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7e ANNEE 1926 FEVRIER N° 2 FRANCE .. 8 fr. ETRANGER 8 fr. LA MOUR DE L'ART Coulon LES COLLECTIONS PRIVÉES EN SUISSE -- 2ème PARTIE LIBRAIRIE DE FRANCE 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS

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--- R. du C. : SEINE 31.016 176.390 --- MESSAGERIES MARITIMES SERVICES CONTRACTUELS Départs à dates fixes de MARSEILLE pour : Le Portugal — L'Italie — La Grèce — La Turquie — L'Egypte La Syrie — L'Arabie — Les Indes — L'Indo-Chine La Chine — Le Japon — La Côte Orientale d'Afrique Madagascar — L'Afrique du Sud — La Réunion — Maurice L'Australie — Les Etablissements Français de l'Océanie La Nouvelle-Zélande — La Nouvelle-Calédonie --- LIGNES COMMERCIALES Services réguliers au départ d'ANVERS, de LONDRES, de DUNKERQUE, du HAVRE de LA PALLICE, de BORDEAUX, de MARSEILLE pour La Méditerranée — L'Inde — L'Indo-Chine et l'Extrême-Orient --- VOYAGES CIRCULAIRES EN MÉDITERRANÉE Par les paquebots de luxe : “CHAMPOLLION” - “SPHINX” - “LOTUS” - “PIERRE-LOTI” “LAMARTINE” Voyages autour du Monde Itinéraires : Marseille → Port-Saïd → Suez → Djibouti → Colombo → Fremantle → Melbourne → Sydney → Nouméa → Suva → Papeete → Panama → Colon → Fort-de-France → Pointe-à-Pitre → Marseille. --- Consignation - Transit - Représentation --- POUR TOUS RENSEIGNEMENTS s'adresser à : PARIS SIÈGE SOCIAL : 8, Rue Vignon, 8 PASSAGES : 8bis, Rue Vignon, 8bis SERVICES : 9, Rue de Sèze, 9 --- MARSEILLE AGENCE GÉNÉRALE 3, Place Sadi-Carnot --- Les MESSAGERIES MARITIMES sont, en outre, représentées dans tous les ports desservis par leurs navires, ainsi que dans les principales villes de France et de l’Etranger par des Agents et des Correspondants.

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L'Amour de l'Art REVUE MENSUELLE FRANCE : 60 FR. 7e ANNÉE ETRANGER : 80 FR. --- SOMMAIRE DU N° 2 (Février 1926) Rédacteur en Chef : WALDEMAR GEORGE L'Art Français dans les Collections privées en Suisse... PIERRE COURTHION. I. La Collection Emile Staub. II. La Collection Georges Reinhart. III. La Collection Emile Hahnloser. IV. La Collection Alwin Schmid. V. La Collection Bühler. VI. La Collection Arthur Hahnloser. Chronique : Les primitifs siennois au Musée de Detroit... M. MORAND-VÉREL. Les Ventes... CHARENSOL. Les Expositions... WALDEMAR GEORGE. Les Arts Appliqués... GASTON VARENNE. Les Livres d'Art... LÉON ROSENTHAL. Une importante acquisition du Musée du Louvre... M. MORAND-VÉREL. Notes. --- GALERIE D'ART CONTEMPORAIN INAUGURÉE LE 6 FÉVRIER 1926 TABLEAUX SCULPTURES MODERNES 135, BOULEVARD RASPAIL R.C.S.N° 221.497.B. TÉL. FLEURUS. 69.76

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--- ÉCRAN EN FER FORGÉ “LE NID”. --- EDGAR BRANDT SES FERRONNERIES EXPOSITION. PERMANENTE .101. BOULEVARD. MURAT. PARIS .TELEPHONE. AUTEUIL 07.95.12.40. .R.C. SEINE. N° 116.370. --- PICARD LE DOUX - Provençale dans un fauteuil. --- GALERIES Georges PETIT 8, RUE DE SÈZE, 8 — PARIS (XIe Arrondi) R. C. Seine 34.210 TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES IMPRIMERIE ARTISTIQUE 12, Rue Gaudot-de-Mauroi, 12 ---

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L'Art Français dans les Collections privées en Suisse (Suite) La Collection Emile Staub Je me suis embarqué à Zurich avec un essaim de petites filles. On leur a mis des tabliers propres et des sacs de montagne sur le dos. Elles jasent comme des pies ces enfants et rient, montrant leurs blanches dents. Mannedorf est un petit village propret où tout le monde paraît heureux. Dans les vergers très frais on voit passer de belles femmes aux joues roses comme l'églantine. On est très loin de tout. En l'absence de ses parents, c'est M. Staub fils qui me reçoit au château. Ce jeune homme correct, intelligent me fait les honneurs de sa maison, la demeure cossue de l'en-droit. — Faites donc comme chez vous, me dit-il. Et il m'accompagne discrètement. Il comprend que les tableaux accaparent mon attention. Tiens un Fragonard, La Visite chez la nourrice, une femme et un homme penchés sur un berceau avec, à droite, deux enfants qui regardent et, de l'autre côté, la nurse. Une gamme de tons pâles, des ocres clairs qui sont une coulée de lumière blonde rompue seulement par un bleu. Dans cet enchantement doré la mère, coiffée d'un joli chapeau de paille, sourit divinement. C'est toute la finesse de palette, la joie communicative de Frago. Comme ces quatre Delacroix sont bien choisis, qui nous révèlent les diverses applications de son génie à créer des fictions magnifiques, à chercher plus de perfection en retenant l'abondance de son lyrisme, à évoquer le mouvement et le tumulte, enfin à demander à l'Orient ses plus belles couleurs. Le créateur de fictions apparaît dans l'esquisse magistrale d'Angélique et Médon blessé. Le sujet même serait infiniment touchant — si nous aimions l'anecdote — de ce guerrier ensanglanté, monté sur son cheval blanc, et qui se penche doucement sur un rêve de femme tout en rose, qui est ici nécessaire comme la consolation dans le malheur. Il faut percevoir l'opposition que fait à ce lent et douloureux cortège ce chien qui court là-devant, oreilles

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L'AMOUR DE L'ART DELACROIX. ANGÉLIQUE ET MÉDOR BLESSÉ. basses, avec une rapidité incroyable, rappel diabolique à la brièveté de la vie. Le décor est un fond de rochers où des verts sonores chantent sous un ciel rose comme les plus belles choses passées. Quelle émotion est contenue, sublimée dans ce poème plastique, quelle sensibilité dans la touche, quelle rareté dans la couleur : verts et rouges éteints, jaunes et gris mauves. Une atmosphère incroyable entoure la scène comme un halo de choses diaphanes. Vraiment cette œuvre est l'une des plus émouvantes dans l'art d'Eugène Delacroix. De la couleur, de la ligne, de Médor et d'Angélique, de ce qui est le sujet et de ce qui est ajouté au sujet se dégage une impression de confiante tendresse, mystérieusement imprégnée de terreur. C'est un poème d'amour. Le tourmenté de perfection se peut étudier dans ces Deux chevaux sortant de la mer. Un arabe les tient à la bride. Malgré la grandeur de la scène qui se déroule sous un ciel zébré de nuages, ce cheval gris et ce cheval brun conduits par cet homme, et cette proue d'un bateau amarré au rivage, c'est là une œuvre où Delacroix cherche à conclure. Elle est plus raisonnée que l'autre, moins spontanée, partant un peu froide. On pense à ce que le maître écrivait : " Il faut, je le vois que mon esprit brouillon s'agite, défasse, essaye de cent manières avant d'arriver au but... si je ne suis pas agité comme un serpent dans la main de la pythonisse, je suis froid. L'évocateur du mouvement est reconnaissable dans les Convulsionnaires de Tauger. Le tableau est composé en diagonale. Au premier plan trois fanatiques, pris de tremblements sont liés ensemble par le rythme qui les parcourt. Un mur noir à droite et, au fond, un château crénelé composent une masse solide en regard des nombreux détails de l'arrière-plan qui montre une immensité d'hommes. C'est sabré de coups de pinceau, qui sont les coups d'épée d'un homme d'action qui s'enferme entre quatre murs pour créer un monde nouveau. L'orientaliste est représenté par les Deux arabes assis, un noiraud vu de face, les jambes croisées, à côté de son compagnon qui dessine son profil sur un fond d'opulences : une aquarelle très poussée qui confine à la miniature. Mais que de notations précieuses dans cette harmonie en rouge, bleu et jaune. De Corot c'est d'abord une Route de ferme bordée à droite par de petits arbres grêles. Une figure habite modestement ce paysage dans lequel nous entrons sans effort pour nous réjouir l'œil dans un gris perlé. On y sent la vibration d'une sensibilité très douce. Au fond, tous ces Corot : campagnes claires d'Italie, paysages de Chartres et de province avec des larges trainées de terrain et des bords de rivières sont beaucoup plus DELACROIX. LES CONVULSIONNAIRES DE TANGER.

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DELACROIX. CHEVAUX SORTANT DE LA MER.

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L'AMOUR DE L'ART MANET. FLEURS. précieux et sincères que la série des arbres qui se découpent sur un ciel rosé de couchant. Dans ces derniers — morceaux de coton flou avec des accents durs comme le fil de fer — se fait sentir ce que nous appelons "l'ennui de la série". Une belle étude de pâte martelée (cette façon de marteler avec la brosse est le seul moyen de sauver un tableau quand on commence à obtenir des embus) est cette Italienne en prière. Elle se détache harmonieusement sur un fond de blés mûrs. La Femme au tambourin se tient debout devant un fond de paysage gris-vert sur lequel elle jette la note rouge de son corsage, une couleur qui va s'atténuant jusqu'au gris de la jupe en passant par l'ocre du tablier. C'est la femme de Corot, un peu sentimentale et point légère avec son air grave, son front soucieux, sa tenue ni trop roide ni trop abandonnée. Le Courbet vaut qu'on s'y arrête. C'est une œuvre de grande nature, la description du moment qui, à la campagne, précède l'orage. Au ciel tourmenté l'on sent que le vent souffle. Les bras levés un berger chasse les Moultons devant la pluie menaçante. Il semble que l'on entende le bruit plat que fait le troupeau sur l'herbe tondu, un bruit comparable à celui de l'averse sur les toits de zinc. Et c'est un mamelonnement de dos serrés les uns contre les autres. Tout cela fuit sur une bande de terrain d'un vert triste et sombre avec un mouvement intense : une grande ligne oblique heureusement coupée par le geste du berger qui brandit son bâton. Les deux faces du talent de Daumier se peuvent voir ici, le Daumier caricaturiste qui campe une attitude en deux ou trois traits sobres et le Daumier peintre classique, maître des valeurs et des nuances en même temps que grand dessinateur. Long et dégingandé, armé d'un fusil, l'Insurgé se profile sur la barricade. Sa tête chauve laisse pourtant voler quelques cheveux gris qui folâtrent sur ses tempes. C'est très sobre, vigoureux, peint en brun, rouge et bleu-noir. L'autre, Les curieux devant l'étalage, est un morceau connu, l'un des plus parfaits qui se peuvent compter dans l'œuvre du maître. Le panneau est clair, fort bien conservé. Tandis qu'un bonhomme noir, coiffé d'un tube, une sorte de croque-notes aux lèvres papelardes est absorbé dans la contemplation des gravures qui baillent dans un cartable, et qu'un petit garçon furette lui aussi dans ce nid à punaises, un écolier vu de dos suit son chemin ; une femme à bonnet blanc regarde, le nez au vent, avec un air étonné sans voir ce qu'un ouvrier essaye de comprendre. Puis c'est la rue qui va vers le fond avec cette femme bourgeoise couverte d'un châle et qui s'en vient. Le dessin est puissant. Le clair-obscur pas très accentué a de belles transparences et la lumière est distribuée sur cette scène avec une rare science de l'accord du blanc et du noir. Le reste est en brun, bleu, jaune et gris. J'ai beaucoup apprécié les Huîtres de Manet. La marée ouverte baille dans l'assiette. Sur la table, une fourchette et deux moitiés de citron. Le blanc-jaune des mollusques, le brun du bois, le fond gris, tout cela compose la plus délicate harmonie et c'est très- CÉZANNE. PAYSAGE.

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L'AMOUR DE L'ART DAUMIER. LES CURIEUX DEVANT L'ÉTALAGE.

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L'AMOUR DE L'ART Berthe Morisot — cette petite fille de Fragonard qui a toujours l'air dans ses toiles d'avoir été la femme de Manet — vaut pour la finesse et la distinction de sa peinture. Cette Dame au manchon et dont le cou est si délicatement emmitouflé dans un foulard est un bel accord très féminin de vertes pâles et de roses clairs. Le Village vu à travers les arbres et le Jardin et Maison de Pissarro sont de jolies études de matière graveleuse. Le Pont de Sisley qui fait le gros dos sur une rivière est une chose charmante et bien pleine. Odilon Redon a laissé une œuvre très inégale dans laquelle il faut choisir. Très remarquable est cette Tête de Christ dont l'expression est vraiment souffrante. Ces Yeux clos de femme avec un bouquet : une féerie, un rêve tout en bleu. Redon est le seul artiste durable qui marque dans la peinture le passage du symbolisme, école essentiellement poétique. La Nature morte de Cézanne est d'une grande netteté. Très franche dans la touche elle montre moins que les autres la préoccupation du volume. Décorative, elle tord en toute liberté son arabesque riche. Sur le côté droit, la carafe, les deux pommes sur le tapis et ce tapis même exagèrent leurs courbes cependant qu'à l'opposé tout est rompu, brisé dans la ligne. Ces déformations, tant décrites prennent chez le maître d'Aix la valeur d'une recherche sérieuse que beaucoup ont exploitée sans rime ni raison, à l'exception peut-être de Braque, lequel, tout en profitant de ces recherches, a porté ailleurs son attention. Puis ce sont des arbres, grandes taches vertes sous clair, bien peint, savoureux. Du même peintre les Oillet dans un vase sont délicats. Les deux Monet sont magnifiques, surtout cette Gare Saint-Lazare plus travaillée, de forme mieux massée et plus vivante que celle du Luxembourg. Voilà une œuvre impressionniste qui a du poids : elle est géométriquement construite. Deux taches noires : à gauche un wagon de marchandises, à droite une locomotive, au centre le rail et un personnage bleu. Des flocons de fumée montent, en cône renversé, formant un rideau opaque percé de clartés. Voulez-vous les couleurs ? bruns, violets, rouges et noirs. Un peu facile mais très nuancé est ce Veteuil sous la neige avec ces deux barques qui vont à la dérive. Nous trouvons néanmoins une autre importance à ces Nymphéas verts et roses qui nagent tranquillement dans une eau bleutée à reflets violacés. Le thème est le bleu, un bleu magnifique : c'est musical et parfait de goût. On comprend là-devant que pour Monet deux choses importent seulement : le thème et les variations. Le peintre ne s'inquiète pas de faire une mise en page. Le sujet en soi n'a pas d'importance plastique, il commence où il peut et s'arrête au bord du cadre. Mais la poésie de la nuance, le coloris, un certain mystère troublant dans la vapeur d'eau qui semble monter jusqu'à nous avec la fragrance de ces nénuphars, voilà ce qu'il faut chercher chez Monet qui est un symphoniste de la couleur. Ne lui demandons ni le volume, ni la forme, ni la composition mais des variations sur les meules, les reflets dans l'eau et l'éclairage des cathédrales. A lui seul Monet est tout l'impressionnisme.

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L'AMOUR DE L'ART un ciel bleu plombé et sur un terrain roux où pousse une herbe haute. L'ensemble forme une masse compacte. Le faire sobre, facile, est nombreux : on y peut étudier une grande variété dans l'écriture adaptée à la forme même qu'elle explique, qu'elle souligne. C'est lui qui a renversé les Barbediennes de nos cheminées. Grand faune il a refait la femme belle. Il y a, dans cette peinture, des chairs délicatement colorées et qui doivent à la morsure avoir un goût de sauvage. De la main droite elle essuye sa jambe, la belle ter- Des Saules au bord d'une rivière de Renoir, une petite chose délicieusement cotonneuse et une Batgneuse vue de dos — plastique et frais. Enfin un Grand nu qui est rutilant. Quel pas en avant depuis Toulouse-Lautrec. Renoir a remis en honneur le sang dans les veines, le rosé de la peau, la robustesse dans le nu. rienne, tenant sa lourde chevelure de la gauche. Quelque part, un chapeau enguirlandé de fleurs rouges est négligemment jeté sur des étoffes roses. C'est un morceau plantureux, d'une puissance plastique extraordinaire avec un nacré, une nuance de chair de premier ordre. Une sensualité très vive se lit à la courbe des