Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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5e ANNÉE
N° 10. OCTOBRE 1924
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L'AMOUR DE L'ART
ART ANCIEN
ART MODERNE
ARCHITECTURE
ARTS APPLIQUÉS
FRANCE : 5 Fr.
ETRANGER : 7 Fr.
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L'Art Préhellénique
Les Origines du Grand Style Chrétien
Rodolphe Bresdin
LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain, PARIS (6e)
1924
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ÉDOUARD JONAS
Expert près la Cour d'Appel et les Douanes Françaises
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Objets d'Art anciens
Tableaux anciens
Capisseries anciennes
Meables anciens
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3, Place Vendôme, 3
PARIS
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LE BULLETIN DE LA VIE ARTISTIQUE
ILLUSTRE BI-MENSUEL
Rédacteurs : MM. Félix Fénçon, Guillaume Janneau, Tabarant.
Le Bulletin de la Vie Artistique, abondamment illustré, paraît le 1er et le 15 de chaque mois.
Le Bulletin de la Vie Artistique n'est pas une Revue dogmatique. Il n'enseigne pas. Il renseigne.
(Envoi, sur demande, d'un numéro spécimen du Bulletin et du Catalogue des Editions Bernheim Jeune).
24 Numéros 24 francs
PARIS -:- M.M. BERNHEIM-JEUNE, ÉDITEURS D'ART -:- PARIS
25, Boulevard de la Madeleine et 15, Rue Richepance.
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:: Galerie :: Siot-Decauville
63, Avenue Victor-Emmanuel III
(Ancien 24, Boulevard des Capucines)
:: Bronzes d'Art ::
:: Fontes à cire perdue ::
Expositions de Tableaux
TÉLÉPHONE : ELYSÈES 07-34
BAIGNEUSE
Par Popineau, statuaire.
Pierre Bonnard. - Femme dans sa baignoire (1924).
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L'Amour de l'Art
REVUE MENSUELLE
5e ANNÉE
SOMMAIRE DU N° 10 (Octobre 1924)
Secrétaire Général : WALDEMAR GEORGE
- L'Art Préhellénique ...
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L'Art Préhellénique
Les résultats extraordinaires et imprévus des fouilles pratiquées depuis une cinquantaine d'années dans les îles de la mer Egée, en Crète, en Grèce propre, en Asie-Mineure et à Chypre, nous ont révélé qu'il fallait reculer de deux millénaires — jusqu'au delà de l'an 3000 avant J.-C. — les débuts de la civilisation et de l'art dans les pays grecs. Il ne reste plus, pour écrire l'histoire des préhellènes et pénétrer leur religion, qu'à déchiffrer les nombreuses tablettes et inscriptions découvertes, qui, faute d'un texte bilingue, n'ont pas encore livré leur secret.
Nous sommes donc aujourd'hui mieux renseignés sur ces peuples que les Grecs eux-mêmes, puisque les historiens de l'époque alexandrine, en prenant pour point de départ de la chronologie grecque la première Olympiade (776 avant J.-C.), ont avoué implicitement que tous les faits antérieurs à cette date devaient être tenus pour incertains ou légendaires. C'est qu'en effet les invasions successives, et surtout la grande ruée dorienne du xi° siècle avant J.-C., avaient provoqué des migrations, des guerres et des fusions de races qui devaient aboutir à un état presque barbare. Du brouillard de cette époque troublée émergeaient pourtant quelques souvenirs d'un glorieux passé, mais transformés en légendes, en contes merveilleux, que les récits des aèdes transmettaient de bouche en bouche, et qui furent recueillis et groupés par les poètes, en particulier par Homère. Ces sources sont les seules dont aient disposé les historiens grecs.
Les fouilles si fécondes de Schliemann, à Troie en 1871 et à Mycènes en 1876, avaient ouvert la voie à cette nouvelle branche de l'archéologie. Mais les résultats les plus complets devaient être obtenus en Crète, comme la lecture des textes anciens aurait dû le faire prévoir, car poètes et historiens, tels qu'Homère, Hésiode, Aristote, Thucydide, s'accordent à attribuer à la grande île une importance toute particulière, remontant aux temps les plus reculés. Sa situation centrale dans le bassin oriental de la Méditerranée, qui lui donne encore aujourd'hui une grande valeur stratégique, explique qu'elle ait pu jouer dans l'antiquité un rôle prépondérant, et qu'elle ait exercé sur les côtes et les îles de la mer Egée cette hégémonie appelée par Thucydide la thalassocratie de Minos. Pourtant, l'attention ne se porta pas tout d'abord de ce côté, puis l'opposition des autorités turques ne permit pas d'entreprendre des recherches suivies avant 1895. Les grandes fouilles crétoises furent alors inaugurées par Evans sur le site de Cnossos. Là, il put déterminer une classification, pour la démonstration de laquelle il pratiqua même dans le terrain une coupe type. Toutefois, ce classement des découvertes serait resté purement relatif si des objets égyptiens, mêlés aux objets autochtones et datés par leur style ou mieux encore par leurs inscriptions hiéroglyphiques, n'avaient servi de points de repaires pour établir une chronologie sommaire.
La couche la plus profonde correspond à l'âge néolithique. Elle est d'épaisseur très variable et n'existe
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même pas dans toutes les régions préhelléniques; en Crète, où elle atteint jusqu'à huit mètres, elle décèle une longue période d'habitat humain, dont il n'est pas exagéré de faire remonter le début au xi^e millénaire avant J.-C. Cette période se poursuit jusqu'aux environs
FIGURINE EN TERRE CUITE,
TROUVÉE A ADALIA (TROADE).
de l'an 5000 en Crète, à Chypre et dans la Troade et beaucoup plus tardivement dans certaines régions continentales comme la Thessalie.
De cette couche ont été extraits des outils et des pointes de flèches en pierre polie ou en obsidienne, des débris de vases et des figurines féminines en terre cuite. Parmi ces dernières, les unes sont du type stéatopyge connu par les découvertes faites dans les cavernes de l'Europe occidentale, les autres représentent une femme non pas debout, mais accroupie à la manière orientale, comme l'indique le pied encore très apparent au revers d'une figurine trouvée à Adalia en Troade (Fig. 1).
Quant aux vases, ils sont façonnés et polis à la main, mal cuits, noirâtres et de pâte grossière. Ils sont ornés d'incisions, souvent remplies d'une matière blanche et crayeuse, technique primitive employée dans les régions les plus diverses. Le style de cette décoration est géométrique rectiligne, mais il s'y mêle quelquefois des traits ondulés.
L'âge du cuivre qui suit le néolithique occupe, pour la Crète, Chypre et la Troade, une grande partie du iii^e millénaire; il est donc contemporain de l'Ancien Empire Egyptien.
La stratification qui correspond à cette époque a fourni des sortes de plaquettes découpées, en marbre dans les Cyclades, ailleurs en terre cuite ou en pierre. Certaines d'entre elles sont en forme de violon et permettent d'établir la filiation avec l'âge néolithique (Fig. 2), car elles dérivent des figurines accroupies du type d'Adalia et ne sont donc pas, comme on pourrait le croire a priori, une ébauche élémentaire d'où sortira la figure humaine, mais au contraire le schématisation d'une forme bien déterminée. Si les préhellènes ont conservé la silhouette de cette figure primitive, c'est certainement en raison de son caractère sacré et nous sommes amenés à penser que, dès cette époque reculée,
ils ont conçu l'idée d'une divinité anthropomorphique.
A Chypre, se multiplient les figurines de terre cuite en galettes, dont le nez et les seins sont proéminents; la déesse est debout, de nombreux colliers incisés ornent sa poitrine et, parfois même, elle est tatouée, suivant une coutume fréquente à ces hautes époques (Fig. 3).
Il ne faut pas s'étonner de ne rencontrer que des figures féminines. Cet exclusivisme a ses racines dans le fétichisme de l'homme primitif: celui-ci considère la représentation d'un être comme une sorte d'emprise, qu'il met à profit en figurant la femme ou l'animal; mais, pour ne pas risquer d'être lui-même victime de cet envoûtement, il ne livre pas son image.
Les Égéens de l'âge du cuivre paraissent avoir vivement apprécié les vases de pierre de l'Ancien Empire Egyptien, dont les patients artisans savaient faire des merveilles par la simple recherche des veinures naturelles et par une polissure admirable. Ils les imitèrent avec une grande habileté: témoin la riche série trouvée à Mochlos, petit îlot tout proche de la côte crétoise. Les formes régulières et massives, bien adaptées à la matière, s'ornent d'une éclatante polychromie naturelle, où la marbrure jaune borde la tache noire, où le rouge vif se marie à l'orange.
Simultanément une innovation très importante se produit dans la céramique crétoise: elle consiste en la substitution du décor peint au décor incisé. Le succès des vases de pierre amène alors des imitations; certaines poteries ornées de taches sombres sur fond rouge orange donnent une curieuse impression de grès flammés.
La légère tendance au décor curviligne, qui s'était fait sentir dès le néo-lithique par l'introduction de traits ondulés, est accentuée par ces imitations. Les postes et les lacis apparaissent d'abord, puis à la fin de l'âge du cuivre s'introduit la spirale, qui occupera une place des plus importantes dans la décoration égéenne et cheminera ensuite lentement en Europe par
FIGURINE EN VIOLON
TROUVÉE A YORTAN (TROADE).
la vallée du Danube, d'où elle passera en Gaule et jusqu'aux Iles Britanniques. On a voulu voir dans la spirale l'aboutissement d'un décor qui consiste en des séries de circonférences concentriques réunies entre elles par des tangentes, mais la tendance naturiste
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qui se fait jour dès le début du IIIe millénaire ne permet-elle pas de chercher cette origine autrement que dans une combinaison de lignes qui soit une pure abstraction de l'esprit? Avec leurs souples tiges, ne paraissent-elles pas plutôt être la stylisation d'un élément naturel tel que la vrille de la vigne?
L'âge du bronze, succédant à l'âge du cuivre, commence dans les régions égéennes entre 2400 et 2200 et se continue jusqu'aux environs de l'an 1100 avant J.-C., époque des invasions doriennes et du début de l'âge du fer.
Les fouilles crétoises ont révélé, pour cette longue période, des événements historiques importants.
Des constructions primitives, datant de 2200 environ, firent place vers 2000 à de grands palais, à Cnossoa, Phaestos, Mallia, Tylisos. Ceux-ci furent bouleversés entre 1800 et 1750 avant J.-C. par un cataclysme indéterminé, peut-être par suite d'une invasion ou d'une révolution intérieure, qui aurait donné le pouvoir à une autre race, car de ce moment l'écriture change. Ces palais ayant été reconstruits sur les mêmes bases au cours du XVIIe siècle furent de nouveau détruits vers 1400 avant notre ère.
Comme la Crète joue alors un rôle prédominant, il nous paraît normal d'adopter pour divisions chronologiques les dates des deux destructions successives des
FIGURINE "EN GALETTE" TROUVÉE A CHYPRE.
palais, et de suivre l'évolution de l'art d'abord au temps des pré-palais et des premiers palais entre lesquels il n'y a pas de division politique ou artistique bien nette, puis au temps des seconds palais, et enfin pendant la période suivante, de 1400 à 1100, où le Péloponèse est beaucoup plus puissant que la Crète et paraît même la dominer.
Dès le début de la période des pré-palais et premiers palais, une importante évolution s'accomplit dans la plastique : les figurines acquièrent la corporéité qui leur faisait défaut, alors même qu'elles restent souvent de style très barbare, comme la figurine chypriote que nous reproduisons ici (fig. 4). C'est une déesse-mère apparentée à l'Ishtar babylonienne, dont le caractère de fécondité est marqué par l'ampleur des hanches et qui porte un enfant dans les bras. Ses oreilles, percées de deux ou trois trous en plein pavillon, s'ornent de gros anneaux ; des incisions simulent autour de la taille une sorte de pagne qui a fait donner aux figures de ce genre le nom d'idoles en calegon.
Le développement de la civilisation fait disparaître à ce moment les superstitions qui écartaient la figure masculine. Les figurines votives en terre cuite trouvées en Crète à Petsofa représentent des hommes debout, vêtus d'un simple pagne et portant un poignard attaché à la ceinture (fig. 5). Leurs mains, par un geste rituel, sont ramenées sur leur poitrine. Quelques traces de peinture prouvent que ces statuettes étaient couvertes d'une vive polychromie indiquant les détails qui ne sont pas modelés. Elles sont traitées si sommairement qu'elles donnent l'impression d'ébauches, mais elles frappent par la justesse des proportions. Les traits caractéristiques de la race, qui s'observent encore aujourd'hui en Crète, épaules larges, taille fine, sont marqués nettement et avec mesure.
En même temps, sous l'influence sans doute des rites funéraires égyptiens, les tombes de Chypre se peuplent de figurines et même de groupes empruntés à la vie
DÉESSE, MÈRE, FIGURINE CHYPRIOTE.
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familière, comme cette barque contenant sept personnages dont un couple enlacé (fig. 6).
La deuxième cité de Troie, la "ville brûlée", a livré un Trésor royal contenant de nombreux bijoux d'or : les longs pendants d'oreilles, les diadèmes aux pendelo-
(Fig. 5) FIGURINE VOTIVE DE PETSOFA, CRÈTE.
ques multiples terminées par de petites idoles en violon, les larges bracelets ornés de spirales, révèlent à la fois l'opulence et la barbarie.
À ce moment, apparaissent aussi en Troade et en Crète des vases d'or et d'argent qui doivent leur élégance au développement harmonieux des anses. Partie de la simple protubérance percée d'un trou où l'on passe une ficelle, l'anse connaît dans les pays égéens les courbes les plus variées et se plie à toutes sortes de fantaisies : la Grèce historique recueillera cet héritage.
En Crète, la forme de ces vases précieux inspire souvent les céramistes : ils cherchent en même temps à perfectionner le décor en mêlant ingénieusement le rectiligne et le curviligne ; ici la ligne droite s'incurve pour suivre la forme du bec d'un vase, là de larges rubans blancs déterminent des segments noirs qu'ornent des éléments de spires en faisceau ; ceux-ci se transforment souvent en fleurs ou feuilles stylisées et ainsi s'introduit une composition à la fois plus libre et plus savante, où commence à pénétrer l'élément végétal. Par une sorte de renaissance du système néolithique, ces ornements sont peints en clair sur fond sombre (fig. 7 et 7bis, p. 311).
Cette céramique annonce et prépare celle qui sera en vogue durant le premier quart du second millénaire, époque des premiers palais, et qui est dite céramique de Kamarès, du nom du village moderne où eurent lieu d'abord les découvertes de ce genre (fig. 8, p. 311). La décoration de ces vases est bien ordonnée, gaie, riche, abondante, souvent même un peu chargée. La nature
végétale est devenue la principale inspiratrice du peintre céramiste; pourtant elle ne le domine pas tyranniquement; après l'avoir observée attentivement il la soumet à son propre idéal ou plus exactement il l'adapte à son projet; il préfère une vraisemblance supérieure, une fantaisie aimable à l'imitation servile de la réalité. Cette indépendance à l'égard du modèle le pousse non seulement à modifier l'agencement des éléments naturels, mais aussi à y adapter des couleurs conventionnelles. Sa palette est beaucoup plus riche qu'à l'époque précédente; aux blanc et rouge vermillon s'ajoutent le carmin, l'orange et toute une gamme de bruns, le tout se détachant le plus souvent sur un engobe noir brillant, et d'autres fois sur le fond jaune clair de l'argile. Mais de même qu'il cherche avant tout à réaliser une composition harmonieuse et adéquate à la forme du vase, il disperse les couleurs suivant un certain équilibre de taches dont les règles ne sont pas forcément celles de la nature. Ainsi, des feuilles sont colorées en rouge, jaune ou blanc, ces couleurs étant même parfois juxtaposées sur un même vase selon la fraîcheur et la jeunesse des pousses. Et tel est le sens artiste qui a présidé à ces curieuses transpositions, que nous-mêmes n'en sommes nullement choqués. C'est à croire que les peintres crétois ont obéi à certaines théories sur la valeur des couleurs, comparables à celles qui ont cours aujourd'hui et l'on ne sait ce qu'on doit le plus admirer de leur sens naturaliste ou de leur esprit de synthèse décorative; peut-être est-ce précisément la fusion de ces deux tendances qui donne à leur œuvre tant de charme et d'originalité. Toutefois, les céramistes n'ont été que les imitateurs des "fresquistes", dont la polychromie n'était certainement pas moins conventionnelle : une peinture de cette époque, qui a pu être reconstituée, représente un personnage nu, sans doute une femme,
(Fig. 6) BARQUE CHYPRIOTE EN TERRE CUITE.
cueillant des crocus et dont le corps est bleu. Cette application en quelque sorte théorique de la couleur ne s'est-elle pas transmise des préhellènes aux Grecs? Les artistes archaïques de l'Acropole d'Athènes, par exemple, obéiront à une conception analogue, lorsqu'ils
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(FIG. 7) BOL CRÉTOIS A FOND NOIR.
(FIG. 9) BOL CHYPRIOTE A DÉCOR RECTILIGNE.
(FIG. 7) CRUCHE CRÉTOISE A FOND NOIR.
(FIG. 25) VASE CRÉTOIS, STYLE DU PALAIS.
(FIG. 8) VASE CRÉTOIS, STYLE DE KAMARÈS.
(FIG. 23) VASE DE MILO A DÉCOR VEGETAL.
(FIG. 28) VASE MYCÉNIEN TROUVÉ À PHAESTOS, CRÊTE.
(FIG. 24) VASE CRÉTOIS DÉCORÉ D'UNE POULPE.
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peindront en bleu la barbe du Typhon, en rouge-brun les cheveux des Corés et l'iris de leurs yeux.
A côté de ces ateliers crétois, dont les beaux produits se sont répandus aux quatre coins du monde égéen, voire même jusqu'au cœur de l'Egypte, à Abydos, d'autres
(Fig. 12) JOUEUR DE LYRE.
STATUETTE EN MARBRE DES CYCLADES. DESSIN GRAPHIQUE D'APRÈS L'ORIGINAL.
fabriques préhelléniques continuaient à produire la vaisselle courante, sans y apporter le même art, ni la même imagination. L'île de Chypre en offre d'abondants exemples : les vases à couverte rouge lustrée et à décor incisé font, alors seulement, place à une céramique à décor peint, le plus souvent en noir, sur un engobe blanc constitué par un lait de chaux. Ce décor est encore rectiligne, mais très ingénieusement adapté à la forme du vase (fig. 9, p. 511).
C'est aussi le temps à Troie des vases plastiques, en forme de tête ou de buste de femme, de caractère si barbare que Schliemann croyait y voir des têtes de chouettes et, convaincu qu'il avait affaire à la Troie homérique, il y reconnaissait l'emblème d'Athéna.
Il semble qu'il se soit passé en Crète, après la destruction des premiers palais, un phénomène analogue à celui qui se produira douze siècles plus tard à Athènes, après la prise de l'Acropole par les Perses.
La production des œuvres d'art se ralentit pendant un certain temps, mais le fil de la tradition n'est pas rompu et l'art réapparaît ensuite plus brillant que jamais. Cette résurrection se place dans l'île de Minos au début du XVIIe siècle avant J.-C. et elle coïncide avec la reconstruction des palais. La période qui s'ouvre alors est véritablement l'âge classique de l'art préhellénique. Les seconds palais subissent des remaniements au milieu du XVIe siècle, mais l'évolution artistique se poursuit néanmoins avec homogénéité jusqu'à l'époque de leur destruction, à la fin du XVe siècle avant notre ère.
Les autres contrées du monde égéen sont à ce moment sous la dépendance ou sous l'influence de la Crète et leur histoire est intimement liée à la sienne.
La disposition des nouveaux palais crétois, comme celle des anciens, diffère essentiellement de la conception hellénique. Les nombreux corridors, les successions de petites chambres qui s'enchevêtrent expliquent la fameuse légende du labyrinthe. Ce mot même serait dérivé de "labrys" qui signifie double-hache dans un vieux dialecte d'Asie-Mineure. Les fouilles ont en effet mis au jour un très grand nombre de doubles-haches, tant peintes que sculptées ; elles avaient certainement une signification religieuse, qui est confirmée à l'époque historique grecque, car la double-hache est l'attribut de Zeus au mont Ida en Crète, et à Labranda en Carie.
Les palais crétois comportaient au moins un rez-de-chaussée et un premier étage. Evans a pu reconstituer à Cnossos un vestibule à colonnes donnant accès à un
(Fig. 13) LA "DÉESSE AUX SERPENTS" DE CNOSSES.
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escalier. Ces colonnes étaient en bois et plus étroites à la base qu'au sommet. Une fresque-miniature de l'époque donne l'image d'un portique ayant des colonnes de ce genre, dont l'origine peut s'expliquer par l'usage, dans la construction primitive, du pieu fiché en terre.
On peut joindre à l'architecture du palais de Cnossos une chaise à haut dossier et à base massive, dite "Trône de Minos"; le goût de la ligne courbe a incité l'artiste à onduler les bords du dossier et à décorer la face du siège d'une sculpture ornementale en forme de feuille lancéolée (Fig. 10, p. 314).
Outre ce qu'il a livré de sa propre histoire, le palais de Cnossos a fourni l'image exacte des maisons crétoises du milieu du deuxième millénaire par une série de petites tablettes en faïence de 3 à 4 centimètres de côté, constituant un répertoire de façades de maisons. Avec leurs murs à pans de bois horizontaux, leurs deux étages bien éclairés par de larges fenêtres, leur toit en terrasse qui sera, jusqu'à l'arrivée des Achéens, le caractère le plus typique de l'architecture insulaire, ces villas donnent une étonnante impression de constructions modernes.
Dès le début de cette période des seconds palais, une statuette en bronze, l'adorant de Tylisos, montre la
sculpture crétoise parvenue, en ce qui concerne la représentation de l'homme, au point culminant de son évolution. Un excellent moulage patiné de cette statuette est exposé au Louvre dans une vitrine de la salle du manège. Très vivante, d'un modèle large et savant, elle a la fermeté et la souplesse d'une œuvre de grand style. L'homme, vêtu d'un pagne serré à la taille, porte la main à son front comme pour se protéger de la lumière du soleil. C'est une attitude rituelle qui se retrouve souvent aux temps préhelléniques. Du
dieu sans doute irradiaient des rayons, comme ceux qui sortent des épaules de Shamash, le dieu babylonien, sur la stèle d'Hammourabi. Joint à la cambrure des reins et à la position du bras gauche dont le poing fermé vient toucher la jambe, ce geste évoque un salut militaire moderne.
Il faut sûrement attribuer à l'influence crétoise la création de figures en marbre trouvées dans les Cyclades, dont le travail est rude et sommaire, mais la composition habile (Fig. 12). Par la position du personnage, la façon dont il tient sa lyre et le choix du siège à haut dossier, l'artiste est parvenu à établir une figure dont la silhouette de profil s'inscrit presque exactement dans un triangle. C'est là un procédé de composition que ne répudierait pas un de nos sculpteurs géométristes et qui aboutit à une homogénéité, à une fermeté de contour remarquables.
La figure féminine, en subissant davantage l'influence de la mode, se modifie profondément. Il faut citer, parmi les plus typiques, deux figurines en faïence représentant des charmeuses de serpents; elles faisaient partie d'un petit Trésor enfermé dans un coffret et caché sous le pavement de la seconde construction du palais de Cnossos. Leur caractère sacré ne saurait faire de doute, qu'elles soient déesses ou prêtresses. La sur-