Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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L'AMOUR DE L'ART
René Huyghe Directeur
III
CONSCIENCE D'ÉPOQUE
L'ART DU JARDIN FRANÇAIS
MARS 1935
PRIX : 12 FRANCS
RÉDACTION : 63, AV. DES CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS (8°). — ADMINISTRATION, PUBLICITÉ : ÉDITIONS A. SEDROWSKI, 33, RUE CLAUDE-TERRASSE, PARIS (16°)
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ÉDITIONS AUGUSTE PICARD, 82, rue Bonaparte, PARIS-VIe
L'œuvre de CAMILLE ENLART
MANUEL D'ARCHÉOLOGIE FRANÇAISE
DEPUIS LES TEMPS MÉROVINGIENS JUSQU'A LA RENAISSANCE
PREMIÈRE PARTIE. — ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Tome I. — Période mérovingienne, carolingienne et romane. 1 volume in-8°, avec 225 illustrations. 60 fr.
Tome II. — Période française dite gothique. Style flamboyant. Renaissance. 1 volume in-8°, avec 240 illustrations. 60 fr.
Tome III. — Table alphabétique et analytique des matières. Répertoire archéologique départemental, par Rémy Delanney, 1 volume in-8°. 25 fr.
SECONDE PARTIE. — ARCHÉOLOGIE CIVILE, MILITAIRE ET NAVALE
2e édition revue et augmentée par Jean Verrier, 2 volumes in-8°, avec 327 illustrations, 38 planches hors-texte et index. 120 fr.
TROISIÈME PARTIE. — LE COSTUME
1 volume in-8°, avec 480 illustrations et index. 60 fr.
Chacun de ces volumes existe aussi en reliure toile éditeur (12 fr. en plus) et en demi-reliure chagrin amateur, tête dorée (30 fr. en plus).
Le manuel de Enlart est ainsi complet et forme maintenant un tout de six volumes. Pas un nom d'archéologue n'est plus familier que celui de Enlart aux étudiants et aux savants du monde entier, pour qui son manuel est devenu rapidement le livre classique par excellence.
MAITRES DE L'ART ANCIEN
L'ART PRÉHISTORIQUE, par R. de Saint-Périer.
BOTTICELLI, par A. Alexandre.
LES BRUEGEL, par F. Crucy.
LES CLOUET, par A. Fourreau.
ALBERT DURER, par J. Jedlicka.
LES FEMMES PEINTRES AU XVIIIe SIECLE, par Ch. Oulmont.
NICOLAS FROMENT, par A. Chamson.
GIOTTO, par M. Brion.
LE GRECO, par J. Cassou.
GUARDI, par M. Tinti.
HOGARTH, par R. Antral.
LA TOUR, par Alfred Leroy.
HOUDON, par E. Maillard.
PISANELLO, par A.-H. Martinie.
POUSSIN, par G. de La Tourette.
PRUD'HON, par R. Regamey.
PUGET, par F.-P. Alibert.
REYNOLDS, par A. Dayot.
RIBERA, par G. Pillement.
HUBERT ROBERT, par P. Sentenac.
LES SCULPTEURS DE REIMS, par L. Lefrançois-Pillion.
PAOLO UCCELLO, par Ph. Soupault.
LÉONARD DE VINCI, par T. Klingsor.
Chaque volume avec 60 planches hors-texte en béliogravure broché, 20 fr.; relié, 25 fr.
LES ÉDITIONS RIEDER, 108, boulevard Saint-Germain, PARIS (6e)
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ÉDITIONS A. SEDROWSKI, 33, rue Claude-Terrasse, PARIS (16°)
EN SOUSCRIPTION
LA DAMNATION DE SAINT-GUYNEFORT
par EUGÈNE LE ROY
OUVRAGE INÉDIT ILLUSTRÉ DE 30 BOIS ORIGINAUX DE MAURICE ALBE
EDITION ORIGINALE
Un volume format in-4° couronne (18.5 × 23.5), composé en vieux romain corps 16, présenté sous couverture remplie, en deux couleurs, et imprimé sur les presses du maître-imprimeur R. Coulouma, à Argenteuil, H. Barthélémy, directeur.
Le tirage est limité à : 50 exemplaires sur Japon Impérial, numérotés en chiffres romains de I à L, contenant chacun une suite des bois... 100 fr.
1950 exemplaires sur vélin pur fil Lafuma, numérotés en chiffres arabes de 1 à 1950 ... 25 fr.
SPÉCIMEN SUR DEMANDE
HISTOIRE
DE
L'ART CONTEMPORAIN
LA PEINTURE
Publiée sous la direction de René Huyghe, directeur de l'AMOUR DE L'ART, conservateur-adjoint au musée du Louvre, avec la collaboration des plus éminents critiques d'art contemporains.
Documentation réunie par Germain Bazin.
Préface de Jean Mistler, ancien Sous-Secrétaire d'État aux Beaux-Arts. Introduction de Henri Focillon, professeur à la Sorbonne.
(Prix valables jusqu'au 30 Avril 1935. — Spécimen gratuit sur demande)
Un volume grand in-4° (32×25), sur papier couché de grand luxe, 536 pages, ill. de 650 grav. broché... 200 fr.
Relié demi chagrin ... 260 fr.
LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN, 108, Boul. Saint-Germain, PARIS-VIe
R. C. Seine 213.654 B
Chèques postaux : PARIS 96-61
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QUATRE CHEMINS
99, BOULEVARD RASPAIL, PARIS-VI, TÉL. LITTRÉ 46-20
GALERIE - LIBRAIRIE - ÉDITIONS
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GALERIE. Nos expositions :
Du 12 au 26 Avril : Calvani. (Sculptures, dessins).
LIBRAIRIE :
Tous les livres d’Art, les publications sur le Théâtre et la Danse, Surréalisme et Dada. Occasions.
ÉDITIONS. Dernièrement paru :
Mythologie, poème inédit de Jean Cocteau, accompagné de dix lithographies originales de Giorgio de Chirico. Prix ...
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L'AMOVR DE L'ART
DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE
DIRECTEUR-ADJOINT : GERMAIN BAZIN
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REVUE MENSUELLE
MARS 1935. N° 3
SEIZIÈME ANNÉE
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SOMMAIRE
TABLE D'ORIENTATION :
Conscience d'époque et dilemme d'une génération . Waldemar GEORGE.
SOURCES DE POÉSIE :
Mystère du silence dans l'Art classique . Jacques COMBE.
ÉVOLUTIONS ET TRADITIONS :
Promenade à travers siècles et jardins . Paul VERA.
DOCUMENTS :
Le maître du Charles VIII. Klaus PERLS.
EXAMEN DE CONSCIENCE :
II. Aujame.
ORIENT :
Le Théâtre de Karagheuz . Armenag SAKISIAN.
UN FAIT, DES FAITS...
Lettre ouverte à Monsieur Labbé . René HUYGHE.
Échos et Informations . J.-M. CAMPAGNE.
UNE EXPOSITION, DES EXPOSITIONS...
L'autre danger ou Robert Grange . R. H.
Salons, Galeries et Musées. Germain BAZIN.
Exposition de 1937 : Le procès du Rendu architectural. Phi.
UN LIVRE, DES LIVRES...
Un manuel sur les Arts du Métal . Michel FLORISOONE.
Les Livres . J.-C. MOREUX, R. H. et G. B.
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FRANCE 95 FR.; BELGIQUE 107 FR.
ÉTRANGER 150 ET 175 FRANCS
RÉDACTION : 63, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS (8e), Téléphone ÉLYSÉES 66-67
Administration-Publicité : Éditions A. SEDROWSKI, 33, rue Claude-Terrasse, Paris (16e). Tél. Jasmin 02-78
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Comité d'Honneur :
- Madame la Princesse CAËTANI DE BASSIANO
- Madame COLETTE
- M. Bernard BERENSON
- M. Abel BONNARD, de l'Académie française
- M. Gabriel COGNACQ, membre du Conseil des Musées nationaux
- M. DAUTRY, directeur général des Chemins de fer de l'État
- M. D. DAVID-WEILL, membre de l'Institut, président du Conseil des Musées nationaux
- M. Henri FOCILLON, professeur à la Sorbonne
- M. le Comte Hubert de GANAY
- M. Jean GIRAUDOUX
- M. Albert S. HENRAUX, président de la Société des Amis du Louvre
- M. Étienne NICOLAS, amateur d'Art
- M. Georges RENAND, amateur d'Art
- M. Paul VALÉRY, de l'Académie française.
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Comité de Direction :
- MM. René HUYGHE,
- Germain BAZIN et Waldemar GEORGE.
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Comité d'Architecture :
- MM. Auguste PERRET,
- Louis SUE, André VERA.
- Secrétaire général :
- Jean-Charles MOREUX.
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TABLE D'ORIENTATION
CONSCIENCE D'ÉPOQUE ET DILEMME D'UNE GÉNÉRATION
Par WALDEMAR GEORGE
Avisant un ancien camarade de combats le jour de la répétition du Sacre, Napoléon lui demanda ce qu'il pensait de cette cérémonie. « Vingt mille hommes, sont morts, lui répondit l'irascible général pour ne plus revoir cela ». L'interlocuteur de César se trompait. Le Sacre n'était pas un retour au passé. En essayant de fondre, suivant l'expression de M. Jacques Bainville, l'ancienne France et la nouvelle et de jeter des ancres, l'Empereur faisait-il œuvre de simple conservateur? Il tentait de fixer le destin d'une nation qui, depuis la chute du dernier roi, évoluait dans le provisoire. L'époque à laquelle nous vivons et dont nous essayons en vain de prendre conscience, nous offre le spectacle, à la fois burlesque et dramatique d'une révolution à l'état permanent et d'un choc en retour.
Les rétrospectives du Pavillon de Marsan contribuent à réhabiliter, non seulement l'art nouveau, mais aussi le buffet Henri II. Désavouant son passé d'architecte, pseudo-rationaliste, M. Charles Siclis réalise le Café Le Triomphe, ce paradoxal décor du music-ball. Les jeunes générations, à court d'idées et de sensations fortes ne regardent plus du haut de leur splendeur les gracieux équipages des grand'mères. Moule dans une robe à traîne en moire changeante, coiffée d'un chapeau à larges bords, garni de somptueuses pleureuses, Maë West fait fureur.
Le goût du passé immédiat met fin au divorce entre les générations. L'accord est rétabli. Les vieux et les jeunes marchent la main dans la main, les uns éprouvant en présence des souvenirs d'une fin de siècle, « où il faisait bon vivre », la tristesse des choses qui ne sont plus, les autres découvrant un monde qu'ils ignoraient, un monde capable de les distraire et de les émouvoir.
Les arts plastiques ont subi le contre-coup de cet état d'esprit. Le cubisme et le surréalisme ayant abouti à l'im-passe et épuisé leurs possibilités, les médiocres lèvent la tête. Les voici à pied d'œuvre. L'accueil affectueux que leur réservent le public et la presse en disent long sur leur mentalité. Le bon sens bourgeois, dont le vent de folie qui soufflait pendant les années de fausse prospérité d'agiotage et de spéculation avait sapé les bases, se manifeste avec une nouvelle force. Des formes d'expression fondées sur l'éclectisme et sur l'art d'accommoder les restes réunissent les suffrages de cette majorité qui, en l'absence d'une élite, diète sa loi.
Cette impuissance justifiée, et élevée à la hauteur d'un dogme trouve d'ardents défenseurs. Étant entendu que l'accalmie succède à la tempête, une opinion publique à bout de souffle est heureuse d'accorder un semblant de répit à des artistes auxquels elle n'emboîte le pas que parce qu'ils savent se mettre à son niveau, et parce qu'ils n'exigent d'elle aucun effort sérieux.
M. Roland Oudot écrit dans la Revue du XXe Siècle : « Nous ne sommes pas à une époque de grand enthousiasme, de grandes idées nouvelles ou paraissant telles; mais plutôt, après les grandes ivresses, les aventures multiples, enchevêtrées et contradictoires, nous faisons les comptes et assez froidement (ce n'est pas notre faute, croyez-le) nous nous livrons malgré nous à des petits travaux d'addition et de soustraction. » Voilà où ils en sont, ceux qui revendiquent la qualité de jeunes. Des comptables, des contrôleurs aux comptes ou des liquidateurs qui se flattent de remettre de l'ordre dans la maison, sans changer quoi que ce soit à l'état existant. M. Roland Oudot,
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auteur de l'aveu que nous venons de citer a été, il faut en convenir, précédé dans cette voie par Matisse. Ce fauve apprivoisé n'a-t-il pas déclaré que « la peinture est faite pour être regardée dans un moelleux fauteuil ».
M. Roland Oudot trouve donc que nous ne vivons pas à une époque de grandes idées nouvelles et de grand enthousiasme. Qu'est-ce qu'il lui faut? Est-il aveugle et sourd? Ne voit-il pas s'effondrer des régimes économiques, sociaux et politiques, des sociétés, des civilisations? Ne voit-il pas se lever des nations, dont la jeunesse est le principe actif? N'entend-il pas leurs appels enthousiastes? Ne perçoit-il pas ce qui est neuf, actuel, original dans les faits, dont il est le témoin passif?
La génération qui a vécu le drame de l'art moderne et qui, malgré les conversions célèbres, qu'on nous lance à la face, garde intacte sa valeur combattive, n'a pas tordu le goût au snobisme d'extrême gauche pour voir s'épanouir, aux applaudissements d'un public confortable, une peinture en pantoufles, ou pour admirer dans les grands magasins les fêtes Pabouines fabriquées à Montmartre, céder la place aux plâtres d'après l'antique. Il importe peu que les artistes s'inspirent des Romains ou des Océaniens. Tous les poncifs se valent. La question est ailleurs.
Ceci dit, nous croyons avoir le droit de demander aux jeunes gens d'aujourd'hui, dont certains ne sont que de vieux-jeunes, qu'ils font de notre révolution. L'œuvre d'escomotage qu'ils ont entreprise et menée à bonne fin ne leur vaut que des encouragements. Mais où vont-ils et à quoi tendent-ils? Savent-ils que la rançon d'un travail comme le leur s'appelle la stratification? Est-ce cela que la jeunesse française réserve à l'art français?
Qui donc disait de Delacroix : « Un peintre nous est né, il court sur les toits ». Les jeunes hommes dont je parle sont beaucoup trop prudents pour suivre un tel exemple. Ils aiment bien trop leurs aises pour vivre dangereusement. Faudra-t-il nous résoudre à écrire à leur seule intention un nouvel « éloge de la folie »? Faudra-t-il, vingt-cinq ans après Marinetti, rompre les lances contre le passéisme? Faudra-t-il reprendre la vieille rengaine de l'art exprimant le génie de l'époque?
Il ne s'agit point de fonder des usines d'inquiétude, de créer sur commande un nouveau mal du siècle, un nouveau drame ou un nouveau malaise. Il s'agit d'acquérir un sentiment aigu du monde physique et de transmettre en les intensifiant, en les portant à leur plus haut période, à leur degré de tension maximum, les sensations de vie. Il s'agit, non point de retrouver, mais de découvrir pour son compte personnel l'homme et son univers, le corps humain, principe de proportions et le visage, principe de vie spirituelle. Il s'agit aussi de rétablir entre l'homme et le milieu naturel qui l'entoure des rapports plus justes, plus harmonieux que ceux établis par Joyce et par Céline.
Reste le problème complexe et douloureux des relations entre le temps présent et l'histoire. Toute véritable culture est fonction de l'idée de continuité. L'homme moderne n'est pas celui qui vit isolé dans son temps. Libre devant le passé qu'il connaît, qu'il comprend mais, que volontairement il ramène à soi, il refuse de subir son emprise tyrannique. Il n'est pas le jouet de forces obscures et de l'hérédité. Il est trop sûr de lui et trop profondément ancré dans son époque pour avoir peur d'étudier l'histoire, de l'aimer, de la vivre. Il regarde en arrière et il met à profit la leçon des maîtres d'autrefois, sans craindre d'être pris pour un pompier ou pour un archaïste. Il n'ignore rien, mais il ne compte pas sur son savoir acquis pour donner à son œuvre une impulsion plus fraîche. La science ne sera jamais le moteur et l'idée-force de l'art.
Un mot pour terminer. La boutade de Degas: De mon temps on n'arrivait pas, est toujours présente à notre esprit. Cette boutade vaut d'être méditée. La vie matérielle des jeunes peintres d'aujourd'hui est aussi difficile, sinon plus difficile que l'était l'existence des peintres impressionnistes. Il n'en demeure pas moins que nos peintres sont beaucoup trop pressés d'arriver et qu'ils ont trop tendance à s'installer dans une quiétude morale, dont l'esprit d'aventures et l'imagination, cette reine des facultés, sont bannis impitoyablement. Si notre génération, au lieu de prôner successivement ou alternativement le retour à l'objet et le retour au thème, ne prend pas un jour le mors aux dents, ne part pas à l'assaut des Bastilles et des Académies qui restent encore à prendre et ne se résout pas à peindre avec son sang, quitte à laisser sa peau dans le combat, elle perdra la partie.
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Laldemarcarpe
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Fig. 1. — ACTRICES ET DANSEUSES D'HERCULANUM.
A U MUSÉE NATIONAL DE NAPLES.
SOURCES DE POÉSIE
MYSTÈRE DU SILENCE
DANS L'ART
Par JACQUES
Toute œuvre d'art présente une face de mystère. Ce que nous ne comprenons pas complètement et clairement intervient toujours, et l'art le plus classiquement contenu, le plus rigoureusement abstrait, comme les éclats de la lyrique baroque ou romantique, comporte fatalement cette auréole de mystère.
La pensée exprimée et, en particulier, celle qui se manifeste plastiquement, tente un choix et un ordre au sein du mystérieux désordre des possibilités. Elle s'enlève sur ce fond comme en noir sur blanc. Elle tranche sur l'informulé dont la présence la presse de toutes parts et qui joue son rôle muet et pesant comme le négatif d'une photographie pèse sur son image positive. Aussi, les images les plus précises, les plus abstraites, celles que
Fig. 2. — STATUE ÉGYPTIENNE DU DIEU MIN (Époque romaine.)
CLASSIQUE COMBE
le nombre gouverne le plus fortement, sont-elles les plus hallucinantes. Un poème rigoureux où chaque mot porte et précise la pensée, une gravure au burin, un dessin au trait d'un contour mince et sans ombres, surgissent du vide et tracent le sillage de la pointe extrême de l'esprit comme un funambule inscrit sa danse aiguë sur une ligne, abstraite de l'espace. Quand il s'agit de la pensée, c'est «l'équilibre classique».
L'artiste qui plonge les objets qu'il crée dans une atmosphère concrète, qui les enveloppe dans des nappes de lumière et d'ombre, qui baigne la figure humaine de sensations et de sentiments si fluides qu'ils débordent sur les formes voisines, celui-là fait pa-
PROVENANT DE LA VILLA ALBANI. (Glyptothek, Munich.)
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MAGIE DE LA PERSPECTIVE
Fig. 3.
Fig. 4.
Fig. 3. — LESUEUR, « SAINT BRUNO DIS-
TRIBUANT SES BIENS. » MUSÉE DU LOUVRE.
Fig. 4. — PALLADIO, PERSPECTIVE DU
THÉÂTRE OLYMPIQUE DE VICENCE.
Fig. 5. — LUCIANO; LAURANA. « VUE
D'ARCHITECTURE. » MUSÉE DE BERLIN.
Fig. 5.
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raitre des êtres flottants et peu stables que l'absence d'arête et de plan nettement marqués rend mystérieux et fantastiques. Rembrandt est l'exemple typique de ce mystère baroque. L'être humain, la scène où il figure, vidés de toute géométrie, de toute mathématique de l'espace, deviennent une apparition faite d'émotion et de vibrations lumineuses.
Mais, à l'opposé de cet art, un autre mystère nous trouble. L'art que l'on nomme classique nous montre un univers abstrait où la rigueur domine. Le monde, conçu comme un espace chiffrable, réductible au nombre par la géométrie, se vide de l'atmosphère et, chez certains artistes particulièrement conséquents, la figure humaine se vide pareillement de toute expression psychologique, est ramenée à l'inscription d'un corps et d'un visage d'où la sûreté plastique a chassé les passions. Parfois même le souffle brûlant de l'abstraction a fait évoluer jusqu'à la vie, laissant un mannequin pétrifié surpris dans l'attitude d'un homme agissant. Une statue de bronze de Pompeii, un personnage de Signorelli ou de Vasari, apparaissent ainsi comme des fantômes précis; ce sont des créations fantastiques au même titre que les apparitions de Rembrandt à l'opposé desquelles elles se situent.
Ce mystère de l'art classique, par sa précision de diamant, est très loin de la rêverie où nous invitent baroques et romantiques, nous entraînant dans leurs variations sur le mystère des choses baignées dans la vie de chaque instant. Le « mystère classique » nous entraîne de l'autre côté, du côté du sommeil, là où le temps est suspendu.
De toutes les époques de classicisme, de l'antiquité au mouvement dit de retour à l'antique qui marqua la fin du xym^e siècle et, pourrait-on dire même au classicisme qui est un des aspects de l'art contemporain, la Renaissance a poussé le plus loin dans les arts plastiques la conception de l'espace comme une abstraction chiffrable.
L'étude et l'application aux arts de la géométrie spatiale et de la perspective ont pris alors une très grande importance et leur goût, devenu chez certains maîtres maniéristes passion dévorante, a conditionné toute leur œuvre, faisant plier tout autre souci.
La perspective linéaire est toujours un agent de mystère. Aux objets désordonnés et rongés de lumière qui nous entourent, elle substitue des faisceaux de lignes de fuite abstraits qui les emprisonnent en un système d'angles et de cotes chiffrés qui les figent. Une rue droite bordée de maisons où les lignes de fuite sont matérialisées en corniches et en moulures convergentes, a toujours l'air d'un piège tendu aux souffles et aux mouvements de la vie. Et si l'effet de cette perspective est renforcé par artifice, ce sentiment de l'insolite peut rejoindre le malaise du rêve. Lorsque, suivant l'Arno, à Florence on débouche à l'extrémité du Palais des Offices, découvrant la tour de la Seigneurie vue par le gros bout de la longnette du long passage à portique de Vasari, un malaise nous prend comme lorsqu'en rêve, on se sent pétrifié avec l'espace irrespirable qui nous entoure. Et, à Vicence, les rues à la perspective vertigineuse qui convergent sur la scène du théâtre Palladien, sont bien le lieu le plus inquiétant et mystérieux qu'ait conçu un architecte. Coëteau évoque les personnages
énigmatiques qui sortent sur les places ensoleillées de Chirico dès qu'on a le dos tourné; ce sont leurs parents qui, de leur visage de stuc penché à la fenêtre, font signe au visiteur de s'éloigner de cette scène inquiétante où le tranchant de l'abstraction a reçu le fil le plus aigu, où on ne peut imaginer la représentation que d'un ouvrage de poésie mythique, et par des acteurs masqués, à défaut d'automates qui, seuls, seraient là chez eux.
Durant les différentes phases de la Renaissance italienne, les peintres ont presque tous tenté de saisir l'espace au piège de la perspective, de l'exprimer aussi fortement que possible par le truchement de la géométrie spatiale. Cette recherche patiemment poursuivie et développée par plusieurs générations de peintres est un thème directeur de leur art auquel se plient les autres thèmes, ceux tout abstraits de la composition comme ceux de l'espace lumineux ou atmosphérique, comme encore ceux qui reflètent la figure de l'homme et sa vie.
Très souvent, l'architecture intervient pour solidifier et rendre visibles quelques lignes de fuite choisies pour fixer l'espace où la scène aura son lieu : salle, rue, place, terrasse ou sorte de plate-forme dans un paysage. Quelquefois, comme dans le célèbre tableau du musée de Berlin longtemps attribué à Piero della Francesca, et aussi dans de nombreux travaux de marqueterie, cassoni ou stalles d'église, la scène reste vide; c'est une ville abandonnée, un désert mystérieusement ordonnancé. Le silence pèse comme dans un rêve où nous ne voyons personne, mais où tout nous dit qu'il y a quelqu'un; et l'instant où cette présence se manifestera est toujours imminent. Parfois une tête penchée à une fenêtre, une figure humaine à demi issue d'une porte, ou mieux, une statue immobilisée dans cette toile d'araignée, allusion étouffée à la vie, ajoute au silence lourd de ces lieux une inflexion aigre comme le crissement d'un cristal. Et dans ces mêmes stalles d'église, alternant avec les paysages, des natures mortes hallucinantes comme les biscuits secs ou les allumettes de Chirico, posent la même question silencieuse.
Mais ces exercices abstraits, souvent admirables, sont des exceptions. Presque toujours, l'espace architecturé tend ses rets autour d'une action humaine qu'il localise. Il lui donne ses proportions et limite ses péripéties, comme au théâtre les bornes de la scène sont le champ où le drame est inscrit. Le corps humain, dans un tel milieu, obéit fatalement aux forces perspectives qui l'entourent et qui le plient dans leur laminoir.
Certes, les peintres de la Renaissance italienne ont donné de l'homme des images très diverses et très riches; on n'épuisera jamais toutes les puissances d'expression qu'elles recèlent. La note que nous cherchons à dégager n'est qu'un seul des nombreux messages dont elles sont chargées et dont certains, d'ailleurs, invisibles pour nous, ne seront perçus que par des yeux non encore nés. Nos successeurs verront peut-être, en des significations déchiffrées par eux, l'essentiel de ces œuvres si saturées de sens que chaque âge y peut percevoir un son nouveau.
Si nous cherchons aujourd'hui dans la population qui habite les tableaux des peintres classiques, et plus particulièrement de ceux de la Renaissance italienne ou italian-