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L'ARCHITECTE
REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION
- MM. ARFVIDSON
- J. AUBURTIN
- LOUIS-H. BOILEAU
- LOUIS BONNIER
- BOUWENS DE BOIJEN
- A. DEFRAASSE
- AD. DERVAUX
- TONY GARNIER
- L. GODEFROY
- CH. LETROSNE
- PIERRE PATOUT
- CH. PLUMET
- H. SAUVAGE
- LOUIS SOREL
- ANDRÉ VENTRE
Rédacteur en chef : Michel ROUX-SPITZ
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NOUVELLE SÉRIE
3° ANNÉE N° 40
OCTOBRE 1926
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SOMMAIRE
TEXTE
MARCEL AUBURTIN (1872-1926) . . . . André Bérard.
PLANCHES
Pl. 55 à 58. — Immeubles à loyer modéré, Porte de Saint-Cloud, à Paris . . . . P. et L. Guidetti.
Pl. 59. — Filature à Wambrechies (Nord). A. Granet.
Pl. 60. — Hôtel particulier à Versailles (S.-et-O.) . . . . . . . . . . . . . . . A. Lurçat.
Un numéro : France, 12 fcs. — L’abt (12 n°s): France, 120 fcs.
L’abt Etranger: 1° Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Congo Belge, Bulgarie, Canada, Chili, Cuba, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Colonies Américaines, Ethiopie, Grèce, Hongrie, Italie et Erythrée, Lettonie, Luxembourg, Paraguay, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, U.R.S.S., Uruguay, Yougoslavie.
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L'ARCHITECTE
MARCEL AUBURTIN
1872-1926
Le 20 août dernier, nous conduisions à sa dernière demeure notre cher Auburtin, et le Président de la Société des Architectes Diplômés par le Gouvernement, mon ami G. Legros, prononçait sur sa tombe des paroles d’adieu, où il sut, avec son grand cœur, associer l’émotion qui l’étreignait à celle des confrères qui l’écoutaient.
Ceux auxquels je m’adresse dans cette belle revue savent ce que fut Auburtin, mais, tout de même, je ne sais si ses œuvres seules suffisent à montrer la grande influence qu’il a exercée et mettent assez en valeur les qualités de ce très rare artiste.
Auburtin n’avait pas la notoriété à laquelle il avait droit. Il ne faut pas trop s’en étonner, car l’Architecture est un art qui reste toujours fermé aux foules, et ils sont bien rares ceux qui peuvent y conquérir, sinon la gloire, du moins la célébrité.
Les architectes de notre époque, comme ceux des temps passés, dédaignent volontiers la vaine popularité, mais lorsque un homme éminent comme Auburtin disparaît ses confrères et ses disciples ont le droit de regretter qu’un petit écho ne lui ait pas été consacré par la grande Presse, si accueillante d’ordinaire aux pires médiocrités.
Ce regret est d’autant plus vif que notre ami avait, réunies en lui, les qualités qui permettent à un architecte d’être complet dans son art.
À un jugement très fin, à une culture générale très étendue, il joignait une brillante imagination ; mais il savait modérer cette dernière, car il considérait que l’architecte doit résoudre simplement les problèmes qui lui sont posés et non profiter de la confiance qui lui est accordée pour se créer une réputation plus ou moins justifiée de virtuosité et d’habileté.
Cet effacement volontaire qu’Auburtin apportait à sa propre personnalité dans toutes les œuvres qu’il a exécutées, cette horreur innée qu’il avait non seulement pour la réclame, mais encore pour tout ce qui pouvait attirer l’attention sur lui-même, sont la marque très particulière de son talent et de son caractère, et c’est ce qui nous rend plus dure encore la perte que nous avons faite en lui; car il était, à notre époque de transformation dangereuse, un vivant exemple de dignité et de noblesse professionnelles.
Un jour, que je rappelais à Auburtin le mot célèbre de Goethe : « Je ne reconnais d’autre suprématie que celle de la bonté », je vis ses yeux se mouiller légèrement et, de sa pauvre voix déjà assourdie par la maladie, il me dit: « On n’est jamais assez bon »; car chez lui les qualités du cœur dépassaient encore celles de l’esprit.
Je ne l’ai jamais entendu mal parler de quelqu’un, et sa seule cruauté vis à vis des hommes qu’il était en droit de mépriser était son sourire — mais quel sourire !
Je m’excuse de parler peut être plus de l’homme que de l’artiste, mais l’artiste est à tout le monde et l’homme est à ses seuls amis. J’ai eu le bonheur d’être de ceux-là, et je crois qu’après avoir exposé le beau caractère d’un camarade, il me sera plus aisé de parler ensuite de ses œuvres.
Marcel Auburtin était né à Paris en 1872. Son père, architecte de la Ville de Paris, qui avait construit l’École Alsacienne, y plaça son fils, et ce dernier, ses études terminées, entra à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Pascal.
Il écouta avec enthousiasme les conseils de ce maître qui avait le secret de se faire adorer par toute la jeunesse qui lui faisait cortège, et, après de brillantes études, après être monté plusieurs fois en loge, il obtenait en 1896 son diplôme sur un délicat projet d’habitation pour un potier d’art. L’année suivante il décrochait un second Grand Prix de Rome sur un palais des Hôtes de la France.
Son âge lui aurait permis de poursuivre le Grand Prix, mais il venait d’avoir au concours, avec son ami Umbdenstock, la construction du Palais des armées de terre et de mer pour l’Exposition de 1900.
Ce bel édifice avait été conçu avec toute l’ampleur que comportait le sujet, et son imposante façade qui se reflétait dans la Seine tranchait heureusement avec la débauche d’ornements et de staffs dont trop de palais avaient été gratifiés.
La croix de la Légion d’honneur vint consacrer pour chacun des jeunes auteurs le succès de leur œuvre. Il y a maintenant plus de vingt-cinq ans de cela, et nul gouvernement n’a songé pendant ces cinq lustres à élever Auburtin au grade d’officier, dans un ordre où il était entré avant sa trentième année. Ses œuvres, cependant, ont été variées, nombreuses, parfois éclatantes : et rien ne prouve mieux la modestie de cet artiste.
Auburtin a beaucoup produit et en énumérant ses œuvres j’en oublierai sans doute ; je m’excuse aussi de les citer sans ordre chronologique, comme elles me viennent à l’esprit lorsque je ferme les yeux et que j’évoque toute la carrière de mon pauvre ami.
OCTOBRE 1926.
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L'ARCHITECTE
Fig. 109. — Immeubles à loyer modéré, porte de Saint-Cloud, à Paris. — Développement de la façade.
Je me souviens des difficultés qu'il eut à résoudre pour construire l'hôtel Westminster, rue de la Paix, sans toucher aux locaux du grand joaillier qui occupait le rez-de-chaussée. La façade très noble fut primée par la Ville de Paris.
Et puis je vois aussi le calme hôtel qu'il a élevé pour son beau-frère, le statuaire Gardet, avec son bel atelier peuplé de grands fauves et enfoui sous la verdure du Hameau Boileau.
Que de fois, passant rue Louis-David devant le petit hôtel qu'il a construit pour le peintre Bracquemont, je me suis rendu compte quel artiste délicat était celui qui avait su donner à la simple brique tant de souplesse et de grâce.
On lui doit encore plusieurs maisons de rapport dont une, place de la Nation, a été primée au concours des façades.
C'est lui aussi qui construisit le cinéma du Colisée, salle charmante avec ses tapisseries anciennes, et ses meubles de style, où le beau monde peut sans déchoir, prendre, en bonne compagnie, un plaisir qui passionne d'ordinaire les faubourgs.
Fig. 110. — Immeubles à loyer modéré, porte de Saint-Cloud, à Paris. — Plan d'un étage.
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L'ARCHITECTE
Il édifia le Bal Tabarin et aussi la Salle de l'Apollo, où son esprit ingénieux avait su réaliser le tour de force de transformer en quelques minutes une salle de spectacle en salle de danse. Qui ne se souvient du Basculo qui fit courir tout Paris?
Je cite encore le petit Hôpital d'Albertville, où sur un programme limité il a su donner à sa composition ce caractère de gaité et de belle hygiène qui, dès l'entrée, réconforte les malades.
Mes souvenirs vont aussi au charmant hôtel du Mont-d'Arbois à Mégève, à sa douce tiédeur au milieu des neiges, à sa bonne intimité qui fait fraterniser de suite une clientèle élégante, toute joyeuse du coup de fouet des sports d'hiver.
Et je songe aussi à ce foyer des P.T.T. à Arcueil-Cachan et à toutes ces villas construites un peu de tous les côtés, et où son sens du confort et son goût des masses simples ont donné, plus encore que dans les œuvres importantes, la mesure de son talent distingué.
Et je pense avec émotion à celle qu'il avait bâtie pour les siens à Varengeville-sur-Mer, et dont les photographies que j'ai sous les yeux ont
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Fig. 111. — Immeubles à loyer modéré, porte de Saint-Cloud, à Paris. — Coupes.
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L'ARCHITECTE
conservé le souvenir des heures joyeuses que nous ne pouvons croire si vite envolées.
L'Architecte a publié quelques-unes des œuvres de ce bel artiste, dans un numéro en particulier paru hélas! le jour même de sa mort: la charmante école des filles de la rue de Pontoise et cet étonnant Foyer rémois, miracle d'ingéniosité et d'organisation pratique, qui montre à lui seul que dans la conception des cités-jardins la France n'a rien à envier aux pays qui l'ont précédée dans le désir de rendre accessibles aux humbles la joie et la fierté du foyer familial.
Cet ensemble de six cents maisons n'est composé que de quelques types seulement, mais leur groupement est si habile que toutes ces habitations paraissent différentes les unes des autres et qu'aucune monotonie ne se dégage d'une agglomération dont les éléments sont si peu nombreux. Ce résultat remarquable était dû non seulement à son talent d'architecte, mais encore à la parfaite connaissance qu'il avait des règles qui régissent la composition des Cités, et cela m'amène à évoquer l'Urbaniste très remarquable qu'il était.
Auburtin avait un véritable amour pour cette science, qui n'est pas si neuve que l'on dit, et à laquelle on a donné le vilain nom d'Urbanisme.
Dans ses rêveries ou ses loisirs, ses yeux se tournaient toujours vers la composition des plans de villes. Il possédait à fond ce sujet et l'on peut dire, comme de son éminent camarade M. Jausely, qu'il avait lu tout ce qui avait été écrit en France comme à l'étranger sur un sujet qui le passionnait si justement.
Quand on songe à l'ordre, à la méthode, à l'harmonie qu'un architecte digne de ce nom est capable d'apporter dans la composition d'un plan d'architecture, et comment, d'un programme même confus il peut tirer un parti logique, pondéré et équilibré, on demeure confondu de constater que les villes ont presque toujours été bâties sans qu'une directive générale ait empêché le désordre, le chaos et l'erreur, et l'on comprendra qu'un esprit aussi ouvert que celui d'Auburtin ait été conquis par ces questions dont l'acuité vient seulement de se manifester dans ces dernières années.
Lorsqu'en 1910 la ville d'Anvers voulut affecter les terrains provenant de ses fortifications à de nouveaux quartiers, elle ouvrit un concours international pour la solution de ce problème.
Fig. 112. — Filature à Wambrechies (Nord). — Plan.
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L'ARCHITECTE
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FIG. 113.
FILATURE A WAMBRECHIES (NORD).
Coupe transversale d'une salle de filature.
Les lauréats furent deux des nôtres, et si le premier prix revint à notre camarade Prost, le second prix fut attribué à Auburtin.
Alors que ces questions étaient déjà très avancées en Angleterre et surtout en Allemagne, le clair esprit de notre race, son amour de l'ordre et de la logique favorisaient nos compatriotes, au point de les classer avant des hommes qui, comme le professeur Stubben, avaient dans cet ordre d'idées une réputation mondiale.
Auburtin était président de la Société des Urbanistes et c'est aux séances de cette Société, comme dans celles de la Commission supérieure d'aménagement et d'extension des villes, que j'ai eu si souvent le plaisir d'entendre ses idées si neuves et d'une réalisation si pratique, et qui étaient de véritables leçons d'urbanisme.
Mais il n'était pas seulement un théoricien, et dans de nombreux projets il a fait de ses idées des applications lumineuses.
Je citerai seulement le plan d'aménagement de Paris qu'il fit en collaboration avec MM. Agache, Parenty et Redont, et qui obtint le second prix dans le concours ouvert par la Ville, puis un premier prix encore dans le concours international de Belgrade (en collaboration avec MM. Naville et Parenty).
Enfin, le plan d'Annemasse et celui d'Annecy, où avec une grande souplesse de talent il sut
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FIG. 114.
FILATURE A WAMBRECHIES (NORD).
Coupe de la tour centrale.
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