Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

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La Collection Gangnat Au lit du client comme au lit du malade d'hôpital, par une identique opération de l'esprit, le médecin distingue les symptômes d'une maladie. J'admire l'objectif, l'impassible critique qui classe les symptômes des chefs-d'œuvre, construit le syndrome Renoir ou Cézanne, insensible aux lieux où les tableaux sont rassemblés. Les musées sont tristes, cimetières des tableaux. Et pourtant il arrive qu'un promeneur enthousiaste accomplisse, auprès d'une sépulture, le miracle de la résurrection. Comme un voleur, il emporte en lui le tableau. Ce n'était qu'une salle, ornée de cadres riches enfermant en eux les numéros du catalogue. Objet de pèlerinage pour les historiens d'art, les touristes de Cook et les familles du dimanche. Mais le promeneur digne de la rue est digne du musée. Le voici qui soudain cause familièrement avec Rembrandt ou Velazquez. Les temps sont annulés. La lourde et résonnante bâtisse, temple ou Panthéon, a comme par miracle disparu. Le peintre le prendrait par le bras que les visiteurs n'en seraient pas plus étonnés que ces croyants auxquels apparaît leur dieu. Plus simplement il regrette de ne point pouvoir bourrer sa pipe, comme on fait chez un ami. Les tableaux que l'on voit «en appartement» n'ont point à souffrir d'un funèbre silence. Mais nous ne vivons point une époque où s'accordent l'architecture et la peinture. Les murs sont couverts de tableaux. Murs à chefs-d'œuvre sur papier peint ou toile de Jouy. Mais les chefs-d'œuvre n'eurent point cette destination. Au fait, ils n'eurent point de destination. Le sentiment qu'on a d'abord est d'étonnement, comme si on avait exposé une automobile dans le salon. Mais la vie quotidienne est là. C'est d'elle que nous partons pour aller au tableau. Des meubles, des gens. Tremplin ou barrière. Cent quatre-vingts tableaux de Renoir sont ici rassemblés. Rivière, tronc d'arbre, feuilles surplombant l'eau, une femme dans une barque collée à la rive. 1867. Courbet. Manet. Une époque délimitée de l'histoire de la peinture. Bords de l'eau, plein air, «impressionnisme». Des jeunes gens, des amis aiment Corot, aiment Courbet. Il semble bien que ni Corot, ni Courbet ne les aient compris. Monet, Renoir, Bazille. Ardents et durs débuts. En ce temps-là, le métier de peintre ne ressemble pas du tout à celui de commissaire-priseur. Le peintre n'est pas un «bourgeois». Mais le bourgeois lit Renan et Michelet. Civilisation disparue. La femme dans la barque..., nous cherchons Renoir. Nous avons quelque peine à le trouver. L'époque domine. Courbet, Manet. Le jeune Claude Monet et le jeune Renoir canotent, chantent à l'auberge peut-être et regardent la nature, regardent la Seine. Mais voyez-vous avec vos yeux le jeune Auguste Renoir et le jeune Claude Monet qui regardent la Seine et la nature? Ils ont des mots — ou des jurons peut-être — pour se parler du soleil et de l'eau. La femme dans la barque... Nous cherchons Renoir. C'est lui-même qui nous empêche de l'y trouver. Il faudrait emporter le tableau, l'accrocher au mur d'une petite chambre où il n'y aurait point d'autre tableau. Mais ici des Renoir des années 1900. Renoir nous entraîne. «Vous n'avez point droit à ces confidences sur ma jeunesse». Déjà les lourdes femmes et les fleurs nous imposent un Renoir qui, par delà malignardise ou sensualité, s'achemine vers une délivrance qu'il n'a peut-être point cherchée, vers une peinture délivrée de tout, de lui-même et des choses. Je ne sais pas la date exacte de ce minutieux et sage portrait de sage petite fille. L'écolière, la petite fille modèle. Robe plate, cheveux plats. Un vrai portrait. Renoir ne s'évade pas. Attentif, soumis à la réalité,

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L'AMOUR DE L'ART CITRONS ET TASSE. CAGNES 1912 - H. 25. L. 54. tendre. Je le surprends dans cette attitude inacoutumée d'humble attention, ne cédant ni à son goût second Empire et troisième République, ni tout à fait à son sublime goût de peintre. Peut-être pourrait-on deviner déjà beaucoup dans la petite écolière. Mais tout près ruissellent aux murs les signes de la féerie, monde séparé du monde comme dans un délire. Femme dans l'herbe. 1895. Entre la femme dans la barque et la femme dans l'herbe, vingt-huit années. Une femme dans l'herbe... laissez-moi rire. Il cherche ce qu'il trouvera la veille de sa mort. Et j'ai tort de dire qu'il cherche. Ce n'est que langage de critique. Nous cédons à notre besoin LE MELON. PARIS 1905. - H. 35. L. 51. d'explication, d'ordre, de logique. Nous voulons retrouver une évolution dont tous les stades nous soient évidents. Ce qu'il a trouvé est au-delà de ce qu'il cherchait. Il ne voulait sans doute que se plaire et nous plaire. Souvent il me déplaît et quand il me contraint, c'est à une émotion dont il aurait souri peut-être. 1895... Le monde, pour lui, déjà se résoud enjoyau. Mais tout affleure à la surface, emprisonné au niveau de la glace d'émail lisse. La scintillante diaprure ne joue point encore en liberté, comme en ces délires adolescents qu'un grand peintre découvre aux environs de sa quatre-vingtième année. LES PRUNES. ESSOYES 1907. - H. 25. L. 44. LES VIGNES. CAGNES 1908. - H. 45. L. 54. LES NÉFLIERS. CAGNES 1908. - H. 45. L. 54.

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L'AMOUR DE L'ART Page 43 BAIGNEUSE. - H. 49. L. 46. LA BAIGNEUSE BLESSEE 1909. - H. 91. L. 71. FEMME MARCHANT DANS L'HERBE. - H. 50. L. 38. ODE AUX FLEURS D'ANACREON. PARIS 1908. - H. 44. L. 34.

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L'AMOUR DE L'ART Poudrerie de la Rochelle. - H. 52. L. 39. 1904. Portraits d'enfant. Le petit Claude Renoir, appuyant avec application son crayon sur une feuille de papier, penché, collé à la table ou jouant avec son jeu de construction ou les bêtes de sa bergerie. Formes dans la lumière? Lumière sculptée? Jeux et mystères de ce qu'il faut bien appeler le dessin. Têtes, bras, mains, gonflés d'une forme qui coule. Coulée de forme. Mais dans la grâce enfantine de ces mains, de ces bras, la même arabesque grasse qu'aux corps de ses lourdes femmes. Forme par Renoir détachée des choses visibles et qu'il répand ensuite en son œuvre. Qui dépasse le modèle et deviendrait abstraction, s'il n'avait pas de génie. Et ce sont des portraits. Renoir a fait des portraits de fleurs, d'enfants et de femmes. Il n'a guère fait de portraits de paysages ni de portraits d'hommes. Sans doute il prit le paysage ou l'homme pour motifs. Le paysage entrait dans son rêve de poète des Mille et Un joyaux. Pour l'homme il lui arrivera de copier. Il ne méprisait rien de son métier. Puis il retournait la toile et la posait contre un mur. Un jour il la reprenait et peignait sur les bords une guirlande de roses, que terminait un paysage. Des roses de Renoir, un paysage de Renoir. Et il ne s'agit point de ces motifs séparés qu'il peignait, tête à cul, sur une même toile. La guirlande entourait, enguirlandait. Le douanier Rousseau n'eut point osé. Le douanier Rousseau décorait. Il avait du bon sens. 1907. Paysages du Midi. Premier plan d'arbres. Arrière-plan de bâtisses carrées, maisons provençales dont s'étagent les toits. Voilà bien une ferme description. C'est le motif enfin. Il ne m'est point inutile de l'avoir décrit. Il ne m'est point inutile de l'avoir divisé en nature et bâtiments. La nature, Renoir s'en est emparé avec une liberté terrible. Un dieu joue avec le vieux monde des apparences et en chasse avec une absolue cruauté, tout ce qui n'est point scintillante diaprure. La nature fut créée pour qu'un homme y puisse voir un jour des joyaux et des fleurs. Fleurs joyaux et joyaux fleurs. La nature n'est point une somme de joyaux définis et de fleurs limitées. La nature Compotier de Pommes. Paris 1905. - H. 51. L. 40. La Ferme des Collettes. Cagnes 1912. - H. 45. L. 54. Les Poissons. - H. 41 1/2. L. 54.

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L'AMOUR DE L'ART Page 45 LA FILLETTE AU TABLIER. - H. 34. L. 26 1/2. TÊTE DE COCO EN BLEU. - H. 28. L. 22. L'ENFANT JOUANT. - PARIS 1904. - H. 54. L. 45. LE BÉBÉ À LA CUILLER. - PARIS 1905. - H. 39. L. 33.

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L'AMOUR DE L'ART Vue de la poste à Cagnes. Cagnes 1906. - H. 31. L. 47. n'est rien d'autre qu'une fleur. Un éthéromane me racontait un jour qu'il fut amoureux de l'espace vide qu'une femme avait occupé, de ce qui restait de la forme de cette femme dans la portion d'espace que son corps un instant avait remplie. C'est, je crois, une façon-limite d'aimer une forme. C'est à cette limite qu'il faut entendre le monde-fleur de Renoir. Mais les façades des maisons. Elles résistent. Elles résistent à ces limites du rêve ou du métier, dont nous ne saurons jamais si elles sont limites du rêve ou du métier, pour la raison que Renoir est un des plus grands peintres qui jamais aient peint. Elles résistent, parce que les façades sont des façades. Parce que Renoir lui-même dut Citrons et cafetière. Cagnes 1912. - H. 21. L. 33. résister, se résister à lui-même. Il savait ce qu'est un mur. Il avait horreur des doctrines et de la peinture métaphysique. Il ne pensait point qu'il peignait en état de grâce surréaliste. Les façades cependant se diaprent et scintillent. Mais elles hésitent. Elles font effort pour rester de la maçonnerie maçonnée. Soit. Mais dix ans plus tard... N'anticipons pas. 1908. Les femmes au corsage rouge. Groseille qui fait souffrir le goût moyen et peut-être ce que nous appelons le bon goût, nous qui, par faiblesse de constitution sommes contraints à tant de précautions. Débordement de santé peuple, emportant tout. Et les seins. « D'abord s'il n'y avait pas eu les tétons, je crois que Jeune fille en bleu. Cagnes 1912. - H. 34. L. 31. Jeune fille en rouge. Cagnes 1912. - H. 36. L. 31.

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L'AMOUR DE L'ART LA DANSEUSE AU TAMBOURIN. PARIS 1909. H. 1er55. L. 65. je n'aurais jamais fait de figures (1) ». Tétons, nichons... il se vante, il blague par pudeur. Ni tétons, ni nichons. Des seins. (1) Renoir, par Albert André. (Editions des Cahiers d'aujourd'hui). LA DANSEUSE AUX CASTAGNETTES. PARIS 1909. H. 1er55. L. 65. Ainsi, partant de Courbet, il va vers ce que vous appellerez, selon qu'il vous plaira, son art, son univers, sa métaphysique ou son vice. Ne tentez pas de dessiner la courbe ou le graphique de cette progression. Renoir est dépourvu de ce que les imbéciles nom-

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FEMME AU BOUQUET. CAGNES 1917. - H. 52. L. 42. NU COUCHÉ DANS UN PAYSAGE. 1900. - H. 53. L. 63.

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LE BOIS DE LA CHAISE A NOIRMOUTIERS. 1897. - H. 53. L. 63. LE CANET. 1901. - H. 53. L. 64.

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L'AMOUR DE L'ART NU COUCHÉ. PARIS 1914. - H. 35. L. 49. ment une méthode. Il ne s'élançe pas non plus d'un élan brut — élans de fausse sincérité — vers la vie, vers l'objet ou vers les cimes. Il faisait son métier et suivait son plaisir. Manie de peindre commune aux pauvres diables et aux grands artistes, tic, accoutumance. Et plaisir de peindre, de peindre en quelque sorte dans l'absolu, de prendre à la nature ce que nul autre ne lui peut prendre, de tout oublier dans le contact que seul il peut avoir avec elle. La nature et lui. Même illusion de l'absolu que dans le contact amoureux. Cela... oui. Mais il ne se dit point, quand il commence sa toile : « Je vais faire un Renoir ». Il ne sait même pas ce que c'est qu'un Renoir. Les peintres quand ils peignent ne pensent pas assez aux critiques d'art. Renoir peint des fleurs, des fruits, des paysages, des enfants, des femmes nues environnées de feuillages, des femmes vêtues assises dans des fauteuils. Pinceau, palette, thérebentine, tubes, émotion. Certains peintres possèdent la recette du chef-d'œuvre. Ou bien ils ont appris à exécuter un tour. C'est grande commodité et l'œuvre se définit bien mieux. A peine s'il est besoin de la voir pour la définir. Renoir, pauvre homme, n'était pas si savant. Le modèle, les bleus, les rouges et la lumière... Il faut bien commencer par s'appliquer. Une pétale, un sein, c'est beau. Mais il y a ce sacré petit coup d'œil sur la toile. Allons... ça marche. Le métier va. Le plaisir vient. Le plaisir d'absolu... Mais comme l'homme est dans l'amant, l'homme est dans le peintre. Un homme qui aime la peinture au point que les autres problèmes lui sont indifférents. Il a assez à faire avec son art. Le plus ignoble fauteuil à franges, le pouf du tapissier, il ne perd pas son temps à les détester. La vulgarité du personnage, modèle, femme du monde ou bonne... cela lui est bien égal. Peut-être même aime-t-il le cossu des choses bourgeoises et les chairs qui exagèrent. Tout le monde ne peut être un artiste. Cela n'est rien. Ce n'est pas dans le choix du motif qu'un artiste montre son aristocratie. C'est dans les signes qu'il emploie pour le restituer. Mais voici une terrible apparence de chromo, la pire joliesse de calendrier. On ne sait quoi d'ignominieux dans ce que nous appelons le goût. Tel morceau de cette toile, le facteur n'oserait point nous l'offrir pour nos étrennes, Odeur de parfum bon marché. Et qui vénère Renoir peut dire : « C'est plus laid que du Bouguereau ». Sans doute. Mais comment expliquer que ces mignardises ne lui aient jamais concilié les personnes qui aiment la « jolie peinture » et qu'elles ne soient vraiment aperçues que par ses admirateurs? Et c'est dans la minute même où elles me sont le plus évidentes que je sens la paix des musées descendre sur Renoir. Non la paix sépulcrale, mais cette paix vivante, où, par delà les consécration et les commentaires, les grands morts font aux promeneurs fervents des signes intelligibles. 1909. La femme blessée, la danseuse aux castagnettes, la danseuse au tambourin. Nue dans les feuillages, FEMME COUCHÉE. CAGNES 1912. - H. 24. L. 32.

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L'AMOUR DE L'ART Page 51 Gabrielle au Chapeau, Paris 1911. H. 54. L. 45. Gabrielle à la Rose, Paris 1911. H. 54. L. 45. Le Bouquet de Roses, H. 55. L. 45. Les Anémones au Vase de Delft, Cagnes 1910. H. 54. L. 45.