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L'ARCHITECTE
REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION
- MM. ARFVIDSON
- J. AUBURTIN
- LOUIS-H. BOILEAU
- LOUIS BONNIER
- BOUWENS DE BOIJEN
- A. DEFRASSE
- AD. DERVAUX
- TONY GARNIER
- L. GODEFROY
- CH. LETROSNE
- PIERRE PATOUT
- CH. PLUMET
- H. SAUVAGE
- LOUIS SOREL
- ANDRÉ VENTRE
Rédacteur en chef : Michel ROUX-SPITZ
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NOUVELLE SÉRIE
2° ANNÉE N° 11
NOVEMBRE 1925
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SOMMAIRE
TEXTE
- LA MÉTROPHOTOGRAPHIE APPLIQUÉE À L'ARCHITECTURE (suite) . . . . . . . . . . . . H. DENEUX.
- L'EXPOSITION DES ARTS DECORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES. — VISITE AUX Pavillons Étrangers . . . . . . . . . . . . J. PORCHER.
PLANCHES
- Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes :
- Pl. LXVIII et LXIX. Pavillon de l'Autriche . . . . . . . . . . . . J. HOFFMANN.
- Pl. LXX. Pavillon de la Grande-Bretagne. EASTON et ROBERTSON.
- Pl. LXXI. Pavillon des Pays-Bas . . . . . . . . . . . . J. F. STAAL.
- Pl. LXXII. Pavillon de la Pologne . . . . . . . . . . . . J. CRAJKOWSKI.
- Pl. LXXIII. Pavillon de la Suède . . . . . . . . . . . . CARL-S. BERGSEN.
- Pl. LXXIV et LXXV. Pavillon de la Tchécoslovaquie. J. GOCAR.
Un numéro : France, 10 francs. Étranger, 12 francs
L'abonnement annuel : France, 100 fr. Étranger, 120 fr.
L'année parue (1924) en portefeuille . . . . . . . . . . . . 125 fr.
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LA MÉTROPHOTOGRAPHIE APPLIQUÉE À L'ARCHITECTURE (Suite.)
Recherche de la distance focale.
a) Si l'image perspective donne la représentation d'une surface carrée, il est possible de déterminer la distance focale.
Nous ne pouvons, au cours d'un résumé aussi succinct, envisager les différentes positions de la surface carrée par rapport au tableau. Nous supposons donc (fig. 124) que cette surface carrée se trouve dans un plan horizontal et dans une position quelconque.
Soit le carré $a b c d$ . Les côtés $a b$ et $a d$ forment un angle quelconque avec le tableau.
En prolongeant $a b$ et $c d$ nous obtenons le point de fuite F' en prolongeant $a d$ et $b c$ nous déterminons le point de fuite F. Si nous réunissons F et F' nous obtenons la ligne d'horizon HH'.
En menant les diagonales $a c$ et $b d$ et en prolongeant jusqu'à leur rencontre avec la ligne d'horizon, nous aurons déterminé deux nouveaux points de fuite F et F₂.
L'intersection des deux demi-circonférences tracées sur FF' comme diamètre et sur FF₂, donne le point O. La longueur de la ligne OP, perpendiculaire à HH', représente la distance focale, ou distance de l'œil du spectateur au tableau.
Le point P est le point principal déterminé en même temps que la distance focale.
Bien souvent l'un des quatre points de fuite est inaccessible, on y remédie par des constructions graphiques que nous ne pouvons développer ici.
b) L'image ne comporte pas de surface carrée, mais les éléments suffisants pour en déterminer une.
Dans une perspective de jardin, les allées ou massifs circulaires, les bassins, permettront d'inscrire ou de circonscrire un carré à un cercle (fig. 125).
Dans un intérieur, une table ronde, un guéridon rendront le même service. Dans une vue d'intérieur, deux portes ou deux fenêtres d'égaux largeurs, ou dans une vue extérieure, deux fenêtres percées dans deux murs perpendiculaires entre eux, permettront de déterminer la perspective de carrés (fig. 126) et, par conséquent, la distance focale OP.
NOVEMBRE 1925.
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c) Si l'on connaît l'ouverture de deux angles situés dans des plans horizontaux, quelle que soit l'ouverture de ces angles, la ligne d'horizon étant connue, il est possible de déterminer la distance focale (fig. 127).
On commence par chercher les points de fuite des côtés de ces angles. Puis avec les deux points de fuite des deux côtés de chaque angle, comme corde, on décrit l'arc capable de chacun d'eux. L'intersection de ces arcs détermine le point o. La perpendiculaire OP sur HH', donne la distance focale et le point P, le point principal.
d) L'image perspective donne la représentation de deux angles droits situés dans les plans horizontaux et de directions différentes.
Dans ce cas, comme pour le carré, on recherchera les deux points de fuite des côtés de chaque angle droit et les deux demi-circonférences, par leur rencontre, détermineront le point O. La perpendiculaire OP sur HH' sera la distance focale cherchée (fig. 128).
e) Connaissant les dimensions des deux côtés d'un angle droit, situé dans un plan horizontal et les points de fuite des deux côtés, il est possible de déterminer la distance focale.
Soit (fig. 129) le rectangle $a'b'c'd'$ en perspective, et $abc'd$ le même rectangle en géométral. On détermine les deux points de fuite F et F' et on trace une circonférence avec FF' comme diamètre. On construit ensuite l'angle FNF' de manière que NF' et NF soient dans le rapport donné des deux côtés $ad$ et $dc$ de l'angle droit. Après avoir mené $b'd'$ jusqu'à sa rencontre avec HH' en F', on réunit NF' et l'on prolonge jusqu'en O, à l'intersection de l'autre demi-circonférence. La
perpendicularaire OP abaissée de O sur HH' donne la distance focale. P est le point principal.
f) Connaissant les emplacements respectifs d'au moins trois points, non en ligne droite, appartenant à un même plan horizontal, la ligne d'horizon étant connue, on peut déterminer la distance focale et le point principal.
Soit (fig. 130) la perspective d'un triangle $abc$ situé dans un plan horizontal et dont les trois sommets sont respectivement (fig. 131) en géométral $a'b'c'$ .
On commence par chercher les points de fuite FF₁F₂ des lignes $cb$ , $ac$ , $ab$ , en prolongeant ces lignes jusqu'à la ligne d'horizon. Puis du point $a'$ (fig. 131) on mène une parallèle à $b'c'$ , soit $a'x$ , et l'on prolonge s'il y a lieu $a'b'$ .
Avec une bande de papier, on relève (fig. 131) ces points FF₁F₂. On porte ensuite cette bande
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de manière à faire coïncider les points FF, F2 avec les lignes $a'x$ , $a'c'$ , $a'b'$ . Lorsque la coïncidence est parfaite, on trace la ligne TT', qui représente la position du tableau. Si du point $a'$ on abaisse une perpendiculaire sur cette ligne TT' on détermine la position du point principal P, $Pa'$ étant la distance focale. En reportant ensuite la bande de papier sur la fig. 130 on note l'emplacement du point P sur la ligne d'horizon.
On peut résoudre ce problème en cherchant les trois arcs capables des trois angles du triangle et on obtient un résultat identique.
g) Connaissant la situation de la station photographique et la position d'au moins trois points situés dans des positions quelconques, que l'on peut repérer sur l'image perspective, il est possible de déterminer la distance focale. Ce problème (fig. 132 et 133) se résout comme le précédent, soit
à l'aide de la bande de papier, soit à l'aide des arcs capables, après avoir constitué le faisceau au sommet O, et ramené par des perpendiculaires les différents points (fig. 132) A'B'C' sur la ligne HH' en $a'b'c'$ .
h) Connaissant en projection horizontale les positions respectives de cinq points visibles sur la
photographie, il est possible de déterminer le point O. Ce problème, dit des cinq points par son auteur, le prof. Steiner, est assez compliqué. Dans ce cas général, il s'applique plutôt à la topographie. Nous nous contenterons de signaler celui beaucoup plus simple des cinq points placés sur deux droites qui se coupent, l'un d'eux se trouvant à l'intersection des deux lignes. Cas qui se présente assez souvent en architecture.
Nous renvoyons pour ce problème au travail du colonel Laussedat (1).
i) Connaissant la perspective des côtés d'un angle droit et l'axe vertical du cliché, la ligne d'horizon étant connue, on peut déterminer la distance focale.
Après avoir cherché les points de fuite F et F (fig. 134) on mène la ligne d'horizon HH'. On trace ensuite l'axe vertical de la photographie parallèlement aux bords verticaux du cliché. À la rencontre de cet axe avec la ligne d'horizon, on obtient le point principal P. Puis sur FF', comme diamètre, on trace une demi-circonférence.
La perpendiculaire à HH' menée par le point P rencontre cette demi-circonférence au point O. La distance OP est la distance cherchée. Cette solution n'est exacte que si le photographe n'a pas décentré horizontalement son objectif.
j) Connaissant la perspective d'un angle droit situé dans un plan horizontal, la longueur d'un de ses côtés, et une hauteur appartenant à l'un des plans verticaux passant par les côtés de l'angle, la ligne d'horizon étant connue, il est possible de déterminer la distance focale.
Soit (fig. 135) l'angle $c'a'b'=90°$ , $a'b'=5^{m}40$ et
(1) Colonel Laussedat. Recherche sur les instruments, les méthodes et le dessin topographiques, t. II. p. 113.
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Figure 133. — La Métrophotographie appliquée à l'Architecture
$a'd'=3^{m}00$ . On détermine les points de fuite $FF'$ . On trace la demi-circonférence avec $FF'$ comme diamètre. Puis par le point $a'$ , on mène une horizontale $ab_i=5^{m}40$ à l'échelle de $a'd'$ . On réunit $b_ib'$ et l'on prolonge jusqu'à la ligne d'horizon en $F_i$ . Avec $F_iF'$ comme rayon, et le point $F'$ comme centre, on décrit un arc de cercle qui coupe la demi-circonférence en O. La perpendiculaire OP sur la ligne d'horizon détermine le point P. OP est la distance focale cherchée.
$k)$ Si l'on peut construire deux carrés dans des plans verticaux quelconques, sauf de front, il est possible de déterminer la distance focale.
Soient (fig. 136) les droites $ab=6^{m}00$ , $cd=4^{m}00$ et $ef=2^{m}00$ ayant son extrémité $f$ sur le plan horizontal passant par $ab$ et $cd$ .
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Figure 134. — La Métrophotographie appliquée à l'Architecture
On détermine les deux points de fuite F et F'. Par le point $f$ on mène une horizontale de front jusqu'à la rencontre de $ab$ en $r$ . Du point $r$ on élève une verticale et l'on porte $rl=1^{m}00$ , soit $ef/2$ . Par le point $l$ on trace une horizontale fuyante au point F' qui rencontrera $ag$ en $m$ . $am$ représente $1^{m}00$ sur le plan vertical passant par $a$ .
On porte ensuite $ag=6^{m}00$ , soit 6 fois $am$ . On joint $gb$ et l'on prolonge jusqu'en $F_2$ , point de fuite de la diagonale $gb$ , sur la verticale passant par F. Puis avec $FF'/2$ comme rayon, et $F'$ comme centre, on décrit un arc de cercle. En répétant la même opération avec $cd$ , le second arc de cercle rencontrera le précédent en O. La perpendiculaire OP sur H $H'$ détermine le point P et OP est la distance focale cherchée.
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Figure 135. — La Métrophotographie appliquée à l'Architecture
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Figure 136. — La Métrophotographie appliquée à l'Architecture
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Par les cas précédents nous venons de voir que chaque fois qu'on possède la perspective d'un angle droit, le problème de la recherche de la distance focale est à moitié résolu.
Nous croyons donc utile de signaler un cas qui permet de tracer la perspective d'un angle droit, lorsqu'on connaît la perspective de deux droites d'égaux longueurs, non parallèles entre elles.
Supposons (fig. 127) la perspective d'un intérieur avec une porte ouverte. Nous connaissons déjà la perspective d'un angle droit par la rencontre des deux murs perpendiculaires, la porte ouverte permet d'en déterminer un second.
Si nous portons, en perspective, une longueur $db = bc$ et si nous joignons $d$ et $c$ au point $a$ , l'angle $dac$ sera droit. En prolongeant les côtés de cet angle jusqu'à la ligne d'horizon, les points de fuite $F_1$ et $F_2$ déterminent le diamètre de la demi-circonférence qui rencontrera la première en O.
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Figure 137. — La Métrophotographie appliquée à l'Architecture
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La perpendiculaire OP sur HH' sera la distance focale cherchée.
$m)$ Dans les exemples précédents nous avons toujours supposé le tableau placé verticalement, mais, assez souvent, les photographies sont prises avec une certaine inclinaison de l'appareil.
Dans ce dernier cas, les lignes verticales ne restent pas verticales dans la perspective, elles concourent à un point de fuite $F_3$ placé sur la verticale principale, soit au-dessous de la ligne d'horizon, suivant l'inclinaison du tableau. Supposons (fig 138) le parallélépipède $abcd$ , $a'b'c'd'$ photographié avec un tableau incliné, les horizontales détermineront deux points de fuite $F_1$ et $F_2$ et les verticales celui $F_3$ , d'où la distance focale :
En réunissant les trois points de fuite on obtient le triangle $F_1 F_2 F_3$ . Des trois sommets on abaisse des perpendiculaires sur les côtés opposés. Les trois perpendiculaires se rencontrent en un même point P qui est la projection du point principal, et la ligne $V_1 F_3$ qui passe par le point P devient la verticale principale.
Si autour de cette ligne $V_1 F_3$ nous opérons le rabattement de l'angle droit $V_1 o F_3$ , la perpendiculaire $OP'$ à $V_1 F_3'$ représentent la distance focale. La ligne $OV_1'$ donne la direction des horizontales et $OF_3'$ , celle des verticales. L'angle $h$ donne l'inclinaison du tableau avec le plan horizontal.
H. DENEUX,
Architecte du gouvernement.
(A suivre.)
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Figure 138. — La Métrophotographie appliquée à l'Architecture
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L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES
VISITE AUX PAVILLONS ÉTRANGERS
Il serait imprudent et injuste de prétendre juger l'architecture étrangère d'après les pavillons de l'Exposition : à eux seuls ils n'en peuvent évidemment représenter l'état actuel ni les tendances. Cependant chacune de ces constructions est le résultat d'un choix, et peut être tenue jusqu'à un certain point pour ce qu'un pays a pu donner de meilleur. Sans vouloir décerner de prix d'excellence, il n'est donc pas interdit de les comparer, et d'essayer de tirer de leur examen quelque enseignement.
Encore faut-il se garder de comparer tout pèlemelle. On avait prié les exposants de faire œuvre moderne. Les uns ont simplement négligé cette recommandation et se sont contentés d'élever une bâtisse quelconque à la mode de chez eux, ou d'accumuler les réminiscences en un palais somptueux et disparate ; d'autres se sont évertués à créer du nouveau, s'imaginant qu'il suffirait, pour être moderne, de surprendre, de se montrer bizarre ou extravagant. Tout cela ne vaut guère qu'on s'y arrête. Dans le reste il faut aussi distinguer. Nous reconnaissons volontiers les mérites divers des pavillons de la Tchécoslovaquie, de la Belgique ou du Danemark, par exemple, mais c'est après mûre réflexion, et plutôt par une espèce de sympathie raisonnée que par goût véritable ; au lieu que ceux de Pologne, de Hollande, de Suède et d'Autriche nous saisissent comme malgré nous, et s'imposent ; il en émane quelque vertu, semble-t-il, une force secrète par quoi nous les sentons différents des autres ; ils donnent cette impression d'équilibre, de juste adaptation, d'aisance, dont on voudrait faire honneur à l'esprit moderne, mais qui n'est que le signe éternel de l'architecture digne de ce nom. Leurs auteurs ont su se garder de la timidité comme du parti pris, préoccupés seulement d'organiser en fonction de certaines données [et en vue d'une certaine fin tous les détails de leurs monuments : ainsi ils ont atteint à l'originalité véritable, celle qui ne se cherche pas.
Rien n'est plus neuf que ces quatre pavillons, plus loin du pastiche, et pourtant chacun d'eux se rattache fortement à la tradition nationale, aussi naturellement qu'un être vivant ; rien n'est plus sûrement « moderne », et leurs éléments ont été empruntés aux sources les plus variées, parfois les moins actuelles. Il n'est pas de meilleure preuve qu'en architecture le concept « moderne » n'implique aucune formule spéciale, ni la moindre rigueur doctrinaire.
A aucune époque l'architecture ne fut autre chose en Suède qu'un art d'importation ; on y chercherait vainement la trace d'une idée particulière. Mais qu'elles vinssent d'Italie, de France, de Flandre ou d'ailleurs les formes architecturales ont toujours pris dans ce pays le même caractère de majesté et d'ampleur qui semble être le signe distinctif des constructeurs suédois. Les châteaux de Gripsholm, Wadstena, le château royal de Stockholm en sont de bons exemples. Ce génie assimilateur et simplificateur se manifeste de façon éclatante en deux monuments également remarquables : le pavillon du Cours la Reine, d'une noblesse un peu froide, très librement inspiré de l'antique, et l'Hôtel de ville de Stockholm dont les plans, publiés dernièrement ici-même, sont exposés au Grand Palais, œuvre toute floréntine et pourtant, par le ton, si suédoise.
Le cas de la Pologne est différent. Là, absolument rien qui ne soit national, non seulement l'aspect général, léger, élancé, que l'on retrouve même dans les styles importés, comme le baroque de Wilno, mais les formes et les motifs qui nous reportent directement à l'école de Matlakowski, et au style rural de Zakopané. La flèche rappelle curieusement les clochers de la campagne polonaise. L'inspiration est purement autochtone, mais rien ne sent moins la copie archéologique ou le folklore. L'esprit reste le même, la liberté est entière.
Avec la Hollande et l'Autriche, nous sommes en pleine création originale, libre de tout procédé, cela va de soi, ainsi que d'une influence quelconque d'époque ou de pays. L'architecture hollandaise actuelle remonte à Berlage, celle de l'Autriche à Otto Wagner, et même elle commence avec J. Hoffmann, l'auteur du pavillon de l'Exposition ; il n'y a rien au delà. A première vue les productions de ces jeunes écoles ont bien de quoi nous dérouter ; l'on ne tarde pas à se rendre compte que le souci d'étonner n'est pour rien dans leur originalité, toute d'indépendance et de logique. A y regarder de près d'ailleurs, est-il rien de si hollandais que le pavillon de M. Staal, robuste, net, mélange singulier d'imagination et de simplicité rustique ? Il est des gens pour penser que l'architecture de ce modèle, qui est en train de la conquérir, défigure la Hollande,
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jure avec l'ancienne architecture du pays. A notre avis, il n'en est rien : elle est autre (qui songerait à le lui reprocher ?) mais elle la continue. De même, si loin qu'il soit du baroque viennois, c'est lui tout entier en ce qu'il a de meilleur, c'est l'élégance discrète, un peu précieuse, du Leopoldinischer Trakt, que nous retrouvons dans celui de M. Hoffmann : pour qui connaît Vienne, de tels accents ne trompent pas. A cet égard la double accolade des murs qui utilise si heureusement et si logiquement le ciment, est une trouvaille admirable.
Par contraste, on saisira mieux ce qui apparaînte ces quatre pavillons : la cohésion, l'unité ; on appréciera plus nettement le naturel, la verve avec laquelle leurs architectes ont laissé leur tempérament jouer de l'espace et des matériaux, et cette apparente spontanéité qui tient à la volonté organisatrice autant qu'à la puissance du talent : on les dirait jaillis du sol d'un bloc, sans effort. Comparons-leur les autres pavillons étrangers : il n'en est guère où quelque disproportion ne nous choque ; illogisme du plan tchécoslovaque, avec cet escalier inondé de lumière, et cette salle d'exposition complètement obscure, étouffante ; complication extrême de la forme belge, que ne commande aucune nécessité intérieure ; lourdeur prodigieuse des murs danois, qui ne supportent rien (mais là du moins l'intention symbolique est une explication). Tous ces défauts qui gâtent de beaux ensembles, ont une même origine : le manque de simplicité, l'idée fixe mesquine du nouveau. Des préoccupations de détail ont égaré l'architecte ; sa pensée n'a pas été assez purement constructive. Nous écrivions dans un précédent article que le problème de l'éducation architecturale était avant tout d'ordre intellectuel : il sera bien près d'être résolu le jour où l'enseignement sera fondé sur cette idée que la forme doit être ce à quoi l'artiste aboutit logiquement, non ce qu'il fait arbitrairement. Nous ne voulons pas revenir là-dessus ; au surplus il n'y a là rien de bien nouveau, quoique ce principe qui ne vaut pas que pour l'architecture, ait été oublié trop souvent. Il reçoit de l'exposition russe une confirmation singulièrement forte. Le pavillon, sur lequel on a beaucoup écrit, et jusqu'à de graves dissertations philosophiques, n'est tel que par la volonté bien arrêtée de l'architecte de rompre avec tout ce qui, même de loin, aurait pu rappeler le passé : sinon pourquoi cet escalier oblique si gênant, ce toit qui n'abrite rien, cette crainte maladive de l'angle droit? Tout cela, quoiqu'on en ait dit, n'a aucune utilité pratique, ne se justifie par aucune raison de structure. Les boutiques voisines de la Cour des Métiers présentent cette particularité d'être relevées d'un côté : elles ne sont pas d'aplomb sur le sol, mais semblent des fragments d'escalier ; là encore il n'y a qu'une explication possible : on s'est appliqué à ne pas faire comme tout le monde. Mais voici, toujours présenté par l'U. R. S. S., le « Cercle des ouvriers » : une salle claire, un long pupitre de lecture, des sièges simples, une tribune ; il est à l'Exposition peu d'ensembles aussi bien venus. C'est que là, oubliant les exigences fâcheuses de l'art révolutionnaire, l'architecte, le décorateur, se sont laissés guider par la simple logique ; à l'origine de leur œuvre, il y a non pas le souci de la forme, mais une pensée constructive.
Tout effort tendu vers une nouveauté voulue et artificielle nous donne l'impression de déjà vu ; sous leur fausse jeunesse nous reconnaissons avec ennui ces vieilles déroques; tout ce vain clinquant, nous savons trop bien, par de multiples expériences, qu'il ne recouvre rien de vivant. L'architecte vraiment jeune et moderne, ce n'est pas l'auteur des pavillons russes, hypnotisé par l'horreur du passé; c'est le polonais traditionaliste, c'est le suédois qui s'inspire de la Grèce, c'est dans leur saine indépendance, le hollandais et l'autrichien.
JEAN PORCHER.
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EXPLICATION DES PLANCHES
PLANCHES LXVIII et LXIX. — Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes. — Pavillon de l'Autriche. — J. HOFFMANN, architecte.
Ce pavillon se compose de deux parties reliées par une colonnade. La première, située rue des Nations, contient une salle de réception, plusieurs salles d'exposition. La seconde, sise sur une terrasse au bord de la Seine, contient des salles d'exposition et un café viennois dans l'enclos des bâtiments et colonnades.
L'aménagement intérieur de ce pavillon est peut-être un peu trop traité en décorateur efféminé et aurait gagné à avoir moins de complications. La manière en écarte la beauté.
PLANCHE LXX. — Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes. — Pavillon de la Grande-Bretagne. — EASTON et ROBERTSON, architectes (D. P. L. G.).
Pour ce pavillon un concours fut organisé par le « Department of Overseas Trade » entre six architectes anglais. MM. Easton et Robertson remportèrent le premier prix.