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L'Architecture et l'Art décoratif modernes en Belgique PAR FIERENS-GEVAERT Conservateur en chef du Musée royal des Beaux-Arts de Belgique, professeur à l'Université de Liège, connu dans les milieux de l'érudition pour ses travaux sur l'ancienne peinture flamande, M. Fierens-Gevaert a cependant joué un rôle militant dans la renaissance de l'architecture et de l'art décoratif en Belgique. Organisateur des expositions belges d'art décoratif moderne à Turin (1902) et à Milan (1906), il a publié également de nombreuses études sur l'Art nouveau. Contentons-nous de citer : l'Architecture moderne en Belgique. Durendal 1902. — L'Architecture moderne au point de vue esthétique et social dans les Nouveaux essais sur l'art contemporain. Alcan 1903. — L'Embellissement des villes. Nouveaux Essais. Paris 1903. — L'Architecture et l'art décoratif modernes en Belgique et en Hollande dans le Musée d'art. Paris. — L'Art au XXe siècle et son Expression en Belgique. La Belgique artistique et littéraire 1907. — L'Architecture à l'Exposition Universelle de Gand. Art et Technique 1913. — L'Exposition internationale des arts décoratifs modernes à Paris. Rapport présenté au Comité des Expositions belges à l'Etranger. Publié dans Art et Technique à Bruxelles. Avril-Mai 1914. — Le Salon des Arts décoratifs modernes à l'Exposition triennale ; dans La Belgique artistique et littéraire, juillet 1914. — La Reconstruction nationale. Série d'articles publiés dans la Libre Belgique en 1919. — L'Art des Temps Nouveaux, conférence faite à Milan (galerie Pesaro) 1922 et dans divers milieux belges. Cette étude est un bilan; qu'on en excuse les sécheresses et les lacunes. Notre enquête fut loyale; elle a porté sur une question qui depuis près de trente ans nous captive. Et pourtant nous craignons de fléchir sous le sujet, spécialement pour avoir voulu marquer la valeur et la physionomie des meilleurs travaux d'après-guerre. Les œuvres sont fort dispersées : il est difficile d'en dresser l'inventaire, à plus forte raison d'en saisir l'esprit général. La Belgique, vers 1890, fut la terre de la rénovation architecturale. Nous évoquerons ces débuts pour mieux expliquer les formes actuelles, et, après un exposé rapide des méthodes pédagogiques, nous tâcherons de faire connaître la nouvelle génération. Ce que nous aurons fait pour l'architecture, nous le ferons ensuite — plus brièvement — pour l'art décoratif. Tel est notre plan. Mais la matière est vaste, compliquée, et faute de ne point mettre chaque détail à sa place nous risquons fort de manquer à la saine discipline qui est ici de rigueur. Coup d'œil rétrospectif. — Les novateurs et l'esprit public. Victor Horta, Paul Hankar, Henri Van de LA MAISON DES SUCRIERS (1916-1918), RUE MONTOYER, BRUXELLES. ARCHITECTE LEON GOVAERTS. BRUXELLES.

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L'AMOUR DE L'ART Velde, Serrurier-Bovy, Oct. Van Rysselberghe, G. Hobé.— Leur venue marque la fin virtuelle du pastiche. Un grand enthousiasme accueillit leur renaissance. De jeunes architectes parisiens coururent étudier les maisons bruxelloises de V. Horta. Le regretté Bing exposait une salle à manger de Van de Velde, en même temps qu'il révélait Constantin Meunier. Revenant un jour de Chantilly à Paris avec Edmond Rostand, celui-ci durant tout le trajet nous questionna sur le "modernisme belge"! La curiosité, sinon la sympathie, éclatait dans les discussions. Pour beaucoup, ces novateurs belges apportaient des espérances illimitées. Qui s'en souvient — même en Belgique ! Horta et les artistes acquis à sa réforme s'imposèrent par deux fois dans des rencontres internationales (1). La Belgique officielle ne s'en aperçut point. Paul Hankar mourut avant l'heure. Van de Velde s'expatria, suscita en Allemagne le mouvement que l'on sait, et ne fut point rappelé en Belgique comme ses amis et lui-même le souhaitaient il y a dix ans. Octave Van Rysselberghe, fidèle à ses principes de simplicité et de force, ne vit venir que tardivement les commandes officielles. L'Etat est aujourd'hui le grand mécène: Peintres et même sculpteurs peuvent au besoin l'ignorer. Mais les architectes et les décorateurs? Ils doivent compter avec des services ministériels où règnent à perpétuité l'incompétence et l'horreur des responsabilités. Surcroît de malheur : il serait malséant chez nous que les Beaux-Arts s'occupassent de constructions, restaurations, enseignement de l'art décoratif; divers ministères se partagent ces fiefs (Travaux publics, Industrie et Travail, Justice!) Et qui songe à restaurer l'unité de commandement qu'assumait le surintendant des régimes abolis? Si encore les dirigeants témoignaient de quelque bonne vo- (1) Turin, première exposition internationale des arts modernes 1902, — et Milan 1906. lonté à l'égard des maîtres originaux. Que de fois n'ai-je pas entendu des ministres et des fonctionnaires les condamner sans qu'ils les connus-sent ! Ah! si l'Etat par extraordinaire discernait les vrais artistes! Que d'autres surgiraient en parfaite harmonie de forme et de beauté avec l'esprit du temps, à la place des innombrables gares, hôtels communaux et postaux, hôpitaux, églises, etc., qui disent la morne tyrannie des sty. les périmés. Car ils existent les artistes, — très vivants, très enthousiastes en dépit d'une atmosphère mortelle. Ils rêvent, produisent, édifient. Et les voici prêts à reprendre et à développer l'œuvre des Horta, des Van de Velde, des Hankar, des Van Rysselberghe. L'Enseignement. Ses défauts. Méthodes nouvelles. Le programme de Victor Horta. Comment se forment-ils? Un peu au hasard et nous pouvons nous appliquer le mot: "Il n'y a pas de maître; il n'y a que des élèves." La routine est maîtresse de l'enseignement. Nos académies sont à la remorque de l'Ecole des Beaux-Arts, mais ce qui est bon en France nous est une perpétuelle menace. On soustrait l'élève à l'indispensable pratique. Où mène la copie passive des planches de Vignole? Que vaut l'étude d'un chapiteau si l'on ne réfléchit aux raisons de sa beauté? Mêmes errements dans les puissantes écoles de Saint-Luc où les modèles classiques font place à une exclusive documentation médiévale ; et même absence de vie pratique. Un élève de Saint-Luc vint me consulter un jour sur les services d'un musée. Le concours de fin d'année consistait en un projet de musée régional. Le style gothique était de rigueur. On me convia à l'exposition des devoirs. C'étaient autant de cathédrales! Le jeune homme que PAVILLON BELGE AUX EXPOSITIONS BIENNALES DES BEAUX-ARTS DE VENISE (1906-1907). ARCHITECTE LEON SNEYERS. BRUXELLES. MONUMENT COMMÉMORATIF DE LA GUERRE A LONDERZEEL (BRABANT). ARCHITECTE JOSEPH DIONGRE. BRUXELLES.

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L'AMOUR DE L'ART j'avais renseigné n'était même point classé. Il était resté gothique mais avait osé concevoir sa construction en béton ! L'architecte Jean Smolderen d'Anvers, brillant lauréat de tous les concours, m'écrit avec éloquence (je résume sa consultation). "L'enseignement est insignifiant ou dérisoire. Il se ressent du peu de prestige et de considération dont jouissent les architectes. La profession est exercée par les fils de la toute petite bourgeoisie et la suppression du Prix de Rome aggrave la situation. L'architecture sera désormais réservée aux classes privilégiées; les fils de bonne famille exerceront notre art comme la plupart des architectes anglais en créant des offices d'architecture dont ils assumeront, j'hésite presque à le dire, la partie commerciale en se faisant aider par des dessinateurs de carrière plus ou moins doués." Et M. Smolderen de s'insurger contre l'inertie du pouvoir et l'indifférence BOUTIQUE A TOURNAI (SUR L'EMPLACEMENT DE L'ANCIEN PALAIS DU PARLEMENT). ARCHITECTE HENRI LACOSTE. BRUXELLES. du public (que n'ajoute-t-il de la critique?) "L'avenir de la jeune architecture belge est sombre, dit-il, et la carrière peu engageante; il faudra par tous les moyens stimuler et encourager ses jeunes adeptes." Le conseil est salutaire. Approuvons-le, sans partager le pessimisme de notre correspondant. Victor Horta et de jeunes maîtres Huibrecht Hoste, Albert Van Huffel, Ant, Pompe n'y ont point versé. Ils payent de leur personne pour réagir et ont accepté d'enseigner pour appliquer des méthodes nouvelles. Hoste et Van Huffel ont suivi à l'Université de Gand les cours de Cloquet, réalisateur indigent mais théoricien lucide. Après l'assimilation des rudiments à l'Académie de Bruges — où pendant des heures il dessinait des ornements que le professeur mesurait pour contrôler l'exactitude de la copie! — Hoste suivit en élève libre les cours de Cloquet ; les lois que celui-ci tirait des chefs-d'œuvre médiévaux, Hoste les mit en pratique dans un sens moderne. Absorbé par ses travaux d'architecture il trouve néanmoins le temps de donner un cours de standardisation à l'Ecole des hautes études de Bruxelles et d'enseigner l'Histoire de l'art à l'Académie de Bruges. Il n'a que trop raison de déplorer la pénurie des archéologues esthètes. La Hollande connaît le savant qui juge la production moderne sans se plonger d'abord dans sa documentation historique. Trois professeurs d'architecture y ont instauré une méthode nouvelle pour les cours supérieurs et Hoste voudrait qu'on les suivît; au lieu de dessiner d'abord les détails (fenêtres, portes, tables, etc.,) et de les juxtaposer sans obtenir de cohésion réelle, ils font établir l'ensemble, la masse, en données simples, et passent ensuite à l'analyse. Ainsi le veut la logique de la construction. — Albert Van Huf- MONUMENT DES INTERNÉS À AMERSFOORT (HOLLANDE) ARCHITECTE HUIBRECHT HOSTE. SAINT-MICHEL. BRUGES.

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L'AMOUR DE L'ART fel à qui je demandais si la réforme de l'enseignement architectural exigeait le bannissement des classiques (songerait-on jamais à supprimer l'étude des écrivains du XVIIe siècle?) me répondit qu'aux ordres grecs il faut adjoindre l'étude des chapiteaux égyptiens, romans, gothiques et que surtout l'intelligence de l'élève doit s'exercer devant le modèle. Qu'on lui demande ou qu'on lui explique pourquoi le fragment qu'il copie est beau. Hélas! les professeurs sont rares et l'enseignement est difficile. Qu'un maître promène ses élèves par la ville, les interroge sur les qualités de telle façade, de telle ferronnerie, de tel encadrement de fenêtre. On peut tout attendre de la jeunesse enthousiaste. — Ant. Pompe, professeur à l'Académie de Molenbeek (Bruxelles), guidé par les besoins d'un milieu ouvrier et mesurant les facultés de ses élèves, exclut l'inutile copie des planches et l'étude des ordres. Il accepte dans sa classe des menuisiers, ébénistes, marbriers, tailleurs de pierres, ferronniers. Ils n'ont jamais tenu un crayon. Qu'arriverait-il si pendant trois années ils reproduisaient des modèles? En tête à tête avec le papier blanc et tenus d'"inventer" le plus simple des projets, ils ne trouveraient rien. Pompe résolument adopte un enseignement pratique. Au menuisier il fait dessiner une table, une armoire, au ferronnier ce qui relève de son métier, etc. Le plus doué, avec la collaboration de toute la classe, élabore un ensemble de petite maison bourgeoise. Au bout de l'année, la collectivité scolaire a terminé sous le contrôle du maître, un projet de maison exécutable dans ses moindres particularités. Et sous une forme nouvelle, Pompe ressuscite l'anti-que apprentissage. " Victor Horta est un corrupteur de la jeunesse ", me disait un jour un bourgmestre défunt. Homme d'action énergique, ce "corrupteur" a patiemment élaboré un vaste programme d'éducation et si l'enseignement et par conséquent la jeunesse se libèrent un jour de la routine pédagogique, c'est à lui qu'on devra ce bienfait. Artiste, son exemple ramena l'architecture à la construction, et spécialement à la "construction du dedans". Professeur il a considéré le problème éducatif dans son ensemble. Pourquoi, à côté des humanités classiques et scientifiques n'aurions-nous pas les humanités esthétiques? Le jeune homme doué pour l'art fait presque toujours un collégien nonchalant. Qu'il cultive ses dons le plus vite possible sans que soit négligée sa culture générale. Cette vue si juste entraîne une conception nouvelle des écoles d'art auxquelles s'annexeraient des classes d'enseignement secondaire. Le programme des cours artistiques, prévoit trois divisions superposées : dessin, technique, beaux-arts. Le dessin est à la base de tout. Après l'avoir pratiqué pendant les trois premières années de première division (modèles en plâtre, étude des animaux vivants, de la figure humaine, etc), les élèves entrent dans les cours techniques (pour les peintres : peinture et décoration ; pour les sculpteurs : sculpture et décoration ; pour les architectes : cours de stabilité, de construction, d'hygiène, etc), avec possibilité pour les uns et les autres de régler la fréquentation des cours de manière à s'assimiler les éléments des trois grands arts. Sortant de cette division les élèves du moins ont un gagne-pain. Les meilleurs, les élus, sont admis dans les cours supérieurs. Nous ne donnons ici que le squelette de ce programme. Vues théoriques, applications pratiques, indications de modèles, horaires, etc, tout y fut précisé. Autorités communales et académiques applaudirent d'enthousiasme et, comme on dit, marquèrent leur accord. On était à la veille de la guerre. La tourmente prêta son appui inattendu aux mauvaises volontés. Professeurs et administrateurs passésistes enterrèrent la réforme. Elle ressurgira. La jeunesse la réclame. En attendant, Horta dirige un atelier d'architecture à l'Académie, où le rectorat lui incombe par voie de roulement. Il veut qu'en composant, l'élève oublie les règles et s'inspire de la vie. "Malheur si tu penses aux règles en créant", disait Léonard. Horta surprit un jour un élève au travail et compulsant un monceau de livres. " Que faites-vous là?" — "Maître, je cherche des motifs". — "Mais mon garçon, c'est du vol ". Et comme on le pense, cette franchise de langage n'est point pour amoindrir l'ascendant du grand créateur sur son école. La Reconstruction des régions dévastées. Les Banques. Le renouveau architectural pouvait doter la Belgi-

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BASILIQUE NATIONALE DU SACRE-COEUR A BRUXELLES NATIONAL BASILEK VAN HEID HELLING MARTE BRUSSEL BASILIQUE NATIONALE DU SACRE-COEUR A KOKELBERG, PRÈS BRUXELLES (EN EXÉCUTION). ARCHITECTE ALBERT VAN HUFFEL, BRUXELLES.

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L'AMOUR DE L'ART que ressuscitée d'une parure magnifique et ajouter des chefs-d'œuvre aux richesses monumentales du passé. Vain espoir... " La reconstruction est incontestablement une faillite. Que l'opinion publique se désintéresse de cette question, cela prouve une fois de plus que le public belge est absolument inculte en matière d'architecture" (1). La copie, le pastiche régionaliste furent imposés au nom du plus indigent sentimentalisme. On vit des prouesses dans les plus lâches trahisons artistiques : telle la reconstruction de Louvain où sur mille maisons rebâties on peut citer deux ou trois œuvres, le reste n'étant que grotesque imitation du baroque bra-bançon ou du xviie siècle! Entendons-nous. L'énergie nationale n'est pas en cause. Avec raison l'étranger s'en émerveille. Mais que ne fut-elle mieux conduite! Que de fautes irréparables ! Dans une de nos villes flamandes lesplus éprouvées, un excellent projet de cité-jardin parant aux inconvenients d'un quartier pauvre détruit par la guerre, fut écarté parce que les propriétaires du terrain au lieu de leurs quatre cents bicoques ne comp-taient plus que trois cents maisons et que les architectes locaux estimaient exagéré un lot de trois cents logis confiés à trois constructeurs étrangers à la ville ! Car l'esprit local — toujours — fut irréductible. Le nouveau Louvain en est le triste témoignage. Est-il temps encore d'empêcher la reconstruction hypothétique de la Table ronde de Mathieu de Layens (xvie siècle)? On ne possède comme documents que des tableaux et gravures du xviiie, le tout à petite échelle, plein de détails illisibles ou dictés par la fantaisie des graveurs et des peintres. Et l'on s'engage d'un cœur léger dans cette aventure. On se flatte aussi de refaire textuellement Saint-Martin d'Ypres, d'améliorer l'église de Dinant. Pour cette dernière, grande querelle au sujet du clocher. Faut-il reconstruire le bulbe ou placer deux flèches gothiques sur les tours? Personne ne se dit que nos ancêtres auraient confié le travail à un grand artiste et souhaité un couronnement dans l'esprit du temps. Le reflet de nos aspirations sera nul — ou presque — dans les édifices domaniaux relevés partout avec une prodigieuse ardeur. Une seule maison moderne est tolérée sur la Grand'Place de Dixmude (architecte H. Hoste). Heureuses exceptions encore l'église de Capelle-au-Bois de Joseph Diongre, celle de Bléharies (Hainaut) de l'architecte H. Lacoste, celle de Zonnebeke de H. Hoste. Peut-être il y en a-t-il d'autres? Leur nombre en tout cas est restreint et compose un actif par trop modeste. Autre faillite architecturale: la construction des banques qui entraînera, rien que pour Bruxelles, une dépense de près de cent millions. La construction des habitations ouvrières dans le pays tout entier n'a pas coûté la moitié. Nos grandes villes et même les petites sont encombrées par les palaces financiers. Si on leur consacrait un article spécial (mais le sujet est peu attrayant) il faudrait l'intituler: les monstres. La règle ici est confirmée par une exception: la maison des sucriers (Bruxelles 1916-1918). D'un programme net — un bâtiment pour l'administration centrale d'une grande société industrielle — l'architecte Léon Govaerts a déduit un plan clair engendrant une superstructure sobrement rythmée. Sept travées se répètent pour unir les fenêtres du premier et du second séparés par les panneaux sculptés (du statuaire Egide Rombaux). L'appareillage de la pierre blanche, le soubassement, la ligne des pirouettes substituée au chambranle traditionnel, donnent à cette façade monumentale et parfaitement moderne la noblesse réclamée par le quartier Léopold, l'un des plus aristocratiques de la ville. Epigones des grands novateurs. Léon Govaerts appartient à la génération de Victor Horta. Rendons justice à quelques hommes mûrs qui (1) R. Verwilghen. La Cité, décembre 1921. MAISON DE COMMERCE A WERVICQ. (CONSTRUCTION EN BÉTON ARMÉ). ARCHITECTE HUIBRECHT HOSTE. SAINT-MICHEL. BRUGES.

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L'AMOUR DE L'ART ont senti le prix de la simplicité. Léon Sneyers à cet égard est à tirer hors pair. Depuis longtemps il a clairement discerné les voies futures. Son Pavillon belge des expositions biennales de Venise (inauguré en 1907) lui valut — et au commissaire qui l'avait choisi — la désapprobation des autorités ministérielles et des "gens de goût". Il n'est pas un artiste aujourd'hui qui n'y reconnaisse l'annonce des plus belles réalisations actuelles. Décorateur raffiné dans son atrium de marbre du même pavillon, Sneyers est aussi l'auteur de quelques maisons bruxelloises. On s'en moquait voici dix ou quinze ans. Combien aujourd'hui vivent de ses exemples? — Mentionnons quelques autres individualités de cette génération intermédiaire. Léon Bochoms travailla chez Henri Van de Velde, produisit sa première œuvre originale en 1905 (Hall Heusy, Verviers), se classa définitivement parmi les francs constructeurs avec sa clinique de syphiligraphie (Bruxelles 1912-1913) et sa maison Von Ermen (pierres blanches et briques), exception reposante parmi les folies louvanistes. Grâce à lui, Louvain possèdera une belle école et un harmonieux ensemble : musée, bibliothèque, académie, en voie d'exécution. — Il y a beaucoup de bien à dire de J.-B. Dewin. Technicien, il dessine toutes les parties de ses œuvres en grandeur d'exécution ; artiste il montre des perspectives à la Brangwyn et impose aux détails une forme personnelle ; réalisateur pratique il s'est spécialisé dans les constructions entre toutes modernes : cliniques, infirmeries, hôpitaux. Il construisit des demeures particulières et des logis ouvriers; avec un bâtiment de force motrice à Haren, il prouva que l'usine est susceptible de beauté; mais il a donné sa pleine mesure avec la clinique du docteur C. (Bruxelles), le home anti-tuberculeux près d'Ostende et la Maison des Infirmières (Bruxelles). Chargé de la construction du nouvel hôpital universitaire, il renonce à la disposition en largeur, supprime les salles communes, déprimantes et immorales, applique le système centralisateur tout en répartissant dans leurs quartiers propres les services médicaux, chirurgicaux, hospitaliers, etc. L'hôpital devient le plus avenant des hôtels, — Joseph Diongre a construit des maisons ouvrières, une jolie ferme à Weerde (Brabant), maintes maisons particulières et a doté le pays d'un très beau monument commémoratif de la guerre, celui de Londerzeel (Brabant), haute lanterne en pierres blanche et briques. — A Bruxelles, citons encore Jules Brunfaut (pour ses maisons du square Jean Jacob et de la rue de la Loi), Blomme (façade rue de l'Ecuver apparentée aux créations d'Otto Wagner), Alexis Dumont (école à Jodoigne), les frères Hamesse (plusieurs cinémas, hôtels privés, etc.), Bonduelle, Pelseneer, Henri Lacoste, déjà cité pour son église de Bléharies, auteur du monument aux soldats belges morts en France (Père Lachaise) et surtout d'une boutique à Tournai (1922). — La même génération compte en province : à Gand, Oscar Van de Voorde, l'architecte élégant et souple de l'exposition de 1915; à Anvers, Van Asper et Van Averbekke — la caserne des pompiers de ce dernier est d'un vrai précurseur ; à Liège, Comblain; à Verviers, Duesberg. Le rôle de presque tous ces artistes est d'autant plus honorable qu'ils ont, comme les premiers novateurs, beaucoup souffert de l'hostilité ambiante. Un air de famille rapproche leurs œuvres, qu'il s'agisse de la structure générale, des éléments de la façade, de la disposition intérieure confortable et accueillante. Ils ont secoué un mauvais bagage scolastique et tué des excès tâcheux (le modernisme engendra les plus sottes caricatures à Liège, Anvers, Gand (comme à Bruxelles);ils ont préparé la venue d'une génération libérée dont l'œuvre comptera parmi les expressions historiques de l'architecture belge. MAISON DE COMMERCE A WERVICQ. (CONSTRUCTION EN BETON ARME). ARCHITECTE HUIBRECHT HOSTE. SAINT-MICHEL. BRUGES. La construction à bon marché. L'esthétique nouvelle. Les architectes H. Hoste, Ant. Pompe, Alb. Van Huffel, R. Acke. Evincée des villes martyres et repoussée par la haute banque, la jeune architecture s'est tournée vers la

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FAÇADE DU CINÉMA De gouden Lanteern. La Lanterne d'Or A COURTRAI. ARCHITECTE RICHARD ACKE. COURTRAI. INTÉRIEUR DU CINÉMA De gouden Lanteern. La Lanterne d'Or A COURTRAI. ARCHITECTE RICHARD ACKE. COURTRAI.

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L'AMOUR DE L'ART KAPELLEVELD MAISONS BOURGEOISES EN BÉTON MAIGRE À ÉRIGER À WOLUWE-SAINT-LAMBERT. DESSIN DE A. TEEUW. ARCHITECTE HUIBRECHT HOSTE. SAINT-MICHEL. BRUGES. construction à bon marché et les cités-jardins. Une technique nouvelle est née et le constructeur doit remiser "sa science académique et archéologique, ses collections de profils et d'ornements, ses conceptions de façades" (R. Verwilghen). Standardisation, recherche de la beauté par les moyens les plus simples (répétitions rythmiques, jeux des blocs en saillie, pleins et vides), obligation d'user des matériaux les plus économiques (coffrages, monolithes, etc.), telles sont les conditions nouvelles. On a dit : le salut de l'architecture, c'est la déche. Pénurie financière, normalisation, nouveaux moyens techniques ramènent à la simplicité, au rythme, à l'unité. Réveil des lois classiques! Les jeunes ont juré la guerre à la "mortelle fantaisie", ils en restent les farouches adversaires même quand une construction d'importance leur est confiée, — événement, comme on le pense, rarissime. La multiplication des cités-jardins est liée au progrès de l'urbanisme. Cette science a trouvé en R. Verwilgen et Louis Vander Swaelmen d'érudits propagateurs. Une société s'est fondée l'Union des Villes — véritable foyer d'idées vivantes, — tandis que la Société nationale des habitations à bon marché, en faisant appel aux jeunes architectes-urbanistes, favorise la réalisation des œuvres maîtresses. Parlons d'abord du trio Hoste, Pompe, Van CITÉ-JARDIN DE KAPELLEVELD. WOLUWE-SAINT-LAMBERT (PRÈS BRUXELLES). GROUPE DE QUATRE MAISONS À 4 OU 5 CHAMBRES. FAÇADE VERS LA RUE. ARCHITECTE ANT. POMPE. BRUXELLES.

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L'AMOUR DE L'ART CITÉ-JARDIN DE KAPELLEVELD. WOLUWE-SAINT-LAMBERT (PRÈS BRUXELLES). ENSEMBLE D'HABITATIONS. ARCHITECTE P. RUBBERS. BRUXELLES. Huffel, déjà rencontré à la rubrique : enseignement. West-flamand, vivant dans la campagne de Bruges, profondément épris de sa langue natale, polyglotte remarquable, lettré, intelligence lucide, caractère inébranlable, — c'est Huibrecht Hoste. Son credo artistique : "tout est commandé aujourd'hui par la démocratie et la machine ; bornons-nous à l'essentiel et sachons en tirer l'effet artistique". Déjà dans le monu- ment d'Amersfoort élevé en 1917 avec la collaboration de deux sculpteurs et sur un emplacement aménagé par Louis Van der Swaelmen, les masses amples et sobres, d'une saisissante plénitude spatiale, disent à quel point, dès ses débuts, le réalisateur était en accord avec le théoricien. Revenu en Belgique, Hoste y a construit depuis l'armistice des cliniques (dans celle de Bruges, la proportion des fenêtres suffit à créer la beauté) ; des églises — qui n'admirera le clocher de Zonnebeke, net, hardi, lancé comme un cri de foi et digne de nos plus glorieux constructeurs de tours? — un couvent (Gheluwe), un magasin (Wervicq) où sa logique constructive a balayé avec une joie féroce toutes les recettes et tricheries du vieux décor ; enfin des mai- sons, spécialement ouvrières, et des logos de cités-jar- dins (Selzaete, Kapelleveild, Avelghem). A Selzaete, il a d'abord employé la brique, notamment pour une "maison de célibataires", premier essai de demeure collective ; puis il a appliqué le système du coffrage en béton de cendrées à cin- quante maisons, tantôt ju- melées, tantôt groupées en blocs de quatre ou six. Di- versement disposés, les mê- mes éléments s'y prêtent à une variété continuelle ; le jeu des façades s'ordonne en saillies et retraits propices à des gains de surface et de hauteur; les parties hau- tes sont colorées et laissent pénétrer par endroits le soubassement lissé. Et que l'artiste (nous le retrouverons encore à l'art décoratif) construise une modeste maison villageoise ou l'hôtel du Noordzee à Knocke-sur-Mer, les mêmes qualités de grand maître s'accusent : sobriété, franchise, unité. Fils d'un fabricant bijoutier, Ant. Pompe reçut une éducation d'orfèvre et n'a jamais cessé de créer des modèles de bijoux. Tandis qu'il suivait les cours de l'Académie royale de Bruxelles, il se fit recevoir comme graveur sur métaux dans les ateliers M... Parti pour l'étranger, à 17 ans, il fréquenta les deux écoles d'art industriel de Munich et revint à Bruxelles, au bout de trois ans. Successivement dessinateur à la fabrique de tapis D., aide-forgeron et ajusteur chez le ferronnier H., traceur chez des constructeurs et fon- deurs, il s'assimila la technique de tous les métiers d'art sans compter les industries (fontes, ponts et charpentes, etc). Hobé l'accueillit dans ses ateliers de 1894 à 1903. Après quoi Ant. Pompe débuta comme architecte. Sa vocation et sa personnalité se révéle- rent brusquement. Il retourna en Allemagne (1912- 1913), revint à Bruxelles et après quelques années d'association avec l'architecte F. Bodson (maison Gheude, intérieur ouvrier, etc), construisit l'Institut orthopédique du Dr M. Van Neck, en briques grises et verres lux-fer, si original avec son balcon suspendu, ses trois travées dominées par des windows triangulaires, son vaste porche en re- trait. Urbaniste et construc- teur d'habitations ouvrières (villas à Kappelleveild, etc), Pompe est un simplificateur à la manière de H. Hoste. Albert Van Huffel est élève d'Oscar Van de Voorde et devint lui-même profes- seur à l'Académie des Beaux- Arts de Gand. Dans cette ville, il a construit diverses VILLA AU BORD DE LA MEUSE. ARCHITECTE P. RUBBERS. BRUXELLES.

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L'AMOUR DE L'ART Cité-Jardin de Kapelleveld, Woluwe-Saint-Lambert (près Bruxelles) Groupe de maisons en béton de cendrées. Architecte J.-F. Hoeben. Bruxelles. maisons (rue d'Assaut, avenue Albert), puis un beau jour est sorti vainqueur du concours ouvert entre les architectes belges pour l'érection de la Basilique Nationale du Sacré-Cœur à Koekelberg (près Bruxelles). L'emplacement sur la hauteur d'un plateau qui domine la ville réclamait une silhouette monumentale : on ne pouvait perdre de vue la destination religieuse de l'édifice et les circonstances qui en précisent la signification spéciale (libération de la patrie, hommage aux héros de la guerre) ; il fallait tenir compte des ressources pécuniaires, de la nature des matériaux et du programme liturgique. Ainsi conditionnée, l'œuvre de Van Huffel, consacre les aspirations de l'architecture moderne dans le domaine le plus âprement disputé par les pasticheurs : l'architecture religieuse. Le Sacré-Cœur de Koekelberg est une grande basilique à coupole aux formes rajeunies par l'emploi de nouveaux matériaux et trouvant sa beauté propre dans l'invention des grandes lignes et le rythme des proportions. Deux tours précèdent l'église. Un large promenoir flanqué de quatre terrasses arc-boute la coupole. De là le pontife, entouré de son cortège et de bannières, bénira le pays aux quatre coins de l'horizon. L'extérieur est commandé par l'intérieur. La basilique doit constituer le cadre le plus parfait pour le déploiement des grandes cérémonies liturgiques. L'emploi du béton armé permet de donner à la nef la largeur inusitée de dix-huit-mètres ; l'autel, placé au-dessus de la crypte, mis en valeur sous la grande coupole, pourra être aperçu par des milliers de spectateurs tout en formant le centre d'une enceinte sacrée réservée aux prêtres. Galeries sur colonnettes autour du chœur, bas-côtés, déambulatoires, triforium pouvant recevoir jusqu'à deux mille personnes, chapelles des provinces belges aux extrémités du transept, autant de dispositions neuves. La basilique ne sera pas moins moderne par l'emploi des matériaux ; à l'extérieur, briques, pierres blanches, granit clair ; à l'intérieur, briques jaunâtres, et terra colla formant avec le béton armé un complex qui répondra aux exigences multiples de l'hygiène, de l'entretien et, par la possibilité des effets colorés, aux plus sévères postulats esthétiques. Quand cette Basilique sera debout et qu'on y verra, comme nous l'espérons, des œuvres de Minne, Servaes, Van de Woestyne. un règne nouveau aura commencé pour l'art religieux. Rendons hommage au clergé qui a préparé un tel événement et surtout au moine-artiste de Maredsous, don Sébastien Braun. Richard Acke, de Courtrai, s'est révélé en 1910, avec un local pour société et imposé après guerre avec FAÇADE D'UN HOTEL À KNOCKE-SUR-MER (EN EXÉCUTION). DESSIN DE A. TEEUW. ARCHITECTE HUIBRECHT HOSTE. SAINT-MICHEL. BRUGES.