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La Collection David Weill Les lecteurs de l'Amour de l'Art vont pénétrer dans les collections privées, en commençant par la collection David Weill dont ils apprécieront l'importance, s'ils ont la patience de lire cette notice, et la qualité, s'ils consentent à examiner les illustrations qui accompagnent le texte. Malheureusement, ni le texte, ni les reproductions ne pourront rendre le charme d'un intérieur dans lequel, parmi tant de richesses d'art, j'ai passé des heures exquises. J'aurais pourtant voulu, par reconnaissance, que chacun pût en évoquer, comme moi, le pénétrant souvenir. Comme on le verra, la collection est principalement consacrée à l'Art français du XVIIIe siècle, mais M. d'Ardenne de Tizac vous présentera, par ailleurs, les objets d'art de l'Extrême-Orient; et nous serons obligés, faute de place, d'oublier bien des choses qui feraient la joie et l'orgueil d'autres collectionneurs. TABLEAUX ANCIENS Le XVIIIe siècle s'ouvre, dans la collection David Weill, sur un sourire de l'enchanteur Watteau. Les trois peintures du maître présentent d'ailleurs trois aspects différents de son talent. Une Scène de camp (anc. collection Rodolphe Kann) doit dater de 1709, comme la plupart des scènes militaires faites à Valenciennes lors d'un séjour de l'artiste. L'Heureux âge (anc. collections de la comtesse de Verrue, en 1737, Sedelmeyer et Maurice Kann) a été (Phot. Lib. de France) PL. I. NATTIER. PORTRAIT DE LA FILLE DE L'ARTISTE. (Phot. Lib. de France) PL. II. CHARDIN. LA RATISSEUSE DE NAVETS.

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L'AMOUR DE L'ART lection de Sir Hugh Lane) s'apparente à ses sœurs des galeries de Vienne, de Munich et de Berlin; c'est une de ces charmantes scènes d'intérieur, si calmes et si bourgeoises, qui, à elles seules, auraient immortalisé le fils de l'ébéniste du bourg Saint-Germain; on ne peut goûter, hélas! d'après une reproduction, la saveur de la lumière qui joue sur le vernis de la terrine, dans l'eau où tremblent les navets, sur le cuivre du poêlon et qui accuse l'honnête qualité de la toile qui a servi à faire la coiffe et le tablier de la cuisinière (pl. ii). Aussi célèbre que le Faiseur de châteaux de cartes, son pendant, le tableau des Bouteilles de savon, a été acquis, sur une enchère sensationnelle, à la vente Doucet (1912). Combien ferait-il cependant dans une nouvelle vente? Il est contemporain de la Ratisseuse (1709) et je préfère la bonne servante à ce «grand dadais adolescent» que les Goncourt jugent sans aménité. Et, pourtant, les amateurs aiment particulièrement ces figures d'enfants, qu'on retrouve dans plusieurs toiles du Musée du Louvre. Le petit Vase de fleurs (anc. collection Camille Marcille) a été reproduit, car il est difficile de trouver plus de brio et plus de virtuosité que dans cette potiche de Delft où meurent des œillets, des tubéreuses et des pois de senteurs; c'est d'une matière admirable et les beautés se multiplient au fur et à mesure de l'examen (pl. iv). Je rapprocherai, naturellement, des œuvres du maître, quatre tableaux de Lépicié; la tête de Servante ne fait pas oublier les toiles de Chardin; mais Le petit Dessinateur au noyau de cerise (anc. collection de Mme Wallerstein) est digne d'être rapproché de l'Enfant aux (Phot. Lib. de France) PL. III. CHARDIN. NATURE MORTE. gravé par Tardieu, qui a popularisé les bambins, dont un, armé d'une batte, contrefait Arlequin. Enfin, le Rêve de l'artiste (anc. collection du duc de Cambridge) rappelle tout ce qu'il y eut d'imagination et de poésie dans la courte existence de ce poète du pinceau, qui, endormi, voit ici défiler devant lui les figures qui l'ont habituellement inspiré. De l'élève préféré de Watteau, le Parisien Lancret, un Portrait de famille représente deux jeunes femmes et leurs enfants dans un parc; plus loin, voici un Concert dans un salon, esquisse d'une toile ignorée aujourd'hui. Nattier, trop souvent obligé de travestir les grandes dames en Hébé, en Miverve et autres personnes mythologiques, donne, pour notre plaisir, un aperçu d'un talent frais, original et sincère en même temps, dans le Portrait de sa fille (anc. collection du comte Le Marois); Mme Tocqué ne pose pas pour la postérité, mais elle n'en séduit que davantage par son air si simple et par sa pose toute naturelle (pl i). Mais nous atteignons un ensemble incomparable avec les toiles de Chardin; elles suffisent à nous donner un résumé saisissant des diverses manières de l'artiste. Une Nature morte (anc. collections Viollet, Mame et Vollon fils) et sa réplique, presque semblable, sont peintes avec la matière substantielle que l'on connaît et font surgir de la toile des cerises, toutes fraîches, un pichet de grosse faïence, un verre à demi rempli d'une eau qui retient la lumière comme la bassine de cuivre rouge, près de laquelle deux maquereaux sont suspendus à un croc (pl. iii). De la même qualité, la Ratisseuse de navels (anc. col- (Phot. Lib. de France) PL. IV. CHARDIN. VASE DE FLEURS.

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L'AMOUR DE L'ART bouteilles de savon, ainsi que deux autres études, faites d'après les jeunes élèves du peintre. Trois peintures de Boucher sont de la meilleure époque de l'artiste. Deux Pastorales (anc.collection de Mme la vicomtesse Roederer) sont des études pour les tableaux, qui figurent actuellement dans l'ancienne chambre à coucher de la princesse de Soubise, aux Archives nationales (1742). Le Portrait d'honneur (anc.collection Vinchon) est également une bonne étude; mais l'artiste a donné toute sa mesure dans le Portrait de Mme Boucher, sa femme (1743). La piquante brunette, que nous voyons ici (pl.v), avait dix-sept ans, quand elle épousa l'artiste qui atteignait la trentaine; les contemporains, gens médisants, représentent la jeune femme comme aussi frivole que son mari, à qui elle servit plusieurs fois de modèle. Ici, elle a vingt-sept ans et la naïveté de la jeune fille est loin; pour lui servir de décor, l'artiste a groupé quelques-uns de ces bibelots qu'il affectionnait tant et au milieu desquels il a passé sa vie. Parmi les œuvres de Greuze, le Portrait du libraire Babuti est trop connu, pour que nous le doninions (anc.collection Rodolphe Kann); exposé au Salon de 1759, réexposé en 1761, il a été justement admiré par Diderot. En revanche, voici trois œuvres magistrales de Perronneau, qu'on appelle, surtout depuis quelques PL. V. BOUCHER. PORTRAIT DE LA FEMME DE L'ARTISTE. PL. VI. PERRONNEAU. MADAME DE SORQUAINVILLE. PL. VII. PERRONNEAU. LA DUCHESSE D'AYEN.

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L'AMOUR DE L'ART PL. VIII. PERRONNEAU. PORTRAIT D'UN PETIT PRINCE. années, le rival et l'émule de La Tour; or, je ne connais rien dans l'œuvre de celui-ci qui puisse être comparé au Portrait de Mme de Sorquainville (1749); et si les biographes avertis de Perronneau ont justement loué les nuances délicates de la robe feuille-morte, du tablier de moire bleu-ciel et des « engageantes » de linon festonné, que dire de ce fin visage, un peu maigre, mais d'une douceur si spirituelle où une vie intense sommeille dans l'eau limpide du regard? On conçoit que cette toile ait été le clou de l'Exposition des Cent portraits de femmes (pl. vi). Le Portrait de la Duchesse d'Ayen est contemporain (1748); j'ignore quelle est la grande dame qui pouvait alors avoir ce titre, mais l'œuvre de Perronneau (anc. collection du comte Devin de Lagarde) est digne de voisiner avec celle précédemment décrite (pl. vii). Il est, en outre, bien difficile de ne pas reproduire ce portrait d'un Petit Prince (pl. viii), d'une psychologie pénétrante et d'une remarquable exécution; la volonté d'être grave, le sentiment de sa juvénile importance n'empêchent pas ce bel enfant, trop sérieux pour un moment, d'éveiller la sympathie et la tendresse du spectateur. Enfin, la collection David Weill contient un Portrait du graveur Laurent Cars (1702-1771), qui fut le maître de Perronneau (anc. collection de la princesse Mathilde). Avec ces quatre toiles, Perronneau prend place parmi les maîtres incontestés de la peinture du XVIIIe siècle; nous le retrouverons, tout à l'heure, au premier rang, parmi les pastellistes. Le talent si divers, si souple, si spontané de Frago- nard est également représenté sous toutes ses faces et il faut presque nous borner à une simple énumération. La Vision du sculpteur (anc. collections Beurnonville et Pereire) date vraisemblablement de 1765, année où le peintre est agréé à l'Académie; sa maîtrise s'y affirme déjà pleinement. Un Berger et son chien courant après le troupeau (anc. collection Walferdin) entre dans la catégorie des scènes rustiques, peintes par l'artiste au début de son mariage, ainsi que La Clairière, une des toiles faites sous l'inspiration de l'école hollandaise. Années heureuses, où l'artiste gagne largement sa vie, où il est choyé par les siens et où le sourire de Fanfan vient éclairer le foyer; c'est lui, l'Enfant blond, qu'on voit avec sa mère sur un petit tableau (dont la gravure se trouve, à Grasse, dans la maison Malvilan); le voici encore dans l'Enfant aux cerises (ventes Prault 1780 et Leroy de Senneville), avec sa tête ébouriffée, délicieux morceau sur lequel la lumière s'attarde complaisamment, mais qui est encore surpassé par La Lettre (vers 1775-1776) « cette exquise figure de femme, qui semble éclairée à la fois par le reflet du jour et celui de la joie intérieure » (Georges Wildenstein). Parmi les propriétaires successifs qui, depuis le comte de Merle jusqu'au marquis de Chaponay, ont eu l'heur de détenir ce chef-d'œuvre, il nous plaît de savoir que figure Mme Récamier, si digne d'en admirer et d'en comprendre la fraîcheur et la grâce (pl. ix). Le Portrait présumé de Chardin (après 1785) est une large et puissante figure, qui frappe par la beauté de son exécution (provient de la maison Malvilan); elle PL. IX. FRAGONARD. LA LETTRE.

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L'AMOUR DE L'ART rappelle les têtes d'inspiration qui figurent au musée du Louvre. Rappelant les scènes galantes, où Fragonard s'est complu, voici la Résistance inutile, qui provient de la collection Mühlbacher et qui est une variante de la composition gravée par Vidal. Plus loin, Le Panier percé appartient au même cycle; attribué parfois à Casanova, il semble plutôt devoir être restitué au maître de Grasse. Bien différent de conception et de facture, le Taureau blanc (anc. collection S. Bardac) est une admirable page que l'on peut situer dans les années de jeunesse de l'artiste, entre son départ pour Rome et son mariage. La matière en est savoureuse et l'exécution montre la profonde connaissance que le peintre avait des animaux. François-André Vincent, élève de Fragonard, fait ici honneur à son maître avec la Leçon de dessin, exposée au Salon de 1777, délicieux tableau où on reconnaît l'inspiration (sinon la main) de Frago. Les paysagistes du XVIIIe siècle ne sont pas oubliés; au surplus, la collection David Weill mériterait d'être étudiée à un point de vue particulier : celui de l'iconographie parisienne. On remarquera, lorsque le Catalogue sera publié, l'intérêt que le possesseur de tant de chefs-d'œuvre manifeste pour l'histoire de notre cité. A tout Seigneur, tout honneur. Hubert-Robert est représenté par le Débarcadère (anc. collection Doistau), par la Fontaine publique (anc. collection Marcel Bing), par deux vues du Louvre : la Galerie Daru (anc. collections Bardac et Veil-Picard) et la Salle de l'Apollon du Belvédere. Il faut, en outre, mentionner à part trois tableaux, de qualité supérieure et d'une valeur documentaire de premier ordre, représentant des Vue de l'abbaye Saint-Antoine (1775); ces toiles célèbres proviennent du Salon de Mme Geoffrin et représentent l'amie des philosophes dans sa pieuse retraite à l'abbaye, aux côtés de la princesse de Beauveau, abbesse et dame du lieu. Soit qu'elle déjeune avec les dames de la maison, soit qu'elle aille les voir jeter du pain aux cygnes, soit qu'elle s'égarer avec ses compagnes sous les ombreuses charmilles du parc, la bonne dame nous fait regretter que ce séjour paisible ait fait place à un hopital et à un quartier où la tuberculose frappe à coups répétés. Une autre toile d'Hubert-Robert, qui est également de la meilleure manière du peintre, vient de prendre place aux côtés des précédentes; elle montre, au-dessus de bâtiments qu'on a pu croire être ceux du collège de Boncourt, le dôme majestueux du Panthéon; et, au premier plan, l'artiste naviguant sur une petite pièce d'eau. Louis-Gabriel Moreau (1740-1866), dit Moreau l'aîné, était surtout réputé, jusqu'à ces dernières années, pour ses gouaches exquises; six panneaux de lui figurent dans la collection David Weill; ils représentent des paysages fort bien traités, l'un d'eux, la Maison de campagne a fait partie des collections Féral et Beurdely; les autres figurent également dans l'ouvrage que M. Georges Wildenstein a consacré à ce petit maître justement goûté des amateurs. Deux tableaux des Raguenet, datés de 1754 et 1755, PL. XI. DAVID. LA COMTESSE DARU. PL. X. PRUD'HON. LAFAYETTE.

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L'AMOUR DE L'ART PL. XII. INGRES. LE MARQUIS DE PASTORET. évoquent le classique paysage de Seine, le Pont Neuf et la Samaritaine. Le dernier a fait partie de la collection du marquis de Gontaut-Biron; le premier surprend par sa tonalité claire et par son faire, plus moelleux que celui habituel à ces artistes. Les portraitistes, que nous retrouverons plus loin, figurent dans la peinture avec des œuvres de Ducreux, bon élève de La Tour; de François Dumont, plus connu comme miniaturiste; de Pajou fils, artiste consciencieux et qui a exécuté un bon portrait de son père, le célèbre sculpteur; et surtout avec le beau portrait de Marie-Gabrielle Capet, peint par son maître Adélaïde Labille-Guiard, portrait qui a figuré au Salon de l'an VI et qui provient de la collection Sigismond Bardac. Nous arrivons ainsi à David, dont les débuts sont rappelés par un solide Portrait de M. Desmaisons; oncle de l'artiste, l'architecte Desmaisons est surtout connu par ses travaux du Palais de Justice; exposée au Salon de 1785, cette toile fut accueillie avec de justes éloges, car elle faisait présager le brillant avenir de son auteur. De David également un Portrait présumé de Mlle George, étude très largement traitée et qui fit partie de la collection Alphonse Kann. La Bonne aventure (1824), œuvre de la veillesse de l'artiste, voisine avec le très curieux Portrait de la comtesse Daru (1810), que nous reproduisons (pl. xi). Cette dame, qui fut bonne pour Stendhal, nous apparaît ici comme une bourgeoise, un peu écrasée par la somptuosité cossue de sa toilette de bal. Prud'hon est, lui aussi, largement représenté, par un fragment de grande académie, qui reproduit les traits charmants de Marguerite, modèle du peintre (anc. collection de M. Demonts père); par un Portrait de Mme Dufrene, femme du marchand de tableaux, ami de l'artiste (anc. collection de Boisfremont); par deux peintures mythologiques: Le Sommeil de Psyché (esquisse du tableau de la collection Thomy-Thierry) et Venus au bain ou l'Innocence (esquisse du tableau de la collection du duc de Morny). Nous choisissons le curieux Portrait de Lafayette, exécuté à la fin de l'Empire ou au début de la Restauration. Il nous montre, non l'ardent défenseur des Etats-Unis, mais un bourgeois vieilli et affublé d'une perruque trop noire (anc. collections Baroilhet et F. Bischoffshein) (pl. x). Deux études d'Ingres pour la figure de l'Iliade, (pl. xiii) dans l'Apothéose d'Homère ont pu être heureusement rapprochées; la plus importante d'un talent vigoureux et sévère, représente la figure en son entier, auprès d'une étude des Pieds (anc. collection Cheramy). Plus important est le Portrait du marquis de Pastoret (1826) reproduit ici (pl. xii), où s'accuse toute la vanité de M. le Commissaire du Roi au sceau de France, peint dans son bel uniforme de Conseiller d'Etat. A côté de ces grands noms, citons les petits maîtres comme Debucourt, Pourcelly, Senave, représentés par des scènes pleines de vie et de talent; Demachy, dont dix peintures évoquent d'anciens aspects de PL. XIII. INGRES. L'ILIADE.

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PL. XIV. GOYA. LA MARQUISE DE LAS MERCEDES. (Phot. Lib. de France)

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L'AMOUR DE L'ART (Phot. Lib. de France) PL. XV. RENOIR. MADEMOISELLE MARTHE L... Paris : l'Eglise Sainte Geneviève; le Collège des Quatre Nations et le Louvre; l'Escalier du palais, en face de Saint-Barthélemy; l'Incendie de la Foire Saint-Germain (deux vues datées de 1762 et 1771); le Dégagement de la colonnade du Louvre, du côté du Petit Bourbon; et surtout une grande composition animée, dont le dessin figure également dans la collection, et qui représente la Cérémonie pour la pose de la première pierre de l'Eglise Sainte-Geneviève (1764, exposé au Salon de 1765); Pierre Jollain dont une grande toile montre la Famille de Torcy jouant au pharaon; Garneray avec un Louis XVI au Temple (Salon de 1814); Canella, avec de petites vues de Paris sous la Restauration; Desenne; Drolling le père avec trois savoureux panneaux; et d'autres encore, que je m'excuse de passer sous silence, mais... ils sont trop. De nombreuses aquarelles et gouaches rappellent les petits maîtres du xviii^ siècle : de Carmontelle, deux scènes mondaines et la touchante aquarelle consacrée à la Famille Calas (1765); de Leprince, Les plaisirs de la solitude, aquarelle également célèbre par la jolie gravure de Marin, publiée à Londres; de Pérignon, une Vue du Pont Neuf, datée de 1775, année où l'on construisit les boutiques sur les demi-lunes du pont; d'Hubert-Robert, la Bascule, charmante étude pour un tableau de l'artiste; de Louis-Gabriel Moreau, toute une série de gouaches, qui nous présentent les principaux sujets, chers à l'artiste : des vues de Paris et des environs, prises aux Champs-Elysées, à la Folie Saint-James, à la Muette, dans le Parc de Saint-Cloud; des baigneuses, jouant dans l'eau claire des ruisseaux; des promeneurs en barque ou suivant les allées ombreuses des parcs; enfin des marines, dont une représente un incendie, la nuit, dans un port; deux gouaches, par Norblin de la Gourdaine, à sujets de Fêtes galantes; des petites vues de Nicolle, documents un peu secs mais précis, qui font défiler sous nos yeux, de nombreux coins de Paris et une vue de Venise; enfin, une gouache de Hoin, intitulée par le baron Portalis La Bergere engageante et qui termine, sur une note chère aux petits maîtres du xviii^ siècle, ce défilé cinématographique. Les écoles étrangères sont peu, mais bien, représentées. Guardi évoque Venise, la seule ville où l'art italien était réfugié à cette époque, avec deux très belles toiles, où l'air et la lumière circulent et où l'on voit, au pied de l'antique basilique Saint-Marc, la lente procession des flâneurs et les tentes des marchands forains. De Reynolds, seul représentant de l'école anglaise, un portrait lestement et vigoureusement enlevé d'Omiab, indigène de Tabiti, serviteur de l'artiste et dont d'autres études sont connues; l'une d'elles figura, en 1776, à la Royal Academy. Enfin, la maîtresse toile de Goya, que nous reproduisons (pl. xiv), le Portrait de la marquise de Las Mercedes (anc. collection du marquis de Rimesa), dont une copie de dimensions plus restreintes, figure au musée du Louvre. L'harmonie générale, la vie qui se dégage du modèle, le paysage typique, tout concourt à faire de cette œuvre une des plus belles, parmi celles que l'artiste a consacrées à Son Altesse la Femme. (Phot. Lib. de France) PL. XVI. RENOIR. MADAME RENOIR.

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L'AMOUR DE L'ART TABLEAUX MODERNES Bien qu'elles ne fassent pas précisément partie de la collection proprement dite, comment ne pas mentionner les peintures modernes, qui décorent, en général, le cabinet de travail de M. David Weill. Un Portrait de famille de Degas représente la duchesse de Montijoso, sœur de l'artiste, avec ses deux filles, Hélène et Camille, peu de temps après la mort de son mari; peinte en Italie, vers 1801, cette toile a été justement appréciée par les visiteurs de l'Exposition Degas (galerie Georges Petit, 1924). Elle voisine avec le Portrait de jeune femme (anc. collections Manzi et Mlle Diéterle), qui date des environs de 1862, comme le Portrait de Mlle Dibau, acheté pour le musée du Louvre. Dans une savoureuse Nature morte de Claude Monet, des fruits se détachent vigoureusement sur la blancheur d'un linge et sur le fond sombre de la pièce; jamais, dans cette ordre d'idées, l'artiste ne s'est montré plus en verve (pl. xvii). Deux toiles de Renoir, colorées, fraîches et expressives, représentent, l'une Mme Renoir et l'autre Mlle Marthe Leceur (depuis Mme Dupuy); toutes deux mériteraient, tant il s'en dégage de charme et tant la virtuosité de l'artiste s'y est affirmée, plus et même que cette simple mention (pl. xv et xvi). Parmi les autres artistes, Eugène Lami figure avec deux toiles peintes à près d'un demi-siècle d'intervalle : les Courses de la Croix de Berny, où, parmi les spectateurs, on reconnaît Alfred de Musset, juché sur un break et une Vue des Invalides, œuvre de la veillesse de l'artiste. Citons encore une curieuse toile du sculpteur Carpeaux qui, dans une des scènes qu'il se plaisait à prendre sur le vif aux Tuileries, nous montre un Bal dans la Salle des Marchaux (1867), où paraissent, à côté de Napoléon III et de l'Impératrice, le Roi et la Reine des Belges; enfin deux toiles de Jonkgkind et un beau portrait de Mlle Breslau, La Femme au chapeau noir. En tête des aquarélistes du xixe siècle, nous retrouvons Lami, cette fois à la place d'honneur, avec une série d'œuvres, pleines de verve et de couleur, qui font défiler sous nos yeux les Chasses à courre du due d'Orléans (1853), un Bal offert à Louis-Philippe, par la garde nationale, dans la salle de l'Académie royale de musique (1857), des vues d'Angleterre exécutées de 1850 à 1853 (à Richmond, à Windsor), enfin Napoléon III et l'Impératrice, sortant des Tuileries le jour de leur mariage, le 30 janvier 1853. DESSINS ET PASTELS Si, faute de place, nous n'avons pu reproduire une des toiles de Watteau, qui figurent dans la collection David Weill, c'est par lui que nous commencerons la présentation de quelques dessins. Les Trois études d'une tête de nègre (pl. xix) constituent une admirable page, dans laquelle Watteau s'affirme le maître inégalé du crayon; les amateurs se rappellent à la suite de quelle lutte, au cours de la vente de la collection Max Bonn (Londres 1922), ce magnifique dessin est rentré en France, où il avait figuré, au xviii^e siècle, dans la célèbre collection de Mariette. Le catalogue Mariette vante déjà la « vérité frappante » de ces têtes et M. Dacier, y reconnaît à son tour « la précision la plus rigoureuse, l'analyse la plus serrée, jointes à une largeur et à une simplicité de facture incomparables ». D'autres dessins du maître figurent à côté de celui-là des feuilles d'études : la Femme à la mantille; buste de femme, les mains jointes; deux femmes assises (pl. xviii); un enfant assis provenant de la collection Heseltine; une autre (un bras, une tête d'homme) provenant de la collection Jacques Doucet; une étude pour le tableau du Rêve de l'Artiste, précédemment mentionné; le Cuisinier Bohémien ; enfin un curieux Portrait de J.-B. Rebel, compositeur de la Chambre du Roi et maître de musique de l'Académie royale ami de Watteau, ainsi que l'indique le catalogue de la collection Chiquet de Champ-Renard, avec laquelle fut vendu ce dessin (1768). Deux dessins de Boucher ont été donnés par la Société de reproduction des dessins de maîtres dans le fascicule consacré à la collection David Weill (1915) (Etude d'amours, Etude pour une source); l'Amour porté par les Grâces, qui provient de la collection Doucet, est également connu; un Masque de Louis XV jeune, une PL. XVII. CLAUDE MONET. NATURE MORTE.

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L'AMOUR DE L'ART PL. XVIII. WATTEAU. ÉTUDES DE FEMMES ASSISSES. (Phot. Lib. de France) Tête d'enfant, un dessin à la sanguine (Vénus et les Amours) s'ajoutent à ces œuvres d'une facture large et grasse, ainsi qu'un pastel, Portrait d'une jeune femme, dans lequel l'artiste a rivalisé de séduction avec son modèle et dont l'esquisse, peinte sur carton, figure au musée du Louvre. Les deux grands rivaux du pastel s'affrontent maintenant sous nos yeux. Nous aurions pu choisir, parmi les œuvres de La Tour, le Portrait de M. Garnier d'Iste, provenant de la collection Boussod et qui a figuré à l'Exposition des Cent Pastels (1908) sous le nom de Portrait de M. de Neuville; ou encore le Portrait de Mme Savalette de Lange, en costume de bal et tenant un loup de velours; ou enfin les solides Etudes de mains de l'ancienne collection du marquis de Biron (1914); nous avons préféré deux de ces préparations, qui sont la gloire de l'artiste et qui proviennent, toutes deux, des collections Carrier et Becq de Fouquières: le Portrait de femme, dit de Mlle Dangeville (pl. xxi) et le Masque de l'artiste (pl. xx), apparenté au portrait conservé dans le musée d'Amiens. Même embarrass pour Perronneau, dont le Portrait du comte de Bastard (1747), provenant de la collection Doucet, PL. XIX. WATTEAU. ÉTUDES D'UNE TÊTE DE NÈGRE. (Phot. Lib. de France)

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L'AMOUR DE L'ART PL. XX. LA TOUR. PORTRAIT DE L'ARTISTE. est bien connu; l'artiste est représenté, en outre, par un Portrait présumé de la marquise d'Angluse, œuvre d'une grâce inexprimable, due autant au modèle qu'à l'artiste; nous avons préféré nous en tenir aux toiles précédemment choisies et qui montrent l'auteur sous un aspect plus inédit. On a vu quelle place avait été réservée à Fragonard parmi les peintres du XVIIIe siècle; ici nous trouvons une vingtaine de dessins, choisis parmi les plus justement célèbres de l'artiste, sans parler d'un intéressant album sur lequel Frago a pris divers croquis. Citons ces œuvres qui attestent la virtuosité et la maîtrise de leur auteur. Voici la Jeune femme accrochant un cadre, de la collection Decourcelle; l'Assemblée et le Concert dans un salon, deux dessins au bistre de la collection Serullaz; le Baiser et les Sept Ages de la vie, de la collection Marcellin Pellet; la Conversation espagnole, de la collection du duc de Montesquiou-Fezenzac; la Danaé, qui appartint à Mme Vigée-Lebrun (vente Doistea); deux Fêtes dans un parc (collection de Mme la baronne Mnadraut); l'Education fait tout, une des études faites pour le tableau de la collection de Launay; les Jets d'eau (pl. xxiii) et les Pétards, célèbres dessins de la collection Varanchon de Saint-Geniès, gravés par Auvray; Qu'en dit l'Abbé? dessin qui fut acquis à la vente de la même collection, par Hubert-Robert; les Pins de la villa Pampili; la Résistance inutile, de la collection H. Michel-Lévy; la Révérence de la collection Doucet; le Taureau, de la collection Decourcelle; un résumé ainsi qu'on peut s'en rendre compte, des chefs-d'œuvre du maître du lavis, résumé qui fournirait, à lui seul, la matière d'une longue étude, et auquel il faut ajouter un Paysage à la sanguine, qui vient de combler heureusement une lacune de la collection. Nous passons ensuite à l'homme qui eut la folie du crayon, à Gabriel de Saint-Aubin; le Portrait d'un borloger (anc. collection Beurdeley), que nous reproduisons (pl. xxii) aurait mieux figuré, ainsi que la Déclaration (1771) et l'Entretien galant (tous deux de l'ancienne collection Marmontel) parmi les aquarelles et gouaches; mais on ne peut les séparer de ces croquetons, si animés, qui figurent sur les nombreuses Feuilles d'études, rassemblées par M. David Weill; ni de ces eaux-fortes, constamment retouchées par l'éternel mécontent; ni de ces croquis marginaux que l'artiste a mis à chaque page du Catalogue de la deuxième vente du prince de Conti (1779). Bien différent, voici un pastel de Prud'hon, Portrait de l'imperatrice Joséphine (pl. xxv). « une des choses peintes par Prud'hon dans les colorations les plus fraîches, les plus délicates » (de Goncourt); c'est une étude pour le tableau du musée du Louvre, comme le puissant dessin, qui voisine avec lui (anc. collection de Mme Herbelin). Trois autres dessins de Prud'hon sont également à signaler, parmi lesquels une Vue du Parc de Malmaison, page rare dans l'œuvre de l'artiste. Le Portrait de Mlle Hall, par Isabey fait partie d'un ensemble qui comprend, entre autres choses, un Portrait de Mme Tallien, dans une pose abandonnée, un romantique Portrait de Châteaubriand (1811) et une sépia représentant Bonaparte visitant la manufacture des frères Sévenne à Rouen (Novembre 1802). PL. XXI. LA TOUR. MASQUE DE JEUNE FEMME.