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L'AMOUR DE L'ART ART ANCIEN ART MODERNE ARCHITECTURE ARTS APPLIQUÉS FRANCE : 5 ¢ ETRANGER : 7 ¢ L'Architecture et l'Art Décoratif Modernes en Pologne L'Art de l'ancien Pérou Raoul Dufy LIBRAIRIE DE FRANCE, 110 Boulevard Saint-Germain, PARIS (6) 1924 --- N° 8. AOUT 1924 5e ANNÉE

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L'Amour de l'Art REVUE MENSUELLE 5e ANNÉE SOMMAIRE DU N° 8 (Août 1924) Secrétaire Général : WALDEMAR GEORGE L'Architecture, l'Art décoratif et l'Enseignement professionnel Modernes en Pologne : 1) L'Architecture... THADÉE STRYJENSKI. 2) L'Art décoratif... GEORGES WARCHALOWSKI 3) L'Enseignement Professionnel... CHARLES STRYJENSKI. Un Monument aux Aviateurs Polonais... WALDEMAR GEORGE. L'Art de la Céramique et du Tissage dans l'Ancien Pérou... R. ET M. D'HARCOURT. Raoul Dufy, portraitiste et peintre de la Mer... RENÉ JEAN. Chronique : Les Livres d'Art... L. ROSENTHAL ET W. G. Le numéro : 5 fr. — Etranger : 7 fr. ABONNEMENTS : Pour la France, 50 fr. — Pour l'Etranger, 70 fr. par an. On reçoit le mardi de 2 heures à 6 heures. La correspondance, les mandats, les factures, les livres pour comptes rendus, etc., devront être adressés impersonnellement à L'AMOUR DE L'ART, 110, Boulevard St-Germain, Paris (6e) --- LIBRAIRIE DE FRANCE F. SANT'ANDREA, L. MARCEROU & Cie 110, Boulevard St-Germain, 110 PARIS (6e) Téléphone : GOBELINS 66-55 — Chèques postaux : PARIS 225-19 PAPIERS DE COUVERTURE LOUIS MULLER ET FILS 38, Rue de Flandre, 38 - PARIS — Téléphone : Nord 50-31, 50-36, 63-61 Les seuls avec lesquels on obtienne des résultats parfaits et réguliers.

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JOSEPH CZAJKOWSKI - THÉÂTRE ET RESTAURANT A L'EXPOSITION D'ARCHITECTURE DE CRACOVIE. L'Architecture, l'Art Décoratif et l'Enseignement professionnel modernes en Pologne I. L'Architecture Pour mieux comprendre les efforts réalisés par notre génération, afin de donner une note caractéristique, disons un essai de style polonais, à nos constructions publiques et privées, il est nécessaire de présenter un résumé historique du développement de l'architecture en Pologne à travers les siècles et aussi de faire connaître les conditions particulières dans lesquelles elle se trouvait pendant les 150 années de domination étrangère. La Pologne, de par sa position géographique, se trouvant au centre de l'Europe a subi des influences de l'Occident et de l'Orient. Ces influences s'amènèrent par la propagation de la religion chrétienne ; si bien que nous trouvons en Pologne des vestiges de constructions byzantines remontant aux VIIIe et IXe siècles et beaucoup de monuments ayant encore des traces visibles de l'art Roman importé en Pologne, aux XIIe et XIIIe siècles par les moines d'Occident, venant surtout de France. Le Gothique, la Renaissance et le Baroque règnent en maîtres dans toutes les parties de la Pologne de Vilno à Cracovie, mais c'est surtout dans cette dernière ville, notre ancienne capitale, que l'on peut s'orienter sur les influences qui ont fait le caractère spécial des monuments de ces époques. Dans nos églises et au Wawel, le château royal, il y a des traces distinctives de chacun de ces styles. Sous le règne de Piast, pendant les XIIIe et XIVe siècles, nous avons sans aucun doute subi fortement l'influence allemande ; nos villes, ayant adopté le code de Magdebourg, étaient peuplées d'artisans venus d'Allemagne et par là même nos constructions gothiques ont des similitudes avec celles de la Silésie et de l'Allemagne de ce côté de l'Elbe. Ce style gothique emploie de préférence, pour sa structure, la brique; la pierre de

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L'AMOUR DE L'ART CHARLES TICHY - ESCALIER DANS UNE MAISON A CRACOVIE. taille étant réservée à construire les nervures des voutes, les encadrements et les rosaces des fenêtres, les pinacles des contreforts. La manière de poser la brique est cependant tout à fait particulière en Pologne et les allemands appellent un certain système de superposition le joint polonais. Au commencement du xvi° siècle, le premier des Jagellons, Ladislas, qui fut avant de devenir roi de Pologne, Grand duc de Lithuanie, arriva en Pologne avec une suite d'artistes ruthènes qui sans aucun doute ont eu une influence orientale; ils nous ont laissé les traces de leur genre spécial dans la peinture d'une des chapelles de la Cathédrale de Cracovie. Au xvi° siècle, le roi Sigismond Ier, qui épousa une Sforza, fait venir à la cour des artistes italiens pour décorer le château et construire une chapelle royale dans la Cathédrale. L'influence de ces artistes qui emploient des artisans et des ouvriers du pays se répand bientôt dans toute la Pologne. Nombre de grands seigneurs veulent aussi avoir leur château et une chapelle familiale. Le xvii° siècle voit transporter, sous la dynastie des Waza, la capitale de Cracovie à Varsovie; le style baroque se développe alors un peu partout. Dans le même temps l'ordre des Jésuites entre en scène, se répand en Polologie et l'on voit s'édifier nombre d'églises et de couvents dans ce style. Le xviii° siècle laisse peude traces; l'influence artis- tique des rois de Saxe qui régnaient alors en Pologne s'accentuait surtout à Dresde, leur capitale. Cependant dans la seconde moitié du siècle un renouveau se produit lorsque Stanislas-Auguste Poniatowski, le dernier roi de Pologne, monte sur le trône. Ce monarque, esprit cultivé et distingué, ayant visité l'Italie et la France, s'entoura d'artistes venant de l'Etranger et surtout d'Italie. Dans les archives de ce temps, qui contiennent beaucoup de dessins originaux de l'époque, l'on voit figurer le nom d'un architecte français bien connu, Louis (Wiktor) qui construisit les Galeries du Palais Royal à Paris et le théâtre de Bordeaux dont la Salle est si renommée. Le roi édifie sa résidence de « Lazienki », refait les salles du château de Varsovie et arrive par son goût à créer un style presque à part. Les formes employées, empruntées au style régnant de Louis XVI et à l'antique, sont tellement bien combinées et si caractéristiques, que l'on peut presque affirmer qu'il y a un style de Stanislas-Auguste. Aussi l'influence de ce courant fut tellement grande que depuis le commencement du xix° siècle jusque vers 1850, on ne construisit que dans ce style, en employant certaines variantes à peine sensibles empruntées au classique pur. Nous devons faire remarquer qu'en Pologne la plupart des maisons à la campagne étaient construites en bois et très simples. La maison du seigneur, avec une entrée divisant le logis en deux parties, a son origine dans la cabane du paysan et il nous est FRANÇOIS BRUZDOWICZ DÉCORATION D'UNE ÉGLISE DE VILLAGE.

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L'AMOUR DE L'ART resté ce type caractéristique de l’habitation du propriétaire rural au XVIIIe siècle qui, à l’extérieur, a un toit à la « Mansard » avec entrée principale ornée d’un portique à 2 ou 4 colonnes. Ce toit est tout à fait polonais et diffère du toit français en ce sens que les deux parties de la toiture ont la même pente. Il en est de même pour la charpente des parois dont les assemblages sont spécialement polonais. Nous avons ainsi énuméré toutes les phases par lesquelles a passé l’architecture en Pologne pendant dix siècles et nous devons accepter comme principe que les styles qui se sont épanouis chez nous, le Gothique, la Renaissance, le Baroque, le Louis XVI et l’Empire, sans être autres que leur provenance, sont cependant entachés d’une couleur locale qui fait que ces applications sont devenues tant soit peu polonaises, adaptées au paysage du pays, aux besoins de ses habitants. Il se forma des escouades de bons artisans et quelques bons architectes polonais auprès des artistes étrangers amenés par nos rois. Voyons maintenant ce qui se passe chez nous jusqu’à la grande guerre qui nous amena l’indépendance. Après l’insurrection de l’année 1830 l’oppression dans toutes les parties partagées par la Russie, la Prusse et l’Autriche, redoubla et plongea le pays dans un marasme effrayant. On supprima toutes les écoles polonaises et la jeunesse fit ses classes en russe et en allemand; il s’en suivit naturellement un arrêt complet dans l’étude du dessin. C’est alors que nos grands poètes, amis JOSEPH CZAJKOWSKI ET THADÉE STRYJENSKI MUSÉE DES ARTS ET MÉTIERS A CRACOVIE. de Quinet et de Michelet, qui avaient émigré en France, firent entendre leur voix et soutinrent d’une manière glorieuse le patriotisme de la nation. L’Europe du reste passait dans ce temps par la grande crise de style. L’Empire avait été abandonné comme ne répondant plus aux besoins du jour et en France sous l’impulsion des romantiques, Victor Hugo en tête, on cherchait à renouveler le style du moyen âge. On restaurait alors la Sainte-Chapelle et quelques artistes se firent les apôtres de ce mouvement qui, cependant, échoua misérablement. Viollet-le-Duc qui publiait son dictionnaire d’architecture voulut ouvrir un atelier à l’Ecole des Beaux-Arts, la jeunesse s’y opposa et les élèves ne permirent pas au professeur de faire son cours. Tout cet effort porta cependant ses fruits, toute une génération d’architectes fut préparée à la restauration des monuments du moyen âge. A peu près à la même époque, Letarouilly publie ses édifices de Rome moderne et du Vatican, Rouyer, les décorations intérieures, Sauvageot, les palais et châteaux. Tous ces érudits ne parvinrent cependant pas par leurs publications à faire avancer les choses; on resta dans l’ornière, le nouveau style ne parut pas, ce qui prouve une fois de plus que l’art ne peut être régénéré que par les artistes et non pas par la méthode scientifique. Il en était de même en Angleterre, en Italie et en Allemagne, et évidemment dans les lambeaux de la Pologne cela ne pouvait être que pire — et ADOLPHE SZYSZKO-BOHUSZ - MAISON A CRACOVIE.

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L'AMOUR DE L'ART STANISLAS SZUKALSKI - ESQUISSE DE FAÇADE. elle ne pouvait rien produire de nouveau. L'insurrection de 1863, dont les suites sont encore plus effrayantes, acheva tout effort artistique de la part des polonais. C'est seulement après la guerre de Prusse de 1866 que la partie autrichienne reçut son autonomie, il fut créé une école polytechnique avec une section d'architecture à Lwow (Léopol). Les artistes peintres ayant soutenu le mouvement moderne ou pour mieux dire s'étant mis à la tête de ce mouvement aussi bien dans l'art décoratif que dans l'architecture, nous devons énumérer ceux qui nous paraissent avoir rendu le plus de services à notre art. Jean Matejko s'intéressait beaucoup à l'architecture. Ses albums sont pleins de croquis des plus intéressants se rapportant à toutes les contrées de la Pologne. Il donna d'excellents conseils à l'architecte Thomas Prylinsky qui restaurait les Sukiennice (Halles aux draps), il est l'auteur de ces intéressants chapiteaux qui couronnent les fûts des colonnes des arcades. Moi-même lors de la restauration de l'intérieur de Notre-Dame, dont j'avais la direction comme architecte, j'ai pu apprécier sa haute compétence, son intuition extraordinaire et son sentiment de la forme. Un peintre délicat et de renom, Stanislas Witkiewicz, en même temps critique d'art, donna sa mesure par la publication de son livre « L'art et la critique », dans lequel il développa la théorie moderne de l'art ; il s'installe dans la montagne à Zakopane et met en relief la valeur décorative de l'habitation, des meubles et des ustensiles des montagnards. Un autre grand artiste, peintre, poète, dramaturge, ayant eu plus tard une grande influence sur ses contemporains, Stanislas Wyspianski, s'occupe aussi d'architecture et fait en collaboration avec l'architecte Ladislas Ekielski, un projet d'Acropole pour le Wawel, le château royal de Cracovie. Le grain semé par ces Maîtres donne l'éveil aux artistes et les jeunes architectes s'efforcent aussi d'aller sur leurs traces. Théodore Talowski, architecte de Cracovie, élève des classes d'architecture de Léopol, brisa un beau jour la monotonie des façades en employant des motifs sortant de la routine ; la maison connue sous le nom de « l'araignée » est le type de ce genre. Un autre effort fut tenté par un jeune architecte aussi de Cracovie, M. François Maczynski qui, après un séjour à Paris, chercha à appliquer à sa manière « le modern style » dans des constructions monumentales, en employant de préférence des formes provenant des types de maisons de bois de la montagne. Ces deux essais spontanés n'arrivent pas à une note définitive, ils font cependant sensation et donnent de nouveau l'éveil. C'est alors qu'une poussée collective partant des sphères artistiques se fait sentir : le peintre Edouard Trojanowski donne l'initiative de grouper l'élite des jeunes artistes peintres et sculpteurs, habitant Cracovie, il s'adjoint quelques architectes et fonde en 1901, la « Société d'Art appliqué polonais » et sous la direction de M. Georges Warchalowski qui en devient l'âme STANISLAS SZUKALSKI - MOTIF DE PILIER.

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CHARLES TICHY - MAISON A CRACOVIE. JOSEPH CZAJKOWSKI - MAISON DE CAMPAGNE.

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L'AMOUR DE L'ART et en fait son œuvre. Cette société se développe, montre à nu l'art populaire du pays, organise des conférences, des concours, fait des publications, s'intéresse à la décoration des bâtisses en construction, donne le coup de fouet et les architectes sont bien obligés de suivre tant soit peu le mouvement. Un peintre de talent qui a fait aussi des études d'architecture, appartenant à cette pléiade d'artistes qui forment le noyau de la Société de l'art polonais appliqué, M. Joseph Czajkowski, sort des rangs et présente un projet de façade pour la construction du Musée des Arts et Métiers de Cracovie. Cette façade donne vraiment une idée sérieuse des progrès réalisés dans le sens du style à employer, et après plus de 10 ans elle n'a rien perdu de sa fraîcheur primitive. Nous pouvons mentionner ici que le projet de M. Czajkowski vient d'être adopté au concours par le comité pour l'édification du pavillon polonais à l'Exposition de Paris en 1925. Un autre artiste bien connu, M. Charles Tichy, se met aussi à l'architecture, il fait un plan de maison dont il étudie tous les détails de la cave au grenier et nous donne une façade tout à fait appropriée, d'une simplicité parfaite qui aussi supporte facilement ses 12 ou 15 ans de bienvenue. Entre temps toute une génération de jeunes architectes se fait jour; à Cracovie Adolphe Szyszko Bohusz et Louis Wojtyczko donnent une note saillante, dans leurs maisons près de Notre-Dame; à Varsovie les architectes François Lilpop et Charles Jankowski travaillant en collaboration, Czeslaw Przybylski et Stanislas Kalinowski se distinguent particulièrement, les premiers par la construction d'une Maison de nouveautés, les seconds, par l'édification du nouveau théâtre polonais, ainsi que par la construction de maisons de campagne tout à fait intéressantes. A Léopol MM. Derdacki et Minkiewicz donnent aussi une note intéressante. Dans le duché de Poznan, MM. Pajzderski et Slawski se font remarquer le premier par des études sérieuses des monuments du passé, le second par de nombreuses résidences d'un goût sûr et parfait. Vers 1910 le Gouvernement autonome de Galicie construisit à Kobierzyn, près de Cracovie, un grand Hôpital composé de 40 pavillons où quatre architectes sortis de l'Ecole d'architecture de Léopol, MM. Klimczak, Zielinski, Harland et Budkowski restèrent dans la note moderne en édifient un ensemble tout à fait satisfaisant. Il se forme dans ces trois villes des Cercles d'Architectes, qui rivalisent d'ardeur; il est publié des concours auxquels presque tous prennent part, soit comme jurés soit comme concurrents. Tous ces efforts sont soutenus par un organe sérieux «l'Architecte» qui paraît tous les mois, fondé par un architecte consciencieux Ladislas Ekielski, qui en cède bientôt la rédaction à M. Georges Warchalowski lequel montre une fois de plus ses connaissances solides et son ardeur pour la propagation des idées nouvelles. En un mot, malgré les difficultés de passe-port il y a contact continu entre Varsovie, Cracovie, Wilno, Poznan et Léopol. On organise des congrès, on visite en groupe les expositions à l'étranger. Il se fonde une Délégation des cercles d'Architectes, sorte de Société Centrale qui permet un contact continu entre les membres des Cercles. Tout ce travail de plusieurs années a son couronnement dans une exposition d'Architecture que Cracovie organisa en 1912 de par l'initiative de MM. Czajkowski et Warchalowski et qui présenta d'une manière plastique tous les résultats obtenus jusqu'à ce jour. Il fut organisé des concours pour la construction de maisons à bon marché et nombre de nouvelles recrues envoient des projets pour des maisons de plaisance, d'artisans, d'ouvriers. Tous ces projets groupés dans une des salles avaient l'avantage d'être présentés sous forme de modèles, ce qui donna un certain cachet à l'exposition. Les récompenses furent obtenues par MM. R. Gutt, Z. Maczenski, de Varsovie, MM. A. Thadée Zielinski, Ladislas Klimczak travaillant à l'asile de Kobierzyn et de Cracovie, MM. J. Kaban, E. Was, T. Kaszycki et Charles Stryjenski, aujourd'hui directeur de l'Ecole d'Arts et Métiers de Zakopane. Les bâtiments de l'Exposition même furent aussi édifiés au concours et sans entrer dans plus de détails nous devons faire remarquer la belle silhouette du bâtiment principal projeté par MM. Czajkowski et Wojtyczko, la ferme modèle édifiée sur les plans de M. Zdzislas Kalinowski, le pavillon industriel de M. Adolf Szyszko Bohusz, l'auberge de M. Venceslas Krzyzanowski et la maison ouvrière de M. François Maczynski, la décoration intérieure du théâtre de M. Charles Frycz, celle de la chapelle de M. Bukowski, etc., etc. On travailla si bien qu'il fut constaté une fois de plus que les arts sont frères, comme dit le proverbe et les architectes, les peintres et les sculpteurs rivalisèrent d'ardeur pour travailler ensemble et se compléter les uns les autres, aussi bien à l'extérieur que pour la décoration intérieure. La poussée artistique de ces 10 dernières années était d'autant plus nécessaire que les grandes villes comme Varsovie et Léopol avaient déjà subi les influences JOSEPH CZAJKOWSKI CANDELABRE EN BÉTON ARMÉ.

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L'AMOUR DE L'ART néfastes du « colossal » allemand dont nous voyons encore beaucoup de traces. Poznan comme de juste n'a pas été épargnée et fut même gratifiée d'un Château Impérial et Royal en vrai style allemand moyenneux, dominant de sa masse toute la haute ville. Les allemands dans leur ardeur ont gâté un des plus beaux spécimens des monuments anciens, l'Hôtel de Ville, par une restauration soit-disant scientifique. Cracovie, ville moins commerçante, a moins souffert. Cet essor qui devait sans doute donner des fruits dans les prochaines années fut complètement arrêté au moment de la déclaration de la guerre mondiale. L'esprit, cependant, resta latent, et malgré que les années 1914, 1915 et 1916 furent un temps de repos complet, au moment où les hostilités commençaient à se calmer sur le front oriental, lors de l'effondrement de la Russie en 1917, il se forma à Cracovie un comité pour la reconstruction des contrées dévastées ; on publia des albums intéressants, contenant des types de maisons pour la campagne et les petites villes qui avaient le plus souffert. Ces albums faits en collaboration avec de nombreux architectes sous la direction de MM. Galezowski, Ekielski et Poku- tynski ont beaucoup facilité la tâche des exécu- tants. En même temps Varsovie ne restait pas inactive; privée d'écoles pendant tant d'années elle groupa les éléments polonais qui se trouvaient en Russie comme perdus pour le pays, il se publia des albums sur les œuvres d'arts laissées par les Russes et nombre d'artistes, M. Noakowski en tête, rentrèrent dans le pays. Aujourd'hui, ce qui semble étrange, quoique réunis en un seul bloc, nous avons plus de difficultés à travailler ensemble et des années seront nécessaires pour fondre tous les éléments épars. Nous ne devons cependant nullement désespérer ; une nation qui pendant 150 années de servitude a produit des artistes en tous genres, des poètes comme Mickiewicz, Slowacki, Krasinski, Zaleski et tant d'autres, des musiciens comme Chopin, Moniuszko et Paderewski, des littéraires comme Sienkiewicz, Ze romski, des peintres comme Kossak, Matejko, Grottger et Chelmonski, est dotée aujourd'hui d'Ecoles sérieuses ayant un personnel enseignant de premier ordre et plein d'émulation qui prépare l'avenir et éclaircit les horizons. Le gouvernement polonais a en effet créé dans toutes les parties de la Pologne des Ecoles d'art. A Léopol, à la section d'Architecture de l'Ecole polytechnique, on rajeunit les cadres, et des architectes de talent, MM. Minkiewicz, Derdacki, Klimczak, deviennent des professeurs — à Cracovie, les ateliers d'architecture auprès de l'Ecole des Beaux-Arts, qui déjà avaient été installés avant la guerre grâce aux démarches faites par le cercle des architectes, continuent leur enseignement sous la direction de MM. Gale zowski, Szyszko-Bohusz et Polkowski, à Varsovie, outre la section d'Architecture de l'Ecole polytechnique qui est dirigée par MM. Noakowski, Swier zynski, Lalewicz, Jan kowski, Sosnowski, Tol winski, Przybylski, une élite d'artistes travaille à l'Ecole des Beaux-Arts nouvellement créée avec MM. Czajkowski, Tichy, Jastrzebowski, Kotarbins ki, Trojanowski, à la régénération de l'art en Po logne. Nous devons rele ver spécialement l'ensei gnement de M. Noakows ki, professeur d'architect ure qui par son intuition délicate, arrive à reconstituer les monuments an ciens par des dessins si saisissants que souvent l'on est dans l'illusion de vivre dans les siècles passés. Un autre artiste, M. Wiwulski, l'auteur du Monument de Grunwald, à Cracovie (don de Paderewski), qui fut en même temps sculpteur, exécute un projet d'église pour Vilno, dans une note tout à fait moderne; et dans cette ville, réunie enfin à la Pologne, sous la direction de M. Ferdi nand Ruszczyz, il se forme auprès de l'Université une Faculté des Beaux-Arts, avec MM. Klos et Sokolowski, Krasnopolski et autres, comme professeurs, si bien qu'à n'en pas douter d'ici quelques années tous ces efforts qui peuvent paraître un peu disparates donne ront des résultats, d'autant plus sérieux qu'ils ne sont pas appuyés sur la routine. Ayons confiance, il surgira un chef qui montrera le chemin à suivre pour réaliser l'idéal du style en architecture répondant à notre époque et à nos besoins qui s'appellera un jour, espérons-le, le style polonais. THADÉE STRYJENSKI.

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SOPHIE STRYJENSKA - DANSE VILLAGEOISE. II. L'Art Décoratif Parler aux étrangers de n'importe quel domaine d'activité dans la Pologne d'aujourd'hui, ressuscitée hier, sans rappeler continuellement son extraordinaire histoire, unique dans les destinées du monde, équivaudrait à montrer un objet plongé dans les ténèbres sans l'éclairer suffisamment. Ni cent cinquante ans d'esclavage ni le partage en trois tronçons, brutalement réunis à trois Etats différents, n'ont pu aboutir, malgré les persécutions, la démoralisation systématique et les répressions de toutes sortes à l'anéantissement de la nation, mais lui ont permis de renaître et de se consolider avec une rapidité étonnante ; uniquement pour la raison qu'aux forces brutales et matérielles des forces morales se sont vaillamment opposées. L'amour du sol natal, qui anime autant le paysan que le grand propriétaire, ainsi que le sentiment patriotique permirent à la Pologne de braver tous les dangers. Ses forces morales actives ont éclaté dans les insurrections et ont trouvé leur expression dans la poésie, les lettres et les arts, portant toujours l'empreinte de ce patriotisme ardent. D'autre part les forces passives et subconscientes du pays se sont manifestées par la fidélité traditionnelle à la langue, à la religion, par la conservation jalouse du caractère national, enfin par la vitalité, les talents et l'originalité du peuple. Parmi les manifestations de la vie économique d'une nation, qui attestent le plus clairement l'activité de ces forces, il faut avant tout prendre en considération l'art décoratif, et la production artistique du paysan. Quant à l'art décoratif, ce sont bien les forces morales actives qui furent déployées en Pologne par l'action de nos artistes, véritables pionniers dès le début du siècle. Cependant ce sont plutôt les forces passives qui alimentent l'art paysan. Cet art existe heureusement dans diverses régions du pays, et ses manifestations les plus marquantes sont conservées dans les musées, et reproduites dans des revues artistiques et des recueils scientifiques. La situation géographique de la Pologne, où s'entre-croisent deux civilisations, l'une venant de l'Est et l'autre de l'Occident, a exercé une forte influence sur la formation plastique de l'art polonais, surtout sur l'art populaire du pays. La Pologne, qui par sa civilisation appartient à l'Occident, a pourtant subi diverses influences orientales en ce qui concerne le sens des formes et des couleurs. Grâce à son capital de facultés créatrices et de goût, la Pologne a su se donner une physionomie distincte que l'on retrouve dans ses anciennes constructions en bois, dans les modifications locales apportées au style de son architecture en général et surtout dans l'art populaire du mobilier, des costumes, des ustensiles et du décor. La Pologne est ainsi arrivée à développer des notes caractéristiques et originales, attirant de plus en plus l'attention des étrangers qui achètent volontiers les produits de notre art paysan et collectionnent les documents de notre passé. Malheureusement, aussi bien dans les musées étrangers que pour l'opinion du public, de nombreux objets, produits du génie polonais, ont passé très souvent et passent encore aujourd'hui pour allemands, autrichiens et surtout pour russes. Il faut chercher la raison de ces erreurs dans le fait, qu'on ne distinguait pas suffisamment la nation et l'État et qu'on ne croyait pas à la vitalité de la Pologne. Tout a changé depuis. Et nous voici obligés, non seulement de revendiquer notre avoir artistique pillé par les envahisseurs, mais encore notre propriété morale et nos droits d'auteur. Voici les sphères principales, dans lesquelles se

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L'AMOUR DE L'ART CHARLES TICHY - SALON EXÉCUTÉ PAR J. ZABZA DE CRACOVIE. STANISLAS WYSPIANSKY - SIÈGES DÉCORATIFS.