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ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION IX DÉCEMBRE 1932 DEUXIÈME SÉRIE TROISIÈME ANNÉE REVUE PARAISSANT DIX FOIS PAR AN
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ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION IX DÉCEMBRE 1932 DEUXIÈME SÉRIE TROISIÈME ANNÉE REVUE PARAISSANT DIX FOIS PAR AN
7N C. ROYAL ASTURIENNE DES MINES COMPAGNIE ROYALE STURTEAU AUBY --- I, RUE DE CIRQUE, PARIS TÉL.: BLYSÉES 51-37 et 58, 51-60 - INTERB 53
ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI COMITE DE PATRONAGE: MM. FRANTZ JOURDAIN, AUGUSTE PERRET, TONY GARNIER, ANDRE VENTRE, HENRI SELLIER, HECTOR GUIMARD, MICHEL ROUX-SPITZ, JOSEPH VAGO, W. M. DUDOK, LOUIS H. BOILEAU, CHARLES SICLIS, ADOLPHE DERVAUX, D. ALF. AGACHE, MARCEL TEMPORAL, ANDRÉ LURCAT, PIERRE CHAREAU, RAYMOND FISCHER, MARCEL HENNEQUET, G. H. PINGUSSON, JEAN GINSBERG, LUBETKIN, CHARLES MOREUX, VICTOR BOURGEOS, FRANCIS JOURDAIN, DJO-BOURGEOS CORRESPONDANTS: ALLEMAGNE: JULIUS POSENER — ANGLETERRE: W. W. WOOD — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: EMMANUEL HENVAUX — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — ÉTATS-UNIS: ANDRÉ J. ROBIN — ESPAGNE: GUITIERRE SOTO — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — POLOGNE: SZYMON SYRKUS — PORTUGAL: PARIAL MONTEIRO. — SUÈDE: VIKING GOERANSSON — U. R. S. S.: MICHEL ILYINE. SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: MADAME M. E. CAHEN — RÉDACTEUR EN CHEF: M. PIERRE VAGO ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR ADRESSER TOUTE CORRESPONDANCE: 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) - TÉL.: MOLITOR 22-76 ABONNEMENTS - FRANCE ET COLONIES: 120 FRS - ÉTRANGER: 200 FRS PRIX DU NUMÉRO: FRANCE: 18 FRS — ÉTRANGER: 25 FRS COMPTE CHEQUES POSTAUX: PARIS 1519-97 DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L’ARCHITECTURE D’AUJOURD’HUI A L’ÉTRANGER ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE, BRUXELLES. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — HONGRIE: BUDAI ALADAR ÉS TARSA, AGGTELEKI UTCA, 17, BUDAPEST. — ROUMANIE: LIBRAIRIE HASEFER, RUE E. CADARA, BUCAREST. --- IX DÉCEMBRE 1932 --- SOMMAIRE 2 HOTEL ET CASINO A ST-TROPEZ ……… G. H. PINGUSSON. 23 HOTEL PARTICULIER, ARCH. MOREUX …… Marcel ZAHAR. 30 HOTEL PARTICULIER A PARIS ……… BÉTOURNÉ, FAGNEN. 34 DEUX MAGASINS D’ALIMENTATION … F. HAMELET, ARCH. 41 IMMEUBLE DE RAPPORT A PARIS ……… M. DUPUY, ARCH. 44 VILLA AU BORD DE LA SEINE …………… FURIET, ARCH. 47 CRÈCHE-DISPENSIAIRE A PARIS ……… L. C. HECKLY, ARCH. 50 IMMEUBLE COMMERCIAL A PARIS ……… F. COLIN, ARCH. 52 IMMEUBLE PIERRE-ACIER-STANDARD. 55 CHANTIER DU NOUVEL HOPITAL BEAUJON. 60 LE SALON DAUTOMNE: ARCHITECTURE Raymond FISCHER. 64 LE SALON D’AUTOMNE: DÉCORATION …… Pierre VAGO. 78 LE SALON D’AUTOMNE: URBANISME. 96 LE SALON D’AUTOMNE: PEINTURE ……… André BLOC. 99 STUDIO D’UN JEUNE ARCHITECTE MAD. MARÉCHAL, DÉC. 100 REVUE DES REVUES. 111 ART GRAPHIQUE. 112 INFORMATIONS. 114 MONOGRAPHIES ET NOTES DIVERSES. --- Nous croyons devoir informer nos lecteurs que les prochains numéros seront consacrés aux questions suivantes: N° 10 (2me série): L’Architecture à l’Etranger et principalement: Allemagne, Angleterre, Portugal, Hollande, Hongrie, Yougoslavie. — N° 1 (3me série): Les Ecoles en France. — N° 2 (3me série): Les Ecoles à l’Etranger.
HOTEL, CASINO ET PISCINE A ST-TROPEZ. G. H. PINGUSSON, ARCH. S'il ne s'agissait que d'une construction habituelle, le critique averti trouverait plus d'un point à relever. Il pourrait commencer, par exemple, par reprocher à l'architecte la forme insolite de l'ensemble de la construction, que le souci de la protection contre le vent Nord-Ouest ne justifie nullement (au contraire!). Il dirait ensuite que le fait d'avoir placé les escaliers, ascenseurs, etc., à une extrémité du bâtiment (disposition que seulement des raisons «esthétiques» semblent commander) oblige certains clients à des promenades de 80 mètres par un couloir assez étroit et bas. Il critiquerait la composition d'ensemble, d'où la notion d'axe (notion si humaine, qu'aucune mode ne parviendra à abolir) est trop souvent bannie. Il pourrait faire aussi un grand nombre d'éloges, que l'architecte mériterait incontestablement. Nous ne voulons attirer l'attention de nos lecteurs que sur un seul point. La grande innovation de «Latitude 43» est la solution ingénieuse, que nous croyons unique jusqu'à présent, du problème de la double vue. G. H. Pingusson a le très grand mérite d'avoir posé le problème, et d'y avoir apporté une première solution, encore que celle-ci ne soit pas exempte de défauts. Ce fait est d'une telle importance (et d'un tel intérêt) que tout le reste passe au deuxième plan. Et, sans vouloir entrer dans le détail des avantages, des inconvénients du principe, des mérites et des fautes de la solution, nous félicitons G. H. Pingusson pour son œuvre remarquable, digne document de l'effort créateur des jeunes architectes de France. P. V.
UN HOTEL A S^T-TROPEZ : LATITUDE 43 ARCHITECTE: G. H. PINGUSSON Les grand centres urbains, dont la population s'ac- crit sans cesse, modifient constamment et régulière- ment les conditions d'existence de leurs habitants dans le sens de l'intensité et de la vitesse. En réaction contre ce nouveau rythme de vie, une besoin social puissant s'affirme et se généralise de détente, de vie calme et libre. Dans les régions balnéaires et climatiques se créent peu à peu des villes satellites, de grandes cités, villes nouvelles, improvisées, qui tendent à y faire face. En général, les organismes existants sont agrandis; hôtels surélevés ou améliorés, restaurants transformés, etc. Partout les initiatives particulières s'efforcent de parer aux besoins urgents, mais leur effort est divisé, manque d'ampleur et de puissance, manque surtout de plan. En attendant que les pouvoirs publics puis- sent les coordonner ou même s'y substituer, des organi- smes nouveaux se créent chaque année, un peu par- tout. La côte d'azur s'en est particulièrement enrichie depuis 10 ans. Une nouvelle réalisation vient d'être faite cette saison à Saint-Tropez et se caractérise par une solution complète du programme. Celui-ci, éla- boré d'un commun accord entre l'architecte et la so- ciété propriétaire devait comprendre: Un hôtel de 110 chambres dont 90 avec salle de bains et W. C.; Un restaurant de 300 places dont 200 à l'intérieur et 100 dans un patio; 6 bungalows; Un parc de sports: 2 piscines d'eau de mer, cabi- nes pour hommes et femmes; 8 boutiques; Un bar-casino-dancing; 5 courts de tennis et terrains de sports. Des bâtiments annexes: château d'eau, buanderie, garage et chambres de courriers, ferme et dépen- dances. L'esprit dans lequel cette œuvre devait être conçue était celui de nos temps: efficacité et rendement de l'outil, pas de luxe mais une rigoureuse propreté, construction simple, économique, mais de grand con- fort, respect de la liberté individuelle des habitants. La composition du plan d'ensemble a été dictée par les caractéristiques du terrain. Celui-ci, d'une super- ficie de 8 hectares, convenait parfaitement par ses dimensions et sa topographie à toutes les exigences du programme: la propriété que borde la route na- tionale de La Foux à St-Tropez en bordure de mer, s'étage en 3 paliers successifs jusqu'au plateau bordé par le chemin vicinal de St-Antoine: la partie basse de côte moyenne au-dessus de la mer (2 m. 50, prés et vignes) reçoit tous les bâtiments directement ou- verte au public extérieur auquel un accès est donné aussi bien par terre que par mer: les boutiques, le parc de sports, le casino. La partie moyenne (côte 22 — jardins et grande pinède se continuant à l'est et à l'ouest dans les propriétés voisines) bénéficie d'une vue splendide sur le golfe et la chaîne des Maures, l'éloignement de la route lui épargne le bruit, la poussière et les fumées; c'est là que se place l'hôtel et, séparés de lui par des arbres et des jardins, le restaurant et les bungalows; enfin sur la partie haute, derrière la pinède qui les dissimule aux vues de l'hôtel, les bâtiments annexes. Le plan a conservé dans la plus grande limite possible les arbres existants; bien plus, la composition même des bâtiments de l'hôtel et du restaurant a été influen- cée par la présence de certains arbres intéressants par leur beauté où leur emplacement. Le plan a conservé intacte la configuration du sol et s'est efforcé d'en utiliser les aspects plutôt que de les modifier; ce souci a permis d'obtenir une construction bien acrochée sur le terrain, bien en place dans le paysage. La partie de plan adopté pour l'hôtel et le restau- rant doit son originalité à une particularité locale; en effet, la côte de St-Tropez est la seule de tout le littoral français méditerranéen orientée vers le nord. En fai- sant face à la mer on découvre toute la série des chaî- nes de montagnes du continent: les Maures depuis la forêt du Don jusqu'à St-Raphaël, puis l'Estrelé jusqu'au Cap d'Antibes, enfin les contreforts des Alpes qui dominent Nice et Menton, tandis qu'au bord de la rive opposée du golfe les villages de Beauvallon et Sainte-Maxime reflètent leurs façades. Cette vue, mer- veilleusement étendue constitue le principal attrait du lieu, il était donc indispensable d'en faire bénéfi- cier le plus grand nombre de pièces possible. D'autre part, l'orientation des chambres au midi s'impo- sait. Pour ne renoncer ni à l'une ni à l'autre, le parti adopté a été celui de la double exposition Soleil-Vue pour chaque chambre. Ce parti a été aussi généralisé que possible et a été étendu à toutes les pièces prin- cipales: hall, restaurant, bar. Semblable à un immen- se rayon de ruche dont chaque cellule serait ouverte à chaque extrémité, le bâtiment tout entier vit à ce double rythme de lumière et d'ombre qui est celui même de la vie méridionale. L'accès aux chambres se fait par des cursives longues et basses décalées à mi- hauteur d'étages donnant par différence de hauteur avec la chambre un jour disponible sur toute la largeur de la pièce. Le bâtiment affecte la forme d'une barre longue, haute et mince, posée sensiblement dans la direction Est-Ouest. Placé parallèlement à l'hô- tel à une distance de 20 mètres de la façade Nord environ; le restaurant s'y rattache par 2 galeries d'ac- cès (service et public).
révélé efficace. Les vents d'Est qui règnent avec une fréquence moindre sont barrés par l'obstacle naturel que forme la pinède; chaque cellule est donc ainsi bien défendue contre les vents et s'ouvre en air calme. Le principe de composition du plan de la cellule-type a été une complète indépendance pour chacune d'elles. Dans l'espace régulier des poteaux, 2 chambres absorbent 3 travées: une travée par chambre et une travée d'isolement qui reçoit 2 salles de bains et W. C. adossés, l'escalier d'accès et les 2 penderies; cette disposition a l'avantage de créer une entrée en double chicane qui empêche radicalement les vues indiscretes depuis le couloir; les salles de bains mitoyennes permettent aussi de grouper économiquement les canalisations d'alimentation et de vidange. Sur l'autre face de la chambre des doubles isolantes cloisons assurent une insonorité presque complète; enfin des solariums, dont la surface varie de 25 à 30 p. 100 de la surface de la chambre, créent entre l'intérieur et l'extérieur un volume de transition qui a divers usages: bains de soleil, siestes, petit déjeuner, lecture, etc. Les chambres sont réparties en 3 types: Type A: dimensions $4,60 \times 3,25$ ; S. B., W. C., solarium: $1,50 \times 3,50$ ; Type B: dimensions $4,40 \times 3,25$ ; S. B., W. C., solarium: $1,10 \times 3,30$ ; Type C: dimensions $4,10 \times 3,25$ ; Toilette. Les chambres C sont en petit nombre, elles sont destinées à être annexées aux chambres A pour former appartement à 2 pièces. Les chambres de courrier sont situées au garage (40), mais 13 chambres du sous-sol, dont une partie est réservée aux chefs de service peuvent également en recevoir; ces chambres ont comme dimensions: $3,30 \times 3,30$ et sont exposées seulement au midi. La hauteur des chambres est uniformément de 3,05. La répartition des zones est faite de la façon suivante: la zone des services placée à l'extrémité Est, sous le corps de logis principal et sous une partie des terrasses desservis par une cour indépendante avec accès direct au chemin de service est en contact immédiat avec le restaurant. Elle atteint la tour centrale placée au premier tiers du plan et qui constitue la zones des connections verticales: conduits de fumées des cuisines, de la chaufferie et de l'incinérateur d'ordures; les gaines de ventilation des services (cuisines et public); les canalisations, les monte-charges, monte-plats; ascenseur; les escaliers (service et principal) etc.; la zone de surveillance, de contrôle, de direction, placée au-dessus des services s'étend jusqu'à la porte d'entrée (réception, concierge); la zone publique comprend le hall, le vestibule, la galerie et ses annexes (lavabos, vestiaires, téléphone, coiffeur), le restaurant tangente à la tour centrale s'étend au centre du plan, enfin la zone d'habitation absorbe le surplus des étages inférieurs et tous les étages supérieurs. Le sol présentant une forte déclivité suivant les 2 axes du plan, la composition a été faite en cherchant l'utilisation rationnelle des niveaux. Le bar, le restaurant, le hall, placés respectivement aux sous-sol, au rez-de-chaussée et au premier étage sont de plain-pied ou surélevés de quelques marches par rapport aux sols extérieurs, la terrasse couvrant le restaurant servant de vaste pont-promenade pour le hall; des escaliers intérieurs et extérieurs font communiquer ces 3 niveaux. De même, la route d'accès à l'hôtel passe sous le plancher du sous-sol, l'espace disponible à cet endroit entre le plancher et le sol, 3 m. 50 environ, est utilisé par des chambres de personnel (2° sous-sol). Pour tenir compte des vents dominants (mistral soufflant du Nord-Ouest), l'extrémité Ouest du bâtiment est infléchie de 45 degrés environ vers la façade Sud et forme ainsi un écran qui à l'expérience s'est
Le plan du hall est simple, il est composé par 4 tra- vées courantes forment ainsi une longue galerie ouverte au nord et au sud par des baies ayant toute la hauteur et toute la largeur disponible, il s'ouvre sur les terrasses couvrant le restaurant par une large por- te à 2 vantaux. Dans un pays méridional, où l'on vit beaucoup dehors, ces terrasses, meublées de fauteuils et de tables de jardin, de parasols, abritées par les arbres qu'elles contournent, garnies elles-mêmes d'ar- bustes et de fleurs, et bénéficiant d'une vue très dé- couverte sur le golf, seront en réalité le véritable cen- tre de réunion pour l'après- midi, le thé ou le cock- tail. Le hall reprend sa fonction le soir ou pendant les journées de pluie et de vent; on y trouve des bureaux de correspondance, des sièges confortables, les jour- naux et les revues, un écran de cinéma pour les infor- mations et la publicité! Il s'ouvre sur le vestibule auquel il sert de salon d'attente. Là se trouvent les bu- reaux de la réception et du concierge. Au mur une grande carte de la région, 3 cadrans (baromètre, ther- momètre, chronomètre) donnent aux automobilistes et aux yachtsmen les indications nécessaires; des vi- trines qui se continuent jusqu'au restaurant accom- pagnent le client dans ce trajet, l'intéressent et le sol- licitent. Cette galerie où se trouvent le salon de coif- fure, les cabines téléphoniques, les vestaires, lavabos, etc., constitue l'entrée des clients de passage, un esca- lier y conduit en passant devant le bar. Celui-ci s'éclai- re au midi par des fenêtres en redents, ouvertes sur le jardin et au nord par une grande glace de 6 m. × 2 m. qui laisse entrer sans y toucher le paysage jusqu'au coin le plus reculé. Un jardin à l'espagnole donne à ce bar et à la salle de Ping-Pong placée à côté, un dégage- ment sur l'extérieur dont profite la terrasse du res- taurant placé au-dessus. Le restaurant est composé d'une longue galerie vitrée sur tout son périmètre, se conformant ainsi au parti général Vue-Soleil. Les ta- bles placées côté sud sont surélevées sur une plate- forte (2 marches) qui leur donne le bénéfice de la vue, il n'y a donc aucune table défavorisée. Par son extrémité Est le restaurant s'ouvre sur le treillard, terrasse couverte par un solivage et abritée par des arbres et des plantes grimpantes, qui constitue une salle à manger en plein air très recherchée pendant la belle saison. L'entrée du service des garçons est pla- cée entre ces 2 salles au centre de gravité de trajets. Les services sont composés d'une façon classique, ils comportent depuis le double tambour d'entrée: l'office, avec à main droite les plonges d'office (verre- rie, argenterie, vaisselle), les guichets de monte-plats aux étages (2) et la terrasse (2), la cafétérie avec fourneau et table chaude, la table chaude de la cui- sine, le couloir d'accès à la salle à manger du person- nel et à la cave, la cave du jour, la fruiterie avec ar- moires frigorifiques mitoyennes, le contrôle. La cuisine avec fourneau central au charbon: 4 foyers, 6 fours de 5 m. × 1 m. 60, comporte sur le côté Ouest: la légumerie, la poissonnerie, la plonge à cuivres ouverte sur une face entièrement, la cafe- terie, sur le côté est la pâtisserie-boulangerie avec 2 fours électriques à accumulation, l'un de 10 kwa à 2 étages et 3 régimes, l'autre de 2 kwa, et à la suite: le laboratoire, la sorbeterie, adossée au mur, la grillade à 2 compartiments (viandes, poissons), marchant au charbon ou au bois, la salamandre électri- que, le couloir d'accès à la salle à manger des cuisiniers (avec vestiaires, lavabos, W. C., douches), le garde-manger avec chambre froide, armoires frigori- fiques et le compresseur, enfin le bureau du chef. Derrière la cuisine, le couloir de service général des- sert depuis la porte d'entrée de service, avec pointage du personnel et bascule automatique, le bureau de l'économe, les salles à manger des chefs de service, des cours avec lavabos, W. C., la réserve à charbon, l'incinérateur, la chaufferie où sont placées 2 chau-
dières à eau chaude pour le chauffage central, les pompes électriques pour la circulation accélérée, la chaudière à vapeur assurant par 2 bouilleurs de 2.000 litre le service d'eau chaude général et dans les cuisines le réchauffage des plonges, des tables chaudes par la vapeur et l'alimentation de la machine à laver la vaisselle. Les soutes à charbon de la chaufferie, la resserre à bagages, les machineries des monte-charges et monte-plats. L'ensemble de ces services est éclairé par jour zénithal (verres dalles) ou par un jour latéral, la cuisine seule ayant les 2 éclairages combinés. La ventilation est uniquement assurée par moyens mécaniques, la cuisine et ses services étant comme en vase clos, une dépression constante y est maintenue qui fait affluer constamment l'air des locaux voisins (restaurant, couloirs), et surtout de l'air pur extérieur vers la cuisine, tandis que les fumées ou les odeurs sont évacuées dès leur production par les hottes placées au-dessus des fourneaux, vers les gaines d'évacuation jusqu'au-dessus des terrasses supérieures. CONSTRUCTION Le parti constructif adopté a été l'ossature en béton armé, comprenant poteaux et semelles, linteaux, consoles, planchers sur hourdis céramique, escaliers, voiles de contreventement, etc., à remplissage en briques creuses dans les parties en élévation, en moellons dans les parties en caves. Les fondations ont été faites sur le rocher à travers lequel les caves ont été creusées, semelles carrées avec empattement largement prévus et longrines entretoisant les poteaux dans le plancher des caves. L'étude du béton armé a été particulièrement soignée, étant données les conditions particulières de travail auxquelles il devait être soumis: en effet, la coupe sur la travée courante du bâtiment la montre comme un rectangle étroit et haut. Les effets du vent amènent une composante horizontale importante qui entraîne des moments de renversement non négligeables, la travée courante a été calculée comme une poutre en échelle avec goussets importants dans l'épaisseur des cloisons doubles, un contreventement supplémentaire est fait toutes les 6 travées par un voile en C. A., qui monte sur toute la hauteur du bâtiment. Les couloirs en porte-à-faux sont supportés par des consoles au droit des cloisons séparatives entre chambres et escaliers; ces consoles supportent le plancher bas d'un couloir et suspendent le plancher haut du couloir inférieur. Les consoles sont réunies à leur extrémité par des poutres de rives de travée à travée et entre elles, dans le plan du poteau, par des potelets en B. A. qui les rendent solidaires. Un des problèmes du béton armé a été le porte à faux de 2 travées au droit du passage sous l'hôtel (travées de jonction), les poteaux de ces travées ne pouvaient conserver leur aplomb jusqu'au sol sans gêner la circulation, il fallait leur donner un retrait de 1,50 environ, mais d'autre part, la charge sur ces poteaux pouvant atteindre 80 tonnes, il était impossible de passer les consoles dans l'épaisseur des planchers et même de les placer en-dessous, leurs saillies pouvant diminuer exagérément la hauteur de passage. Les poteaux ont donc été placés en retrait jusqu'à s'inscrire dans le cercle formant rotule, montent sur toute hauteur à cet alignement et prennent le porte-à-faux à chaque étage par un voile général du plancher bas du sous-sol jusqu'au plancher haut du 3me. La longueur du
LATITUDE 4 3 HOTEL ET CASINO A SAINT-TROPEZ G. H. PINGUSSON, ARCHITECTE 7
bâtiment dépassant 100 mètres, un joint de dilatation était indispensable, il a été placé pour être moins visible au droit de la tour centrale et de la partie Ouest. Cloisons. Les cloisons, les doublages de mur et les plafonds sont en Héraclite et assurent bien l'isolement acoustique et thermique. Pour les cloisons il avait été prévu tout d'abord des panneaux d'une hauteur constante de 3 m. 05 et d'une largeur de 0 m. 50, enduites aux deux faces à l'avance de manière à permettre un montage rapide et à sec par la juxtaposition des panneaux, leur fixation au sol et plafond et la confection du joint par coulis de plâtre. Ces dispositions ont dû être abandonnées en cours de travaux pour diverses raisons: différences d'épaisseur entre les panneaux et dans un même panneau, à cause de l'élasticité même du matériau, différence pouvant atteindre plusieurs millimètres; main-d'œuvre non spécialisée, se prêtant mal à de nouveaux procédés, d'où perte de temps sensible; enfin impossibilité d'obtenir des usines des panneaux de dimensions non standards; la composition du plan n'étant pas possible avec un seul module de longueur de cloisons, les panneaux devaient être recoupés et perdaient toute tenue. Un seul étage a été fait avec panneaux préparés, les autres ont été cloisonnés avec le procédé habituel, il semble cependant qu'avec quelques perfectionnements le montage à sec de cloisons isolantes soit applicable d'une façon courante et à des prix voisins de ceux du carreau de plâtre. Les enduits au mortier de chaux ont été aussi généralisés que possible: à l'extérieur et à l'intérieur, dans les circulations et les services, les enduits en plâtre étant prévus seulement pour les pièces devant recevoir des peintures laquées: chambres et salles de bains. Les sols sont en linoléum dans toutes les chambres et couloirs ainsi que dans les hall, vestibule, escalier, dans les service, restaurant, bar, les sols sont en carreaux de terre cuite. Les menuiseries extérieures métalliques en fers de profils commerciaux soudés électriquement, leur prix de revient est au-dessous des prix proposés pour des menuiseries en bois. Les menuiseries intérieures en contreplaqué sur quadrillage en lamelles minces. Un réseau téléphonique à batterie centrale assure entièrement le service des chambres; les ordres reçus au standard sont enregistrés et transmis aux services intéressés, les bons de contrôle étant transmis par tubes à gravité, un téléphone indépendant relie le poste central de cafétéria aux offices d'étages. Cette disposition a été préférée au système habituel de sonneries d'appel par souci d'économie de trajet pour le service. Les chambres sont éclairées par éclairage indirect, l'appareillage est en tôle émaillée blanc, le côté extérieur mat, le côté intérieur brillant, le nombre réduit des modèles adopté a permis des prix de revient intéressants, l'éclairage direct est réservé aux salles de bains, penderies tambours et circulations. Les chambres ont également un éclairage d'appoint semi-indirect par cônes diffusants placés au-dessus des lits; cet éclairage comporte 3 degrés: veilleuse, réduit, plein qui permettent de passer de l'obscurité à l'éclairage normal sans blesser le regard. Le poste Plomberie et Sanitaire est celui sur lequel l'effort d'économie a le moins porté, soit par le nombre, soit par la qualité: canalisations largement prévues, avec ventilations secondaires, appareillage de première qualité, etc., le tout permettant d'assurer le service avec le maximum de régularité. Le chauffage est assuré par circulation d'eau chaude accélérée par motos-pompes, il est prévu comme le service d'eau chaude, pour régime de marche: plein, moyen, réduit, ralenti. L'isolement se faisant par tranches verticales. Le poste Peinture est au contraire celui auquel les plus fortes compressions ont été demandées: murs des chambres et salles de bains en peinture à l'huile; murs des parties services et publics en silex; menuiseries en peinture à l'huile ou peinture vernissée. Les recherches d'économie qui ont porté soit sur les spécifications du devis, soit sur des dispositions de plan, soit sur la durée du chantier (28 janvier-30 juillet) ont abouti à un résultat assez satisfaisant puisque le prix de revient par chambre pour l'hôtel et le restaurant ressort à 45.000 par chambre (compris ameublement et équipement complet). L'intérêt de ces recherches ne réside pas entièrement dans l'élévation de la rentabilité du capital investi, elles s'efforcent de rendre la grande hôtellerie accessible au plus grand nombre. L'idée de luxe par quoi les grands édifices (palaces ou palais) ont conquis un certain prestige comporte une large part de convention; ce souci du «cossu», du «riche» n'est plus partagé par la totalité de la clientèle moderne; on se doit de satisfaire ce besoin de l'essentiel, de strict confort dans la simplicité qui semble se dégager des tendances actuelles et qui révèle une compréhension meilleure des lois constantes qui ont été la règle des grands édifices hospitaliers. G. H. PINGUSSON. QUELQUES COLLABORATEURS: SAMMODE (Luminaire), 97, rue Compans, Paris. HERACLITE (Isolation), 75, avenue des Champs-Elysées, Paris. PEYRICHOU et MALAN (Stores), rue Jacques Terrier, Pau (B.P.). GALLIA (Installation de coiffure), 8, rue N.D.-de-Lorette, Paris.
HOTEL A SAINT-TROPEZ. LATITUDE 43. ARCHITECTE : PINGUSSON

Cette revue d'architecture, d'urbanisme et de décoration présente le numéro IX de décembre 1932. Le contenu inclut des projets architecturaux variés tels que des hôtels, des villas, des magasins et des immeubles, ainsi que des reportages sur les Salons d'Automne (architecture, décoration, urbanisme, peinture). Elle aborde également des sujets comme l'art graphique et des informations générales, tout en annonçant les thèmes des prochains numéros consacrés à l'architecture à l'étranger et aux écoles.