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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION DÉC: JANVIER 1935 DEUXIÈME SÉRIE TROISIÈME ANNÉE REVUE PARAISSANT DIX FOIS PAR AN
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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION DÉC: JANVIER 1935 DEUXIÈME SÉRIE TROISIÈME ANNÉE REVUE PARAISSANT DIX FOIS PAR AN
716 C. ROYALE ASTURIENNE DES MINES COMPAGNIE ROYALE ASTURIENNE AUBI --- 1, RUE DE CIRQUE, PARIS TÉL.: BLYSÉE 51-37 et 58, 51-60 - INTER 53
ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI COMITE DE PATRONAGE: MM. FRANTZ JOURDAIN, AUGUSTE PERRET, TONY GARNIER, ANDRÉ VENTRE, HENRI SELLIER, HECTOR GUIMARD, MICHEL ROUX-SPITZ, JOSEPH VAGO, W. M. DUDOK, LOUIS H. BOILEAU, CHARLES SICLIS, ADOLPHE DERVAUX, D. ALF. AGACHE, MARCEL TEMPORAL, ANDRÉ LURÇAT, PIERRE CHAREAU, RAYMOND FISCHER, MARCEL HENNEQUET, G. H. PINCUSSON, JEAN GINSBERG, LUBETKIN, CHARLES MOREUX, VICTOR BOURGEOIS, FRANCIS JOURDAIN, DJO-BOURGEOIS CORRESPONDANTS: - ALLEMAGNE: JULIUS POSENER — ANGLETERRE: W. W. WOOD — AUTRICHE: ECON RISS — BELGIQUE: EMMANUEL HENVaux — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — ÉTATS-UNIS: ANDRÉ J. ROBIN — ESPAGNE: GUITIERRE SOTO — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — POLOGNE: SZYMON SYRKUS — PORTUGAL: PARDAL MONTEIRO. - SUÈDE: VIKING GOERANSSON — U. R. S. S.: MICHEL ILYINE. SECRÉTAIRE GÉNÉRAL: MADAME M. E. CAHEN — RÉDACTEUR EN CHEF: M. PIERRE VAGO ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR ADRESSER TOUTE CORRESPONDANCE: 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) - TÉL.: MOLITOR 22-76 ABONNEMENTS - FRANCE ET COLONIES: 120 FRS - ÉTRANGER: 200 FRS PRIX DU NUMÉRO: FRANCE: 18 FRS — ÉTRANGER: 25 FRS COMPTE CHÈQUES POSTAUX: PARIS 1519-97 DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L’ARCHITECTURE D’AUJOURD’HUI A L’ÉTRANGER» ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE, BRUXELLES. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — HONGRIE: BUDAI ALADAR ÉS TARSA, AGCTELEKI UTCA, 17, BUDAPEST. — ROUMANIE: LIBRAIRIE HASEFER, RUE E. CADARA, BUCAREST. --- X SOMMAIRE 3 L’ARCHITECTURE EN ANGLETERRE …………………… B. LUBETKIN. L’ARCHITECTURE EN FRANCE: 24 LA CARE DU HAVRE ………………………………… Arch. PACON. 35 MAGASIN D’EXPOSITION CITROEN ………………… Arch. RAVAZÉ 36 IMMEUBLE À PARIS ………………………………… Arch. WALTER. 38 IMMEUBLE DE LA R. I. V. À PARIS ……………… Arch. BILLARD 44 ATELIERS DE DÉCORATION CHANEL …………… Arch. KODJAK. 46 LES USINES CUTTAT ……………………………… Arch. MONTEL. 53 GARAGE «FORD» À RENNES ……………………… Arch. DABOVAL. L’ARCHITECTURE À L’ÉTRANGER: 55 SALVISBERG ……………………………………… Julius POSENER. 72 BATIMENT ADMINISTRATIF À FRANCFORT ……… Arch. TAUT, HOFFMANN. 75 IMMEUBLE «SHELL» À BERLIN …………………… Arch. FAHRENKAMP. 84 VILLA À TORQUAY ………………………………… Arch. W. W. WOOD. 85 BATIMENT DE LA «MIDLAND BANK» …………… Arch. WELCH et C°. 86 IMMEUBLE «UNILEVER» À ROTTERDAM ………… Arch. MERTENS. 91 FABRIQUE DE COTON EN HONGRIE …………… Arch. QUITTNER. 92 IMMEUBLE «FORD» À LISBONNE ………………… Arch. Pardal MONTEIRO. 95 DANS LES ÉCOLES D’ARCHITECTURE ITALIENNES P. M. BARDI. 100 DEUX GRATTE-CIEL À NEW-YORK ……………… Arch. E. J. KAHN. DÉCORATION: 101 TAPIS MODERNES. ÉTUDES TECHNIQUES: 104 MENUISERIE MÉTALLIQUE ……………………… J. SCHWARTZ. 106 UNE TOITURE EN ALUMINIUM …………………… Arch. M. MAURI. 109 REVUE DES REVUES, INFORMATIONS, MONOGRAPHIES. NOS PROCHAINS NUMÉROS SERONT CONSACRÉS AUX ÉCOLES MODERNES EN FRANCE ET À L’ÉTRANGER. EN PRÉPARATION: THÉÂTRES ET SALLES DE SPECTACLES; L’ESTHÉTIQUE DE LA RUE; GYMNASSES ET STADES; L’ARCHITECTURE EN TCHÉCOSLOVAQUIE; L’ARCHITECTURE EN POLOGNE.
REVÊTEMENTS DÉCORATIFS ET PRATIQUES MARBRITES FAUQUEZ - OPALINES - MARMORITES - VERRE NOIR GLACES TEINTÉES - PATES DE VERRE - MIROIRS & DALLES AURÉS UNE SALLE DE BAINS s.A.G.A.I.S --- VISITEZ NOS SALLES D'EXPOSITION 28 & 28BIS RUE VERGNIAUD. LEVALLOIS. (PEREIRE 06-76 et 24-26) SOCIÉTÉ ANONYME DES GLACES POUR AUTOMOBILES ET INSTALLATIONS SANITAIRES
L'ARCHITECTURE EN ANGLETERRE PAR B. LUBETKIN L'Océan proteste contre la séparation et le Channel contre l'union. Lorsque Walter Hegemann se rendait en 1901 aux îles Britanniques pour y juger sur place le développement de l'architecture au « Royaume des Machines », son professeur, la gloire de l'architecture allemande de l'époque, Otto March, lui recommanda de visiter, avant tout, la colonie Willett près de Swiss Cottage, à Londres. Il espérait ainsi l'introduire directement au centre de l'activité architecturale moderne. Cela nous paraît étrange aujourd'hui, lorsque en quittant les belles et ombrageuses allées du Regent's Park et contournant l'inévitable policeman au carrefour, nous voyons tout d'un coup le chaos du romantisme en briques, les plus monstrueuses réminiscences du gothique et de la renaissance, une architecture étouffée par l'étroite mortelle de l'éclectisme. Seulement, nous sommes suffisamment réalistes, nous avons assez le « Sense of humour », pour ne pas prendre ce malentendu au sérieux. Pendant que notre voiture grimpe doucement la côte, se dirigeant vers Hampstead, nous trouvons un instant de loisir et nous devenons conscients de l'évolution de la pensée architecturale dans l'intervalle d'un demi-siècle. Nous côtoyons sans nous en offusquer le « Red House » du romantique Morris et de Philip Webb, architecte bien connu qui au début de notre siècle sévit dans toute la ville; nous constatons que toutes les fenêtres des pièces habitables donnent sur le Nord. Rien ne nous étonne, nous sommes en Angleterre dans la patrie du splendide opportunisme. Il est difficile de nous rendre compte aujourd'hui de quelle immense autorité a joui au 19ème siècle dans toute l'Europe, l'architecture anglaise. Les « jours heureux » du règne de Victoria démontraient avec une persuasion particulière les bienfaits d'un confort bourgeois établi sur des bases économiques et politiques « inébranlables ». L'Angleterre à cette époque procédait à un reclassement des valeurs dans le domaine de la politique, de l'économie, de la morale et s'appuyant sur un industrialisme grandissant, changeait sa superstructure culturelle. Les autres pays européens, qui à l'époque, n'étaient pas encore à ce point engagés dans la voie de l'industrialisation, regardaient vers Albion avec une envie mal déguisée. Les splendeurs de la cour et la présence d'une société raffinée et loyale rendaient encore plus désirable la transplantation des mœurs britanniques parmi les gros commerçants et industriels des autres pays. En architecture, à travers le romantisme inspiré de John Ruskin et l'art appliqué de Morris, on s'imprégnait de tout ce qui pouvait venir en ligne directe de Adam, et peut-être même de Jones ou de Wren. C'est grâce à cette mode probablement qu'ont été introduites sur le continent les premières salles de bain, les W.-C. et tout le confort de l'habitation. En somme, puisque les perspectives monumentales du parc St-James ont abouti à la fin à la « Siegesallée » du Tiergarten à Berlin, la faute n'en incombe pas aux Anglais mais à toutes sortes de « Kulturtraegers » ou commis-voyageurs en Art.
UN ARBRE A HAMPSTEAD (L'ANCIEN TERRAIN DES DUELLISTES) Mais nous voilà arrivés au sommet de Londres, à Hampstead. Au point le plus élevé de la ville — un mât avec pavillon du quartier, entouré d'un grand parc. On voit avec des jumelles des enfants demi-nus pousser sur l'eau des lacs leurs bateaux à voiles et des élégantes Ladies promener leurs chiens. De l'herbe verte, des buissons d'émeraude et de grands arbres parmi des îlots sablonneux. Les mêmes pelouses et plaines ombrageuses nous accueillent au centre de la ville, au Hyde Park. Sur le lac, des bateaux à voiles naviguent parmi les 12.000 baigneurs. Des longues terrasses en stuc jaunâtre encadrent les gazons sans fin du Regent's Park. L'harmonie du paysage est forte, impressionnante et intransigeante. De l'urbanisme. Et pourtant c'est à peine à quelques centaines de kilomètres d'ici que vivaient et créaient Gabriel et Haussmann. Champs-Elysées. Place de la Concorde. L'histoire a gravé ces noms sur ses pages les plus sublimes. « Créer, c'est ordonner », « l'architecture c'est la volonté de l'homme au milieu du chaos qui l'entoure », « l'urbanisme c'est la conscience du peuple taillé dans la pierre ». Mais qu'elle est superbe cette herbe! qu'elle est droite, propre et justeuse. Dans l'espace de 40 hectares du parc pas un chiffon, pas de bouteilles cassées, ni de coques d'œufs. Civisme, discipline et travail séculaire. Oui, l'architecture c'est la volonté de l'homme au milieu du chaos qui l'entoure. Paris est au moins aussi loin de Londres que Le Corbusier de Ruskin. Mais de Hampstead au centre de la ville, il y a aussi dix kilomètres. Du sommet, là-haut derrière le parc, on voit dans la vallée des contours imprécis. C'est Londres. Dix millions d'habitants, 30.000 soldats de garnison, 10.000 autobus à deux étages, 20 tonnes de savon consommées par jour. (Il y avait, paraît-il, un snob qui proposait de mesurer le degré de civilisation par le volume de savon consommé). Je me souviens d'un Bordelais qui, après deux bouteilles de Barsac, sur le « Cours de l'Intendance », me déclarait avec orgueil que sa ville natale était plus grande que Paris; elle est bâtie entièrement en immeubles de 3 étages. A Londres les immeubles n'ont que 2 étages. La ville occupe une surface de 400 kilomètres carrés. Les Anglais jusqu'à nos jours n'ont pas de constitution écrite. Dans la City, chaque jour, des sommes d'argent immenses passent de mains en mains, sans aucun contrat écrit, sans aucune quittance, rien que sur parole. Pas d'examen pour permis de conduire. Pas de diplômes pour construire des immeubles. Et pourtant dans aucun pays on ne trouve une si grande discipline sociale, commerciale et architecturale basée sur une tradition millénaire. Fair play. C'est pour cela qu'il est ici si facile de généraliser, de comparer, de systématiser et de décrire les différentes tendances d'architecture. Et c'est pour cela aussi qu'il est, ici, si difficile de trouver quelque chose « d'original », d'« individuel ». L'évolution de la vie est admirablement lente ici. Le Ministère de la Santé, paraît-il, n'accorde son autorisation pour introduire sur le marché un médicament nouveau qu'après avoir examiné son effet pendant trois ans. Avant de se lancer dans une nouvelle voie, l'Anglais veut être bien sûr que c'est la bonne. On comprend facilement pourquoi nous ne trouvons pas ici grand chose de ce que nous avons baptisé un peu à la hâte « le style moderne ». Par contre nous trouvons souvent une très bonne architecture. Une note spécifique est apportée au paysage Londonien par le large emploi des briques comme matériaux de construction. En lisant « The Survey of London » de John Stow, de l'époque Elisabethienne, nous nous apercevons à chaque page que les immeubles en pierre sont considérés comme des constructions vieilles et anciennes. L'architecture Tudorienne impose carrément la brique comme principal matériau de construction. Mais quelle brique! Depuis les tons de crème les plus tendres, à travers les écarlates, fortes et pleines de sang jusqu'aux violetts d'aniline, voilà la gamme dont, riche d'une expérience de plusieurs siècles, le maçon anglais se sert pour composer ses chefs-d'œuvre. Nulle part non plus je n'ai vu d'immeubles d'une « facture » si magnifique, sauf peut-être quelques petites églises du 18ème siècle en Dalmatie. La tradition de cette excellente brique est vivante en Angleterre encore de nos jours. Le Bureau Central de matériaux de construction, organisé d'une façon fort judicieuse, par l'Architectural Association au 7, Bedford
Square, expose environ quelques centaines d'espèces variées de briques, de différentes couleurs et nuances, mais toutes également superbes. Une attention particulière mérite une nouvelle sorte de brique poreuse nommée « Fosalsil » dont le poids propre n'est que de 0,7, donc moins lourd que l'eau. Sa légèreté lui crée ses excellentes conditions de statique, de manutention et de transport, tandis que sa porosité lui donne en plus une valeur isothermique parfaite. L'origine de ce matériau est curieuse; on l'a découvert paraît-il, dans les trous d'obus causés pendant la guerre par le bombardement des côtes d'Heligoland par une escadre anglaise. Après la guerre, un Consortium anglais a acquis ces terrains et les exploite. Actuellement le « Fosalsil » est recommandé par le Ministère de la Santé pour la construction des hôpitaux, des écoles, etc. De toute façon, la brique, ce matériau des Pharaons, une des bases de la tradition architecturale anglaise, présente en Angleterre une vitalité immense et une faculté prodigieuse de s'adapter à toutes les conditions. C'est grâce à elle qu'on trouve à Londres un nombre considérable de surfaces douces et coloriées, d'une échelle humaine par excellence, pleines d'effet et presque agréables à toucher. Probablement le conte de la maisonnette en pain d'épices a été inventé en Angleterre. Une des plus importantes exceptions à cette tradition constitue le grand immeuble de Dorchester Hotel, construit en 1930. Sa situation unique, au centre même de la ville, en face de Hyde Park, dans un quartier écrasé d'ailleurs par l'immense massif de Grosvenor House, est obtenue d'une façon extrêmement heureuse par une libre disposition des façades, tandis qu'une série de reliefs et de contre-reliefs, de reculs et de saillies, accommode bien cet immeuble au paysage de la ville. Une courbe légère et élégante lui ajoute beaucoup de confort et de chic. L'ossature de cet immeuble en béton armé (construite d'ailleurs par la maison française Considère), éveille ici une admiration générale, en révolutionnant les sens habitués à la brique. Il est très difficile de deviner la carcasse, car à l'intérieur on est submergé par une furie décorative, qui prend ici, semble-t-il, une revanche sur le noble extérieur. L'intérieur de l'hôtel conçu dans le style de velours du baroque espagnol, tel qu'on le réalise aux studios de Hollywood, est franchement impossible et supporte victorieusement, en fait de manque de goût, la concurrence redoutable des plus belles réalisations dites « Art Déco ». Quel travail, de découvrir les idées lumineuses de l'ingénieur derrière le dos des fauteuils baroques, derrière les faux balcons qui entourent le hall, derrière les « corbeilles » corinthiennes en peluche! D'ailleurs ce noble bâtiment possède également son petit scandale caractéristique. Je le cite entièrement sous la responsabilité de mon informateur: Un des auteurs, le fameux ingénieur en béton armé, Sir Owen Williams (qui est sans conteste un des plus grands esprits constructifs de ce pays... et peut-être d'ailleurs!) préparait une œuvre merveilleuse de simplicité et rayonnante de sa franchise joyeuse. La Direction ne pouvait pas accepter un tel morceau. Les vieux arguments ont été tirés à la lumière. On parla de la tradition nationale, de la « beauté absolue », de « la valeur didactique de l'art pur » et de tas d'autres choses « élevées ». On confia le travail « d'embellissement » à des « spécialistes ». L'art n'y a pas trouvé son compte, mais les snobs qui y habitent y ont goûté des satisfactions. Je reviens à la construction de cet hôtel — qui en vaut la peine. Le nombre des supports est réduit au minimum. Une série des cloisons est construite en béton. Les cloisons judicieusement armées, travaillent statistiquement comme poutres. Les murs extérieurs sont également en béton armé. Pour les couler, on s'est servi de coffrages faits à l'intérieur de panneaux isolants et à l'extérieur de plaques en pierre synthétique. Le coffrage, que l'on n'enlevait pas, sert de revêtement sur les deux faces de mur. Malheureusement la pierre synthétique est souvent sujet à craquelures. Des petites fissures à peine visibles apparaissent déjà sur la belle surface de l'immeuble, il est à craindre que bientôt cet ennui devienne plus grave encore. Le bâtiment de la station du Tube à Golder's Green, qui a été exécuté dans la même pierre il y a quelques années, est déjà couvert de petites craquelures. Incontestablement, le Dorchester Hotel, avec sa silhouette éclairée par des projecteurs extérieurs, avec ses alentours bien résolus et ses terrasses donnant sur le Hyde Park, est un des bâtiments les plus réussis de toute une série d'édifices construits ici pendant les dernières années. Particulièrement heureuse et curieuse est la solution du dos de l'immeuble avec la série de terrasses, salles, sorties de garages, passages et rampes de service, car ici « l'artiste » a moins mutilé les façades. L'hôtel vu
ALFORT - HOUSE ET GROSVENOR HOUSE Au premier plan, Alfort-House. Soubassement en pierre, au-dessus: briques, et balcons en ciment-pierre. --- LE «GROSVENOR HOUSE» Colosse en briques et pierre. A remarquer la façon de traiter les fenêtres décoratives (une par façade). Brique d'un marron très foncé, pierre grise et beige. de ce côté, à travers les fenêtres immenses des salles de réception de la Légation d'Egypte, est extraordinairement éloquent. Il est actuellement blanc. (Perret disait: «l'architecture c'est blanc»). Mais bientôt probablement il deviendra noir à cause de la poussière de charbon dont est imprégné l'air de Londres (que deviendra alors l'architecture?); mais sans aucun doute il laissera de belles ruines (1). Juste à côté de Dorchester Hotel se trouve quelque chose de bien irritant, cette fois en briques. Je parle de l'immeuble dit «Alfort House», dont l'ensemble s'efforce de démontrer «la continuité» de l'art architectural. Une théorie de balcons horizontaux en béton revêtu de ciment-pierre donne à la façade en briques, avec son rustique avancé, un cachet spécifique de faux modernisme. Il me semble que j'ai vu quelque chose de pareil soit à Asnières, soit à Bécon-les-Bruyères. Le socle en pierre semble écraser les fondations et les passants. L'attique à l'italienne flirte tristement avec le pâle soleil nordique et semble rêver des jours meilleurs. Par dessus le marché, les fenêtres envoutées de briques sont soigneusement pourvues de persiennes rustiques, aux couleurs vives et voyantes. Un tout petit peu plus loin se trouve un hôtel-théâtre-patinoire-restaurant baptisé en bloc «Grosvenor House», un colosse de 12 étages qui occupe paraît-il une surface de 6.000 mètres carrés environ. Les blocs répètent leur menace muette et grave le long de Park Lane à intervalles réguliers. Ils forment avec l'avenue des angles aigus. Cette disposition en zig-zag (qui était dictée par le désir d'orienter les fenêtres sur le parc), avec une série de cours ouvertes, aurait pu donner au quartier une note agréable. Il est à regretter que ce rythme imposant ait été ruiné par la solution du rez-de-chaussée qui suit l'alignement de la rue et crée des recoins redoutables. Les énormes murs en briques (matériel absolument hors d'échelle dans ce cas) sont percés de baies égales à intervalles égaux. Une ou deux fenêtres, sans raison visible se lancent en avant par leur décoration hautement recherchée en pierre sculptée. Pendant les heures d'affluence, jonché en haut de l'impériale de mon autobus, j'ai dû longtemps contempler les tourrelles de ce colosse. De la même position on voit le long de la belle avenue une série de petits hôtels particuliers datant du commencement du 19ème siècle. Leurs élévations demi-rondes s'exposent à la verdure d'en face. Malgré la variété des formes, l'avenue a une façade bien définie. Une noble façade, composée de cylindres en verre et stuc, juchés sur pilotis. Leur élégance fait songer à Karsavina immobile sur les pointes. La façade opposée de l'avenue est un parc immense. Leçon d'échelle. Leçon de mesure. Leçon d'architecture. En accélérant graduellement, l'autobus démarre en faisant disparaître derrière le tournant les lourdes murailles du Grosvenor. * L'histoire de l'architecture anglaise du Moyen-Age est relativement bien connue sur le continent. Les églises et basiliques de la période saxonne avec les ornements nerveux et sobres s'apparentent visiblement aux plus belles traditions nordiques, aux dalles des tombes irlandaises et aux ornements animalistiques dans lesquels W. Worring er trouve la genèse du gothique (Tower - St-John's Chapel; St-Bartholomew's chorus). Les cathédrales et les églises des monastères converties en cathédrales au temps de la Restauration, avec leurs nefs spacieuses remplies de lumière colorée et... acquisition récente — des étendards des régiments dissous, dressent leurs murs en pierre dans le silence des gazons environnants. Les élévations en verre, les tours aux dessins expressifs et les portiques ombrageux ont pénétré depuis longtemps dans toutes les «histoires illustrées» de l'architecture — même dans les plus sommaires. Que dire alors du style «Tudor», qui pendant longtemps hantait les esprit «continentaux»? Jusqu'à nos jours encore les marchands de tissus à Lodz et les épiciers enrichis d'Argenteuil rêvaient de posséder un cocktail-bar dans ce style «anglais». Les auberges ont popularisé suffisamment cette esthétique et les films venus d'outre-Atlantique ont vanté la noblesse des pans en bois et plâtre, le caractère exclusif et aristocratique des intérieurs «old-world». Lentement, parmi des luttes religieuses et politiques, la Renaissance pénetra dans les îles nordiques, en révolutionnant les mœurs. La cordialité moyennageuse, la vie simple et primitive de la «Merry Old England» subit des changements à la base. (1) Et c'est là encore un critérium de Perret.
En 1241 l'évêque de Lincoln écrivait à la Comtesse de Lincoln: «Votre famille, vos invités, vos chevaliers et vos serviteurs doivent tous s'assembler d'une manière ordonnée dans la Grande Salle des repas; ils doivent éviter de s'y quereller». Au 15ème siècle la situation change entièrement, si nous jugeons d'après le «Piers Plowman» de William Langfor, qui écrivait à cette époque: «Le Seigneur et sa Dame n'aiment pas s'asseoir dans la salle principale faite pour les repas, mais aiment manger chacun de leur côté dans un salon privé ou dans une chambre avec une cheminée». Le grand mouvement romantique de la Renaissance en changeant les mœurs, bouleverse l'architecture, transforme les plans, les masses, crée un style nouveau. Déjà sous le règne d'Henry VIII, en 1539, la confiscation des terres des monastères, l'encouragement de la construction sur les terrains ainsi libérés, crée une grande activité. A cette époque les maîtres italiens arrivent à la Cour d'Angleterre en apportant des conceptions architecturales inédites. Mais c'est seulement avec Elisabeth que la Renaissance devient vraiment un mouvement populaire et organique. Ce sont les idées de la Renaissance, les idées venant de France, d'Italie, de Hollande, qui s'établissent fermement sur les îles Britanniques, et s'adaptent au climat, aux conditions géologiques et aux exigences spécifiques anglaises. C'est bien cette période, relativement peu connue, qui a donné de vrais chefs-d'œuvre. Dans l'histoire des immeubles d'habitation à Londres on remarque deux moments décisifs: 1°. — la restauration de la monarchie; 2°. — Le grand incendie de Londres. Charles II, en rentrant en Angleterre avec les Chevaliers, a trouvé à Londres des vieilles maisons seigneuriales, entourées d'une City commerçante. Afin de se séparer de ce milieu mercantile, l'aristocratie émigre en masse vers l'ouest, en créant des quartiers nouveaux. Un grand nombre d'agglomérations nouvelles se créent ainsi à l'ouest et au nord-ouest de Londres, entièrement indépendantes les unes des autres, puisque les fermes entourant chacune d'elles suffisent complètement à leur approvisionnement. Ces agglomérations sont habituellement composées d'un groupe serré d'immeubles placés sur le périmètre d'une grande place rectangulaire, dont le centre est occupé entièrement par un magnifique gazon. Ils forment des ensembles disciplinés. (Les arbres et les grillages n'y ont été ajoutés que beaucoup plus tard). Les immeubles en question étaient habités par une population distinguée, pourvue de goût et de sens critique. C'est à cette circonstance que nous devons ces ensembles merveilleusement entretenus qui constituent de véritables chefs-d'œuvre d'urbanisme. Ils ont conservé encore jusqu'à nos jours le charme ravonnant des vieilles gravures anglaises aux couleurs harmonieuses, où on voit les rues et places de Londres peuplées d'une foule pittoresque de passants toujours en fête, les «mail-coaches» avec leurs postillons claquant du fout, les «Sedanchairs» de Elinor Gwynne, le nouvel équipage de Samuel Pepys et la carrosse d'Etat de George III avec son bel attelage. Inigo Jones (1573-1632) et Christopher Wren (1632-1723), voilà deux personnalités du classicisme anglais qui illuminèrent le 17ème siècle. Le premier a commencé sa carrière comme dessinateur de masques de théâtre, il est devenu un excellent architecte après ses voyages en Italie. Malheureusement ses grands ensembles, ses conceptions monumentales n'ont jamais été réalisés. Nous le connaissons presque exclusivement par la publication de ses dessins, faite par un autre architecte, W. Kent, un peu plus tard. Parmi ses dessins, le plan d'un quartier monumental à Whitehall est certainement l'un des plus intéressants. De tout l'ensemble, Inigo Jones n'a pu réaliser qu'une partie infiniment petite. Mais nous y pouvons juger de la puissance de cette personnalité remarquable et de sa maîtrise architecturale. Je parle du Banqueting Hall, qui faisait partie d'un vaste plan d'ensemble. Les proportions, le rythme des masses et la finesse des détails y sont étonnants! Tout récemment Sir E. Lutyens a attiré l'attention sur la «rustica» du rez-de-chaussée de cet immeuble, laquelle au lieu des cinq divisions traditionnelles, avec une «clef de voûte» au centre, n'en possède que quatre. A ma connaissance, c'est l'unique exemple dans l'histoire de l'architecture où ce motif bien connu a été traité de cette façon originale. L'effet est extraordinairement curieux; le socle du bâtiment apparaît léger, presque immatériel mettant en valeur le rythme des baies. (Il n'y a pas à Londres de ce soleil qui fait vivre les ombres!) Beaucoup d'autres bâtiments de Inigo Jones, aussi bien à Londres que dans la campagne, témoignent de nos jours du magnifique effort du palladianisme anglais. Inigo Jones savait, avec une sensibilité étonnante, adapter les formes classiques aux paysages, climats et matériaux locaux. (Hôpital à Greenwich, église à Covent Garden, etc.). Staple Inn à Holborn. Un des exemples de l'architecture à Londres avant l'incendie de 1666. Ossature en bois et remplissages en plâtres sur treillage. Le bâtiment se trouve aujourd'hui en plein centre de l'activité commerciale de la City. Collège de la Marine Royale à Greenwich. Nous voyons avec quelle maîtrise le grand Inigo Jones applique les formes et principes du palladianisme italien.
Le plan de reconstruction de Londres par Ch. Wren (1666). A remarquer la grande simplicité de la conception, son géométrisme puissant et son fonctionnalisme par rapport à l'orientation solaire. La communication y est résolue de la façon idéale pour l'époque. Le plan est en même temps une expression des aspirations et prétentions de la ville de l'époque du capitalisme naissant. Toute la composition pivote entre la Bourse, la cathédrale, les douanes et la citadelle. Wren a toujours voulu protéger les quais contre les atteintes des intérêts privés. Il voulait créer des quais-promenades aux aspects monumentaux. Voilà ce que l'on a fait de son idée au courant de trois siècles. (N° 1: les quais au 16ème siècle; N° 2: les quais au 18ème siècle; N° 3: les quais au 19ème siècle).
A côté de la Restauration de la monarchie, se produit un autre fait de première importance dans l'histoire de l'architecture de Londres: c'est le grand incendie de 1000, qui a ravagé la ville entière et qui a permis à un autre génie de l'architecture angloise, Sir Christopher Wren, d'exercer ses talents pendant la reconstruction. Les bâtiments du 16ème siècle, construits pour la plupart en pans de bois remplis de piatre, constituaient l'aliment par excellence pour le feu. (Un bon exemple de cette architecture est la Stapel Inn sur le Holborn, rescapée par miracule. Son calme idyllique au milieu du quartier le plus anime est étrange). Le 18 août 1000, le Gouvernement nomme une commission spéciale pour s'occuper de la reconstruction de la ville et du nouveau règlement municipal. Instruite par le désastre, l'autorité décide de se protéger dans le futur en adoptant toute une série de mesures. Le «bois et piatre» est définitivement banni et ceci la place a la belle brique du pays. Même les ornements — selon le décret — doivent être désormais en briques ou en pierre, à l'exclusion de l'ancienne mode, qui semblait favoriser le bois. Les largeurs des rues, les hauteurs des bâtiments, les épaisseurs des murs — tout cela est déjà prévu dans le nouveau règlement. C'est en majeure partie à cette législation sévère que nous devons aujourd'hui la discipline et l'unité architecturale de Londres. Mais ces règlements risquaient de rester lettre morte sans la grande inspiration du siècle, sans la personnalité brillante de Sir Christopher Wren. Toute sa longue vie fut remplie par un dur labeur, par des luttes dramatiques contre la jalousie et les intrigues de la cour. Il est presque incroyable d'apprendre aujourd'hui que ce constructeur de génie vivait d'un salaire de 4 livres par semaine et que le même salaire fut réduit à 2 livres vers la fin de sa carrière (G. Harmsworth). À l'âge de 12 ans, Wren étonnait déjà ses maîtres à l'école de Westminster par ses capacités mathématiques et ses progrès en grec et latin. Son sens constructif se développa rapidement. Étant encore à l'école, il construisait un «weather clock» et à l'université d'Oxford chaque semaine il y avait une exposition de ses dernières inventions. À l'âge de 25 ans, étant professeur d'astronomie, Wren fut appelé par Charles II, pour reconstruire la cathédrale St-Paul, qui à l'époque était la plus grande cathédrale du monde. Mais ce fut l'incendie de 1666, qui en détruisant la majeure partie de la ville, donna une occasion exceptionnelle à l'homme de génie. Je dirai que son héritage constitue l'épine dorsale de l'architecture à Londres. Dès le début de sa carrière, Wren apprend à connaître son véritable ennemi, et le prix dont il faut payer la franchise et les idées «nuisibles aux intérêts privés». Il prépare un vaste plan de reconstruction de la ville. Il ordonne. Il crée un système de distribution, un ensemble puissant et organisé. Il protège «l'intérêt public» contre les attentats de «l'initiative privée». Il dégage ses larges boulevards, ses routes magistrales unissant les «centres civiques», il donne aux quais de la Tamise l'aspect de larges avenues. La magnifique conception est toutefois rejetée par le Parlement comme trop révolutionnaire! (Quelle émouvante solidarité des «Pères de Ville» en tous temps et dans tous pays!). On se mit à reconstruire la ville à tout hasard, en adoptant la fameuse voie du compromis. C'est le contribuable d'aujourd'hui qui en supporte les conséquences: la régulation de la circulation urbaine coûte près de 7 millions de livres par an. Et c'est aujourd'hui à G. Harmsworth de s'écrier: «Un Londres sans embouteillage, sans voies à sens unique, la plus belle cité du monde, voilà ce que serait notre ville si les plans d'un architecte avaient été acceptés il y a 300 ans». D'autre part on verra en regardant les dessins (page 8), ce que les «intérêts privés» ont fait d'une magnifique cité au cours des siècles. Puni de son non-conformisme, Wren ne capitule pas, il n'abandonne pas la partie. Il pose les jalons d'un futur développement en construisant des dizaines d'églises. Travailleur infatigable, il surveille personnellement chaque pierre, chaque brique. Le couronnement de sa carrière est incontestablement la cathédrale St-Paul, qui, dans le plan de reconstruction de Londres devait jadis servir de point central. Parmi les débris de l'ancienne cathédrale il trouve une pierre avec l'inscription «Resurgam». Cette pierre est mise dans les fondations du nouveau bâtiment. Puis, entouré d'intrigues et de luttes continuelles, le travail se poursuit pendant 35 ans. Wren est toujours présent au chantier et se fait monter dans une corbeille volante pour surveiller la pose des nouvelles pierres (1). Le dôme de 130 mètres de hauteur est enfin fini (2). (1) Cette corbeille est encore aujourd'hui visible dans la cathédrale. (2) Il y a en vérité trois dômes, l'un dans l'autre; le premier forme la coupole intérieure, le second est celui visible de l'extérieur et le troisième entre les deux sert à soutenir la tourelle. Embouteillage à Oxford Street. La ville est bien malade. La Cathédrale de Saint-Paul, aujourd'hui au centre de la City.

Cette revue d'architecture, d'urbanisme et de décoration présente un numéro consacré à l'architecture en Angleterre, en France et à l'étranger. Elle inclut des articles sur des bâtiments spécifiques, des études techniques sur les matériaux comme la brique et l'aluminium, ainsi que des revues de publications et des informations sur les écoles d'architecture. Les prochains numéros sont annoncés comme traitant des écoles modernes et des théâtres.