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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 10 ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION
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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 10 ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION
Anciens Établissements Clémançon 23, Rue Lamartine - Paris - Trudaïne 86-40 (3 lignes gr.) L'Électricité au Théâtre et au Cinéma Cinéma Raspail 216 - Paris --- B. Elkouken, Architecte-Décorateur
L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI REVUE MENSUELLE - 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) - MOLITOR 19-90, 19-91 --- COMITÉ DE PATRONAGE: MM. POL ABRAHAM, ALF. AGACHE, L. BAZIN, EUGÈNE BEAUDOUIN, LOUIS BOILEAU, DJO BOURGEOIS, VICTOR BOURGEOIS, URBAIN CASSAN, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JEAN DEMARET, ADOLPHE DERVAUX, JEAN DESBOUS, ANDRÉ DUBREUIL, W. M. DUDOK, FÉLIX DUMAIL, ROGER EXPERT, LOUIS FAURE-DUJARRIC, RAYMOND FISCHER, TONY GARNIER, JEAN GINSBERG, HECTOR GUIMARD, MARCEL HENNEQUET, ROGER HUMMEL, FRANCIS JOURDAIN, ALBERT LAPRADE, H. LE MÊME, MARCEL LODS, BERTHOLD LUBETKIN, ANDRÉ LURCAT, ROB. MALLET-SIEVENS, LOUIS MADELINE, J. B. MATHON, J. C. MOREUX, HENRI PACON, PIERRE PATOUT, AUGUSTE PERRET, G. H. PINGUSSON, HENRI PROST, MICHEL ROUX-SPITZ, HENRI SELLIER, CHARLES SICLIS, PAUL SIRVIN, MARCEL TEMPORAL, JOSEPH VAGO, ANDRÉ VENTRE, VETTER --- ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR COMITÉ DE RÉDACTION PIERRE VAGO, RÉDACTEUR EN CHEF HISTORIQUE: ALBERT LAPRADE URBANISME: EUGÈNE BEAUDOUIN ARCHITECTURE: JOSÉ IMBERT TECHNIQUE: G. H. PINGUSSON INTÉRIEURS: J. P. SABATOU EXPOSITIONS: RENÉ DROUIN CHANTIERS: ANDRÉ HERMANT JULES POSENTER, SEC. DE RÉDACTION Mme M. E. CAHEN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL --- CORRESPONDANTS: ALLEMAGNE: JUERGEN SCHWEIZER — ANGLETERRE: E. GOLDFINGER — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: DE KONINCK — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — DANEMARK: HANJEN — ESPAGNE: GUITIERREZ SO-TO — ÉTATS-UNIS: DEXTER MORAND — EXTRÊME-ORIENT: HARRY LITVAK — GRÈCE: GEORGES KALYAVS — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — JAPON: BRUNO TAUT — PALESTINE: J. BARKAI — PAYS-BAS: J. P. KLOOS — PORTUGAL: PARDEL MONTEIRO — ROUMANIE: G. CANTACUZENE — SUÈDE: VIKING GOERANSSON — SUISSE: H. ZWEGEN-THAL — TCHÉCOSLOVAQUIE: JEAN SOKOL — U. R. S. S.: PROF. ARKINE — YOUGOSLAVIE: S. PLANITCH --- DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI» A L'ÉTRANGER BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE À BRUXELLES. — ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE EU-GEN CARADA, BUCAREST. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BRÉSIL: PUBLICACOES INTERNACIONAES, AVENIDA RIO BRANCO, 117, RIO-DE-JANEIRO. — COLOMBIE: LIBR. COSMOS, CALLE 14, N° 127, APARTADO 543, BOGOTA --- 5ème ANNÉE - 4ème SÉRIE - N° IO - DÉCEMBRE 1934 - JANVIER 1935 TARIF DES ABONNEMENTS: FRANCE ET COLONIES: UN AN (DOUZE NUMÉROS) 150 FR. PAYS ÉTRANGERS A 1/2 TARIF POSTAL: UN AN: 230 FR. — PAYS ÉTRANGERS A PLEIN TARIF POSTAL 250 FR. PRIX DU NUMERO : FRANCE ET COLONIES: 18 frs ETRANGER (DEMI-TARIF POST.) 23 fr. - (PLEIN TARIF) 25 frs
A LA FOIS REVÊTEMENT ET ÉLÉMENT DE CONSTRUCTION ... Le SANILAP est fabriqué selon la technique réputée du LAP : surface cristalline, dureté et inaltérabilité identiques. Le SANILAP est cependant un matériau nouveau, du fait qu'il peut former à la fois revêtement et élément de construction. D'aspect plus beau que les autres revêtements sanitaires, le SANILAP est nettement plus économique. Applications : - Parois et Cloisons - Revêtements à simple ou double face, en éléments de hauteur d'étage ou dalles 40 x 60 - Carreaux de revêtement - Cabines de douches - W.-C. - Sièges à la turque - Urinoirs - Égouttoirs - Encadrements de baignoires, etc... Déjà de belles références : 40.000 m² de SANILAP ont été fabriqués et posés en 1933. Demandez-nous documentation complète. LE SANILAP SÈTÉ D'ENTREPRISES ET D'APPLICATIONS SANITAIRES (Anct. S.A.M.C.A. — S.A. Cap. 1.650.000 frs 12, Rue Magellan, PARIS - Ely. 04-01)
SOMMAIRE 4 L'ŒUVRE DE FRANÇOIS LE CŒUR par G. MICHAU. 12 LE CONCOURS DES MUSÉES D'ART MODERNE par PIERRE VAGO. OPINIONS DE MM. ANDRÉ BLOC, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JACQUES GUILBERT, ALBERT LAPRADE, LE CORBUSIER, ROB. MALLET-STEVENS, G. H. PINGUSSON. 26 ÉCOLE DE PLEIN AIR A SURESNES ARCH. BEAUDOUIN ET LODS. 33 INSTITUT DE CHIMIE ET CITÉ UNIVERSITAIRE A MONTPELLIER E. MARCEL-BERNARD. 42 MUSÉE DE ZOOLOGIE A NANCY ARCH. J. ET M. ANDRÉ. 48 ÉCOLE A GENNEVILLIERS ARCH. FÉLIX DUMAIL. 54 CENTRAL TÉLÉPHONIQUE SUFFREN ARCH. DEBAT-PONSAN. 56 IMMEUBLE DUNLOP A LILLE ARCH. A. ET P. FOURNIER. 58 CAFÉ-RESTAURANT « LE TRIOMPHE » A PARIS ARCH. CH. SICLIS. 60 BAR INTIME DE LA BRASSERIE WEBER ARCH. W. EWERTH. 61 IMMEUBLE DE LA CAISSE D'ASSURANCES DE PRAGUE ARCH. HAVLICEK ET HONZIK. 71 IMMEUBLE SHELL A BRUXELLES ARCH. DUMONT. 75 LA FOIRE DE TEL-AVIV par SAM BARKAI. 78 BERLAGE par J. P. OUD. 79 REVUE DES REVUES ET DE LA PRESSE TECHNIQUE par P. V. ET A. H. 85 LES POUTRAISONS DIAGONALES par A. HERMANT. 88 LE PLATRE. 90 INFORMATIONS.
ANNEXE DU MINISTÈRE DES P. T. T. A PARIS (1907) L'ŒUVRE DE FRANÇOIS LE CŒUR Nous avons perdu en François LE CŒUR l'un de nos meilleurs architectes. Sa production est celle d'un constructeur, d'un technicien consommé, d'un amoureux du beau métier, d'un honnête homme. Certes, la technique n'est pas toute l'Architecture, mais, sans elle, il n'y a pas d'Architecture. Auguste PERRET. 1907, François Le Cœur construit l'annexe des Postes cité Martignac. L'édifice monte simple et droit, un peu maigre dans sa claire ordonnance, la nouveauté réside dans la simplicité des points portants et des linteaux, et dans le dernier étage en retrait avec sa terrasse couverte agrémentée de fleurs en caisses. Tout le tempérament de l'architecte se lit dans la simplicité du bâtiment, sa technique se développera, s'assouplira, mais toute sa sensibilité apparaît déjà ici. Les chantiers qui suivront, malgré d'apparentes contradictions et des inégalités, montreront une étonnante continuité de recherche et d'indépendance d'esprit. 1907, l'esprit de 1900 sombre sous le sarcasme, mais son effort est là qui montre la voie à suivre. Les besoins sont nouveaux, les procédés de réalisation sortent du bureau de l'ingénieur (l'ancien ennemi devenu le collaborateur). La tradition de l'Ecole Officielle s'enlise dans la mollesse et la préciosité. Il faut à présent construire et créer l'outil des besoins nouveaux, en pressentir le développement et la puissance. Instinctivement, François Le Cœur le fait. Aucune esthétique, aucune forfanterie artistique ne vient l'inquiéter, il travaille, il analyse, il rassemble et pourtant sa première œuvre importante fait un scandale. « LA PURETÉ DU VOLUME ET LA RECTITUDE DU NU ». Ces mots nous sont devenus familiers, mais il n'est pas exagéré de parler de révolution à propos des premières tentatives de l'avant-guerre pour réaliser une architecture moins conventionnelle, plus logique, plus honnête, plus franche. Le CENTRAL POISSONNIÈRE (1911) vertical et noble, avec son mur de briques et son large couronnement est attaqué de tous côtés; personne ou presque ne comprend, ni le public, ni les techniciens. Ici rien ne vient rendre l'œuvre aimable ou accueillante, tous les petits moyens ont été éliminés. L'édifice est monumental et industriel, il se contente de l'être. Violemment la Grande Presse s'élève, certains vont jusqu'à demander la démolition des façades de cette architecture « Munichoise ». Et pourtant le plan en est parfaitement classique avec son désaxement traité dans la manière traditionnelle. Les façades présentant en évidence l'ossature des vides et des pleins prennent aujourd'hui leur place dans la suite des édifices qui expriment la franchise de nos anciens Architectes. Nous sommes redevables à quelques hommes de cet effort vers une nouvelle pureté, à leur suite le mouvement est créé, les théories et les écoles naissent; mais l'impulsion initiale qui est la plus pénible et la plus ingrate nécessite un courage et une ténacité qu'il faut admirer. Ces découvreurs vont droit devant eux et déçoivent les disciples qui pensent tenir le but à chaque étape. Ils n'entendent pas non plus ceux qui s'accrochent aux anciennes ornières. Le vacarme les laisse indifférents. François Le Cœur fut un de ceux-là. Toute sa vie il a étudié, dominé par le souci de faire des progrès; comme l'a été Renoir jusqu'à sa dernière heure. La guerre à peine terminée, en 1919 et 1920, il construit successivement le Central Téléphonique de la rue du Temple et l'Hôtel des Postes de Reims. Deux œuvres importantes dans lesquelles se retrouvent des résultats identiques. Les idées qu'il avait contribué à lancer ont fait leur chemin. Il lui serait facile de s'en tenir à elles, mais rien n'est théorique chez cet homme, chaque construction est pour lui un problème nouveau à travers lequel il cherche son métier. Il veut le connaître et être le « Maître de l'Œuvre » dans toute la force que cette expression peut avoir. Cette persévérante étude s'exprime dans ses édifices par une extraordinaire souplesse des plans, une jonglerie savante dans laquelle il ne paraît pas y avoir de place pour les difficultés. Pourtant ces difficultés sont nombreuses, il lui faut organiser tous les éléments de la technique et des services des P. T. T.; et à l'Hôtel des Postes de Reims, il doit harmoniser un charmant morceau d'architecture classique, ruine de l'ancien édifice, avec sa nouvelle construction aux proportions monumentales.
Tout s'agence, le plan tournoie souplement, les façades solides, proportionnées et ordonnancées, laissent jouer leurs baies vers la lumière, qu'elles appellent jusqu'au fond de l'édifice pour porter son allégresse. Une telle œuvre pourrait être un aboutissement, la joie d'avoir maîtrisé la matière sous sa propre volonté peut déjà donner des satisfactions assez nobles pour que le plus difficile s'en contente. François Le Cœur semble au contraire s'en détacher, son effort terminé. Le renouvellement continu est sa manière d'être. Toutes ces architectures administratives, il les a voulu monumentales. Un médiocre en eût fait de simples usines. Elles expriment la force de son tempérament, et nous pourrions croire que c'est là sa seule qualité, lorsque, en 1922, rue Raffet à Paris, il construit un petit hôtel particulier qui nous révèle la souplesse de son invention et de sa sensibilité. La petite façade sur jardin, familière ouvrant l'arc d'une loggia intime au-dessus d'un perron si simple qu'il faut remonter à Bofrand pour en trouver de pareils, domine une pelouse grande comme un jardin de curé. Quel contraste avec les constructions de la même époque, dans lesquelles bien des architectes s'essayent à renouveler le nu du Central Poissonnière, dans des villes de banlieue de 40 m². Quelle amplitude dans la sensibilité nous montre cette petite chose restreinte au cadre familial, suivant de si près les architectures les plus brutales. L'habileté déployée à implanter judicieusement la maison perpendiculairement à la rue pour faire profiter le jardin du maximum de vue. Le soin mis à proportionner les éléments entre eux, n'effaçant aucune des préoccupations habituelles de l'architecte. La large corniche protège efficacement le bâtiment, l'enduit de la façade est finement traité. Et nous sentons s'introduire dans cette petite composition, l'âme de l'intimité, si délicatement que nous ne saisissons pas de suite par quel moyen l'architecte l'a fait naître. Les baies se sont doucement cintrées, la proportion des vides et des pleins a changé, plus rien ne domine fortement et nous approchons de cet équilibre de repos et de paix que donne la vie familiale. Cette petite maison nous renseigne mieux sur le profond sens de la vie qu'avait cet artiste, que ne peuvent le faire ses constructions les plus importantes. Aussi, nous sommes-nous permis d'insister sur la valeur qu'elle prend à nos yeux, dans une œuvre presque uniquement consacrée à des constructions impersonnelles, et dans laquelle elle marque un point sentimental. C'est une période de plénitude (1922-1930) qui s'ouvre. Les chantiers se succèdent, l'administration lui confie plusieurs bureaux de poste de la banlieue parisienne et des centraux téléphoniques aux dimensions plus modestes, mais qui, comme celui de Clamart, sont pleins d'une invention gaie et subtile. Tous de la même veine, mais avec des chances inégales, ils témoignent de la probité de l'étude dont ils ont été l'objet. Vers la même époque (1922), il élève à Neuilly un « Centre d'higién infantile » largement conçu, entouré de la gaieté rustique de ses barrières de bois peintes en blanc, sous les ombrages d'une cour bien plantée qu'encadre une construction simple dégagée par de vastes rampes extérieures sur lesquelles circulent les voitures d'enfants. Dans l'intérieur du bâtiment, les salles vastes et claires sont ouvertes sur des cages d'escalier aérées dans lesquelles les escaliers eux-mêmes prennent l'aspect d'un meuble léger. En 1931, il étudie deux lycées: le collège de garçons de Corte (Corse) et le lycée de jeunes filles Camille Sée, au square de Vaugirard (Paris). Le plan de Corte, droit et méditerranéen, s'encastré dans les niveaux du terrain et dans sa géométrie audacieuse, évoque les plans de Pompéi, dont il garde l'esprit, il s'incorpore au paysage. Enfin, commencent les travaux du lycée de jeunes filles de Vaugirard, c'est sa dernière construction, elle vient à peine d'être achevée. Nous avons suivi pas à pas cette œuvre à travers la vie de son créateur, et devant cette suprême réalisation dépouillée, vidée de tous les superflus jusqu'à l'aridité, nous sommes émus. Véritable aboutissement de patientes études, objet de soins qui se lisent dans ses moindres détails, expression de sentiments intérieurs et raffinés, il est difficile d'en parler sans craindre d'en trahir l'esprit. Clair comme une épure, établi sur le rythme d'une entraxe très simple des appuis, le plan avec son égalité des circulations et des salles de classe, évoque les cloîtres monastiques, mais avec une jeunesse et une abondance de clarté magistralement réfléchie. Le parti des bâtiments disposés en U autour de la grande cour, isolés de la rue par l'aile basse de l'administration, assure le calme et le silence et laisse passer le soleil que les longues fenêtres appellent vers l'intérieur. Les dégagements ont des proportions de salles, les escaliers immenses qui les desservent ont malgré leur structure, et leur limon massif, cette légèreté que François Le Cœur a toujours donnée à ses circulations verticales. Les immenses vestiaires dès le rez-de-chaussée annoncent l'ordre qui règne jusqu'en haut, et que l'on retrouvera dans tous les détails des laboratoires de manipulation de physique et de chimie. Les classes, toutes semblables avec leur lambris bas d'acajou, leur tableau noir éclairé indirectement dans une impression de gaieté. La grande cour, quoique enfocée au niveau du sous-sol, est lumineuse, sa mosaïque rayonnante de briques à plat diversement colorées et à larges joints, est une trouvaille heureuse qui y met une animation extraordinaire. CENTRAL POISSONNIÈRE (1911)
LE LYCÉE CAMILLE SÉE, PLACE DE VAUGIRARD: LA DERNIÈRE ŒUVRE DE FRANÇOIS LE CŒUR 6 LA COUR
L'ENTRÉE DU LYCÉE CAMILLE SÉE A PARIS, LA DERNIÈRE ŒUVRE DE FRANÇOIS LE CŒUR Les procédés réservés jusqu'ici aux édifices publics à grande circulation ont été employés avec beaucoup de bonheur, un passage souterrain permet aux plus petites élèves d'aller jouer dans le square sans avoir à traverser la rue. Un escalier mobile assure l'accès rapide aux derniers étages. Des ascenseurs sont à la disposition des professeurs. De la même façon les détails de la construction ont été mis au point avec soin. Les terrasses que François Le Coeur faisait primitivement monolithes, sont devenues des espèces de toitures plates constituées par des dalles en légère pente, imbriquées, les joints couverts par des éléments moulés, dérivant des principes de la couverture en tuiles romaines. Ce procédé lui est strictement personnel. Il a toujours refusé l'emploi des matières plus ou moins durables que fournit l'industrie. Les façades, d'une solide structure de béton armé, ajourées comme des vitraux gothiques, malgré la puissance des piliers, et la sévérité raide du bandeau de la corniche, s'animent dans le chatoiement du ravalement rose, bouchardé dans le béton, rugueux et plaisant comme l'écorce d'un bel arbre, plus aimables que si elles étaient ornées, et posées sur le sol comme si nous les y avions toujours connues. L'édifice chante la vie, c'est la victoire! Victoire sur la matière, victoire sur les hommes. Connu du public uniquement par les batailles qu'il dut livrer, François Le Coeur est mort trop tôt. Modeste et ardent, il portait sa foi dans la vie, se passionnait pour l'étude, travaillait ou se délaisait de la même manière, mais se souciait peu de réclame. La critique lui était indifférente, il savait qu'il ne faut rien mêler de quotidien à ce qui doit durer, obéissant à son seul instinct, il a subi les assauts portant sa destinée de combattant comme une nécessité inévitable. Son rôle d'architecte, il l'a compris comme le lui avait légué une longue tradition de famille; bien plus que sur le plan, c'est sur le « tas » que sa conception s'élargit. Le maître compagnon est son collaborateur direct, l'ouvrier qui le renarde penser et commander le comprend, il fut aimé sur ses échafaudages comme un chef. Souvent, en dehors des jours officiels de rendez-vous, il était là, modifiant ou décidant. Il examinait chaque détail et accrochait la perfection. Nous lui devons les nouveaux procédés de ravalement du béton. Cette matière froide et triste s'est animée sous sa volonté, il a repoussé les enduits, les accrochages précaires, les solutions de la paresse, pour arriver à cette magnifique matière du lycée Camille Sée, où le granit de Belgique, concassé dans le ciment à même le coffrage, donne ce grain jusqu'alors réservé aux pierres des meilleures carrières. Il fut bien suivi par des entrepreneurs compréhensifs, et malgré que ce ne soit pas habituel, nous nommerons M. Lafond et M. Degaine qui ont su le servir. Il a entraîné, malgré les résistances routinières, les administrations officielles à lui faire confiance. Ce n'est pas un mince résultat. Cette magnifique carrière est terminée. La mort et l'œuvre de François Le Coeur sont trop près de nous pour que nous puissions nous permettre de porter un jugement. Mais nous ne croyons pas engager l'avenir, en écrivant que ceux qui, dans le prochain siècle, étudieront notre époque, parleront de lui en disant « LE MAÎTRE LE CŒUR ». G. MICHAU. UN ESCALIER Photos Salaün
VESTIBULE D'ENTRÉE Photos Salaün ACCÈS AUX VESTIAIRES A LA COUR
SALLE DE DESSIN

Cette publication de "L'Architecture d'Aujourd'hui" présente une série d'articles sur l'architecture, l'urbanisme et la décoration. Le numéro met en avant l'œuvre de l'architecte François Le Cœur, détaillant ses réalisations et son approche technique et sensible. Il inclut également des critiques et des opinions sur le concours des Musées d'Art Moderne, ainsi que des présentations de divers projets architecturaux et techniques.