Après les avoir contemplés, on aime à relire chez le prestigieux romancier les pages où les mercenaires ébahis voient apparaître la fille d'A-milcar Barca: « Sa chevelure, poudrée de sable « violet et réunie en forme de tour, selon la « mode des vierges chananéennes, la faisait « paraître plus grande. Des tresses de perles « attachées à ses tempes descendaient jusqu'aux « coins de sa bouche, rose comme une grenade « entr'ouverte. Il y avait sur sa poitrine un « assemblage de pierres lumineuses imitant par « leurs bigarrures les écailles d'une murène. « Ses bras, garnis de diamants, sortaient nus de « sa tunique sans manches, étoilée de fleurs « rouges sur fond tout noir. Elle portait entre « les chevilles une chainette d'or pour régler sa « marche, et son grand manteau de pourpre « sombre, taillé dans une étoffe inconnue, trainait « derrière elle, faisant à chacun de ses pas « comme une large vague qui la suivait. » Cette image de voluptueuse splendeur, où se sont concentrés toutes les flammes et tous les prestiges de l'Orient, elle habite aujourd'hui les rêves de nos joailliers. Avec les robes G. FOUQUET FERRETS

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L'ART DÉCORATIF PARURE DE CORSAGE AVEC ÉPAULIÈRES EXPOSÉE PAR M. GEORGES FOUQUET

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OCTOBRE 1900 PLAQUE DE LA PARURE DE CORSAGE EXPOSÉE PAR M. GEORGES FOUQUET

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L'ART DÉCORATIF G. FOUQUET FERRETS Bien des femmes, même parmi les favorisées de la fortune, hésiteraient à revêtir les trop splendides parures créées par l'imagination de Mucha. Toutes, par contre, se plairaient aux autres joyaux que, dans le plus aimable décor de croissants argentés et de velours gris perle, leur offre encore l'Exposition de M. Georges Fouquet. L'orientalisme, c'est ici l'appoint audacieux de l'artiste slave. Les œuvres d'accent plus moderne ont été composées, quelques-unes en collaboration avec M. Desroziers, par le joaillier parisien. Ces pendants de cou, ces plaques de collier, ces boucles de ceinture, ces agrafes, ces bracelets et ces bagues doivent rallier tous les suffrages. De proportions restreintes, d'agencement ingénieux, tous prouvent un goût sûr, une réelle distinction, un sens vrai de la décoration florale. Ce que je disais dernièrement de M. Socard, à propos de vitraux, je pourrais le dire, à propos de bijoux, de M. Georges Fouquet. Il use dans une très juste mesure du parti que lui présente la fleur et, sans vouloir reproduire de trop près la structure et la physionomie de cette dernière, il lui emprunte des dispositions très générales, des agencements de masses et de lignes, des rythmes, des balancements, des rapports, des alternances et surtout des qualités pour ainsi dire abstraites, la souplesse, la grâce délicieusement flexible. La stylisation modifie profondément le thème initial. Ici, le chardon s'accompagne de courbes de fantaisie, la corolle du bleuet rayonne selon un mode inusité, des pistils s'allongent démesurément, descendent en cascades anormales, la fleur fragile du pissenlit, la «chandelle» que s'amuse à souffler les enfants des campagnes, inscrit sa grâce frissonnante en trois cercles symétriques, l'orchidée se synthétise et les rameaux du gui, les larges pétales de la pensée; les grappes violettes de la glycine se plient au dessin conventionnel d'une plaque ou d'un pendant. La faune apporte aussi son tribut. Sur l'écaillle d'un peigne se déploient les ailes scellées d'un papillon ; deux paons d'argent mêlent leurs cols et deviennent l'agrafe d'un manteau. Mais il serait difficile d'énumérer toutes les heureuses compositions de M. Georges Fouquet ; il serait difficile surtout de dire l'adresse de l'artiste à choisir ses matières, à les façonner, à les assortir pour les plus riches et les plus délicates harmonies. Les émaux, qui firent la splendeur limpide des parures égyptiennes, il flottantes, laissant deviner à leurs plis le jeu harmonieux des muscles, la grâce des attitudes et des lignes, ceux-ci veulent ressusciter les armures d'or et de pierreries, où s'enchaîssaient, aux temps puniques, la naque frémissante des épaules et l'ivoire des gorges nues. L'entreprise est assurément curieuse, elle relève du plus grand art, mais peut-elle sembler tout à fait opportune? Chaque époque réclame son style. Notre siècle, siècle de la critique, de la compréhension universelle, en même temps qu'il accueille et chérit les formes d'art les plus diverses, prétend aussi les unir dans un accord discret et les modifier selon son goût bien personnel. L'appareil oriental, encombrant, jette aussi trop de rayons. Pour notre vie de société, pour nos réceptions du jour et du soir, il est besoin de bijoux plus discrets, parés de couleurs moins vives, s'harmonisant sans effort aux nuances délicates des toilettes, à leurs reflets assoupis, à leur élégance volontairement voilée.

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OCTOBRE 1900 les distribue avec une dextérité parfaite sur ses plaques d'or et d'argent précieusement découpées. Il taille en cabochons fantasques les rubis, les grenats, les améthystes, les topazes, les émeraudes et les saphirs, il tire les effets les plus curieux de ces perles dites «perles baroques», si variées de figures et de nuances, que les bijoutiers, hier encore, rejetaient avec dédain. Il montre une prédilection pour l'opale, si belle et si sensitive, si prompte à se teinter des moindres lueurs, à réfléchir les changements et l'agonie du jour, et qui semble voiler de brouillards irisés l'ardeur d'une flamme inextinguible. Il apporte enfin dans la conception de ses joyaux un sens pratique dont les gens d'imagination ne donnent pas souvent l'exemple. Ce sens pratique il le tient de son père, joaillier célèbre au temps de Massin, qui lui apprit les ressources et les limites de l'art lapidaire, et c'est encore à son père qu'il doit son talent de dessinateur, la finesse de sa pointe, la netteté G. FOUQUET PENDANT de ses motifs. Non loin de la vitrine de M. Georges Fouquet, au musée centennal de la bijouterie française, des fantaisies Renaissance magistralement ciselées par le vieil orfèvre affirment bien chez les deux hommes, malgré la différence des inspirations, la similitude des méthodes et des métiers. Les joyaux conçus et exécutés par M. Georges Fouquet ont donc leur caractère et leurs mérites. Auprès des merveilles de Lalique ils brillent d'un éclat discret. Moins riches d'invention, de modelé, ils sont, par contre, plus sobres et plus simples, répondent mieux à la destination du bijou qui veut être porté. Si les créations du maître sont promises à la Galerie d'Apollon, celles-ci rehausseront d'un accent original les toilettes de nos contemporaines. J'ai pour Lalique une vive admiration et je ne m'en suis pas caché au début de cet article, mais son art s'adresse trop aux «intellectuels». Ses œuvres rappellent trop de souvenirs, évoquent trop d'images et trop de livres, trop d'Hérodiade, de Cléopâtre, de Théodora, trop de «Fleurs du mal» et d'«Hortensias G. FOUQUET PENDANT

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L'ART DÉCORATIF Bleus », et l'on songe trop devant elles aux prétentieux commentaires que feraient sur leur charme des Esseintes, Durtal et Madame Baringhel, tous les névrosés, tous les snobs portraicturés avec tant de complaisance par Joris-Karl Huysmans et M. Jean Lorrain. Pour goûter les bijoux de Georges Fouquet, je ne parle pas de ceux de Mucha, il n'est pas besoin de littérature. Ils ne montrent ni figures assyriennes, ni scarabées, ni sphynges, ni gothiques chimères, ni Walkyries, mais seulement d'agréables thèmes floraux développés avec un goût parfait. A côté de l'art intellectuel de René Lalique et de son « symbolisme lapidaire », il y a place pour l'art moins suggestif de M. Georges Fouquet. Sans solliciter de l'esprit une attention particulière, sans lui poser de captivantes énigmes, c'est encore un mérite que de le récréer par des couleurs harmonieuses et des formes aimables. ALBERT THOMAS. G. FOUQUET PENDANT LA MANUFACTURE NATIONALE DE SÈVRES A L'EXPOSITION UNIVERSELLE La Manufacture nationale de Sèvres fait honneur à son caractère officiel par une exposition hautement intéressante. Les œuvres qui la composent ont rencontré cette fois l'unanimité dans l'éloge. Si l'initiative privée, le labeur fécond des individualités ont produit des miracles, un envoi comme celui de la Manufacture nationale prouve que les sacrifices que s'impose un pays pour maintenir ses traditions et chercher la perfection sont récupérés tôt ou tard. C'est un exemple à méditer par tous ceux qui s'intéressent aux progrès des industries d'art. Nul établissement officiel n'a été jusqu'en ces derniers temps plus critiqué que Sèvres, et avec plus d'apparente raison. On lui reprochait des procédés routiniers, une indifférence absolue pour les courants généraux qui tendaient à la transformation des arts céramiques. De plus, les quelques recherches constatées semblaient destinées à être exploitées dans un sens étroit et sans préoccupation artistique. C'est qu'en effet, si la perfection était extrême, si la pâte était fine et transparente et les couvertes impeccables, les formes dataient ou étaient illogiques. Un aspect vieillot ou des tours de force sans intérêt éloignaient le connaisseur. Aussi, d'une façon imminente, la Manufacture de Sèvres et ses produits semblaient-ils destinés à agrémenter les épisodes des vaudevilles. Il n'y a pas encore bien longtemps que certain ministre, accapareur passionné de Sèvres¹, passait, aux yeux de ses subordonnés eux-mêmes, pour un personnage ridicule. Par contre, on vit un homme de goût réputé, M. Poincaré, oublier à son départ du ministère le lot de Sèvres qui lui était dévolu. Il n'y avait vraiment que les tasses à café, de forme antique et pratique, qui pussent tenter, à condition d'avoir un simple filet d'or, l'amateur délicat. Il n'en sera plus ainsi. La Manufacture s'est transformée et peut hardiment montrer ses travaux. --- ¹ Les usages veulent que tout membre de commission importante, tout ministre aient droit, en récompense des services rendus, à des objets de la célèbre Manufacture.

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OCTOBRE 1900 MANUFACTURE DE SÈVRES Abandonnant les pièces montées ou rapportées, dont l'illogisme avait besoin du secours d'armatures en fer, laissant reposer les anciens modèles, oubliant la reproduction plus ou moins habile des tableaux, la Manufacture nationale de Sèvres s'est appliquée à ne créer, en vue de l'Exposition de 1900, que des modèles logiques ayant leur beauté en eux-mêmes. Les décors transformés ne s'inspirent plus que de la nature, cette habile metteuse en scène, et la palette des artistes de Sèvres, qui se composait uniquement jusqu'alors de brun, de bleu et de vert, s'augmente des couleurs jaune, oranger et rose au moment même où la cuisson des pâtes au feu de moufle si défectueux peut enfin être remplacée par la cuisson au grand feu. Une telle métamorphose n'est pas l'œuvre d'un jour. Elle est la conséquence d'une série de tâtonnements, d'essais bientôt abandonnés, repris après des années et qui se précisent enfin sous la pression des tendances nouvelles qui régissent l'art décoratif moderne. On a fait, par exemple, un succès véritable aux cristallisations sous couverte ; on s'est exclamé à la pensée qu'un élément si simple de beauté n'ait pas été mis plus tôt en pratique par les chimistes et les décorateurs. Cependant, à Sèvres, les travaux préparatoires datent de loin, puisque l'emploi possible des cristallisations remonte aux recherches d'Ebelmen, chimiste de la Manufacture sous Louis-Philippe, et que ces recherches ont été reprises, perfectionnées et mises en pratique de 1884 à 1887, sous la direction de M. Lauth. La présente exposition nous montre d'ad- MANUFACTURE DE SÈVRES