Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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L'ARCHITECTE
REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS
DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION
MM. ARFVIDSON
J. AUBURTIN
LOUIS-H. BOILEAU
LOUIS BONNIER
BOUWENS DE BOIJEN
A. DEFRASSE
AD. DERVAUX
TONY GARNIER
L. GODEFROY
CH. LETROSNE
PIERRE PATOUT
CH. PLUMET
H. SAUVAGE
LOUIS SOREL
ANDRÉ VENTRE
Rédacteur en chef : Michel ROUX-SPITZ
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NOUVELLE SÉRIE
2e ANNÉE N° 5
MAI 1925
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SOMMAIRE
TEXTE
L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS
ET INDUSTRIELS MODERNES . . . . . Ad. Dervaux
PLANCHES
Exposition des Arts Décoratifs et Industriels modernes :
Pl. XXVI. Plan d’ensemble . . . . . . . . . . . Ch. Plumet
Pl. XXVII à XXX. Palais des métiers . . . . . Ch. Plumet
Pl. XXXI. Tour . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ch. Plumet
Pl. XXXII. Porte d’Honneur . . . H. Favier et A. Ventre
Pl. XXXIII. Les entrées monumentales de la Concorde, P. Patout
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Un numéro : France, 10 francs. Étranger, 12 francs
L’abonnement annuel : France, 100 fr. Étranger, 120 fr.
L’année parue (1924) en portefeuille . . . . . . . 125 fr.
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ÉDITIONS ALBERT LÉVY
2, RUE DE L’ÉCHELLE — PARIS (1er)
Tél. : Louvre 33-87. Chèques postaux 6690. R. C. Seine 64-696
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ÉTUDE PRATIQUE DES PLANS DE VILLES
Traduit de l'anglais par
W. MOOSER
par Raymond UNWIN
Traduction revue et mise au point par
Léon JAUSSELY,
Architecte en chef du Gouvernement.
Tous ceux qui, de près ou de loin, s'intéressent à l'urbanisme connaissent le livre de Raymond Unwin, qui est devenu classique sur ce sujet. Une traduction française de l'ouvrage, indispensable pour l'étude de cette science, nous était réclamée de tous côtés. Cette édition française vient de paraître et constitue un recueil de documents figurés, nombreux et divers, fort bien sélectionnés, d'ensembles et de détails, accompagnés d'un texte abondant et clair, qui initie le technicien par des exemples anciens et modernes, et l'amène à des considérations et des comparaisons fructueuses en le prédisposant à faire une œuvre personnelle pour l'adapter aux circonstances.
Prospectus illustré sur demande.
L'ouvrage forme un volume relié de 366 pages, plus de 300 illustrations et 7 plans de villes en grand format. Prix . . . . . . 75 francs.
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L'ARCHITECTE
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FIG. 54. — EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS. — Palais des métiers. — Façade.
L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES
Chaque objet à sa place, chaque édifice en son milieu. C'est bien là l'essentiel du programme de l'Exposition de 1925.
Le « moderne » des absidioles de N.-D. de Paris, construites en 1320 contre les bas-côtés de 1225, n'était pas identique à celui qu'à la même époque on élevait, isolé, en un quartier neuf. Les gens du xive siècle, raisonnables, surent approprier leur œuvre à l'ambiance.
Le théâtre du château, à Versailles, s'harmonisait, tout moderne qu'il fût sous Louis XV, avec la chapelle Louis XIV dont il était voisin.
O architecte, si vous ajoutez une aile à tel château Louis XIII bordant la place d'un village, vous obéirez à votre bon goût, à votre bonne santé artistique en vous gardant de pasticher l'aile ancienne, mais vous n'en heurterez pas le décor. Vous tiendrez compte de la proximité des trumeaux de brique, sertis de pierre grise, des lourds soubassements à bossage, des toits d'ardoise et de plomb, enfin des ormes vénérables, comme de l'humble église xive qui est toute voisine. Vous adapterez votre « moderne » à cet « ancien ». Dans le milieu parisien où nous détesterions voir un faux Gabriel, un faux Libéral-Bruant, même une temporaire architecture d'Exposition, n'eût-elle pas dû éviter de heurter le paysage urbain, tenir compte des abords et respecter jusqu'à la ligne impure du Palais-Bourbon et les imprévus pylônes du pont? — puisqu'elle ne s'entoure pas de hautes murailles.
Le doute exprimé ici n'implique nullement la condamnation du moderne rationnel, lequel s'accommode fort bien du voisinage du passé, comme la salle de Versailles s'accommode de la chapelle de Mansart.
Il n'y aurait, sur l'Esplanade, que les tours et la cour Plumet, les galeries Sauvage, Gaudibert-Polti, Herscher, Woog, Marrast, Ferret, le double Pavillon de la Ville, l'ensemble se tiendrait, s'arrangerait aux yeux d'innombrables personnes.
Ce qui choque, ici, les esprits les moins classiques, c'est le nombre incalculable de pavillons, de boutiques ou de kiosques disparates, souvent charmants, mais, pour la plupart, dépaysés et sans modestie.
Ce ne sont point les œuvres, forcément diverses, des quelque deux cents architectes, très personnels, qui ont déconcerté, voire révolté certains critiques, non, c'est parce qu'elles ont surgi en cette ambiance inadéquate, parce qu'elles sont mal entourées (par un paysage cependant admirable et quelques chefs-d'œuvres) en un espace resserré et surencombré!
Malgré ce disparate inévitable, obligatoire, le Cours Albert-Ier satisfait mieux.
Pris entre la Seine et une avenue spacieuse, l'ensemble de ses édifices est plus isolé; les constructions se groupent plus harmonieusement, enfin, leur style est plus rationnel.
La « Maison du Peuple » d'Agache, la « Boulangerie » de Levard, les Maisons d'Habitation d'Hamelet, de Guillemonat, de Selmersheim et de Vaugeois, même les Alsaciennes — au sujet desquelles il nous souvient d'un délicieux croquis, par de Rutté — s'accordent de façon tout à fait agréable.
Il est curieux de traverser l'avenue dont elles constituent les numéros impairs et de jeter les yeux sur l'échantillonnage d'immeubles des numéros pairs.
Du petit logis de Moret aux fines sculptures, dépaysé cependant, jusqu'à la façade 1900 de
MAI 1925.
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L'ARCHITECTE
Lalique, en passant devant l'Hôtel de Méwès, on longe autant d'architectures différentes qu'il y a de maisons, et cela sans en être étonné.
Pourquoi n'en serait-il pas de même en parcourant le village?
Il est vrai que deux immeubles neufs, définitifs, élevés sur la face habitée, attirent notre attention et peuvent nous instruire. L'un et l'autre, largement ouverts sont, quant au plan comme aux trous de la façade, nettement de notre époque. Le premier, en amont, semble destiné à quelque rue d'Uzès irrationnelle. L'autre, en aval, héritier, paraît-il, des tracés de Tauzin, séduit infiniment. Tout nôtre, il participe harmonieusement à un ensemble : celui de l'exposition.
Certes, nous ne souhaitons pas de nouveaux pastiches, mais il est incontestable que le cadre de l'Exposition se trouvant, ici, intangible, les dominantes des bâtiments qu'on y montre auraient dû, pour réaliser une harmonie avec ces colonnades — qu'elles qu'elles soient — et ce dôme, suivre au plus près la tradition.
... Alors c'eût été tout autre chose que la réalisation du programme — cependant heureux et indiscutable en soi.
Le parisien sait toujours découvrir le côté bouffon, l'aspect grotesque, l'apparence ridicule des choses. Il n'y manque jamais. Des journalistes, très souvent mieux renseignés — et nous n'évoquons pas seulement ici celui qui de temps en temps vit à Paris — des journalistes, donc, s'efforcent d'expliquer ce qui leur demeure incompris des architectures de l'exposition. Quelle obscure jalousie leur insuffle cette haine des maîtres d'œuvre?
— « Mère Ubu — disait l'autre — comme vous êtes taide, ce matin, vous avez donc du monde à déjeuner? »
Ainsi les gazetiers, nés malins, ont-ils découvert que Paris modifiait son admirable visage lorsqu'il recevait. Pour ses fêtes périodiques, il plante des mâts, s'enguirlande sans art, dissimule ses fontaines, ses statues, ses glorieux édifices, ses incomparables perspectives avec les oriflammes, les banderolles, les oripeaux en série de ses fournisseurs coutumiers.
L'Exposition de 1925 — d'une si considérable importance au point de vue économique — était prévue depuis quinze ans, MM. Fernand David étant ministre, François Carnot inspirateur, Paul Léon, Louis Bonnier, Frantz-Jourdain, Charles Plumet, Roger Marx et quelques autres, conseils.
Tout le monde paraissait bien d'accord sur l'absolue nécessité de ne défigurer en aucune façon le Paris qu'on allait montrer.
Maints emplacements furent proposés : Telle partie des anciennes fortifications; la plaine d'une proche banlieue; un plateau axé sur l'Arc-de-Triomphe, voire les abords d'un château magnifique, tous lieux bien choisis que la rapidité des transports modernes permettait d'annexer au Paris des visiteurs.
En préparant, grâce au budget de l'Exposition, le site sur lequel elle serait installée, on eût déjà définitivement « urbanisé » (et sans perte pécuniaire) un coin extra-muros. Le faubourg ainsi créé eût possédé son Avenue Fernand David, son Boulevard Paul Léon, son Square Louis Bonnier, etc., etc.
Or, l'édilité parisienne, renforcée de « l'opinion publique » ne l'a pas voulu.
Ne pouvant bâtir sur la place de l'Hôtel-de-Ville, cependant aussi centrale que le pouvaient désirer nos Consuls, on imposa une fois encore l'Esplanade, les Quais et le Grand-Palais.
L'erreur financière, d'ordre général, la faute de goût — étrangères aux organisateurs — une fois irrémédiables, on ne peut que s'étonner, pour ne pas dire plus, de l'insistance que mettent certaines gens à conseiller l'abstention aux provinciaux et aux étrangers.
Ayant à signaler une belle fille en train de s'affifer, des journaux, souvent mieux inspirés, publient une radiographie de ses intestins. En émettant leur avis sur l'œuvre de haut goût d'artistes ingénieux, ils présentent les clichés de charpentes de bois, de tôle ou de béton non encore revêtues de la beauté des formes extérieures.
Mais le public, beaucoup plus fin, n'est pas dupe de cet évident parti-pris et accourt en masses compactes aux grilles et aux claires-voies qui le séparent des travaux et ne ménage pas ses laudes sur ce qu'il peut apercevoir
D'ailleurs quels tâtonnements, même pour le vocabulaire, lorsqu'il s'agit d'abandonner sans retour lieux communs, poncifs de tous ordres, pastiches et copies!
Il y eut l'Art Nouveau, le New-Style ou Modern-Style, l'Art Wagnérien aussi.
Les mots moderne, moderniste sont encore très discutés. Un reporter interroge tour à tour Mme Aurel, MM. Didier-Pouget, Picasso, Denys
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L'ARCHITECTE
Puech, Georges Risler sur la valeur des dits vocables et sur ce qu'ils représentent.
Les réponses se contredisent à l'envi. On fait un mélange de cubisme, de dadaïsme, de munichois, d'Esprit Nouveau; on agite et on sert : c'est Babel.
Les idées développées par Viollet-le-Duc ont fait — comme tout ce qui vient de France — le tour de l'Europe ainsi que les compagnons faisaient jadis le tour de France.
Angleterre, avec Morris et Crane, Belgique avec Horta, Hollande avec Berlage, Allemagne, Autriche, nous renvoyèrent comme nouveauté, voici quelque trente ans, ce qu'ils avaient importé de chez nous. Mais, hélas! c'était à ne plus rien reconnaître. On ne s'y retrouve guère davantage aujourd'hui. Nous pensions encore, en effet, en 1924, que le «moderne» c'est le confort aimable, le rationnel, l'approprié, le construit, le pratique et le solide, tout cela s'opposant parfaitement aux simili des cent dernières années.
Voici que 1925 — sous prétexte d'architecture temporaire — expose du décor, riche ou pauvre d'aspect ou de matière, fade ou rutilant, laid ou agréable... mais tout-à-fait en dehors de ce que nous imaginions. La poule moderniste a couvé un canard aux jolies plumes; nous désirions un coq superbe.
Le « moderne » doit être ce qu'avaient compris les successeurs de Percier et Fontaine, de Labrouste, de Lheureux, les élèves de Vaudremer et de Raulin, les séides de M. de Baudot, pour ne citer que les morts!
Le style? Ils ne le croyaient pas spontanément révélé. Ils disaient que leurs petits-neveux le découvriraient, en arrière, en se retournant, une fois qu'il serait périmé.
Le style se formerait, dans de certaines conditions qu'imposerait la construction; serait, comme il le fut toujours, issu de la civilisation générale d'une région, en un moment donné; le résultat de l'emploi intelligent des matériaux, du goût, sans doute inspiré aussi par la mode, dans la vie séculière.
Voici que, tout au contraire, en 1925, le dessinateur qui, si habilement, depuis un siècle, traçait des formes pastichées, sans tenir compte de la structure, trace, avec non moins d'habileté, et sans avoir rien appris de cette structure, des formes invues.
Et l'on qualifie de style, ses productions nouvelles! Supprimer la toiture, la descente et le socle, ainsi que toute saillie sur le mur; araser le vitrage sur la façade; perdre, en des nus immenses, ce vitrage trop petit; voilà qui donne grand caractère à l'édifice.
FIG. 55. — EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES.
Palais des métiers. — Plan.
Appartement d'ambassade, réception : 1, vestibule ; 2, bibliothèque ; 3, vestibule ; 4, petit salon ; 5, fumoir ; 6, grand salon ; 7, salle à manger. Appartement d'ambassade, intimité : 8, salle de musique ; 9, vestibule ; 10-12, bibliothèque ; 13, salle à manger ; 14, 16, 21, chambres ; 20, petit salon ; 25, galeries d'art, hall de ministère des Beaux-Arts ; 23, sculpture ; 24, hall de collection.
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L'ARCHITECTE
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FIG. 56. — EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES.
Tour. — Facade.
Mais rien n'y indique l'utilisation, la défense contre les éléments, contre les souillures, la possibilité de conservation et de destination.
Les corps sans ossature dont le dessinateur, même habile, même charmant, matérialise le fantôme, ne peuvent servir au jugement louangeur ou dénigreur qu'un honnête spectateur peut formuler sur l'Art moderne.
Le plan général de l'Exposition, très étudié, est lisible, simple et clair.
Le détail en est prévu avec soin, suivant le programme que s'est imposé l'artiste, programme qui reçut l'assentiment des Comités d'Esthétique et du Commissariat général.
Ce programme, quel est-il ? — D'abord, au point de vue de l'art urbain, dans la mesure du possible, soit en conciliant les extrêmes, conserver et même auréoler la perspective de la façade de Libéral Bruant et du dôme de Mansart, ainsi que celle des quais et des berges.
En outre, laisser intégralement aux Champs-Elysées leur aspect historique.
Au point de vue pratique immédiat : disposer les bâtiments de façon à respecter, le plus longtemps possible, la circulation à travers les quartiers occupés : rues Saint-Dominique et de l'Université, Quais et Cours-la-Reine, Pont Alexandre etc....
Pour tenir compte des crues d'hiver, garder les lignes de tramways et les passages de voitures et de piétons jusqu'à la quinzaine précédant l'ouverture de l'Exposition.
Remplacer, en temps voulu, la quotité de roulage du Pont Alexandre en le détournant vers le Pont de la Concorde, doublé par une passerelle destinée aux piétons.
Enfin, pour assurer la jonction des parties éloignées, créer des passerelles aériennes.
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Ces conditions une fois réalisées — et elles le furent, sans dommage, sans accidents, sans interruption de trafic, sans à-coups, et dans les délais prévus — le plan, avec intelligence, s'intéresse aux détails. Aux mille et un détails!
L'obliquité de l'avenue des Palais, sur la Seine, oblige à d'ingénieux truquages pour fixer l'emplacement des pavillons.
Le Protocole impose des ménagements innombrables lorsqu'il s'agit des Nations invitées. Choisir la place réservée aux alliés et amis, aux neutres, aux ci-devants ennemis, est chose délicate et ardue. Le volume affecté à chaque installation étrangère doit déterminer sa situation s'il s'agit d'un plan bien fait. Ce volume devra-t-il dépendre de la population, de la superficie, de l'activité économique ou artistique de chaque peuple?
La bienséance internationale permettra-t-elle de jauger ces capacités? Que nenni! Telle énorme
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L'ARCHITECTE
galerie d'un pays considérable — les Etats-Unis — s'est réduite à zéro; cette jeune nation s'étant elle-même déclarée incompétente en art moderne.
Monaco — et nous ne mettons pas en doute son importance mondiale — désire un très imposant Palais.
Mais encore? Par ordre du Quai d'Orsay, la Turquie ne voisinera pas avec la Grèce; la Tchéco-Slovaquie avec l'Allemagne, la Russie — pardon ! F.U. R. S. S. — avec la Pologne et la Roumanie..... quelles que soient leurs dimensions respectives, leur silhouette, leur coloration. Imaginez, en effet, un incident Krassine-Primo de Rivera, par exemple!!
La grande Foire d'Art tiendra compte des responsabilités de la «Carrière» et le Plan devra s'arranger tout de même. C'est ce qu'il a fait, jugez-en.
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A Paris même, Etats dans l'Etat, vivent et se gênent des puissances formidables dont il est impossible de transgresser les arrêts: le Métropolitain, le Chemin de fer, la Navigation, le Gaz, l'Electricité, les Eaux, la T. C. R. P., les Pompiers, les Promenades, les Parcs et Jardins..... nous en passons. Or, nul architecte n'en ignore l'intransigence.
Le terrain est couturé de fils, de tuyaux, semé de bouches, de boites de jonction et d'interruption, de regards, de pièges innombrables et si savamment dissimulés qu'ils ne figurent pas, pour la plupart, aux plans de la Ville; on ne les découvre qu'en sondant.
Eh! bien, on ne bâtira pas à moins de 1 mètre à 1 m. 50 d'une fonte de gaz, d'un câble électrique, d'un branchement d'eau.
Le Réseau de l'Etat occupe un tiers du sous-sol de l'Esplanade. Il faudra discuter avec l'aimable ingénieur en chef Duplaix l'emplacement et la répartition de poids d'une installation, la sauvegarde d'une verrière d'éclairage ou d'une trémie d'aération.
Quant au Métropolitain, l'avis du Directeur des Travaux, M. Locherer est indispensable. On pense bien que, si bienveillant soit-il, il ne laissera pas compromettre la solidité de ses tunnels.....
Nous oublions les égouts, qui ne sont pas portés de façon exacte aux plans municipaux et dont il convient cependant de respecter la vétusté en ne les chargeant pas. L'excellent ingénieur Lacôte, qui fut notre confrère, surveillera.
Le Service des Promenades que dirige M. Forestier, n'est pas facile à tromper. Il a numéroté ses arbres dont il possède la hauteur de départ des branches, et la saillie irrégulière du bouquet feuillu. La garde veille : on ne cassera pas une
Fig. 57. — Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes Tour. — Coupe.
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L'ARCHITECTE
édicules, les soutènements des quais, les ponts sont placés sous l'autorité du Ministre des Travaux Publics; n'y touchez pas!
Quand vous aurez obéi aux prescriptions concernant la hauteur des crues, d'une part, cumulées avec celles de l'échappement pour le passage des échelles rouges des pompiers et celles relatives aux alignements et entre-axes des poteaux......
Les Préfectures de la Seine et de Police déléguent au Commissariat général de l'Exposition leurs meilleurs architectes Dubois d'Auberville et Gayet, leur Directeur de la circulation, leur Colonel de pompiers, réunis en Commission de circulation. L'écart entre les obstacles, leur hauteur dépendent de la manœuvre des pompes et du passage des foules.
La solidité des planchers, la largeur et le nombre des entrées et sorties, les escaliers, doubles, pour chaque étage accessible au public, si exigu soit-il, leur nombre, leur nature, leur place, les éclairages, les matériaux, ignifugeables ou non, tout est étudié, examiné, discuté, contrôlé, surveillé, condamnés ou admis avec cette insistance et cette persévérance propres aux personnages indispensables qui veulent justifier leur tyrannie en démontrant leur incontestable utilité.
Sans doute, Louis Bonnier, Directeur des services d'architecture, parcs et jardins, doué d'une belle patience, d'une droite raison et de ce haut goût que l'on connaît, inspirera ou facilitera heureusement les solutions. Bourgeois, ingénieur en chef, les architectes Letrosne et Jacques Bonnier, aux sections Etrangères, Dervaux et Herscher, à la section Française, apporteront leur pierre à l'édifice.
Malgré les innombrables obstacles, l'architecte, que l'on sait de goût libre et que d'aucuns jugent peu classique, a su trouver des axes, des équivalences, des gabarits, des harmonies à la française.
Chacun peut s'imaginer, en constatant la netteté du plan, qu'il est écrit sur un terrain libre, en un beau jardin sous lequel nulle voie ferrée, nul tuyau, nul câble, ne peut gêner et sur lequel aucun tramway, aucun édicule, aucun arbre ne doit encombrer. En réalité, l'architecte a su asservir tous les obstacles au pittoresque ordonné de son œuvre.
L'axe d'honneur, axe de symétrie, est normal — ou presque — à la Seine.
Aux Invalides, les étrangers occupent les
Fig. 58. — Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes.
Tour. — Plan du Rez-de-chaussée.
Fig. 59. — Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes.
Tour. — Plan du Restaurant au 2e étage.
branche, on n'arrachera pas une plante, cependant que l'on travaille dans le lieu le plus boisé de tout Paris!
Les berges, leurs arbres, leurs estacades, leurs
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L'ARCHITECTE
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Fig. 60. — Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes. — Porte d'Honneur. — Façade.
galeries de l'Ouest les Français celles de l'Est. Les pavillons individuels français sont groupés entre les galeries.
L'autre axe est constitué par la Seine elle-même. Les transports occupent la rive gauche.
Sur la rive droite, les Pavillons officiels des Nations, ceux des régions de France longent le Cours la Reine. D'autres encore occupent les jardins au Sud des Grand et Petit Palais.
A la suite, le Cours Albert-Ier est occupé par un fragment de village français moderne, l'Horticulture et le Domaine Colonial français.
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Le visiteur qui se présente par l'Avenue Nicolas et se trouve, par conséquent, sur l'axe d'honneur de l'Exposition, entre par la Porte Favier-Ventre.
Il rencontre, à sa droite, le Pavillon des Renseignements de Mallet-Stevens, à sa gauche, le Palais de l'Élégance, de Fournez. Au loin, il découvre les Tours de Plumet.
Ce n'est point au hasard que nous faisons cette énumération. Lorsque nous aurons vu, plus loin, les pavillons exécutés par les décorateurs, nous pourrons en effet nous occuper des cinq types d'architecture admis ici, très nettement différents.
Nous ne nous trouvons plus en présence de cinq ordres, mais de cinq faces de l'architecture.
Première face, volontaire et traditionaliste : D'abord, parce que nous la rencontrons en entrant, celle de Favier-Ventre — nous parlerons, plus loin, de Ventre et de ses œuvres.
Favier est ingénieux et subtil, d'éducation dite classique, mais ayant suivi, sur le tas et à l'usine, le labeur de l'ouvrier, la technique et les difficultés qu'elle résoud. Traditionaliste, il a pu ordonnancer ailleurs de la richesse de matière, tandis qu'ici il a dû, hélas! échapper à celle-ci : le ferronnier Brandt, le verrier Lalique, le céramiste se sont vu — à cause de la dépense — préférer le staffeur. Cette substitution de métier se révèle aux volumes et aux hardiesse.
Le grès aux piles; le cristal des jets d'eau figés aux pinacles; les remplacements métalliques ne sont plus que du plâtre, hélas encore! Malgré ce plâtre, et à cause des métiers prévus, bien connus de l'auteur, c'est moderne d'instinct.
Il faudrait épiloguer sur la coloration.
Deuxième face : une architecture quelque peu sujette de la mode, c'est-à-dire occasionnelle. Fournez, obéissant au caprice du client, dessine son Palais de la Mode. Son éducation scolastique y transparaît. C'est un « pompier », mais de bonne, d'excellente volonté, qui fait du « moderne » de commande. Il donne, ici, la note particulière de l'artiste qui se met à l'unisson, sans y être préparé. On ne peut que le féliciter de chercher à résoudre un problème ardu.
Fig. 61 — Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes. — Porte d'Honneur. — Plan.