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5e ANNÉE N° 11. NOVEMBRE 1924. --- L'AMOUR DE L'ART ART ANCIEN ART MODERNE ARCHITECTURE ARTS APPLIQUÉS FRANCE : 5 ¢ ETRANGER : 7 ¢ Les Collections privées de Vienne Sculpteurs de ce temps L'Art décoratif et l'art urbain au Salon d'Automne LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS (6e) 1924

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ÉDOUARD JONAS Expert près la Cour d'Appel et les Douanes Françaises --- Objets d'Art anciens - Tableaux anciens Capisseries anciennes - Meables anciens 3, Place Vendôme, 3 PARIS

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L'Amour de l'Art Revue Mensuelle 5e Année Sommaire du N° 11 (Novembre 1924) Rédacteur en Chef : WALDEMAR GEORGE - Les Collections privées de Vienne... HANS von TIETZE. - L'Art décoratif et l'art urbain au Salon d'Automne... GASTON VARENNE. - Sculpteurs de ce temps... ANDRÉ LEVINSON. Chronique : - Le mois artistique... WALDEMAR GEORGE. --- CARDELHAC 24. PLACE VENDOME . PARIS - ORFEVRERIE OBJETS D'ART CHINE ANCIEN BIBELOTS. - COUTELLERIE FINE SAC DE DAME ET DE VOYAGE

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L'Amour de l'Art Le numéro : 5 fr. — Etranger : 7 fr. ABONNEMENTS : Pour la France, 50 fr. — Pour l'Etranger, 70 fr. par an. On reçoit le mardi de 2 heures à 6 heures La correspondance, les mandats, les factures, les livres pour comptes rendus, etc., devront être adressés impersonnellement à : L'AMOUR DE L'ART, 110, Boulevard St-Germain, Paris (6°) --- LIBRAIRIE DE FRANCE F. SANT’ANDREA, L. MARCEROU & Cie 110, Boulevard St-Germain, 110 PARIS (6°) Téléphone : GOBELINS 66-55 — Chèques postaux : PARIS 225-19 --- PAPIERS DE Louis MULLER & Fils 38, Rue de Flandre, 38 - PARIS — Téléphone : Nord 50-32, 50-36, 63-61 COUVERTURE Les seuls avec lesquels on obtienne des résultats parfaits et réguliers. --- R.C. Seine 44-181 FERRONNERIE D'ART PAUL KISS MÉDAILLE D'ARGENT (S.A.F.) 2, RUE LÉON DELHOMME — PARIS Tél. Séguir 71.22 Nord-Sud Vaugirard GRILLES | LAMPADAIRES MARQUISES | LUSTRES BALCONS | OBJETS D'ART EXPOSITION PERMANENTE

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Collections particulières de Vienne Ce sont deux raisons avant tout qui ont fait de Vienne, dès longtemps, une métropole de la collection d'art: L'esprit conservateur de sa population, signalé déjà en 1444, dans la description classique de Vienne du futur pape Pie II, Aenéas Sylvius a eu pour corollaire la consécration d'un intérêt tout particulier aux vestiges des époques révolues, aux œuvres d'art des générations antérieures. Ensuite, loin d'avoir été la capitale d'un Etat né d'une communauté de langue et de mœurs, la ville est restée durant des siècles le représentant d'un vaste Empire plein de disparate, maintenu à l'unité par la dynastie et la cour seulement. Ce caractère représentatif devait assurer à la vie un éclat plus vif, favorable, dans le domaine de l'art, à l'activité des collectionneurs. Et de fait, le nombre des collections est chose aussi étonnante à Vienne que la participation de toutes les classes sociales à la prédilection pour l'art ancien. Le docteur Frimmel, avec un zèle inlassable, a composé un catalogue alphabétique des collections d'art viennoises. Deux épais volumes en sont déjà parus: ils n'atteignent pourtant qu'à la lettre L! Par ailleurs, dans chaque famille presque, on trouve, isolées, des œuvres d'art du passé pieusement gardées, ou du moins les y trouvait-on jusqu'à un temps très rapproché, car c'est à leurs propriétaires précisément que la guerre a été néfaste. La mort dans l'âme, la classe moyenne, surprise par la misère de l'après-guerre, dut aliéner, afin de se sustenter, le précieux patrimoine. Mais même dans cette période difficile, l'amour de Vienne pour son trésor d'art ancien s'est vérifié: plus d'un a préféré s'imposer d'autres privations que de se séparer de ce bien, et l'exode des œuvres d'art n'a en aucune façon été aussi désastreux que le ferait supposer la régression générale politique et économique de Vienne. La perte d'œuvres d'art, compensée pour une bonne part par des importations nouvelles, pourrait bien n'être pas plus considérable que l'écoulement au cours du XIXe siècle. La ville a atteint son apogée spirituelle et politique au XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe, et depuis, elle n'a cessé de régresser, y compris son trésor artistique. Dans tous les grands musées de l'Europe se trouvent des chefs-d'œuvre qui jadis ornèrent palais ou maisons bourgeoises de Vienne; les collections allemandes les plus récentes, en particulier, celles de Berlin, de Francfort etc., ont adopté beaucoup d'œuvres provenant de la dispersion des grandes collections viennoises : Fries, Gsell, Böhm, Königswarter, collection du prince de Kaunitz, etc. Cette dernière, composée par le célèbre chancelier d'Etat de l'impératrice Marie-Thérèse, était parmi ces collections de la noblesse austro-hongroise qui rivalisaient avec celle de la maison impériale elle-même. L'extraordinaire activité, déployée par la cour dans le domaine de la collection, poussait les familles nobles de tout l'Empire, toutes résidant à Vienne une grande partie de l'année, à collectionner également de riches trésors artistiques et à les exposer. Plus d'une de ces collections, princières à la lettre, a passé plus tard dans le domaine public; celle du comte Lamberg est devenue le fonds du Musée de l'Académie des Arts plastiques à Vienne, celle du comte Esterhazi a formé le fondement de la collection exposée au Musée des Beaux-Arts à Budapest. D'autres ensembles sont restés la propriété des familles, mais leurs possesseurs, par la libéralité de leur accueil, en ont fait de véritables musées publics; car, à l'encontre des collections d'importance semblable appartenant à la noblesse anglaise, les galeries des comtes Liechtenstein et Harrach, ainsi que celle du comte Czernin, sont accessibles à tout TULLIO LOMBARDI, Prudentia, BOIS SCULPTÉ. (COLLECTION VON AUSPITZ).

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L'AMOUR DE L'ART LUCA DELLA ROBBIA, Vierge à l'Enfant, TERRE-CUITE. (COLLECTION VON BENDA). venant. A ces collections dont l'origine remonte respectivement au XVIIe, au XVIIIe, et au début du XIXe siècle, s'est jointe, dans la seconde moitié du XIXe siècle, celle du comte Lanckoronski, toujours accessible, du moins pour les visiteurs, nouveaux venus ou habitués, qu'attire un intérêt professionnel Les trois autres galeries ont même leurs heures d'entrée fixes, comme n'importe quel musée public et, pas un étranger amoureux de l'art ne quitte Vienne, sans leur avoir rendu visite. La plus grandiose de ces collections est celle du prince Liechtenstein, laquelle jouit encore du privilège d'être logée dans un magnifique palais du XVIIe siècle, parmi une auréole de jardins; sa disposition n'est pas telle que nous avons accoutumé de la voir dans les collections modernes, mais, dans ce somptueux édifice d'apparat, parmi la surcharge des ornements de stuc et des plafonds peints, elle évoque en nous l'idée du luxe caractérisant l'ère du Baroque. De cette époque-ci — l'époque de l'empereur Léopold Ier, qui correspond à celle de Louis XIV en France — provient également une grande partie des œuvres d'art réunies ici et acquises par des membres épris d'art de la maison de Liechtenstein, entre autres, le joyau de la collection, les six grands tableaux représentant la Vie du Consul Decius Mus, esquissés en 1617 et en 1618 par Rubens comme modèles de tapisseries. A ce cycle imposant qui se classe parmi les créations les plus grandioses du maître — Van Dyck a participé, dans une large mesure, à son exécution — se joint encore toute une quantité d'autres chefs-d'œuvre de Rubens, parmi eux: la fameuse copie de la Mise au Tombeau du Caravage conservée à la Pinacothèque vaticane; le tableau, peint en 1612, représentant le petit Erechtein découvert par les Filles de Kekrops, le portrait, à juste titre si populaire, des deux Fils de l'Artiste (1626), le portrait de Jean Vermoelen, l'amiral de la flotte espagnole aux Pays-Bas, la magnifique Assomption de Marie, œuvre de la suprême vieillesse du maître. Parmi ces nombreuses esquisses, signalons-en deux qui font partie du Cycle à la glorification de Henri IV de France, commandé par Marie de Médicis et resté inachevé; elles représentent la Victoire de Henri IV à Coutras, avec un roi, guidé par Minerve, lequel prend aux cheveux une incarnation allégorique de l'occasion. L'illustre élève de Rubens, Van Dyck, est représenté ici avec à peine moins d'éclat: il faut nommer de lui, avant tout, deux œuvres capitales, le portrait de Don Livio Odescalchi, devenu célèbre sous la fausse dénomination de Wallenstein, et le portrait de Marie-Louise de Tassis, qui montre l'interprète de la Femme belle et distinguée, à l'apogée de sa maîtrise. La galerie Liechtenstein constitue ainsi un complément important aux richesses incomparables de l'ancienne collection impériale; peut-être lui est-elle même supérieure dans ses œuvres hollandaises: une série de toiles de Rembrandt — parmi elles, le Portrait de l'Artiste à l'aigrette, exécuté en 1635, et la Jeune Femme à sa Toilette nuptiale — le Willem van Heythuysen de Franz Hals, œuvre pétillante de vie, des tableaux de Eeckhout, Flinck, Maes, Hobbema, Ram- LIPPO MEMMI, Vierge (COLLECTION LEDERER).

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L'AMOUR DE L'ART FRA ANGELICO - L'Annonciation (COLLECTION DU COMTE LANCKORONSKI).

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L'AMOUR DE L'ART Fiesole, des bronzes de Bertoldo di Giovanni, Francesco Fiamingo, Giovanni da Bologna, parfont l'impression d'un petit musée d'art ancien, de rare qualité. C'est également à l'ère du Baroque que remonte la galerie Harrach et le palais familial qui l'abrite, au cœur de la ville; sa spécialité est de maîtres espagnols et napolitains. La collection fut créée par le comte Ferdinand Bonaventure Harrach, ambassadeur impérial à Madrid dans la seconde moitié du dix-septième siècle, et complétée par le comte Alois qui représenta l'empereur à Naples. Il en résulte qu'on y trouve des œuvres intéressantes de maîtres d'ordinaire rares en deçà des Alpes, par exemple les saisissants portraits du roi Charles II et de la Reine veuve par Don Juan Carreno di Miranda, ou plusieurs des peintures fantastiques, où le mystérieux napolitain Desiderio a représenté ses architectures. Parmi les autres écoles, il convient de faire ressortir les Trois Fillettes musiciennes du soi-disant «maître des demi-figures», la Naissance du Christ par Mainardi, le Saint-Jérôme de Luini et les portraits de famille de Rigaud et de Largillière. La collection du comte Czernin, réunie au début du dix-neuvième siècle, comprend également toute une quantité d'œuvres excellentes appartenant à diverses écoles, des hollandais en particulier; toutes cependant pélissent devant le célèbre joyau de la collection, l'Atelier de Jan Vermeer de Delf, l'une des images les plus populaires de Vienne, et l'une des plus connues du monde entier. bouts, Cuyp, Jacob van Ruysdael — l'admirable Ruisseau sylvestre — et bien d'autres représentent avec éclat cette école. Parmi les Italiens, la première place revient au portrait de Ginevra de Benci, ouvrage de jeunesse de Léonard de Vinci, ou peinture de son maître, A. del Verocchio: la beauté annoblie d'esprit qui caractérise la Renaissance florentine, dégage sa séduction de cette œuvre, enveloppée en tout cas de mystère léonard-esque, et dont l'envers se pare de cette devise, si spécifique de l'époque de sa naissance (vers 1473): virtutem forma decorat. L'œuvre capitale des temps postérieurs est, elle aussi, discutée, la charmante Joueuse de Luth à qui l'on ne reconnaît pas universellement le Caravage pour auteur. Il nous paraît impossible de caractériser même les choses les plus remarquables; nous nous contenterons donc de nommer encore, en fait de tableaux, la Madone avec saint-Antoine et saint-Donatien de Memling, les magnifiques portraits de Jean Jost de Calcar, de Bartel Beham, de Quentin Massys, enfin ce Portrait d'un Homme glabre (1456), proche de la manière de Jean Fouquet, et une suite de quatre tableaux de genre de Chardin, œuvres qui constituent, parmi les collections viennoises, un ensemble unique. Ces tableaux sont mêlés à des sculptures et à d'excellentes pièces décoratives de la Renaissance, qui en rendent l'effet plus saisissant: des terres cuites et des œuvres de marbre de Donatello, de Benedetto Majano, de Mino da

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L'AMOUR DE L'ART A ces trois collections de la noblesse, devenues quasi publiques et appartenant, autant dire, au patrimoine artistique de Vienne, se joint, depuis la fin du siècle passé, celle du comte Lanckoronski; son palais, entièrement traité en style Baroque autrichien, est situé sur une élévation qui ouvre la vue la plus grandiose de tout Vienne. Dans l'aménagement des pièces, on évita l'aspect du musée, mais l'abondance des œuvres d'art, héritées et acquises par le comte actuel, ne permet au visiteur d'oublier à aucun instant qu'il se trouve dans une collection ordonnée de façon très personnelle par un ami des arts d'esprit très original La gloire maîtresse de la collection est la salle des antiques, avec sa parure de fresques du Dominiquin provenant de la villa Aldrobandini à Frascati. Sont également bien représentés ici, les siennois du Trecento et les peintres florentins, décorateurs de coffres; parmi les italiens postérieurs, émergent Dosso Dossi et Signorelli, parmi les hollandais Rembrandt, Van Gelder et Teniers. Aux maîtres anciens se joignent ceux du XIXe siècle, des viennois surtout, mais aussi des étrangers de toutes les écoles, tels Théodore Rousseau et Courbet, Burne-Jones et Zuloaga, Boecklin, Feuerbach et Thoma. Cependant le charme distinctif de cette collection ne tient pas tant à la qualité des pièces prises à part, qu'à l'ensemble qui dégage, dans ces salles somptueusement ornées et pourtant familières, une atmosphère saturée d'art et d'esprit. A ces collections dont le fonds s'est transmis de génération en génération, parfois à travers des siècles, s'opposent les autres dont l'essentiel a été réuni par le propriétaire actuel. La plus remarquable de ces collections cadettes remonte, dans la personne vénérable de son propriétaire, loin dans le passé viennois; c'est la fameuse collection du Dr Albert Figdor, l'un des rares viennois en vie, qui purent encore se promener sur le glacis qui entoura leur ville jusqu'en 1859. Le plus qu'octogénaire propriétaire est tout ensemble le catalogue vivant de sa collection, l'hôte le plus aimable pour tous les visiteurs et, pour tous ceux qui s'intéressent à l'art et à la technique anciens, le plus érudit des professeurs. Pour tout savant, pour tout ami de l'art, sa collection est une véritable mine de découvertes. Elle est aujourd'hui quelque chose d'unique dans son genre; par sa composition, elle s'apparente le plus à l'ancienne collection Spitzer à Paris: elle ne relève pas uniquement de l'art, mais de l'histoire de la civilisation, et embrasse tous les ouvrages d'artistes ou d'artisans, dignes d'attention par la perfection de leur exécution, par leur destination curieuse, par l'intérêt de leurs motifs. Mille objets provenant du Moyen Age ou de la Renaissance, d'usage religieux, princier ou bourgeois, sont réunis en un tout fantastique et charmeur; on peut dire, qu'outre le téléphone, on ne trouve pas dans ces vastes salles un seul objet qui ne soit un travail de choix des siècles révolus: la chaise sur quoi

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L'AMOUR DE L'ART est assis le visiteur, vient du Palazzo Strozzi à Florence, la coupe où son hôte lui tend cigares ou bonbons, est un excellent étain de Briot ou une faïence espagnole, poêle, tapis, tables, il n'est rien qui ne soit une pièce de musée, de rare qualité. L'étonnement croît, quand s'ouvrent les profondeurs mystérieuses des armoires hollandaises ou suisses et que le maître de céans, animé par l'intérêt du visiteur, exhibe ses bronzes et ses médailles admirables, ses précieuses orfèvreries, ses superbes tissus, ou une autre parmi ses nombreuses collections spéciales, les calendriers de bois, les instruments de modelage ou de métier, les miniatures peintes, les jouets d'enfant, les cartes de jeu et de nouvel an et d'autres choses sans nombre, perdues dans ce gigantesque curiosity-shop, rêve concrétisé d'un collectionneur de bric-à-brac. Et chaque objet est connu du D° Figdor, depuis les anciennes peintures sur bois de Flandre et d'Italie, depuis les bois sculptés et les reliefs de marbre qui parent les murs, jusqu'aux moindres choses cachées dans les coffres, tels les cure-dents gothiques et les jarretières provenant des courtisanes de la reine Elisabeth; de chaque objet, il sait la fabrication, la destination, et il conte des anecdotes sur ses motifs, sur son premier propriétaire, sur le marchand d'objets d'art qui l'apporta, infatigable, inépuisable, mémoire incarnée de la corporation internationale des collectionneurs. Au D° Figdor s'oppose, parmi les collectionneurs viennois M. Gustave de Benda, qui n'a disposé dans son intérieur de célibataire que peu de pièces, mais dont chacune est un joyau. Parmi les tableaux, un portrait de femme du XVIIIe siècle français, dont le pendant, dans la collection Gay à Paris, fut attribué au maître de Moulins; un Lorenzo Lotto de beauté exceptionnelle; une Place Saint-Marc de Francesco Guardi; de vieux maîtres viennois, eux aussi peu nombreux, mais particulièrement beaux. Parmi les sculptures, un Enfant rieur de Desiderio da Sattignano, des terres cuites de Verocchio et de Luca della Robbia, des bronzes italiens et des statues en bois françaises. De précieux bijoux, des verres de Murano, des émaux limousins; quelques armes: un casque de l'époque maximilienne, une cuirasse de Mathieu Frauenpreis, le heaume d'apparat du doge André Doria de Gênes. Le D° Figdor et M. Benda sont, parmi les collectionneurs viennois, les vétérans. Vers eux se tournent les regards respectueux des jeunes. Parmi ceux-ci, il en est quatre qui se disputent le premier rang: M. Etienne d'Auspitz, M. Oscar Bondy, le D° Hermann Eissler et Mme Lederer. La collection Auspitz, par sa préférence pour les meubles anciens et pour des objets choisis d'usage courant, se conforme le plus à l'idéal figdorien; mais elle avantage exclusivement la Renaissance jusqu'au XVIIe siècle, elle est riche en primitifs siennais et florentins (Mainardi, Jacopo da Sel-laio, Ercole Roberti), elle possède un portrait important de Mosome, l'une des plus belles esquisses de Rubens (celle du Martyre de St-Livinus à Bruxelles) et toute une quantité de bronzes, de terres cuites, de statues en bois, datant de la Renaissance. Monsieur Bondy recherche avant tout le gothique, mais il pose également de bonnes pièces des périodes postérieures, tels de superbes portraits de Lotto et du Tintoret, des tableaux allemands datant de 1500 environ, un Ange de l'Annonciation de Benedetto da Majano, des poêles et des gobelins magnifiques. Le collectionneur le plus éclectique est le D° Eissler: il a de beaux tableaux italiens — une œuvre de jeunesse du Corrège, un beau Cariniani, un remarquable Galasso-Galassi, un bon Greco, — des bronzes de la Renaissance en fontes particulièrement bonnes, des dessins de Dürer, l'une des meilleurs collections de vieux maîtres viennois et les meilleurs français du XIXe siècle de tout Vienne, œuvres sur quoi on insistera à une autre occasion. La collection Lederer est tout aussi variée, mais plus capricieuse encore et plus raffinée: on sent qu'ici règne le goût d'une femme belle et élégante. Tout comme dans la collection Figdor — le modèle ici aussi — chaque objet a son histoire et ses qualités particulières. Aucun principe préconçu n'a empêché un tempérament d'artiste, compréhensif et délicat, de suivre chacune de ses fantaisies. Ici, l'on voit la fameuse Légende de Sainte-Ursule, qui a RUBENS - PARTIE DE L'Histoire de Decius Mus. (GALERIE DU PRINCE DE LIECHTENSTEIN).

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L'AMOUR DE L'ART donné au maître bruxellois son nom dans l'histoire de l'art, là, un des rarissimes tableaux de Jacopo Bellini, les deux plus beaux portraits qu'ait peints Lucas Cranach, une fascinante Madone de l'école de Léonard, des primitifs siennois (Lippo Memmi) et vénitiens (Jacobello del Fiore) et bien d'autres choses; ailleurs encore, un petit buste de femme en cristal de roche, traité dans la manière de Tullio Lombardi, d'admirables broderies florentines de l'époque du Quattrocento, un important reliquaire roman en émail, des bois ouvrés gothiques de France et de Hollande, de charmants tissus italiens de tout genre. Une pièce est consacrée à Gustave Klimt, peintre viennois mort en 1918, prêtre de la beauté féminine; l'amitié liait à la maitresse de céans cet artiste dont le puissant talent décoratif ne dégage toute sa séduction que dans une pièce qui lui appartienne en propre. A toutes ces collections qui existaient déjà avant la guerre, s'en est jointe, pendant les hostilités et depuis, une nouvelle dont le propriétaire porte un nom devenu rapidement notoire dans le monde de INTÉRIEUR DU PALAIS LANCKORONSKI, A VIENNE. INTÉRIEUR DU PALAIS CASTIGLIONI, A VIENNE.