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PLAT EN FAIENCE. ATELIER DE PATERNA. (XV° SIÈCLE). PLAT EN FAIENCE VERNISSÉE. ART BYZANTIN DE L'ITALIE DU SUD XIII° OU XIV° SIÈCLE. PLAT EN FAIENCE. ATELIER DE DAMAS. XVI° SIÈCLE. Les Collections de M. Raymond Kœchlin I. Art Egyptien, Art Musulman, Art Japonais, Art Gothique. Organiser avec de belles choses le décor de sa vie, y faire servir son goût, sa connaissance très exercée des grandes collections publiques et privées du monde, apprécier l’œuvre d’art pour sa beauté, mais aussi pour sa signification, parce qu’on a à peu près tout lu qui puisse contribuer à l’ex-pliquer, en un mot, être non seulement un amateur-artiste, mais encore un homme d’une haute culture, et même un savant qui devant un bel ivoire du xiii° siècle peut exprimer son émotion, en même temps qu’expliquer au cours d’un long chapitre la place qu’il tient dans la série des ivoires gothiques dont il a entrepris d’écrire la magistrale histoire: voilà les réflexions qui reviennent à l’esprit de tout visiteur habitué à se mouvoir au milieu des collections si variées et d’une si haute tenue de M. Raymond Kœchlin. Et le plus surprenant peut-être, c’est la sûreté avec laquelle le choix s’est fait, presque sans hésitation, à coup sûr sans repentirs, au cours de plus de trente années où successivement les choses sont venues prendre leurs places légitimes, sans mériter d’en être dépos-sédées un jour pour cause d’erreur, ou de surestime injustifiée. Et c’est cela qui est extraordinaire. Car sur la plupart des domaines, l’amateur ici s’avancait en terrain souvent contesté, et fréquemment aussi sur les « terræ incognitæ » de la curiosité. Dans les environs de l’an 1890, quand la chose était encore possible pour un jeune homme, acheter de la peinture ancienne déjà bien connue, même celle des primitifs, c’était moins amusant que de s’attacher aux tableaux des impressionnistes, parmi lesquels Delacroix et Fantin-Latour étaient sur le plan des mêmes préférences. De même en matière d’objets d’art, si l’on se mettait à poursuivre l’objet du moyen âge, il existait alors de mystérieuses retraites d’où l’on était sûr de ne jamais reve- BOEUF. APIS DE BRONZE. ÉGYPTE. PÉRIODE THÉBAINE, AVANT LA XX° DYNASTIE.

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L'AMOUR DE L'ART nir bredouille, et les ivoires, les émaux et les bronzes étaient la monnaie courante de ces expéditions. Mais c'était plus passionnant encore d'interroger un pot oriental dont le sol de Rakka, la vieille cité khalifale d'Harun ar Raschid, avait irisé le lustre, — ou de ravir à la convoitise des plus puissants seigneurs, d'un seul coup de filet, les cinq plus beaux plats de Damas qui aient jamais décoré le palais d'un sultan. Et combien plus palpitant encore, en ces heures inoubliables d'initiation, était le choix, dans des cartons bondés, de ces estampes japonaises, nouvellement sorties des boutiques de libraires de Tokio et de Kyoto, dont on épelait les noms d'artistes si nouveaux pour des oreilles occidentales. Là, seul l'instinct pouvait être un guide, comme il l'était au milieu des Inros et des Gardes de sabres. Mais plus tard, voici que la Chine nous est révélée, non pas celle des porcelaines (il n'en est pas entré une seule ici); je veux parler de la Chine des fouilles qui ont fait sortir du sol les vieilles poteries et les bronzes. Et je ne crois pas me tromper en affirmant que, SOKHIT EN BRONZE. ÉGYPTE, PÉRIODE THÉBAINE. quelque amitié qu'il ait pour ses trésors, c'est une partie de sa collection où M. Raymond Kœchlin a apporté l'intérêt le plus aigu. Circulons donc parmi ces merveilles, connues aujourd'hui du monde entier, j'entends de cet univers très étroit composé d'une centaine de personnes qui se sont transmis le mot de passe des collections, et qui ont toujours trouvé au seuil de celle-ci l'accueil le plus courtois et le plus affable. *** Deux petits bronzes représentent ici l'antiquité, à laquelle ne pouvait demeurer insensible le fervent pèlerin qui visitait en 1898 l'Egypte et ses plus émouvants sites historiques. C'est d'une échoppe voisine de l'Esbekieh qu'est sortie cette Sokhit à tête de lionne dont l'admirable corps de femme a la pureté et la fermeté de formes d'une jeune nu-bienne; elle était dans le Panthéon égyptien la grande amie du dieu Phthah, faisant partie avec lui de la Trinité aderée à Memphis. Amen hoptou III, de la XVIIIe dynastie, avait consacré dans le temple de Mout à Thèbes une salle LA FORCE. PIERRE. ART FRANÇAIS. ÉCOLE DE TROYES. 2e MOITIÉ DU XVIe SIÈCLE. ÈVE. PIERRE. ART FRANÇAIS. ÉCOLE DU SUD-OUEST. DÉBUT DU XVe SIÈCLE. VIERGE DE PIERRE. ART BOURGUIGNON. XVe SIÈCLE.

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L'AMOUR DE L'ART MINIATURE. ECOLE DE MÉSOPOTAMIE. XIIIe SIÈCLE. spéciale remplit de statues de Sokhit : elles étaient de basalte noir ; des statuettes de bronze comme celle-ci, devaient s'y trouver aussi en grand nombre, à en juger par leur présence dans tous les musées du monde. La belle statue du bœuf Apis, qui provient de l'ancienne collection Hoffman est l'image vivante de Phtah sur la terre : c'est dans une des cours de son temple à Memphis qu'il rendait des oracles, et il n'y avait jamais qu'un apis à la fois ; mort, il devenait comme tous les morts, un Osiris, on l'embaumait, et on le transportait en grande pompe au Sérapéum. Là il avait un temple où il était encore dieu ; les Grecs l'ont appelé Sérapis, et son culte était devenu très populaire aux derniers temps du paganisme. PORTRAIT DE PRISONNIER MONGOL. ART PERSAN ORIENTAL. XVe SIÈCLE. Le médiéviste ne pouvait négliger de recueillir quelques notables et beaux spécimens de lastatuaire française qu'il avait tant admirée et étudiée. Un fragment d'une figure d'Eve, brisée aux cuisses, est un très charmant type de notre école du Sud-Ouest au début du xve siècle ; et bien rares sont les morceaux de nu à cette époque, non pas le nu vigoureux et plein d'une Eve de Masaccio ou de Van Eyck, mère du genre humain, mais celui gracieux et délicat d'une toute jeune paysanne, le corps de la petite Sainte-Fortunade. On souscrirait bien volontiers à une origine d'entre Toulouse et Rodez, se souvenant qu'il y a au-dessus de la porte de l'hôpital de Toulouse une Vierge de même caractère. Bourguignonne au contraire par la carrure, CHANDELIER DE CUIVRE INCRUSTÉ D'ARGENT. ÉCOLE DE MOSSOUL. XIIIe OU XIVe SIÈCLE. AIGUIÈRE DE CUIVRE INCRUSTÉ D'ARGENT. ÉCOLE DE MOSSOUL. XIIIe SIÈCLE.

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L'AMOUR DE L'ART BOITE DE LAQUE. JAPON. XIIIe SIÈCLE. POT EN FAIENCE. ATELIER DE RAKKA (MESOPOJAMIE) ANTÉRIEUR AU XIIe SIÈCLE. FEUILLE DE PARAVENT ATTRIBUÉE À SANRAKU. JAPON. FIN DU XVIe SIÈCLE. par l'ampleur aussi et la souplesse de cette lourde et molle cape qui l'enveloppe ainsi que l'enfant renversé en jouant dans ses bras, est la belle Vierge de pierre au doux visage tout éclairé de son sourire (ancienne Cm Mahou), mais d'une Bourgogne difficile à localiser, tant l'influence de l'école a irradié fort loin dans la seconde moitié du xve siècle. C'est tout le contraire avec la statuette de pierre de la Force (ancienne Cm Gréau), ayant conservé les traces d'une ancienne dorure, et qui, comme l'Astronomie du Musée de Cluny, a pu faire partie avec certaines statuettes de saintes d'un ensemble architectural qu'il est assez difficile de déterminer; mais on peut affirmer leur étroite parenté avec les dernières œuvres de l'atelier troyen des Julliot au xvie siècle. C'est le même goût du pittoresque, un peu trop compliqué, dans les accessoires du costume théâtral surchargé de broderies, dans cette jupe relevée, ces manches bouffantes, cette énorme aumônière, cette étrange coiffure sur une tête dramatique à l'expression tendue et forcée, dans cette main sèche et crispée qui serre un formidable glaive. Dans le remarquable ouvrage où M.M. Raymond Kœchlin et J.-J. Marquet de Vasselot ont écrit l'histoire de la Sculpture à Troyes et en Champagne au xviie siècle (Paris, A. Colin 1900), ce petit groupe de statuettes a été parfaitement misàsa place (pages 150-153 fig.80). Mais voici que nous devons BOUTEILLE EN GRÈS. ATELIER COREEN. XVIe SIÈCLE. VASE EN GRÈS. CORÉE OU JAPON. XVIe SIÈCLE.

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L'AMOUR DE L'ART BOÎTES ET INROS DE LAQUE. JAPON XIVe ET XVIIe SIÈCLES. entrer maintenant dans le domaine oriental. Une petite coupe léguée à M. Kœchlin par le grand collectionneur F. Engel-Gros est décorée d'un lion passant ; il occupe à peu près tout le fond de la pièce ; tout en cette bête est poussé à l'extrême dans l'effet, la sauvagerie de l'énorme tête, la raideur des pattes aux formidables griffes, la queue raidie avec sa mèche en tulipe. Il n'a pas le calme hiératique du lointain Orient, tout en s'y rattachant, mais s'il fut vraiment trouvé à Brindisi, nous savons par lui dans quel esprit travaillaient les ateliers byzantins de l'Italie du Sud. Deux miniatures nous fixent deux moments de cet art admirable : la première représente deux personnages agenouillés devant un chaudron dont ils semblent agiter le contenu, ils sont adossés à des arbustes aux larges feuillages, ils portent turbans et tuniques décors de grands rinceaux. Cette miniature offre bien les mêmes caractères de représentation, de types et de costumes, qu'un recueil de miniatures dispersées (que nous retrouvons dans les collections Martin et F. Sarre) d'une Pharmacologie de Dioscoride signée Abdallah ibn el Fadl (lecture de M. Kuhnel, La miniature en Orient pl. 7-11, Crès, ed., 1924) avec la date de 1222. Elles appartiennent à cette admirable Ecole Mesopotamienne sous les Khalifes abbassides de Bagdad, dont le chef-d'œuvre est le manuscrit du Makaurat de Hariri, de la collection Schefer à la Bibliothèque Nationale. L'autre représente un prisonnier mongol agenouillé (ancienne C° Gelis-Didot), d'un très beau caractère et d'un magnifique dessin, dû sans doute à un de ces artistes de la Perse Orientale à Bokhara, à Samarcand ou à Herat au xve siècle. Figures très analogues au Musée du Louvre, à la Bibliothèque d'Oxford, et surtout dans la C° Jacques Doucet. Les deux beaux cuivres incrustés d'argent sont éminemment représentatifs de l'art des batteurs de cuivre de Mossoul aux xiii° et xive siècles, qui sont allés porter leur art très loin de ses origines, en Egypte et même au Yémen. L'aiguière est d'une forme splendide, robuste et élégante à la fois. Le versoir recourbé jusqu'au bec en tête de dragon (ce bec est une restauration italienne du xvie siècle), à la même hauteur que l'anse et le goulot, équilibre admirablement la pièce ; le décor de sujets animés et de bandeaux d'inscription est d'une belle exécution d'argent gravé et de cuivre BOITE EN FAIENCE PAR KENZAN ART JAPONAIS (1661-1742). ÉCRITOIRE DE LAQUE DE L'ÉPOQUE ASHIKAGA. COMM DU XVe SIÈCLE. BOITE DE LAQUE DE L'ÉPOQUE DE KAMAKOURA. JAPON XIIIe SIÈCLE.

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L'AMOUR DE L'ART rouge. Cette aiguière, publiée jadis par Lanci, appartenait au commencement du xix^e siècle à la famille Pamphili ; elle passa plus tard au Palais Massimo relative de cette illustration, il nous faudrait dix fois plus de reproductions, pour en donner une idée à peu près exacte. La feuille qui porte ce vase en GARDES DE SABRES EN FER. JAPON XV^e ET XVI^e SIÈCLES. d'où elle vint de Rome à Paris. Le chandelier, d'une étonnante conservation en ses argents si finement gravés, offre une suite circulaire de sujets de chasse et de la vie de cour d'un très beau dessin. Mais voici qu'autour de l'année 1900, plutôt un peu avant, apparurent à Paris les premiers spécimens d'une céramique nouvelle, parfois lustrée, d'une terre peu cuite et assez grossière, mais d'un magnifique caractère quand elle portait sur ses vases des inscriptions coufiques décorativement déformées : des trois pots célèbres maintenant par les expositions où on les vit, celui-ci, encore mieux que ceux des collections de Béhague et Godman, culmine en sa couverture bleu foncé sur le fond de laquelle s'enlèvent les hampes noires magnifiques de ses lettres confiques. Cette céramique sortait des déblais de la ville Khalifale de Rakka sur l'Euphrate, d'où des négociants d'Alep l'acheminèrent vers les marchés européens. De la série des plats de Damas se détache celui-ci, l'un des plus beaux qu'on ait jamais vus par son émail et l'harmonie de ses bleus, et où la fantaisie du peintre céramiste, dans le décor à formules habituelles des tulipes, des œillets et des pavots, parmi les feuilles recourbées, a introduit un petit paon mauve, à peine posé, balancé sur l'extrême pointe d'une feuille, d'une grâce exquise. Le grand amateur espagnol, M. de Osma, croyait savoir que ce plat avait été tiré du même couvent d'Espagne que la splendide boîte d'ivoire d'Almogueira, entrée au Musée du Louvre. Quant au plat à fond crème et décor violet et bleu, qui porte en son médaillon central une sorte de lion fantastique, il est d'une espèce céramique que l'on crut longtemps italienne, jusqu'au jour assez récent ou des archéologues de Barcelone, opérant des fouilles méthodiques à Paterna, près de Valence, ont déterminé par leurs trouvailles le classement de toute cette céramique des xii^e et xiv^e siècles si intéressante (J. Folch y Torrès. La céramica di Paterna, Barcelona, 1921). Je n'ai plus à parler que du Japon, dont les arts tiennent dans les collections de M. Raymond Kœchlin une place si importante, que malgré l'abondance tronc de bambou plein de touffes d'œillets, accompagnait cinq autres feuilles toutes avec des vases de formes et de matières variées, parfois dorés, avec des bouquets d'arums ou de pivoines : c'était un petit paravent, d'un goût, d'une invention décorative charmante, prestigieusement gouaché, qu'on a très justement attribué à Sanraku, l'élève et le successeur de Yeitoku à la fin du xvi^e siècle pour les grandes décorations des Tokugawa dans leur palais. Le petit écran où un héron blanc s'enlève sur le fond d'or d'une subtilité d'exécution déconcertante, à peine sensible dans les plis serrés de la gaufrure du papier, porte le cachet de Korin (xvii^e siècle), ici l'égal de son génial ancêtre Koyetsu. D'un carton d'estampes, qu'on peut dire un des plus beaux comme choix qu'un amateur ait jamais fait, nous n'avons cru pouvoir détacher aucune feuille, tout la reproduction en noir de ces merveilles de couleur leur ôte de leur charme ; il faut tenir en mains les pièces elles-mêmes, suivre les longues lignes déliées, la vie jouer les fonds de mica et se réjouir l'œil à la délicatesse des tons, tantôt pâles, tantôt forts : ce n'est pas sans raison qu'un bon juge, M. Edmond Pottier comparait les figures des estampeurs japonais à celles que dessinèrent jadis les céramistes d'Athènes sur les de leurs vases. Pour les laques, l'embarras du choix était grand ; la série est ici incomparable. Voici la boîte de laque noir, décorée de feuilles et d'un bouton de nénuphar, d'un or sourd, incorporé sans empâttement ni relief au fond noir profond avec lequel il fait corps ; dans cet or, les nervures des feuilles les modèlent en traits fins, d'un dessin, d'une liberté, d'une sûreté et d'une finesse, qu'on ne saurait encore une fois comparer qu'aux merveilleux traits noirs ou rouges d'un décor de lécythe blanc hellénique. Un tel objet, en sa beauté secrète, hermétique, ne cherchant par aucun gros moyen à plaire, renferme en lui toutes les quintessences de distinction raffinée de l'art japonais. Il n'est pour ainsi dire pas parvenu en Occident de laque de cette qualité, ni de cette date (xiii^e siècle), et Hayashi peut-être n'en eut qu'un d'une aussi souveraine beauté.

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L'AMOUR DE L'ART Parmi les petites boîtes, le Kogo en forme de Hôgin (perle bouddhique), avec son décor sur le couvercle bombé de petits chrysanthèmes en burgau assourdi sur fond noir, est tout à fait digne de retenir l’attention ; il a tous ses papiers, et un fameux pedigree, car il dépendait du Cha Seki (chambre à thé) En-An et son enveloppe porte la désignation « Hiro Sai ChinZo », trésor de Hiro Sai, avec les cachets du temple Nishi Honganji. C’est de la 3e vente du temple à Kyoto en 1915 que Marcel Bing rapporta cet objet important, qui est peut-être chinois du temps final des Sung, ou japonais à peu près du même temps. Et c’est de la 1re vente Hayashi en 1902 (catal. n° 89) que provient la jolie petite boîte à décor de plumes et de feuilles d’or, sur un fond d’aventurine parsemé de petits chrysanthèmes en burgau, les bordures en étain ; elle date de l’époque des Ashikaga, comme la charmante petite écritoire carrée de la vente de Ch. Gillot, avec son beau paysage vigoureusement modelé en plusieurs ors et le splendide revers de son couvercle. La boîte ronde aux beaux rinceaux de chrysanthèmes en burgau, les présente noyés dans son or assourdi, usé ; on a attribué longtemps à l’époque de Kamakura, ces boîtes du plus somptueux aspect, sans qu’on soit assuré d’une aussi ancienne origine ; outre celles qu’on a vues dans les collections Ch. Gillot (aujourd’hui au musée de Hambourg) et Louis Gonse, plus accomplie encore est celle que le Professeur E. Grosse à Fribourg a donnée au Musée de Berlin. Les inros du xviie siècle sont de superbes petits objets, dont on ne se lasse pas d’admirer l’ingénieux et beau décor dans un si petit espace. Quel choix difficile à faire dans la poterie de grès où tout nous attire ! mais citons la grosse bouteille à fond gris avec son large décor floral blanc si grave et si onctueux de matière, belle réussite d’un potier coréen ou japonais du xvie siècle, ou bien, de la même époque ce puissant cornet hakémé, strié de larges hachures sous une couverture fouettée de blanc. Plus extraordinaire encore est la petite boîte, peut-être tournée et cuite à Awata ou à Kiyomitsu, à fond crémeux, décorée somptueusement de larges bandes et de fleurons noirs traversés de traits bruns, le plus beau décor stylisé peut-être qu’ait jamais inventé le génial décorateur Kenzan (1661-1742), (publiée par H. Rivière, n° 97). Les gardes enfin, toutes de la plus haute qualité, que ce soit celle aux deux étoiles concentriques, l’une pleine et l’autre ajourée, œuvre d’un forgeron du xive ou du xve siècle, celle de l’atelier Namban avec quelques dorures, du xvie siècle, — les cordages de Shoami — les deux grues de l’atelier de Suruga, ou l’extraordinaire bœuf rassemblé, assoupli dans le disque de la garde, chef-d’œuvre du xviiie siècle. Et nous voici, à notre profond regret, obligés d’omettre ou de négliger tant de magnifiques objets qui mériteraient tous le juste honneur d’une publication. GASTON MIGEON. CASQUES TURCS. XVe SIÈCLE.

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POTERIES. CHINE. EPOQUE T'ANG. II. Art Chinois, Art Khmer, Art Javanais. On ne doit pas médire du goût japonisant qui a fleuri chez nous il y a quelque cinquante ans. Autour des Hayashi, des Gillot, des Bing, naquit une charmante école d'amateurs délicats. Certes, les découvertes de l'archéologie chinoise ont singulièrement déplacé et reculé notre curiosité des arts asiatiques, et nous sommes tentés de ne voir que jeux subtils et un peu périmés, dans ces discussions qui réunissaient, loupe à la main, des collectionneurs de bibelots japonais, autour d'un chawan, d'un toubu, d'un netzuke ou d'un kogo. Mais ces hommes, vraiment, avaient acquis, cultivé, raffiné le sens de la grâce et de la distinction. Parmi les disparus, certains mettaient leur amour-propre à ne point faire un pas hors de ce domaine précieux. Ceux, au contraire, qui se sont engagés d'un pas délibéré sur les routes nouvelles, y ont emporté une aisance de goût qu'ils tiennent des origines. M. Raymond Koechlin est au premier rang de ceux-là. Je ne connais rien de réconfortant comme l'exemple de cet esprit si fin et si droit, qui semble gagner en jeunesse avec les années, et qui, parvenu à l'instant du voyage où l'on tourne volontiers la tête pour jouir du chemin parcouru, cherche au contraire devant lui d'autres perspectives de beauté. M. Koechlin n'a rien abdiqué de ses amours japonaises. Il reste, avec M. Vever et quelques autres, l'ami fervent d'un art auquel il doit l'éducation de son jugement. Mais à mesure que le voile se levait sur les hautes époques de l'Asie, M. Koechlin, l'un des premiers, s'avançait vers les régions ainsi apparues. Peu de curiosités sont aussi éveillées que la sienne. Son premier désir est de se porter sur tous les points où l'on découvre des vestiges du passé. Puisque c'est la Chine qui nous occupe, je dirai qu'aucune recherche archéologique ne lui a échappé, ce qui nécessite un effort d'attention soutenue, car l'archéologie chinoise ne date guère que de vingt ans, et sur ce court espace d'années, une révélation n'attend pas l'autre. Mais il ne s'agit pas seulement d'une curiosité d'esprit; M. Koechlin ne s'est pas contenté de suivre les publications, les expositions et les ventes: il s'est rendu possesseur d'objets, a formé une collection chinoise qui touche aux époques les plus sévères, mais dont le choix porte, sur chaque pièce, le reflet d'un goût pur, BICHE. BRONZE. ART CHINOIS D'INFLUENCE TOURANIENNE.

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L'AMOUR DE L'ART OISEAU GRIFFON. ART CHINOIS D'INFLUENCE TOURANIENNE. sensible à l'agrément de la matière et du travail. Comme M. David Weill, et à un moment où l'on manquait tout à fait d'informations sur cette question, M. Kœchlin a prêté attention aux objets chinois ou sino-mongols d'influence touranienne ; ces objets, dont on commence à peine l'étude depuis deux ans et que M. Jean Sauphar rassemble en connaissance de cause, n'apparaissent qu'à l'occasion chez M. Kœchlin ou chez M. David Weill : leur accent hardi a séduit ces collectionneurs comme le fait toute belle chose, même inconnue, qui passe dans le champ de leur regard. A présent, si vous comparez les quelques pièces d'influence touranienne appartenant à M. David Weill (voyez l'Amour de l'Art de février 1925) et le petit oiseau-griffon de M. Kœchlin que nous reproduisons ci-contre, vous reconnaîtrez tout de suite que si les premières valent par leur fruste vigueur, l'oiseau de M. Kœchlin témoigne d'une recherche de matière et de style qui a évidemment séduit son possesseur ; cet oiseau orné d'une triple aigrette, est exécuté dans un sentiment décoratif assez subtil ; il dénonce les préférences du collectionneur. De même, si l'on place côte à côte la biche de bronze de M. Kœchlin et les deux animaux semblables qui appartiennent au musée Cernuschi, celle-là l'emporte par l'élégance. Tous les choix sont ainsi marqués. La pratique du japonais tourne facilement à la mièvretie, si elle est exclusive ; elle ne fait qu'assouplir, polir, affiner l'esprit qui saitsetournerensuite vers les hautes époquesdel'art. Dans la collection chinoise de M.Kœchlin, aucune pièce n'est négligeable, parcequ'aucune n'y a été appelée sans qu'elle réunitcette double qualité d'être rare dans l'époque qu'elle représente, et belle en elle-même, en dehors du temps. Je pense à une étonnante petite biche de jade archaïque, à une hachette de bronze, somptueuse comme un bijou, à un petit cavalier de bronze, dont la silhouette si résumée et si déliée à la fois montre chez son auteur anonyme un tel sentiment de l'observation et du style. Voilà des objets différents d'âge et de matière. Ils ont une marque commune. Laquelle? Ils ont plu à leur possesseur. Ne cherchez pas plus loin. L'explication suffit, si j'ai eu la chance de bien esquisser la personnalité de M. Kœchlin. Cette recherche du plaisir dans une pièce fine, M. Kœchlin l'apporte en toute chose : cuivre damasquiné de Mossoul, estampe du Japon, bronze ou jade de la Chine archaïque, peinture de Renoir ou de Van Gogh...On ne s'étonne pas de la retrouver dans une statuette de Java, figurine agenouillée etportantà deux mains un bol vers sa bouche, merveille de grâce, de simplicité, ou dans une tête de pierre où l'artiste khmer a su tracer en reliefs si fondus et si légers le plus pro- PETIT CAVALIER. BRONZE. CHINE. BICHE. JADE. CHINE. ÉPOQUE HAN. HACHETTE. BRONZE. CHINE. ÉPOQUE T'ANG.

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L'AMOUR DE L'ART ART JAVANAIS. BRONZE. fond sentiment de détachement, d'in- indulgence et de mys- tère que le boud- dhisme ait fait éclo- re en Asie. On dira : Quels objets disparates ! Quel mélange de musulman et de bouddhique, d'Eur- ope et d'Asie, d'an- tique et de moder- ne ! Mais ce n'est pas ainsi qu'on doit juger. M. Raymond Kœchlin n'est pas un collectionneur systématique. Il est la plus parfaite figure de l'amateur moderne, informé de tout, attentif à tout, mais ne sui- vant d'autre règle que son goût, d'autre décision que son agrément. Qu'un médiocre rassemble des bibelots sans méthode, il y aura désunion, dispute, incohérence d'un bout à l'autre de sa galerie. Mais que le divin sens de la beauté l'anime, les voisinages s'harmonisent, il n'est plus ques- tion de lieux ni d'époques, l'œil est promené doucement de place en place. La haute et mince silhouette de M. Kœchlin règne amicalement sur les panneaux, les étagères, les vitrines où les objets de toute sorte, mais égaux par leur perfection, sont venus se ranger à son appel : il y a quelque chose d'Orphée chez l'amateur de bel- les choses. On peut par- ler sans ordre de ce qui appartient à M. Kœchlin parce que tout objet trouve na- turellement sa place dans un ensemble qui ne vise pas au clas- sement. Un grand vase de bronze, placé sur une cheminée, vous attire ; c'est une sorte de vas- que, montée sur un pied élevé ; matière mince, riche patine ver- te, ornement primitif de lignes géométriques ponctuées de vives saillies, la pièce est sans doute des Tcheou. Plusieurs siècles la séparent du délicat bélier placé près d'elle. Déroulons encore la bande du temps ; nous voici au cinquième siècle de notre ère, sous les Wei, avec une saisissante statuette de cavalier en argile ; on commence à peine à connaître les figurines funéraires de cette époque, c'est pourquoi j'en dirai deux mots ; M. Eumorfopoulos, à Londres, M. Kœchlin, à Paris, en possèdent deux qui se répondent ; il semble qu'elles ART KHMER. PIERRE. 12e SIÈCLE. CAVALIER. TERRE CUITE. CHINE. ÉPOQUE WEI. BÉLIER. BRONZE. CHINE. ÉPOQUE HAN.

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L'AMOUR DE L'ART CHINE. ÉPOQUE SONG. CHINE. EP. SONG. CHINE. EP. SONG. aillent souvent par paires : deux chevaux harnachés, sans cavalier, faisant partie de la collection d'un Chinois, sont passés récemment en vente à Amsterdam, deux autres, à peu près semblables viennent d'arriver à Paris, pour entrer dans des collections privées ; le musée Cernuschi vient d'acquérir un cavalier de même style que ceux de MM. Eumorfopoulos et Kœchlin; enfin, deux couples de chouettes, sobrement stylisées, n'ont fait qu'apparaître ; ces pièces sont petites par le nombre, mais d'un haut intérêt; modelées dans de l'argile noire, elles portent le plus souvent un enduit blanc, sur lequel on découvre des traces de peinture rouge et quelquefois d'or; leur surface est souvent grumeleuse et tachetée de points noirs qui semblent accidentels. Mais laissons l'austère cavalier de M. Kœchlin dressé dans les plis rigides de son grand manteau. Un cloisonné Ming attire notre regard ; c'est, avec une vigoureuse monture de dragons qui la soutiennent ou la mordent, une coupe où nagent deux poissons d'émail. La fantaisie du possesseur a dispersé tous ces objets. Seules, les céramiques sont rangées avec soin dans deux grandes vitrines. C'est de ce côté que se portent les dilections de M. Kœchlin. Son amour des formes et des couleurs, comme son souci de l'habileté technique, ont trouvé satisfaction dans cet art du potier, le plus simple, le plus modeste par ses origines domestiques, mais qui a si vite acquis les raffinements les plus délicats. Sans tâtonnements, M. Kœchlin s'est dirigé vers les grandes époques de la céramique chinoise, les plus récemment mises au jour ; les T'ang, les Song, les Yuan, ont retenu ses préférences ; cette période de sept cents ans, qui s'étend du septième au quatorzième siècle, réserve à l'amateur de poteries les plus rares délices ; il goûte cet émail des T'ang, simple, mince, nettement posé, aux fins réseaux de craquelures, et dont le charme unique échappe à l'œil mal exercé ; sa main plus encore que sa vue, jouit avec sensualité de la couche épaisse qui enveloppe onctueusement la panse des vases Song et s'arrête en franges irrégulières avant d'en atteindre le pied : riche et noble époque céramique, celle de ces Song, où les poteries d'usage courant savaient se revêtir d'une crème grasse, tandis que le désir de créer une pièce de choix amenait l'artisan à poser sur un fond