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L'ARCHITECTE
REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION :
- MM. A. ARFVIDSON,
- L. H. BOILEAU,
- L. BONNIER,
- BOUWENS DE BOIJEN,
- A. DEFRASSE,
- AD. DERVAUX,
- ROGER EXPERT,
- TONY GARNIER,
- J. GODEFROY,
- CH. LETROSNE,
- P. PATOUT,
- CH. PLUMET,
- H. SAUVAGE,
- L. SOREL,
- A. VENTRE
RÉDACTEUR EN CHEF : MICHEL ROUX-SPITZ
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4e ANNÉE N° 8
AOÛT 1927
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SOMMAIRE
du numéro de "L'Architecte" d'Aout 1927
TEXTE
L'ÉVOLUTION DES CHARPENTES DU XIe AU XVIIIe SIÈCLE
(suite) ... H. DENEUX.
PLANCHES
Pl. 43 et 44. — Immeuble à loyers modérés, boulevard de Port-Royal, à Paris. ... JACQUET.
Pl. 45 et 46. — Hôtels particuliers, rue du Bois de Boulogne, à Neuilly. BEAUDOIN et LODS.
Pl. 47. — Église de Bléharies (Belgique). Henry LACOSTE.
Pl. 48. — Villa à Saint-Clair (Var). DJo BOURGEOIS.
Correspondants: M. GOETZ, Eppendorferstieg, 39, Hamburg.— Autriche: D'Ermers, Schegargasse, 17, Vienne.
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans "L'Architecte" deviennent la propriété de la revue.
FRANCE ... Le numéro 12 fcs. — L'abonnement (12 numéros) ... 120 fcs.
ETRANGER ... 1°. Pays ayant adhéré à la convention de Stockholm (tarif postal abaissé) le numéro 14 fcs. ... 140 fcs.
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L'ÉVOLUTION DES CHARPENTES DU XIe AU XVIIIe SIÈCLE (Suite.)
Tous les bois ont 0m15×0m15 en moyenne, cependant les chevrons sont sensiblement plus forts à la base qu'au faite — 0m17×0m13 à la base et 0m12×0m12 à l'extrémité supérieure. — Ils sont espacés de 0m66 d'axe en axe. (fig. 85).
La charpente actuelle du chœur de N.-D. de Paris n'est pas la charpente primitive. Cette dernière reposait, à l'origine, sur une corniche placée à 2°70, en contre-bas, de l'arase actuelle. Cette surélévation des murs, qui aurait été exécutée, d'après Viollet-le-Duc (1), à la suite d'un incendie que l'histoire ne mentionne pas, est plutôt due à la nécessité d'avoir des entrails à la base de la charpente, pour relier entre elles les sablières placées sur les murs gouttereaux. Or, avec l'arase primitive, en contrebas de l'extrados des voûtes, ces entrails ne pouvaient exister. Toute la charpente actuelle a donc dû être refaite vers 1220, avec les bois provenant de la première charpente. De nombreuses mortaises, encore visibles et inutilisées dans la nouvelle disposition, en font foi (fig. 86).
Dans cette charpente, on a bien l'impression que les deux pièces longitudinales, placées sous les premiers entrails retroussés, au tiers de leur portée, ont pour but de les soulager, tandis que celle placée au milieu des seconds entrails retroussés ne remplit qu'un rôle d'étrésillonnement, puisque ces entrails ne reposent pas sur cette pièce.
Nous constatons encore dans cette charpente l'absence de faitage, l'étrésillonnement longitudinal étant limité au niveau des entrails retroussés inférieurs.
Les poteaux et faux arbalétriers moisés ont pour but de soulager les grands entrails inférieurs. Toutes les pièces moisées sont rendues solidaires par des clés et clavettes en bois, sans aucun élément de fer. Les chevrons, espacés de 0m814, sont raidis dans leur hauteur par les trois entrails retroussés et des jambettes à la base.
La charpente de la nef de N.-D. de Paris, sensiblement postérieure à celle du chœur, marque un léger perfectionnement sur cette dernière.
Dans la charpente de la nef, le poinçon, placé dans l'axe, soulage l'entrail inférieur par son milieu, à l'aide de clés et de clavettes en bois. La tête de ce poinçon est directement soutenue par des arbalétriers assemblés sous le dernier entrail retroussé. Des moises pendantes, fixées par le haut près des arbalétriers, viennent également soulager l'entrail inférieur.
Nous retrouvons dans cette charpente, comme à celle du réfectoire de St-Martin des Champs,
AOUT 1927.
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(1) Dict. d'Architecture. T. II, p. 292.
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Du début du xme siècle, et ayant quelqu'analogie avec la précédente charpente, nous avons celle de l'église Notre-Dame à Mantes (S.-et-O.). Les chevrons sont raidis par deux entrails retroussés, et par une jambette à la base. Dans cette charpente les chevrons de fermes forment arbalétriers et s'assemblent avec le poinçon qui atteint, pour la première fois, le faite de la charpente. L'assemblage des deux chevrons-arbalétriers avec le poinçon est très particulier. Ces chevrons-arbalétriers renforcés à la partie supérieure butent, sous deux épalements, la tête du poinçon. Le tout est traversé par un « prisonnier » qui consolide l'assemblage des trois pièces. (fig. 88). Nous retrouvons dans cette charpente, les trois pans de bois d'étrésillonnement, qui existaient déjà dans la charpente de la nef de Notre-Dame de Paris.
Celle de la cathédrale de Meaux, sur le chœur, le transept et une partie de la nef, rappelle beaucoup les dispositions de Notre-Dame de Paris et de Notre-Dame de Mantes.
Les combles supérieurs de la cathédrale de Rouen furent en grande partie détruits, le 15 septembre 1822, par un incendie provoqué par la foudre. (fig. 89).
Toute la charpente fut refaite à neuf à la suite de cet incendie, à l'exception de la moitié de la nef, vers le portail occidental.
Dans cette partie ancienne conservée, on constate, tout d'abord, qu'au xvi° siècle le niveau de la corniche ayant été surélévé — probablement après l'incendie du 4 octobre 1514 — on a retaillé la charpente du xm° siècle par la base. Les gros entrails, ainsi que les énormes sablières, dateraient de cette époque.
Malgré les modifications apportées aux différentes époques, on peut assez aisément reconstituer la disposition du xm° siècle.
Fig. 87. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. — Notre-Dame de Paris. Nef.
les éléments indispensables pour constituer une ferme : l'entrail, le poinçon et les arbalétriers; la seule fonction de ces derniers étant de soulager l'entrail par l'intermédiaire du poinçon et des moises pendantes. (fig. 87).
L'étrésillonnement longitudinal est assuré:
1° Par le pan de bois situé dans le plan des poinçons, composé de deux sous-faitages avec liens obliques.
2° Par deux autres pans de bois qui maintiennent l'écartement des chevrons vers les extrémités des premiers entrails retroussés. L'écartement des chevrons est moindre à la nef qu'au chœur. Il n'est, ici, que de 0°64 d'axe en axe.
Fig. 88. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. Notre-Dame de Mantes.
Fig. 89. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. — Cathédrale de Rouen.
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On remarque que cette charpente, qui doit remonter aux environs de 1240, n'était assemblée qu'avec des assemblages à mi-bois et à queue d'aronde.
Trois pans de bois longitudinaux, comme dans les charpentes précédentes, assurent l'étrésillonnement des chevrons. Ceux-ci sont espacés de $0^{m}67$ d'axe en axe.
Nous pourrions multiplier les exemples de charpentes de la première moitié du xme siècle, citer celle du chœur de la cathédrale d'Auxerre (fig. 90) qui possède deux pans de bois d'étrésillon-
nent avec de grandes croix de Saint-André placées dans ces deux plans longitudinaux; celle du chœur de l'église Notre-Dame d'Etampes (fig. 91) dont tous les chevrons sont doublés et constitués en poutre armée et bien d'autres, dont nous donnerons, en appendice, la liste, mais déjà, par les exemples précédents, nous remarquerons qu'au cours de la première moitié du xme siècle, les constructeurs cherchent à étrésillonner entre eux les chevrons formant fermes, en commençant par le bas, puis en remontant jusque sous le dernier entrait retroussé, par un, deux et trois pans de bois longitudinaux.
Nous verrons, par les exemples qui vont suivre,
qu'à partir de la seconde moitié du xme siècle, la pièce de faîtage apparaît et, avec elle, les croix de Saint-André entre faîtage et sous-faitages.
La charpente la plus ancienne, à notre connaissance, qui possède un faîtage, recouvre les bâtiments de l'ancien évêché d'Auxerre, actuellement préfecture.
Fig. 90. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. — Cathédrale d'Auxerre. Chœur.
Fig. 91. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. Notre-Dame d'Etampes. Chœur.
Fig. 92. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. — Hôtel-Dieu de Tonnerre.
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L'ARCHITECTE
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section triangulaire. Chaque frise n'a, comme longueur, que l'écartement d'axe en axe des chevrons, soit 0m81.
Le joint formé par l'extrémité des frises est caché par un couvre-joint rapporté à chaque chevron.
Afin d'éviter les effets de condensation, qui se seraient produits sur cette voûte, aux changements de température, des trous de ventilation ont été ménagés dans le lambrissage et disposés en quinconce entre les couvre-joints.
Le poinçon dans sa partie apparente a été élégie : de section carrée, il devient polygonal avec une base et un chapiteau aux changements de section.
Les entrails inférieurs sont chanfreinés à droite et à gauche de l'assemblage des poinçons, pour laisser au bois toute sa force au droit des assemblages.
Dans toute la région que nous avons visitée les assemblages à mi-bois et à queue d'aronde, que nous avons vus employés depuis le xie siècle, disparaissent vers le milieu du xmie siècle; nous ne les retrouvons plus après 1260 environ, tandis qu'en Allemagne et en Suisse on les rencontre encore au début du xixe siècle. Nous reviendrons plus loin sur cette question des assemblages.
XIVe siècle. — Les charpentes du xive siècle rencontrées par nous sont peu nombreuses. Elles ne diffèrent pas des charpentes de la fin du xmie siècle. Elles possèdent généralement la pièce de faîtage, qui manque aux charpentes du début du xmie siècle.
H. DENEUX,
Architecte du Gouvernement.
(A suivre.)
Cette charpente, lambrissée à l'origine, possède encore quelques traces de son lambris. Viollet-le-Duc en donne des détails dans son dictionnaire, (T. III, p. 26 et 28) et il la place vers le milieu du xmie siècle.
Celle de l'ancien Hôtel-Dieu de Tonnerre, fondé en 1293 par Marguerite de Bourgogne, beaucoup plus importante que la précédente, également lambrissée, est une des plus belles charpentes du Moyen âge. Elle est caractérisée par sa grande portée et la simplicité des moyens employés pour l'étrésillonnement des chevrons (fig. 92).
La longueur totale des entraits est de 21m25, avec une section moyenne de 0m30×0m30.
Les chevrons, d'un seul brin, ont 19m25 de longueur avec une section de 0m16×0m18 au faitage et de 0m20×0m26 au départ des blocs. Un faitage et trois sous-faitages, reliés entre eux par des liens obliques, assurent l'étrésillonnement dans le plan des poinçons. Deux autres pans de bois longitudinaux, placés entre le premier et le second entrait retroussé, complètent cet étrésillonnement.
La voûte en bois est formée par une série de frises, d'une
Fig. 94. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. — Paris, église St-Leu-St-Gilles.
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EXPLICATION DES PLANCHES
PLANCHES 43 et 44. — Immeuble à loyers modérés, boulevard de Port-Royal, à Paris. — G. JACQUET, architecte (D.P.L.G.).
L'immeuble, situé auprès du jardin du Luxembourg, est exposé en plein midi.
Il se trouve au-dessus du lit de la Bièvre, et le bon sol est à 7 m. au-dessous du niveau du boulevard. On a utilisé le terrain en disposant au deuxième sous-sol les caves et, au premier sous-sol, les garages. Autre avantage : le lavage des voitures peut se faire dans le garage en raison du niveau des égouts, qui est plus bas que dans les autres quartiers, puisque ceux-ci doivent passer sous la rue Pascal, en contre-bas du boul. de Port-Royal.
L'immeuble qui se compose de deux bâtiments, sur rue et sur cour, est desservi par deux ascenseurs de maîtres, un ascenseur de service et un monte-charge allant des caves au 7e étage. Le passage d'un bâtiment à l'autre est agréablement décoré de jardins et de pergolas. Les sculptures de la façade, entièrement en pierres de taille, sont de M. Letourneur. Le fer forgé est dû à M. Delion.
PLANCHES 45 et 46. — Hôtels particuliers, rue du Bois de Boulogne, à Neuilly. — BEAUDOIN et LODS, architectes (D.P.L.G.).
Ces hôtels s'élèvent dans un quartier où les servitudes de jardins et d'espaces libres sont importantes.
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Figure 98 - Hôtels particuliers rue du Bois de Boulogne, à Neuilly.
- Plan du rez-de-chaussée (hôtel de droite).
Les terrains étant petits et les zones non ædificandi étendues, toute la surface disponible a été construite, soit 400 m2. Les architectes, afin de profiter au mieux de la situation, ont cherché à aérer le plan le plus possible en faisant communiquer le jardin et le salon, lui-même accroché sur la salle à manger.
La construction est faite entièrement de briques apparentes pour les verticales, de béton armé pour les horizontales. La terrasse a été aménagée en jardin entouré de buis, qui isole des voisins, mais permet une vue reposante sur les arbres du bois, du parc Saint-James et, à l'horizon, sur le Mont Valérien. Les bas-reliefs des façades sont dus à M. Letourneur, les balcons de fer forgé, à M. Desvallières.
Figure 99 - Hôtels particuliers rue du Bois de Boulogne, à Neuilly.
- Plan des terrasses.
Figure 100 - Hôtels particuliers rue du Bois de Boulogne, à Neuilly.
- Plan du premier étage (hôtel de droite).
Figure 101 - Hôtels particuliers rue du Bois de Boulogne, à Neuilly.
- Façade latérale gauche.
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PLANCHE 47. — Église de Bléharies (Belgique). — Henry Lacoste, architecte (D.P.L.G.).
L'église est de plan rectangulaire, sans transept avec cheur à fond plat sans déambulatoire. On passe de la largeur de la nef à celle du cheur par un berceau conique. Elle est entièrement en ciment armé; le hourdis de la toiture, fait d'éléments moulés d'avance, s'appuie sur des pannes que portent six grands arcs de 13 mètres d'ouverture espacés de 5 mètres d'axe en axe. Le clocher octogonal en briques s'élève à droite du portail et forme perspective à l'extrémité d'une rue importante du village. A son pied la salle des catéchismes relie à l'église le presbytère. « Sur un sous-bassement en pierre de Tournai, dont la couleur sombre
Fig. 102.
Hôtels particuliers rue du Bois de Boulogne, à Neuilly.
Façade postérieure des deux hôtels mitoyens.
Fig. 103. — Eglise de Bléharies (Belgique). — Plan.
Fig. 104. — Eglise de Bléharies (Belgique). — Façade