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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI NOUVELLES ÉCOLES 4 ARCHITECTURE URBANISME DECORATION
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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI NOUVELLES ÉCOLES 4 ARCHITECTURE URBANISME DECORATION
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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) — TÉLÉPHONE: MOLITOR 19-90 et 19-91 COMITÉ DE PATRONAGE: MM. POL ABRAHAM, ALF. AGACHE, L. BAZIN, EUGÈNE BEAUDOIN, LOUIS BOILEAU, DJO BOURGEOIS, VICTOR BOURGEOIS, URBAIN CASSAN, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JEAN DEMARET, ADOLPHE DERVAUX, JEAN DESBOUS, ANDRÉ DUBREUIL, W. M. DUDOK, FÉLIX DUMAIL, ROGER EXPERT, LOUIS FAURE-DUJARRIC, RAYMOND FISCHER, TONY GARNIER, JEAN GINSBERG, HECTOR GUIMARD, MARCEL HENNEQUET, ROGER HUMMEL, FRANCIS JOURDAIN, ALBERT LAPRADE, FRANÇOIS LE COEUR, H. LE MÊME, MARCEL LODS, BERTHOLD LUBETKIN, ANDRÉ LURCAT, ROB. MALLET STEVENS, LOUIS MADELINE, J. B. MATHON, J. C. MOREUX, HENRI PACON, PIERRE PATOUT, AUGUSTE PERRET, G. H. PINGUSSON, HENRI PROST, MICHEL ROUX-SPITZ, HENRI SELLIER, CHARLES SICLIS, PAUL SIRVIN, MARCEL TEMPORAL, JOSEPH VAGO, ANDRÉ VENTRE ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR COMITÉ DE RÉDACTION PIERRE VAGO, RÉDACTEUR EN CHEF HISTORIQUE: ALBERT LAPRADE URBANISME: EUGÈNE BEAUDOUIN ARCHITECTURE: JOSÉ IMBERT TECHNIQUE: G. H. PINGUSSON INTÉRIEURS: J. P. SABATOU EXPOSITIONS: RENÉ DROUIN CHANTIERS: ANDRÉ HERMANT JULES POSENER SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION CORRESPONDANTS: ALLEMAGNE: SIEGFRIED SCHULZE — ANGLETERRE: W. W. WOOD — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: DE KONINCK — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — ESPAGNE: GUITIERRE SOTO — ÉTATS-UNIS: ANDRÉ J. ROBIN — EXTRÊME-ORIENT: HARRY LITVAK — GRÈCE: GEORGES KALYVAS — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — PAYS-BAS: J. P. KLOOS — PORTUGAL: PARDEL MONTEIRO — ROUMANIE: S. BARAS — SUÈDE: VIKING GOERANSSON — SUISSE: H. ZWEIGENTHAL — TCHECOSLOVAQUIE: MAX URBAN ET PIERRE PINSAUD — U. R. S. S.: PROF. ARKINE — YOUGOSLAVIE: L. ILITCH ET S. PLANITCH Mme M. E. CAHEN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL --- DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI» A L'ÉTRANGER: BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE A BRUXELLES. — HONGRIE: BUDAI ALADAR ES TARSA, AGG-TELEKI UTCA, 17, BUDAPEST 8. — ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE EUGEN CARADA, BUCAREST. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BRÉSIL: M. EDMUNDO JOSETTI, CAIXA POSTAL 915, RIO-DE-JANEIRO ET HARRIS, CAIXA POSTAL 2286, RIO-DE-JANEIRO — COLOMBIE: LIBRAIRIE COSMOS, CALLE 14, N° 127, APARTADO 543, BOGOTA 5ème ANNÉE - 4ème SÉRIE - N° 4 - MAI 1934 CONDITIONS D'ABONNEMENT: FRANCE: 120 FR. — ÉTRANGER: 200 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 18 FR. — ÉTRANGER: 25 FR. ABONNEMENT A «CHANTIERS»: FRANCE 50 FR. — ÉTRANGER: 70 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 6 FR. — ÉTRANGER: 8 FR. ABONNEMENTS CUMULÉS A «L'ARCH. D'AUJOURD'HUI» ET A «CHANTIERS»: FRANCE: 150 FR. — ÉTRANGER: 250 FR.
Type d'huisserie en tôle pliée, déformable sous un faible effort. Type d'huisserie métallique en laminé MONTATAIRE des Ensembles DOUZILLE, rigide, indéformable. Tous les Immeubles construits avec solidité et toutes garanties d'étanchéité et de durée sont équipés avec Les Ensembles DOUZILLE Fenêtres, Bâtis et Huisseries métalliques (avec dispositif de réglage breveté S.G.D.G.) Portes caissonnées spéciales brevetées S.G.D.G. bois ou métal La Première Maison française qui a construit en grande série ces types de menuiserie moderne. Verrière d'escalier exécutée en menuiserie métallique dans l'immeuble de la Mutuelle Générale Française (Rond-Point Mirabeau) sous la direction de MM. BASSOMPIERRE. DE RUTTE et SIRVIN, arch. D. P. L. G. Bureau Commercial, Service de Pose et Magasin d'Exposition : 7, rue Sébastien Mercier, PARIS XV° — Tél. Vaug. : 69.00 - 69.01 Siège Social et Usines à Albert (Somme) - Tél. 43
SOMMAIRE 4 EXPOSITION DE 1937, PLAN DE GRANDS TRAVAUX P. VAGO. 5 ÉCOLES A. LAPRADE. 7 ÉCOLES NOUVELLES EN FRANCE J. IMBERT. 8 L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE A. et J. GUILBERT. 14 GROUPE SCOLAIRE À PARIS ROGER EXPERT. 20 GROUPE SCOLAIRE À MONTROUGE TISSEYRE et GENIN. 25 GROUPE SCOLAIRE DE CHALONS-SUR-MARNE E. MAIGROT. 28 GROUPE SCOLAIRE DE BOULOGNE-BILLANCOURT J. DEBAT-PONSAN. 31 GROUPE SCOLAIRE D'ALFORTVILLE G. GAUTIER. 37 GROUPE SCOLAIRE D'ARQUES-LA-BATAILLE G. THURIN. 41 GROUPE SCOLAIRE D'ASNIÈRES CHEVALLIER et LAUNAY. 45 GROUPES SCOLAIRES À CACHAN ET À COMBRES CHOLLET et MATHON. 51 GROUPE SCOLAIRE À PARIS BRANDON et CATELAIN. 53 GROUPE SCOLAIRE ANDRÉ LURÇAT. 54 GROUPE SCOLAIRE À COURBEVOIE FL. NANQUETTE. 56 GROUPE SCOLAIRE À PARIS J. BERRY. 58 INSTITUT TECHNIQUE À LISBONNE PARDAL-MONTEIRO. 61 ÉCOLES EN GRÈCE DES ARCHITECTES KARANTINOS ET MITSAKIS. 75 MOBILIER SCOLAIRE J. P. SABATOU. LES EXPOSITIONS 78 LE SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS J. P. SABATOU. 79 À TRAVERS LES STANDS RENÉ DROUIN. 83 L'ARCHITECTURE AUX SALONS J. P. S. 85 ART GRAPHIQUE. REVUE DES REVUES, INFORMATIONS, ÉTUDES TECHNIQUES.
EXPOSITION DE 1937, PLAN DE GRANDS TRAVAUX Après les vicissitudes que l'on connaît — et surtout que l'on ne connaît pas — l'accord est fait entre l'Etat et la ville de Paris: l'Exposition de 1937 aura donc lieu. D'après les renseignements officiels et officieux, ce premier résultat essentiel est dû aux efforts de M. Lamoureux, Ministre du Commerce, après de longs pourparlers avec les représentants de la ville de Paris, de ses collègues de l'Edu- cation Nationale, des Travaux Publics, des Finances et de la Guerre, et M. Villey, nouveau Préfet de la Seine. Les communiqués n'ont pas mentionné le nom de M. Letrosne, désigné depuis toujours pour le poste d'architecte en chef de l'Exposition; mais une partie du mérite revient certainement à notre confrère, appuyé d'ailleurs par tous les groupements artistiques et professionnels, réunis en plusieurs fédérations et comités d'action créés à cette occasion. Toujours d'après les renseignements que nous possédons à cette heure, le problème, si épineux, de l'emplacement a été résolu de la manière suivante: l'Exposition couvrira une superficie de 28 hectares, et comprendra les berges de la Seine, depuis le pont de l'Alma jusqu'au viaduc de Passy; les ter- rains occupés par le garde-meuble national (qui sera transféré à la Manufacture des Gobelins) et par la Manutention Militaire; la gare du Champ de Mars, le port aux charbons vont également disparaître; la tranchée du chemin de fer des Invalides sera définitivement couverte. Enfin, l'Exposition s'étendra au Quai de Tokio, au Quai d'Orsay et à toute la partie du Champ de Mars avoisinant la Tour Eiffel. Certains travaux survivront à l'Exposition, notamment deux grands musées, qui seront édifiés avenue de Tokio; l'élargissement du Pont de l'Alma, etc. Malheureusement, le Trocadéro sera conservé; il est même question d'investir une somme consi- dérable à des aménagements intérieurs. C'est là, à notre avis, une lourde faute qui, nous l'espérons, pourra être encore évitée. Deux « annexes » sont prévues: l'une, consacrée à l'habita- tion, sera installée boulevard Kellermann, sur un terrain de 3 hectares et demi: le sujet est passionnant, et pourrait cons- tituer la partie culminante de l'Exposition. Une deuxième, celle-là moins intéressante, sera consacrée aux fleurs et à l'horticulture. Pour le financement, on a recouru à ce moyen commode mais discutable qu'est la loterie. La ville de Paris est autori- sée à émettre une loterie de 700 millions, se répartissant sur 3 années. Les billets de cette loterie, qui seront en vente à partir de 1936 — et qui seront émis concurremment à ceux de la Loterie Nationale, érigée, paraît-il, en institution d'Etat — comporteront les avantages habituels: entrées gratuites, facilités de transport, réductions sur les chemins de fer, les attractions et les spectacles de l'Exposition, participation à une tombola, etc. Le bénéfice de cette loterie couvrira la participation financière de la ville à l'Exposition: 285 millions. L'Etat ne ferait qu'un geste symbolique (15 millions), mais garderait la direction générale de l'Exposition. Telles sont, jusqu'à nouvel ordre, les grandes lignes du pro- jet. Mais l'histoire de cette Exposition nous a rendu scepti- ques, et il n'est pas impossible que l'avenir nous réserve en- core des surprises. Nous nous garderons bien d'intervenir dans le débat, qui est mené par de puissants groupes d'intérêt. Les pouvoirs publics savent quelle est l'opinion unanime des mi- lieux artistiques de France: l'Exposition doit se faire, et elle doit être une véritable manifestation d'Art. Mais nous devons insister sur les points principaux du programme que nous avons esquissé, à cette place, il y a un an; c'est-à-dire: que la direction générale de l'Exposition doit être laissée aux Beaux-Arts; qu'à sa tête, il faut un seul chef responsable ayant la mission d'assurer à cette grande manifes- tation le caractère d'unité indispensable; que l'Exposition doit être l'occasion du plus grand nombre possible de travaux d'ur- banisme et d'architecture de caractère définitif, répondant à des besoins réels; que les principales constructions «défi- nitives» doivent être l'objet de concours, ne seraient-ce que de concours limités à l'élite des architectes modernes de France; qu'une large place doit être réservée aux jeunes. Nous insistons sur ces deux derniers points, qui s'appli- quent aussi bien au plan de grands travaux de M. Marquet, Ministre du Travail, et aux travaux (constructions, aménage- ments) que va nécessiter la réalisation du plan de réorgan- sation de la région parisienne, que MM. Dausset et Prost viennent de soumettre à l'approbation de M. Sarraut, Mi- nistre de l'Intérieur. A notre époque où les architectes subissent les effets dé- sastreux d'un chômage sans précédents, les Pouvoirs Publics, l'Etat, les Départements, les Communes ont le devoir de mul- tiplier les concours, de susciter l'éumulation, de stimuler les énergies. Il faut rendre le courage, l'enthousiasme, la confiance et l'espoir à toute une jeunesse découragée, démora- lisée. C'est là un problème moral; c'est tout le problème de l'élite qui se pose. La grande bataille pour la défense du titre d'architecte est gagnée; d'autres tâches, non moins urgentes, vont se présenter à nos sociétés professionnelles: répression des abus, lutte contre les cumuls scandaleux, contre l'accaparement des grands travaux. Enfin, à nos Sociétés, comme aux Pouvoirs Publics, nous rappelons le grand problème (car il en dépend l'avenir de l'art français), le problème des jeunes. Pierre VAGO.
COLLÈGE DE FRANCE Photos Salaün ÉCOLES PAR ALBERT LAPRADE L’Ecole, telle que nous la concevons aujourd’hui, c’est-à-dire cette espèce d’usine où l’on fabrique en série des intellectuels standardisés et brevetés, semble avoir été inconnue de l’Antiquité gréco-latine. Le « ludus » et la « schola », l’école primaire et l’école supérieure ne donnaient lieu à aucune construction imposante. L’Etat songeait bien parfois à offrir quelque coupe de ciguë aux professeurs dangereux mais en principe il n’intervenait pas dans les questions d’enseignement. Tout citoyen avait la liberté d’ouvrir une Ecole. En bordure d’une rue, d’une place, sous une « pergula », un appenti, on tend une toile pour s’isoler des passants et voici la classe. Heureuse époque que celle du « mens sana in corpore sano », où les idées étaient claires, où l’on faisait constamment appel à l’intelligence, à la raison pure, où les enfants n’étaient pas abrutis, comme les nôtres, par des acrobaties mémotechniques, par tous ces problèmes stupides de robinets, de coupons d’étoffe, de stères de bois, ensuite par ces logarithmes, ces cosinus et mille autres connaissances dont, leur vie durant, 98 % d’entre eux ne trouveront jamais la moindre application ! En ces temps où les maîtres étaient peu nombreux, les illettrés étaient rares. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire sur les murs antiques, les innombrables graffiti tracés par les soldats, les hetaires et les gens du peuples. Et cette culture excellente pour la masse produisait des sujets dans le genre de Platon, d’Eschyle, de Sophocle, de Virgile, d’Horace et de quelques autres ! Les locaux scolaires du Moyen-Age avaient certaine analogie avec ceux des Grecs et des Romains. Aucune complication. Dans la rue du Fouare se pressaient en désordre des classes souvent mal aérées et peu hygiéniques. Sur les sols en terre battue, jonchés de paille, les élèves s’accroupissaient autour du magister et le bedeau avait fort à faire pour éviter le dépôt des immondices tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Au XIIIe siècle apparaît « l’Universitas magistrorum et sco-larium », la corporation des maîtres et élèves, groupant la clientèle des Ecoles Notre-Dame, Ste-Geneviève, Saint-Victor, etc... en attendant celle « ad usum laicorum » dont les premières s’installeront sur le Petit-Pont. Entre temps, évêques, riches particuliers fondent des écoles à l’usage de leurs compatriotes, avec bourses pour les étudiants pauvres. De là tous ces collèges de Lisieux, de Beauvais, de Cornouailles, de Reims, de Tonnerre, etc... Durant ce brillant Moyen-Age le savoir devient une passion. En 1250 est fondé un collège par Sorbon, la future Sorbonne, en 1304 le Collège de Navarre par Jeanne de Navarre, en 1377 le Collège de Montaigu, en 1325 le Collège des Ecos-sais. Et puis s’ouvrent ceux des Quatre Nations, de France de Normandie, de Picardie, d’Allemagne où accourent les étudiants de toute l’Europe tels Thomas d’Aquin, Bacon, Dante. Tous ces collèges auront des allures de monastères et ce caractère subsistera jusque vers la fin du XVIIIe siècle, Dans nos provinces françaises très nombreux restent encore ces grands collèges généralement de Jésuites, avec bâtiments austères et riches chapelles. Il y en a encore en usage un peu partout à Saint-Claude, Vesoul, Autun, Poitiers, etc... La construction est généralement soignée, l’architecture correcte, mais l’ambiance demeure volontairement triste. On sent une éducation orientée vers une pieuse discipline. Cela ne correspond guère à nos idées modernes mais enfin nous devons constater l’excellence de cette autre méthode qui forma Corneille, Racine, Molière, Bossuet et quelques cerveaux de choix. Les XVIIe et XVIIIe siècles nous donnent de superbes réalisations: le Collège des 4 Nations, la vieille Sorbonne, St-Cyr et plus tard l’Ecole Militaire sans compter les grands établissements tels que l’Observatoire, les deux Ecoles de Médecine, le vieux Jardin des Plantes, l’Ecole de Droit, le Collège de France, etc... qui furent prétexte à nobles ensembles et à beaux morceaux. On trouve partout cette tenue, cette conscience que nos ancêtres mettaient en toutes choses.
Mais la grande floraison des bâtiments scolaires se produisit au XIXe siècle, siècle de la Science et de l'Architecture rigoureusement adaptée à des problèmes très particuliers. Cet affreux XIXe siècle qui vit l'avènement du primairisme, du mauvais goût généralisé et inconscient eut le mérite de laisser vivre chez nous une petite élite à laquelle l'Etat permit de donner sa mesure. En ce temps-là, le talent assez peu répandu se manifestait dans une brillante phalange formée à l'Ecole des Beaux-Arts et qui eut à résoudre de grands problèmes. Les programmes scolaires devaient prendre en effet une ampleur jusqu'alors inconnue. Pendant cent ans, on construisit, on agrandit de tous côtés. La liste des belles réalisations est considérable: l'Ecole des Beaux-Arts de Duban, les Bibliothèques Ste-Geneviève et Nationale de Labrouste, l'Ecole de Médecine de Ginain, les Lycées de Daumet, le Muséum d'Histoire naturelle d'André, la Sorbonne de Nenot, etc... Non seulement dans tous ces plans se fait sentir la vive influence d'un enseignement artistique très orienté vers l'étude de la composition mais l'architecture elle-même vue sous l'angle plastique est de tout premier ordre. Quand on passe devant la façade de la Bibliothèque Ste-Geneviève de Labrouste, la façade de l'Ecole de Médecine de Ginain, la petite cour du Collège de France, quand on voit certains morceaux à l'intérieur de la galerie de Zoologie d'André, il faut s'incliner devant de vrais chefs-d'œuvre. Le XXe siècle devait avoir ce paradoxe d'une élite inemployée au milieu d'une médiocrité de plus en plus triomphante. Quelques réussites disséminées et charmantes se trouvent noyées au milieu d'une majorité d'erreurs énormes et désolantes, incohérences reflétant d'autres incohérences. Tandis que les bâtiments scolaires se développent à un rythme prodigieux la plupart se trouvent accaparés par des architectes dont le talent est remplacé par la faveur aveugle des princes au pouvoir. C'est le règne de l'agent-voyer, du mètreur, de l'architecte municipal qui est avant tout «du parti» et étudie ses affaires au «Café du Commerce». Cela nous a valu depuis un demi-siècle dans la France entière une infinité de «Palais scolaires» qui resteront la honte de notre temps. Que de petits villages, de grandes et petites villes déshonorées par ces casernes (hélas, solides) construites en briques dans les pays de pierre, en pierre dans le pays de brique, couverte en tuile mécanique dans les pays d'ardoise et inversement ! Ce fut le triomphe de «l'opus incertum», de la meulière, des faïences aux iris, des linteaux bleus, des peintures marron-chocolat ! Rien ne peut donner idée de la bêtise de ces Ecoles, toutes conformes au règlement — règlement rédigé par des gens à binocles et qui ne dit pas un mot de la Beauté, de l'Harmonie, du Goût, du Tact. Pas un mot, en effet, pour recommander l'adaptation à la région, au paysage, aux voisinages. Rien pour créer l'ambiance favorable à l'écllosion d'une belle âme d'enfant. Rien pour rendre attrayantes les premières études, pour que l'école, le travail soient synonymes de Joie. Reprenons espoir. A Paris, en Province on est maintenant «tout étonné et ravi» de découvrir de nouvelles écoles ravissantes. Sont-elles parfaites ? Ne jurons de rien. Il en est un peu des Ecoles comme de tous nos édifices modernes. Ils sont le reflet d'une vérité temporaire. Demain nos successeurs les trouveront absurdes. Toutefois, reconnaissons à notre génération certaines qualités d'intelligence dans la clarté, d'élégance dans la simplicité. Rien que dans le domaine des Ecoles primaires, il suffit de voir pour s'en convaincre celles de Paris par Boileau, Expert, celle d'Alfort par Humel et Dubreuil, celle de Chalons-sur-Marne par Maigrot, celle de Boulogne-sur-Seine par Debat-Ponsan, celle de St-Quentin par Debree, celle de Villejuif par Lurcat, celles de Rabat par Marchisio et vingt autres pour se rendre compte que la France est en train de dépasser l'Allemagne et même la Hollande qui depuis quinze ans avaient fait d'énormes progrès. Gloire soit rendue aux autorités municipales courageuses qui surent rompre avec la routine, discerner les bons architectes d'entre les mauvais! Puisse leur exemple être suivi, pour améliorer le prestige menacé de nos villes françaises! BIBLIOTHÈQUE DE SAINTE-GENEVIÈVE (LABROUSTE, ARCHITECTE) Photos Salaün
ÉCOLES NOUVELLES EN FRANCE ARCHITECTURE En examinant la documentation si riche sur les écoles et groupes scolaires en France que la revue soumet à l'appréciation des lecteurs, étudions les bases constructives qui ont guidé les architectes dans la conception plastique de ces bâtiments et essayons de dégager dans cette variété apparente les quelques principes fondamentaux qui ont présidé à leur réalisation. La construction nervurée d'abord. Le grand ordre montant de fond a été appliqué dans le bâtiment de l'Ecole Normale Supérieure, tous les autres exemples font voir les points d'appui coupés par les bandeaux des étages plus ou moins importants. Lequel de ces principes paraît réaliser davantage le caractère d'une construction de ce genre? Il nous semble qu'un grand ordre réunissant plusieurs étages insiste sur l'idée générale du bâtiment en enlevant de l'importance aux étages, lesquels, dans ce cas, sont supposés avoir une distribution plus ou moins identique et sans grand intérêt; au contraire, les coupures horizontales mettent en valeur l'élément de l'étage, sa distribution particulière et par conséquent son indépendance. Dans le bâtiment de l'Ecole Normale le principe du grand ordre n'a pas été conservé dans toute sa pureté: dans les façades sur jardin les piles des portiques extérieurs des parties en saillie montent de fond tandis que les points similaires dans les angles rentrants sont coupés à chaque étage par les allèges-linteaux. Un très bel exemple de construction nervurée se trouve dans la partie centrale et une aile de l'Ecole à Cachan. Les colonnes du préau couvert, la poutraison du plafond, les linteaux et les piles de l'étage parlent un langage précis et clair. Nous nous demandons si la distribution des pièces au premier est une raison suffisante pour doubler le rythme à un moment donné. L'angle gauche du bâtiment, plein de noblesse, contraste singulièrement avec la cage de l'escalier traitée en double encadrement sans point d'appui sur l'angle: nous considérons le principe de l'encadrement comme étant d'une signification inférieure à celle d'un ordre. Parmi les exemples publiés nous relevons un certain nombre qui emploie un système intermédiaire entre la construction ossaturée ou nervurée et celle des murs portants — c'est le principe des trumeaux et allèges portants. Ce mode de construction bénéficie des avantages d'une certaine économie car les trumeaux et allèges peuvent comporter une seule épaisseur de poutre. Au point de vue plastique, ces éléments dérivés des piles et linteaux ayant des sections gonflées et variables perdent en expression. Les bâtiments de l'Ecole rue Kuss sont caractérisés par les trumeaux et allèges en béton armé apparent. La configuration du terrain a nécessité la création des cours aux niveaux différents. De ce fait, le préau de la maternelle, le service médical, douches, réfectoire et cuisine, de plain-pied avec la cour de l'école maternelle, sont situés en contrebas des cours de récréation. Les murs de soutènement sont réalisés par des voûtes verticales en béton armé doublées d'une cloison (en briques probablement), ce qui paraît d'une sage précaution. Pourquoi ces doublures, loin de présenter un luxe superflu ou un élément décoratif, ont-elles été oubliées dans le préau de la maternelle? La construction du groupe d'Asnières est la même avec les particularités suivantes: La section des trumeaux se rapproche sensiblement de celle d'une pile; la sous-face des poutres avance en tablette, sur laquelle est posé un parement de brique; cette brique continue au-dessus de la poutre en allège, jusqu'à une dalle qui la couvre en reliant les poteaux. L'effet obtenu est assez plaisant quoique un peu voulu. Il est à noter que la brique forme sur la tablette inférieure de chaque bandeau un carré, ce qui se lit grâce à une exécution particulièrement soignée. Le même système a été employé dans les bâtiments du groupe scolaire de Montrouge dans les façades des classes sur rue. Les façades sur cour ont subi la modification suivante: le rythme des éléments portants est doublé, les piles sont posées en bataille et la saillie de la dalle inférieure est si importante que les allèges en briques passent en avant des points d'appui. Ces façades n'ont pas la même échelle que les autres parties du même bâtiment. Le groupe scolaire de l'avenue du Parc des Princes exprime le même principe avec moins de clarté, les piles en béton armé étant revêtues de briques. La construction nervurée et le mur portant voisinent dans les bâtiments de l'Ecole Municipale à Châlons-sur-Marne. Ces deux éléments se complètent parfois d'une façon assez logique quoique inattendue, exemple: les préaux couverts avec dortoirs au-dessus. José IMBERT.
L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE, PARIS Photo Janits A. ET J. GUILBERT, ARCHITECTES
NOUVEAUX BATIMENTS DE L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE A. ET J. GUILBERT, ARCHITECTES FAÇADE PRINCIPALE SUR VOIE NOUVELLE ET FACADE SUR JARDIN Photos Janitz

Ce numéro de "L'Architecture d'Aujourd'hui" se concentre sur le thème des "Nouvelles Écoles", présentant une variété de projets architecturaux éducatifs en France et à l'étranger. Il aborde également des sujets tels que l'Exposition de 1937 et les grands travaux associés, ainsi que des articles sur le mobilier scolaire et les expositions artistiques.