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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI FRANCE 9 --- L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI REVUE MENSUELLE - 6e ANNÉE N° 9 SEPTEMBRE 1935

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1898 : LA PREMIERE VOITURE. Moyens de production : - 30 m² - 1 tour - 1 forge à main - 1 enclume - 1 ouvrier 1935 - 1.200.000 m² - 17.000 machines-outils - 35.000 ouvriers. FABRICATION : 70.000 voitures, moteurs d'avions, automotrices, tracteurs, etc... Cet essor n'a été possible que grâce à un ensemble de méthodes consacrées par l'expérience : - SURETÉ DE LA CONCEPTION - SÉLECTION DES MATIÈRES PREMIÈRES - PRÉCISION DANS L'EXÉCUTION - RIGUEUR DES CONTROLES avec comme résultat : LA PLUS HAUTE QUALITÉ AU MEILLEUR PRIX LES SOLUTIONS DE L'EXPÉRIENCE AU SERVICE DE LA VIE MODERNE RENAULT L'AUTOMOBILE DE FRANCE

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Jersailles LA COUR DE MARBRE, UNE RÉALISATION LUMINEUSE UNIQUE DANS UN CADRE UNIQUE AU MONDE... UNE RÉUSSITE PARTICULIÈREMENT HEUREUSE DE PHILIPS LUMIÈRE, 2, CITÉ PARADIS, PARIS

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ÉTABLISSEMENTS R. BEHIN 3 à 7, BOULEVARD DES GRÉSILLONS, GENNEVILLIERS (SEINE) LES PLUS IMPORTANTES USINES FRANÇAISES POUR LA FABRICATION DES ENSEMBLES DE MENUISERIE MÉTALLIQUE MÉCANIQUE Vous présentent leur dernière création Elle réalise tous vos désirs: - Plus de rouille, - l’étanchéité assurée, - un fonctionnement parfait, - des pièces standard interchangeables, - un store bois ou toile livré avec le châssis, - un ensemble net, harmonieux, d’un fini irréprochable, à des prix avantageux..... 1200 chassis de ce type en acier chrome nickel ont été fournis à la C.P.D.E. ---

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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) — TÉL.: MOLITOR 19-90 ET 91 REVUE MENSUELLE — 5e ANNÉE — NUMÉRO 9 — SEPTEMBRE 1935 ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR COMITÉ DE PATRONAGE: MM. POL ABRAHAM, ALF. AGACHE, L. BAZIN, EUGÈNE BEAUDOUIN, LOUIS BOILEAU, DJO BOURGEOIS, VICTOR BOURGEOIS, URBAIN CASSAN, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JEAN DÉMARET, ADOLPHE DERVAUX, JEAN DESBOUS, ANDRÉ DUBREUIL, W. M. DUDOK, FÉLIX DUMAIL, ROGER EXPERT, LOUIS FAURE-DUJARRIC, RAYMOND FISCHER, TONY GARNIER, JEAN GINSBERG, HECTOR GUIMARD, MARCEL HENNEQUET, ROGER HUMMEL, FRANCIS JOURDAIN, ALBERT LAPRADE, H. LE MÊME, MARCEL LODS, BERTHOLD LUBETKIN, ANDRÉ LURCAT, ROB. MALLET-STEVENS, LOUIS MADELINE, J. B. MATHON, J. C. MOREUX, HENRI PACON, PIERRE PATOUT, AUGUSTE PERRET, G. H. PINGUSSON, HENRI PROST, MICHEL ROUX-SPITZ, HENRI SELLIER, CHARLES SICLIS, PAUL SIRVIN, MARCEL TEMPORAL, JOSEPH VAGO, ANDRÉ VENTRE, VETTER PIERRE VAGO, RÉDACTEUR EN CHEF COMITÉ DE RÉDACTION: A. LAPRADE, G. H. PINGUSSON, M. ROTIVAL, J. P. SABATOU, ANDRÉ HERMANT CORRESPONDANTS: ALGÉRIE: M. LATHUILLIÈRE — ANGLETERRE: E. GOLDFINGER — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: DE KONINCK — BRÉSIL: EDUARDO PEDERNEIRAS — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — DANEMARK: HANJEN — ÉTATS-UNIS: DEXTER MORAND — EXTRÊME-ORIENT: HARRY LITVAK — HONGRIE: PROF. DENIS GYOERGYI — ITALIE: P. M. BARDI — JAPON: BRUNO TAUT — PALESTINE: J. BARKAI — PAYS-BAS: J. P. KLOOS — PORTUGAL: PARDAL MONTEIRO — ROUMANIE: G. CANTACUZÈNE - SUÈDE: V. GOERANSSON - TCHÉCOSLOVAQUIE: J. SOKOL - TURQUIE: Z. SAYAR - U. R. S. S.: D. ARKINE Mme M. E. CAHEN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL --- DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI» A L'ÉTRANGER ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE EUGEN CARADA, BUCAREST. ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. BRÉSIL: PUBLICACOES INTERNACIONALES, AVENIDA RIO BRANCO, 117, RIO-DE-JANEIRO. COLOMBIE: LIBR. COSMOS, CALLE 14, N° 127, APARTADO 543, BOGOTA. AUSTRALIE: FLORANCE ET FOWLER, ELISABETH HOUSE, ELISABETH STREET, MELBOURNE CT TARIF DES ABONNEMENTS: FRANCE ET COLONIES: UN AN (DOUZE NUMÉROS) ………………………………………… 150 FR. PAYS ÉTRANGERS A 1/2 TARIF POSTAL: UN AN: 230 FR. — PAYS ÉTRANGERS A PLEIN TARIF POSTAL ……… 250 FR. PRIX DE CE NUMÉRO: FRANCE ET COLONIES: 18 FR. - ÉTRANGER 25 FR.

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Dans tous les pays où l'architecture nouvelle paraissait avoir gagné la lutte formidable engagée contre ce que l'on a convenu d'appeler «l'Académie», ou plutôt l'esprit académique, une violente réaction se dessine. Dans les pays régis par un système dit totalitaire, c'est-à-dire là où l'Etat, autorité politique, prétend s'arroger également la direction spirituelle, intellectuelle et artistique du peuple, la victoire ou la défaite de l'esprit moderne sur la réaction des éléments conservateurs a été nette et subite. L'Italie fasciste s'est franchement déclarée pour l'Art moderne. Mussolini a déclaré, voici quelques années: «Nous devons créer un nouveau patrimoine à placer à côté de l'ancien; nous devons créer un art de notre temps, un art fasciste. Et l'on sait que la parole du Chef a plus que la valeur d'une loi. Par contre, la Russie soviétique et l'Allemagne d'Hitler, ont rompu délibérément avec l'architecture naissante. En Allemagne, on l'a condamnée parce qu'elle représentait aux yeux des nouveaux maîtres du Reich, l'esprit de la République de Weimar, un art «social-communiste»! En U. R. S. S., les dirigeants ont jeté l'anathème contre la même architecture, l'ayant qualifiée de bourgeoise, expression du capitalisme occidental. Il est curieux de noter que les deux pays auxquels on attribuait, dans certains milieux de chez nous, l'origine et la paternité de certaines formes nouvelles de l'architecture, sont précisément ceux qui les ont le plus nettement repoussées. Continuera-t-on de parler, en France, d'architecture «boche» et d'architecture «bolchevique»? C'est probable. Car ceux qui ont créé ces mots d'ordre, ne se sont jamais préoccupés de s'enquérir de leur exactitude: il s'agissait simplement de trouver des expressions qui «portent» sur une opinion mal renseignée et assez paresseuse. C'est une règle assez générale. La même architecture est qualifiée de «boche» en France, de «bolchevique» en Allemagne, de «capitaliste» en Russie. Paradoxe qui suffirait à démolir l'accusation. En France, la réaction devient plus vive et plus agressive à mesure que l'esprit nouveau élargit sa base et consolide ses positions. Elle est menée, nous l'avons fait remarquer à plusieurs reprises, par une étrange coalition: autour d'une «vieille garde», convaincue et honnête qui est restée sourde et aveugle malgré l'évidence de l'évolution spirituelle et matérielle, morale et technique de notre époque, se sont groupés les mécontents, les décus, les opportunistes et — nerf de la guerre — les subventions des intérêts commerciaux lésés par le développement des nouvelles techniques. L'architecture naissante aura à soutenir une rude attaque. Déjà, les timides et les moutons de Panurge s'apprêtent à passer à l'ennemi, si celui-ci paraît devoir l'emporter. Nous avons entendu des «mea culpa» qui nous ont fait rougir... Nous assistons dans tous les pays, à une renaissance incontestable de l'idée nationale. Aussi, l'un des arguments les plus redoutables des adversaires de l'art nouveau, est que celui-ci est d'importation étrangère, et en opposition avec la «tradition» française. Est-ce vrai? Nous voulons répondre par des documents. Nous dédions ce numéro de l'Architecture d'Aujourd'hui qui montre la contribution de notre pays à la naissance et à la formation de l'architecture «moderne» et la continuité spirituelle de la tradition artistique française, à ceux qui hésitent, à ceux qui doutent, à tous ceux qui cherchent la vérité. P. VAGO.

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ÉVOLUER OUPÉRIR De tous les arts, l'Architecture est le seul qui soit strictement lié à l'organisation économique et sociale d'un pays. Si l'on peut, au point de vue strictement matériel, se priver de peinture, de sculpture, de littérature et de musique, il est impossible de se passer d'une maison, d'un abri, d'une construction indispensable à l'existence humaine. L'Architecture est l'histoire la plus vraie et la plus sincère de l'Humanité. Cette vérité se manifeste avec une éclatante évidence à toutes les époques, elle s'impose de jour en jour avec plus de force. L'heure du dilettantisme, de la tour d'ivoire, de l'art pour l'art, a sonné son dernier coup. A l'époque de fer qui nous est imposée, il faut renoncer aux vaines querelles d'école, à la phraséologie académique, aux inutiles discussions scholastiques, aux révasseries sans but et regarder avec sang-froid les réalités brutales de l'existence dont la grandeur réside justement dans la recherche du bien-être et la soif toujours inassouvie de la réalisation d'un idéal éternellement fugace. Jamais l'application du lapidaire aphorisme de Daumier «IL FAUT ÊTRE DE SON TEMPS» ne s'est imposée d'une façon plus urgente. L'Architecte n'a pas le droit de se boucher les oreilles afin de ne pas entendre les rumeurs du dehors, de clore hermétiquement les fenêtres de son cabinet de travail afin de ne pas être troublé par l'éclat du soleil, de se confiner dans la contemplation béate et stérile du passé, de s'hypnotiser égoïstement sur de vagues problèmes d'archéologie, d'ignorer les besoins de la foule, de s'épuiser dans des ergotages sur l'esthétique et de fastidieuses controverses d'écoles. Son rôle est plus noble, car la conception d'un plan d'ensemble bien pondéré et pratique, conformément aux lois de l'hygiène et aux exigences de la Société contemporaine, est infiniment plus importante que la composition décorative d'une façade et le dessin figolé d'un chapiteau. Il détient, pour ainsi dire, entre les mains, la vie et le bonheur de sa génération, et c'est à lui, à lui seul, qu'incombe la solution du grave problème de rendre l'intérieur familial sain et agréable, conforme à nos usages, à nos mœurs, à nos aspirations, à nos besoins, aussi bien pour les riches que pour les pauvres. Depuis la guerre nous nous trouvons en face de deux fléaux qu'il est indispensable et urgent de supprimer, dans l'intérêt primordial de la France, et pour l'avenir de la race: ce sont les taudis et la pénurie de logements. Autrefois, un homme de génie comme Haussmann, est arrivé à faire de Paris la plus belle ville du monde, méprisant les attaques et les calomnies, il a taillé en pleine chair, perçant et démolissant sans se soucier des vitupérations des vénérables personnages dont les hurlements le faisaient sourire. Ce n'est certes pas notre préfet actuel, M. Renard, qui aurait ce courage. Prisonnier du Comité esthétique du Conseil Municipal qu'il se refuse à rajeunir, affichant sa haine du Moderne, il cherche à s'appuyer sur une partie de l'opinion intoxiquée par des mensonges stupides, et par une presse incapable de raisonner. Dans «l'Œuvre» j'ai lu, il y a quelque temps, l'article d'un journaliste qui se lamentait parce qu'on avait démoli une baraque pustuleuse, sans l'ombre d'intérêt, pour élever à sa place un nouvel immeuble qui allait gêner la contemplation du soubassement du Panthéon pour les habitants du quartier Mouffertard! Un autre, dans «Les Débats», regrettait avec un trémolo dans la voix, la disparition de vieilles masures dont le vestibule étroit et puant était éclairé par un lumignon fu- meux, où les fenêtres donnaient sur des courettes ressemblant à des puits, et où les cabinets d'aisances communs se trouvaient dans l'escalier. Cette description du bon temps était vraiment émotionnante. On croit rêver quand on entend émettre de pareilles énormités. Mais hélas! ce sont ces énormités, ces romances sentimentales, ces larmoiements comiques, ces clichés bêtasses traînant dans presque tous les journaux qui forfitent la résistance à l'évolution moderne dans les milieux officiels. Le champion farouche et irréductible de ces thèses préhistoriques s'est installé dans les bureaux de notre Administration, c'est la Voirie qui s'obstine à appliquer des règlements dont certains remontent à Charles V. Les membres de la cohorte sacrée regrettent la fâcheuse faiblesse de l'Inquisition qui n'a pas envoyé au bûcher Galilée quand il eût l'audace de proclamer que la terre tournait. Ne touchons pas à la Reine, les règlements sont intangibles comme me l'affirma un jour M. Loucheur d'un ton courroucé. Tout s'est transformé, tout se transforme constamment, aujourd'hui succède à hier, et aujourd'hui se verra remplacer par demain. Les règlements, eux, sont immuables et éternels, et ils résistent à toutes les révolutions et aux raz-de-marée qui bouleversent le monde. Louis XIV aurait eu une attaque d'apoplexie si on lui avait annoncé que viendrait un moment où son jardinier aurait autant de droit que lui devant le scrutin. La Voirie, plus puissante que le Roi Soleil, n'admet pas l'évidence. ...Grâce à Dieu, mes contemporains sont trop bien élevés pour permettre la suppression des beautés architecturales qui sont les joyaux de notre patrimoine naturel. Le membre de l'Institut, Petit-Ratel, proposa bien, sous Charles X, je crois, un moyen rapide et peu coûteux de raser tous les monuments gothiques afin de consacrer la gloire de l'Art classique sans craindre des voisinages pernicieux. Personne, même parmi les architectes les plus avancés, n'est atteint d'une crise de vandalisme aussi indéfendable. Mes amis et moi admirons sans réserve des chefs-d'œuvre immortels tels que la Place des Vosges, la Sainte-Chapelle, la place Vendôme, la place de la Concorde, le Louvre et les merveilles créées par le génie de nos ancêtres, mais nous prétendons qu'une construction, une œuvre quelconque n'est pas belle ipso facto uniquement parce qu'elle est ancienne. Nous rejetons le sectarisme quelles que soient ses tendances, et nous pensons qu'on a le droit d'exalter aussi bien le Parthénon que Notre-Dame, Blois que la pagode d'Angkor, Sainte-Sophie que Versailles, le Louvre que la Tour Eiffel. Reprenons logiquement et respectueusement la tradition maladressement brisée, acceptons la féconde leçon du passé qui a constamment affirmé sa personnalité, sa virilité, sa puissance créative, et qui a toujours repoussé le recopiage, comme une déchéance humiliante. La France qui a porté le flambeau de la civilisation dans l'Univers se doit à elle-même de reprendre le rôle qu'elle a glorieusement tenu, qu'elle crée, qu'elle produise des œuvres neuves, rationnelles et vivantes et qu'elle renonce à jamais à remuer la cendre des morts. Quelque grands qu'ils soient, ceux qui ne sont plus ne ressuscitent pas. Frantz JOURDAIN. Article de tête paru dans le premier numéro de «l'Architecture d'Aujourd'hui», novembre 1931.

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LES PIONNIERS Nous avons réuni dans les pages qui suivent quelques paroles d'architectes et de critiques du siècle dernier. Paroles de prophètes, mais aussi de réalisateurs courageux, défenseurs des principes de vérité oubliés depuis le Moyen-Age, en un temps d'extrême décadence où le pastiche et le mauvais goût étaient encore bien plus « officiels » qu'aujourd'hui et l'opposition plus violente. Ces précurseurs ont su comprendre peut-être mieux que nous la portée du progrès industriel alors à ses débuts et moins évident que de nos jours. N. D. L. R. --- Notre siècle est bien un siècle de fer ! Le fer envahit les constructions qui s'élèvent au sein des cités opulentes, des centres d'industrie, où se mesure la vitalité des nations, et chaque jour y prend une plus large place. Les combles, les planchers, les escaliers de bois ont à peine fait place à des escaliers, à des planchers, à des combles de fer, que les portes et fenêtres de bois sont menacées à leur tour d'être remplacées par des portes et des croisées de fer. Et ce n'est pas là le terme de l'invasion du fer. Après la charpente, la menuiserie; après la menuiserie, le mobilier; des chaises de fer, des tables de fer, des lits de fer garniront bientôt, sans doute, ces cages de pierre et de fer, devenues des maisons d'habitation... HENRY SIRODOT, 1853. Quant à la véritable solution du problème, à l'emploi du fer dans la construction des appuis, remplaçant les fermes de charpente, et des fermes elles-mêmes, elle sera croyons-nous, bien près d'être trouvée, lorsque, cessant de prendre pour type invariable les formes et les combinaisons des charpentines en bois, la technique demandera à la science des formules de résistance, à l'art des constructions, des modes d'assemblage en rapport avec les données nouvelles du problème... LOUIS AUBERT, 1856. La Société moderne est industrielle et démocratique. En sa qualité de société industrielle, les monuments d'art qu'elle élève seront les monuments faits pour tous; les grands ateliers agricoles et manufacturiers, où se créent les richesses; les gares des chemins de fer, par lesquels les richesses se transportent; les grands magasins et les marchés sur lesquels elles se vendent... En sa qualité de société démocratique, la société moderne déclare que le passé est mort, bien mort, et l'architecture de notre époque, au lieu de reproduire les formes de ce passé, doit se plonger au contraire tout entière dans cette moderne fontaine de Jouvence qu'alimentent la science, l'industrie et l'esprit du XIXe siècle... CÉSAR DALY. 1856. (Revue générale de l'Architecture) La construction est une science; c'est aussi un art, c'est-à-dire qu'il faut au constructeur le savoir, l'expérience et un sentiment naturel. On naît constructeur; la science qu'on acquiert ne peut que développer les germes déposés dans le cerveau des hommes destinés à donner un emploi utile, une forme durable à la matière brute. Il en est des peuples comme des individus: les uns sont constructeurs dès leur berceau, d'autres ne le deviennent jamais; les progrès de la civilisation n'ajoutent que peu de chose à cette faculté native. L'architecture et la construction doivent être pratiquées simultanément: LA CONSTRUCTION EST LE MOYEN, L'ARCHITECTURE, LE RÉSULTAT. Construire, pour l'architecte, c'est employer les matériaux en raison de leurs qualités et de leur nature propre, avec l'idée préconçue de satisfaire à un besoin par les moyens les plus simples et les plus solides; de donner à la chose construite l'apparence de la durée, des proportions convenables soumises à certaines règles imposées par le sens, le raisonnement et l'instinct humains. Les méthodes du constructeur doivent donc varier en raison de la nature des matériaux, des moyens dont il dispose, des besoins auxquels il doit satisfaire et de la civilisation au milieu de laquelle il naît. Il est bien temps, nous le croyons, de ne plus nous laisser éblouir, nous architectes, par les discours de ceux qui, étrangers à la pratique de notre art, jugent des œuvres qu'ils ne peuvent comprendre, dont ils ne connaissent ni la structure, ni le sens vrai et utile, et qui, mus par leurs passions ou leurs goûts personnels, par des études exclusives et un esprit de parti étroit, jettent l'anathème sur des artistes dont les efforts, la science et l'expérience pratique nous sont, aujourd'hui encore, d'un grand secours... La confusion entre les institutions et les produits des arts ne doit point exister pour nous, qui cherchons notre bien partout où nous pensons le trouver. Rien dans les ordres antiques, grecs ou romains, ne rappelle une échelle unique, et cependant il y a pour les monuments une échelle invariable, impérieuse, dirons-nous: c'est l'homme. La dimension de l'homme ne change pas, que le monument soit grand ou petit. Entrez dans la cathédrale de Reims ou dans une église de village de la même époque, vous retrouverez les mêmes hauteurs, les mêmes profils de bases; les colonnes s'allongent ou se raccourcissent, mais elles conservent le même diamètre; les moulures se multiplient dans un grand édifice; mais elles sont de la même dimension que celles du petit; les balustrades, les appuis, les socles, les barres, les galeries, les frises, les bas-reliefs, tous les détails de l'architecture qui entrent dans l'ordonnance des édifices rappellent toujours l'échelle type, la dimension de l'homme. L'homme apparaît dans tout: le monument est fait pour lui et par lui, c'est son vêtement; et quelque vaste et riche qu'il soit, il est toujours à sa taille. Aussi les monuments du Moyen-Age paraissent-ils plus grands qu'ils ne le sont réellement, parce que, même en l'absence de l'homme, l'échelle humaine est rappelée partout, parce que l'œil est continuellement forcé de comparer les dimensions de l'ensemble avec le module humain. VIOLLET-LE-DUC, 1870.

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EGLISE DE SAINT-BENOIT-SUR-LOIRE (XIe SIECLE) Photo J.-E. Bulloz

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LE PANORAMA DES CHAMPS-ÉLYSÉES, 1839. CONSTRUIT PAR HITTORF. COUPE (d'après la « Revue Générale de l'Architecture », 1841) HITTORF: Plus je tenais à ce que je croyais rationnel et plus je défendais ma cause, plus on exagérait les éventualités de non-réussite dans une construction envisagée comme hardie, comme nouvelle, et contre laquelle l'accumulation des doutes devenait malheureusement d'autant plus puissante, que ces doutes étaient basés sur des suppositions plus vagues... Je n'hésite point à avouer la grande satisfaction que je ressentis dans le moment où j'acquis la preuve matérielle de la solidité d'une construction si péniblement terminée, et la joie non moins vive que produisit en moi l'instant où, les échafauds étant entièrement descendus, l'immense comble de le rotonde apparut suspendu en l'air, dans toute la grandeur de son développement. Le souvenir de cette sensation me fera toujours regretter que la destination de l'édifice se soit refusée à ce que l'aspect de cette belle charpente restât exposé à l'œil... A la récapitulation de ce que je viens de rappeler, concernant les difficultés que j'ai eues à vaincre, je dois éprouver une consolation en pensant que mes sacrifices d'amour-propre pourront du moins profiter aux artistes qui tenteront de nouveaux essais, relativement à l'application des combles suspendus... Presque illimités pour l'étendue des espaces qu'ils peuvent couvrir, ils donnent autant de certitude de durée que tout autre genre de construction basé sur l'emploi du fer, en même temps qu'ils peuvent concilier avec des dépenses proportionnellement peu élevées. 1841. DÉTAIL DE LA SUSPENSION DE LA COUPOLE