Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 7 ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION

Page 2

$\mathcal{W} 317a$ POUR L'EMBELLISSEMENT DE LA MAISON Véritable produit de beauté du home, la peinture SILIMAT, création récente des Ets L. VAN MALDEREN, réunit toutes les qualités pratiques de la laque et celles si décoratives de la peinture mate. Offrant pour la décoration intérieure les ressources infinies de sa gamme prestigieuse de coloris, SILIMAT est l’auxiliaire indispensable de la décoration murale moderne. Le SILIMAT est d’un emploi idéal et très économique : il s’allonge tout simplement à l’eau et son pouvoir couvrant est inégalable. S’appliquant sur tous les matériaux, le SILIMAT est totalement ignifuge et d’une résistance épreuvée. Mais, documentez-vous donc sans tarder sur la peinture SILIMAT DURE À L’USURE, DOUCE AU TOUCHER en demandant aux Ets L. VAN MALDEREN, 6, Cité Malesherbes, Paris (9e), leur dépliant SILIMAT, illustré en couleurs ENVOI FRANCO. Silimat DURE A L’USURE — DOUCE AU TOUCHER ÉTABLISSEMENTS L.VAN MALDEREN_ 6, CITÉ MALESHERBES _ PARIS

Page 3

Le Verre-Mural est une nappe souple de verre, pouvant être décorée de multiples façons. C'est un matériau non seulement décoratif, comme le montre la photographie du verso de cette feuille, mais encore d'une grande utilité pour l'architecte dans les revêtements des salles de bains, des hôpitaux ; pour les façades de magasins, les couloirs, et tout spécialement les colonnes, grâce à sa grande souplesse. RENSEIGNEMENTS ET ÉCHANTILLONS VERRE-MURAL DÉSAGNAT 54, RUE D'ANJOU - PARIS (8°) TÉLÉPHONE : ANJOU 88-40

Page 4

NICHE DE BOUDOIR ET COIFFEUSE REVÊTUES DE VERRE MURAL DÉSAGNAT Albert Guénot, Décorateur - Paris

Page 5

L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) — TÉLÉPHONE: MOLITOR 19-90 et 19-91 COMITÉ DE PATRONAGE: MM. POL ABRAHAM, ALF. AGACHE, L. BAZIN, EUGÈNE BEAUDOUIN, LOUIS BOILEAU, DJO BOURGEOIS, VICTOR BOURGEOIS, URBAIN CASSAN, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JEAN DEMARET, ADOLPHE DERVAUX, JEAN DESBOUS, ANDRÉ DUBREUIL, W. M. DUDOK, FÉlix DUMAIL, ROGER EXPERT, LOUIS FAURE-DUJARRIC, RAYMOND FISCHER, TONY GARNIER, JEAN GINSBERG, HECTOR GUIMARD, MARCEL HENNEQUET, ROGER HUMMEL, FRANCIS JOURDAIN, ALBERT LAPRADE, FRANÇOIS LE COEUR, H. LE MÊME, MARCEL LODS, BERTHOLD LUBETKIN, ANDRÉ LURCAT, ROB. MALLET-STEVENS, LOUIS MADELINE, J. B. MATHON, J. C. MOREUX, HENRI PACON, PIERRE PATOUT, AUGUSTE PERRET, G. H. PINGUSSON, HENRI PROST, MICHEL ROUX-SPITZ, HENRI SELLIER, CHARLES SICLIS, PAUL SIRVIN, MARCEL TEMPORAL, JOSEPH VAGO, ANDRÉ VENTRE ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR COMITÉ DE RÉDACTION PIERRE VAGO, RÉDACTEUR EN CHEF HISTORIQUE: ALBERT LAPRADE URBANISME: EUGÈNE BEAUDOUIN ARCHITECTURE: JOSÉ IMBERT TECHNIQUE: G. H. PINGUSSON INTÉRIEURS: J. P. SABATOU EXPOSITIONS: RENÉ DROUIN CHANTIERS: ANDRÉ HERMANT JULES POSENER SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION CORRESPONDANTS: ALLEMAGNE: JUERGEN SCHWEIZER — ANGLETERRE: W. W. WOOD — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: DE KONINCK — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — DANEMARK: G. HANSEN — ESPAGNE: GUITIERREZ SOTO — ÉTATS-UNIS: DEXTER MORAND — EXTRÊME-ORIENT: HARRY LITVAK — GRÈCE: GEORGES KALYVAS — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — JAPON: BRUNO TAUT — PALESTINE: J. BARKAI — PAYS-BAS: J. P. KLOOS — PORTUGAL: PARDEL MONTEIRO — ROUMANIE: S. BARAS — SUÈDE: VIKING GOERANSSON ET GUNNOR SJODIN — SUISSE: H. ZWEIGENTHAL — TCHÉCOSLOVAQUIE: MAX URBAN ET PIERRE PINSAID — U. R. S. S.: PROF. ARKINE — YOUGOSLAVIE: L. ILITCH ET S. PLANITCH Mme M. E. CAHEN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL --- DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI» A L'ÉTRANGER: BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE À BRUXELLES. — HONGRIE: BUDAI ALADAR ES TARSA, AGG. TELEKI UTCA, 17, BUDAPEST 8. — ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE EUGEN CARADA, BUCAREST. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BRÉSIL: M. EDMUNDO JOSETTI, CAIXA POSTAL 915, RIO-DE-JANEIRO ET HARRIS, CAIXA POSTAL 2286, RIO-DE-JANEIRO — COLOMBIE: LIBRAIRIE COSMOS, CALLE 14, N° 127, APARTADO 543, BOGOTA 5ème ANNÉE - 4ème SÉRIE - N° 7 - SEPTEMBRE 1934 CONDITIONS D'ABONNEMENT: FRANCE: 120 FR. — ÉTRANGER: 200 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 18 FR. — ÉTRANGER: 25 FR. ABONNEMENT A «CHANTIERS»: FRANCE: 50 FR. — ÉTRANGER: 70 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 6 FR. — ÉTRANGER: 8 FR. ABONNEMENTS CUMULÉS A «L'ARCH. D'AUJOURD'HUI» ET A «CHANTIERS»: FRANCE: 150 FR. — ÉTRANGER: 250 FR.

Page 6

UN APPARTEMENT RÉALISÉ AVEC NOS HUISSERIES MÉTALLIQUES ET NOS PORTES-CAISSONS FENÊTRES, BÂTIS, HUISSERIES MÉTALLIQUES PORTES CAISSONNÉES SPÉCIALES BtE S.G.D.G. DEMANDEZ-NOUS NOS STANDARDS L. DOUZILLE ING.A.M 7, RUE SÉBASTIEN-MERCIER - PARIS XVᵉ - VAUG. 69-00.69-01 SIÈGE SOCIAL ET USINES À ALBERT (SOMME) - TELEPHONE : 43 A ALBERT FUB.: ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI

Page 7

SOMMAIRE 4 EN RELISANT LES VIEUX AUTEURS: PHILIBERT DE L'ORME ALBERT LAPRADE 6 LE NOUVEAU VILLEURBANNE G. H. PINGUSSON 16 SABAUDIA PIERRE VAGO 31 IMMEUBLE D'ANGLE A PARIS JACQUES BONNIER, ARCHITECTE 34 IMMEUBLE A AUTEUIL BASSOMPIERRE, DE RUTTÉ, SIRVIN, ARCHITECTES 36 UN IMMEUBLE DE LUXE A PARIS EDOUARD MALOT, ARCHITECTE 38 GROUPE D'IMMEUBLES A MONTROUGE HENRY DENIS, ARCHITECTE 40 LES LABORATOIRES DU SERVICE DU NIVELLEMENT ROGER EXPERT, ARCHITECTE 41 IMMEUBLE ET APPARTEMENT A BOULOGNE ARCH.: LE CORBUSIER ET J. P. SABATOU 52 CINÉMA MARBEUF A PARIS ARCHITECTE: M. TAVERNEY 54 THÉÂTRE A MOSCOU ARCHITECTES: VESNINE FRÈRES ET J. KORNFELD 56 CINÉMA A SHANGAI ARCHITECTE: L. E. HUDEC 59 BASSIN DES PINGOUINS AU ZOO DE LONDRES ARCH.: LUBETKIN, DRAKE ET « TECTON » 62 L'ESTHÉTIQUE DE LA RUE J. P. SABATOU 79 EXPOSITIONS. 81 CONCOURS DE L'HOTEL DE VILLE D'ALGER. ARGUS — INFORMATIONS — TRIBUNE LIBRE — BIBLIOGRAPHIE

Page 8

En relisant les vieux Auteurs PHILIBERT DE L'ORME Ouvrons maintenant un autre grand livre, celui-là purement français, le « Philibert de l'Orme » (1567). Philibert de l'Orme était ce que nous appellerions aujourd'hui un « grand monsieur », de haute culture, très mêlé à l'élite intellectuelle et mondaine de ce brillant XVIème siècle. Il faisait partie du clan des « modernistes » agités, orgueilleux, combattifs, comme le sont heureusement les « modernistes » de tous les temps. On trouve à chaque page le souverain mépris pour les « vieilles barbes » et la superbe confiance en soi. Fort du snobisme de la Cour pour les idées nouvelles, le Novateur parle avec autorité et adresse. S'il fallait chercher une référence pour montrer aux jeunes architectes la nécessité d'une large culture générale, l'exemple du créateur d'Anet serait tout indiqué. Combien curieuse et instructive est la lecture du « Traité d'Architecture ». Dans l'édition de 1567 le maître Philibert de l'Orme, « lyonnais, « aumosnier du Roy, et abbé de S. Eloi lez Noyon et S. Serge « lez Angiers et naguère d'Ivry » débute par une adresse: « A tres vertueuse et tres illustre Dame Madame « Catherine, Royne de France, « Mere du Roy tres chrestien Charles « IX de ce nom » L'orgueil des « Grands » est sans limites et Philibert de l'Orme, maître psychologue, le sait. De suite il se place sur le bon terrain. Lui n'est qu'un ignorant, un élève respectueux et reconnaissant. C'est sa cliente évidemment qui lui a appris l'Architecture, qui a fait les plans du Louvre, qui a tout inventé, tout dirigé. Son modeste rôle d'architecte a été de s'occuper de la mise au point, de la petite « cuisine matérielle ». Voici d'ailleurs le premier et large coup d'encensoir: « Madame, je voy de jour en jour l'accroissement du gran- dissime plaisir que votre majesté prend à l'Architecture, & comme de plus en plus votre bon esprit s'y manifeste et « reluit, quand vous-mesme prenez la peine de protraire et « esquicher les bastiments qu'il vous plaît commander estre « faicts, sans y omettre les mesures des longueurs et largeurs, « avec le departiment des logis, qui véritablement ne sont « vulgaires & petits, ains fort excellents & plus que admira- bles: comme entre plusieurs est celuy du Palays que vous « faictes bastir de neuf à Paris près de la porte neuve, & le « Louvre maison du Roy. Lequel Palays je conduis, de vostre « grace, suivant les dispositions, mesures, & commandements « qu'il vous plaist m'en faire. Ceux qui admirent en vous un « tant sublime & divin esprit, comme aussi une infinité de « belles vertus heroiques, graces incomparables, & inven- tions tres admirables, ne les doivent trouver estranges ». Il évoque alors toute la gloire des Médicis, grands protecteurs des Lettres et des Arts et il termine en louant fort sa nouvelle cliente (après la charmante Diane) d'avoir, comme on dit vulgairement, « une pierre dans le ventre ». Certains arguments sembleraient d'actualité en nos temps de crise: « Vous oyez, Madame, les excellentes vertus & memorables « bienfaits de voz prédécesseurs & ancestres, desquels vous « vous declairez estre vraye & legitime héritière, quand vous « entretenez & avancez vertueux & doctes, & aymez l'Archi- tecture, en faisant bastir de tant magnifiques & sumptueux « edifices, au grand prout, utilité & emolument du bien pu- blique. Car, je vous prie, quel plus grand bien peut on trou- ver, ou quelle charité & pitie plus grande peut on exercer, « que de faire en bastissant gaigner une myriade de pauvres « gents, qui autrement iroient mendier leur pain? Quel prou- fit peut estre plus grand en un Royaume, une province ou « ville, que d'employer faire travailler & occuper une infi- nité d'hommes, femmes & jeunes gents, qui autrement se- roient vagabonds, faineants, & peut etre larrons & voleurs « au grand detriment, je ne diray des villes & villages, mais « de tout un pais. Ce trouve-t-il chose ou l'on face conti- nuuellement et longuement plus de frais en diverses sortes « de matières, qu'en bastissant? » Nécessité d'un programme de grands travaux, d'un nème « train d'outillage national », sinon chômage et spectre du communisme! Comme tout cela est d'aujourd'hui! En terminant Philibert de l'Orme précise que ce traité a été réalisé « non sans grand travail d'esprit, et excessive « despense pour la taille des planches, et impression du « livre. De sorte que je y ay employé tout ce que j'avois pu amasser jusques icy ». Tant il est vrai que les écrits d'Architecture n'ont jamais enrichi personne. La deuxième édition du 30 septembre 1571 comprenant: « Inventions pour bien batir et à petits frais » comporte une adresse au Roy (Charles IX) rédigée dans la manière du parfait courisan. Il s'y trouve les louanges vouless à la Royne « une mère en laquelle reluit la sagesse d'Hesther, la magna- nimité de Judith et la prudence de cette tant bonne et tant « renommée mère de Louys... » Quant au roy on lui souhaite: « la sagesse de Salomon, la « magnanimité de Charlemagne, la dextérité de César, la « force de Sanson, le scavoir de Platon, l'éloquence de Cicé- ron, la prudence d'Aaron, la constance de Socrates, la fé- licité d'Auguste... » Si Charles IX ne fut pas satisfait! Après avoir rappelé que « tout bien, scavar et graces procédent de Dieu » il signale (rien décidément de nouveau en France) qu'« il y a aujourd'hui peu de vrais architectes », complets, idoines en théorie et en pratique. « L'architecture n'est autre chose, ainsi qu'escrit nostre « Vitruve, qu'une science, ou art accompagné & orné de « plusieurs disciplines & diverses eruditions. De là il nous fault « indubitablement penser, qu'il y a aujourd'hui peu de vrais « Architectes, & que plusieurs qui s'en attribuent le nom, « doibvent plustost estre appelez maistres maçons, qu'au- trement. Car les uns se sont seulement voulus exercer aux « œuvres manuelles, sans se soucier de la cognoissance des « lettres et disciplines, qui a esté cause qu'ils n'ont tant sceu « faire par leurs labours, qu'ils ayant acquis grande reputa- tion. Les autres tout au contraire se sont arrestez aux let- « tres seules, & demonstrations Geometriques, sans les appli- quer à l'œuvre, qui a fait que seulement ils ont suivi l'um- bre de ce beau corps d'Architecture sans aucunement par- venir à la vraye cognoissance & usage de l'art, ainsi que « Vitruve a fort bien discouru au commencement de son œu- vre. Ceux qui ont voulu conioindre & accoupler l'un avec « l'autre, c'est-à-dire les lettres et disciplines aveceques l'usage « et pratique de l'art, ou, si vous voulez, la theorique avec- ques ladicte pratique, ceux-là, dis-je, comme gens bien « garnis de toutes sortes d'armes et equipage, sont inconti- nent parvenus à grande reputation & au bout de leur at- tente. Ledit Vitruve desire que l'Architecte soit Rhetori- cien, Philosophie, Arithmeticien, Geometricien, Astrologue, « Musicien, Peintre, Jurisconsulte, & Medecin ». Jurisconsulte et Medecin cela semble excessif à Philibert de l'Orme mais pour le reste il faut obéir au maître antique « quoi que ce soit, je louéray l'Architecte estant accompagné « des susdictes disciplines, & arts qui luy ont esté proposez « par Vitruve. Car lors indubitablement il fera et inventera « des œuvres et ouvrages qui surpasseront l'artifice & engin

Page 9

« des hommes, avecques une grande reputation de son hon- neur & contentement de tous. Mais il se doit contenter d'en savoir autant qu'il luy en fault, pour autant qu'il luy con- vient apprendre plusieurs autres choses necessaires à son art, comme la conduite & invention des machines, scavour bien commander aux hommes qui sont soubs luy (qui n'est peu de chose) trouver une infinité de sortes d'engins, en- tendre l'usage et l'art de toutes façons d'œufs, afin de prendre garde si les ouvriers sont bien ou mal, scavour la pratique & artice de fortifier villes, chasteaux, & autres places de defense, conduire rivières ou les retrancher, mons- ftrer la manière de couper bois pour les charpenteries, tail- ler pierres pour la maçonnerie, & ordonner une infinité de choses qui gisent en grandes experiences, & s'apprennent avec longueur de temps. Ausqueles si l'homme n'est bien nay, & apte à les comprendre, comme aussi à directement commander, jamais il n'en recevra honneur. Je diray har- diment que celuy qui cait dextrement commander, & promptement ordonner ce qui est requis, monstre par cer- tain & évident signe qu'il entend tres bien son estat. Mais « s'il y songe & y va comme un aveugle tatonnant avecves longueur de temps à se resoudre, outre ce qu'il est en dan- ger de faire plusieurs fautes, il sera cause que la despense de l'œuvre en sera beaucoup plus grande. Bref l'Architec- ture est un art & science tres admirable... » L'architecture repose sur sept connaissances, étonnante coincidence avec le nombre 7 des planètes du ciel. « Il ne faut trouver ce propos estrange, touchant les sept choses necessaires pour la construction & conservation d'un corps de logis, veu que ce grand Architecte de l'Univers, « Dieu tout nous, le nous a figuré & montré quand il a créé les sept estoilles errantes appellées Planettes ». Le Ciel, comme un Royaume, comme une maison forme un tout. « Si l'agriculture, signifiee et favorisée par Saturne, luy default, comment, je vous prie, y pourront vivre les sub- jects du Roy, & lui payer tributs avecves les tailles et de- voirs en quoi ils sont tenus? Derechef, à quoy s'occuperont les rustiques & gens de labeur sans agriculture? Si un Royaume est sans religion & justice, signifiez par Jupiter, comme y pourront regner les Roys, ou bien quel sera l'estat dudit Royaume, sinon un brigandage & volerie? ainsi qu'escrit Saint Augustin. Ostez la gendarmerie & les for- ces d'un Royaume, signifiez par Mars, en quelle assurance sera le Roy de ses subjectz ou de ses ennemis, comme aussi tout son Royaume? Si un Roy est sans amour, signifié & conservé par Venus, & sans aucune amitié, laquelle il doit à ses subjectz, & reciproquement les subjectz à luy, que fera son royaume entre chose que crainte & tyrannie, com- me fut l'empire de Neron? S'il n'y a amour mutuelle entre le mary & la femme, le seigneur & le vassal, le maistre et le serviteur, le Roy et son peuple, quelle fidélité trouvezrez- vous en l'estat de tel Royaume? Derechef, si les lettres, la marchandises & traffique, signifiez par Mercure, ne s'exer- cent en un Royaume, quelz y feront les habitants & sub- jectz du Roy, sinon rudes asniens & brutaux, sans aucune hu- manité & discipline, sans société & alliance avecves les nations voisines & estrangeres, qui communiquent & se vi- sitent par trafiques de marchandise & commerces. le tout au profit du Royaume & honneur du Roy? S'il n'y a en un Royaume multitude d'artisans & mechaniques signifiez par la Lune, à quoy s'occupera ou comment y vivra le menu peuble? S'il n'y a aussi multitude de gens representée & auctorisee de la Lune, quelz subjectz ou vassaux y pourra avoir le Roy, ou de qui se pourra il dire Roy? certes de bien peu de gens, ou de nuls. Reste la septisme partie & co- lomme de l'establissement & confirmation d'un Royaume & maison Royale, scavour est, honneur & majesté, qui doib- vent estre conducts & accompagnez de quatre vertus car- dinales, ainsi que le Soleil de ses quatre triumphant che- vaux. Lequel estant au milieu des planettes, nous represente & figure un Roy qui doit estre logé au milieu de son « Royaume, & entre ses subjectz, à fin de les voir tour à l'en- tour de soy, comme les laboureurs Saturniens, les justiciers et ecclesiastiques louiaux, les gens d'armes Martiaux, les gens de lettres & de marchandise Mercuriaux, & le menu peuple Lunaire: estant le tout gouverné & modéré avecves une douceur & amour Venerique, c'est-à-dire chaste, hon- neste & vertueuse [car les anciens ont fait une Venus pudi- que, & une autre impudique] associée de faveur, libéralité, justice piété, & mansuétude. Vous voiez par ce peu de dis- cours, comme les maisons & citez [qui equipollent à un petit Royaume], ou, si vous voulez, le corps de l'estat oeconomici- que, & politique, est composé de plusieurs membres & par- ties, ainsi que le corps céleste & humain; mais en telle sorte, telle alliance, ligature, harmonie & mesure, que l'une no peut rien sans l'ayde, confederation & concurrence de l'autre ». La digression est un peu longue mais savoureuse. Après une autre digression sur l'harmonie, sur les sept cor- des de la lyre nécessaires pour rendre « une parfaite harmonie et gracieux accord et consonance, appeler des Grecs sym- phonie », il insiste sur la question d'harmonie: « C'est ce que nous prétendions montrer, scavoir est que de plusieurs choses bien proportionnées & proprement dis- posées il s'en fait une parfaite, ainsi que nous avons exemplifié des sept matières & parties qui font un beau corps de logis, quand elles sont bien appropriées, conjoinc- tes & ordonnées. Semblablement des sept arts & discipli- nes qui rendent l'Architecture parfaite, & l'Architecte ad- mirable. Mais hélas! peu d'Architectes reçoivent tant de araces & faveurs de Dieu, de les pouvoir cognositre et en- tendre, ainsi qu'il luy plait ouvrir les sens & l'intelligence à un chacun pour luy donner cognosience de ses œuvres, & des proportionnées mesures. je ne diray d'Architecture, mais aussi de toutes autres choses, lesquelles luy memes a ordonnées à la première creation, sous certaines mesu- res, pois & nombre, ainsi que plus à plein nous le deduiron « que jour (Dieu aydant) en nostre Tome & œuvre des Divines proportions: ou nous conseillerons à un chacun de vouloir imiter les mesures & proportions lesquelles nous appelons divines pour bonnes et justes causes, & par con- sequent dignes d'estre plustost ensuivies, que celles qui ont été escrites, inventées & factices par les hommes, tant aux edifices antiques que modernes, ainsi qu'on les voit encore en divers lieux. Car Dieu est le seul, le grand, & l'admirable Architecte, qui a ordonné & créé de sa seule parole toute la machine du monde tant celeste que ele- mentaire & terrestre, avecves un si grand ordre, une si grande mesure, & si admirables proportions, que l'esprit humain sans son ayde & inspiration ne les peut comprendre, & signamment l'architecture & fabrique du corps humain, ie ne diray en la composition & coagmentation de ses par- ties spirituelles, humides & solides [ainsi que les contemplent les medecins] mais bien en la grande harmonie & plusque admirable proportion & symmetrie qui est entre tous les membres et parties tant interieurs que exterieures d'icely. Laquelle contemplent ou doivent contempler & scavour les doctes et experts Architectes, à fin de l'accommoder aux bastiments qu'ils entreprennent avecves une divine excel- lence ». Et l'épitre se termine par des craintes: « Je scav combien sont malicieux les jours présents, & les oreilles de plusieurs chatouilleuses, comme aussi les juge- ments corrompus & depravez: de sorte qu'ils estiment, le plus souvent, un doux miel estre un tres amer fiel. Les bons & sages scauront le tout fort bien et sagement interpreter, & en faire leur profit, moyennant la grace de Dieu: lequel ie supplie très humblement, benevoles Lecteurs, vous vou- loir maintenir en bonne & entière santé, tout le temps de votre vie ». Au seizième siècle, comme de nos jours, régnait sans doute une aimable férocité dans le monde des Arts! Albert LAPRADE.

Page 10

LE NOUVEAU VILLEURBANNE Photo Sylvestre

Page 11

...DEPUIS 80 ANS, LA POPULATION DE VILLEURBANNE DOUBLE TOUS LES 20 ANS 6000 habitants --- 30.000 habitants --- 60.000 habitants --- 82.038 habitants --- 1851 --- 1901 --- 1926 --- 1931 --- LE NOUVEAU VILLEURBANNE Après tant de dissertations sur l'urbanisme et de projets enfouis sans retour dans les cartons administratifs, après tant d'œuvres fragmentaires ou médiocres, on ne peut se défendre d'un profond mouvement de sympathie devant les réalisations du nouveau centre de VILLEURBANNE, œuvre d'envergure où passe le souffle si rare de la grandeur. Une seule œuvre, par une seule volonté, à la taille des nécessités sociales de l'époque. On éprouve un sentiment bienfaisant d'ordre, de méthode, devant le rythme élémentaire soutenu d'un bout à l'autre de la composition, d'un plan clair, lisible dès le premier regard et exprimé fort heureusement. Il y a là une très grande œuvre accomplie qui peut sans doute servir d'exemple à de nombreuses municipalités. Par réaction contre les initiatives individuelles divergentes, désordonnées, incohérentes, amenant chaos et confusion, voici un essai audacieusement tenté d'un programme d'ensemble coordonné. Tout d'abord, quelques données pour permettre à nos lecteurs de situer le problème dans son cadre: La commune de VILLEURBANNE, d'une superficie de 1.537 hectares, est limitée au nord sur 2 kilomètres par le Rhône qui la sépare des communes de Caluire et Cuire, à l'est par celle de Vaux-en-Velin, au sud par celle de Bron. A l'ouest Villeurbanne confine à la ville de Lyon dont elle constitue le faubourg immédiat et la zone d'extension industrielle. Cette ville, créée par le mouvement industriel qui s'est développé au cours du XIXe siècle, a vu sa population doubler tous les 20 ans suivant une courbe régulière; ne comptant que 430 maisons en 1810, sa population se chiffrait en 1931 à 82.038 habitants. Cette progression extrêmement rapide, causée par les nécessités d'équipement industriel, a entraîné une croissance hâtive, sans ordre, sans plan parce que laissée sans SYNDICAT INTERCOMMUNAL DES EAUX COMMUNES ADHÉRENTES NOTA La Ville de Lyon ayant un service propre de distribution ne fait pas partie du groupement. LÉGENDE Réservoirs Villes PLANS DE SITUATION