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INTÉRIEURS EN COULEURS FRANCE
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INTÉRIEURS EN COULEURS FRANCE
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EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS PARIS 1925 INTÉRIEURS EN COULEURS FRANCE CINQUANTE PLANCHES EN COULEURS ACCOMPAGNÉES D'UNE PRÉFACE PAR LÉON DESHAIRS Conservateur de la Bibliothèque des Arts décoratifs Rédacteur en chef d'Art et Décoration ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS PARIS, 2. RUE DE L'ÉCHELLE
PRÉFACE La couleur est une puissance avec laquelle il faut compter. Elle nous accueille ou nous repousse ; elle nous réchauffe ou nous glace ; elle nous donne des joies ou nous fait souffrir. Pourtant, comme elle règne partout, rien, je crois, ne s'oublie plus vite. Une impression efface l'autre. Et, s'il s'agit d'œuvres d'art, que peut un souvenir coloré contre l'assaut des images monochromes multipliées par la photographie et la gravure ? D'où l'utilité de recueils tels que celui-ci. Si nous demandions aujourd'hui à quelques visiteurs de la récente exposition internationale, choisis parmi les plus attentifs, de quelles couleurs étaient les grands salons de Ruhlmann ou de Süe et Mare, tel ensemble de la classe 7, telle pièce de l'Ambassade ou des pavillons meublés par La Maîtrise, Pomone ou Primavera, plus d'un, sans doute, serait embarrassé pour nous répondre et je gage que nous recueillerions des témoignages contradictoires. Dans la mesure où une aquarelle, reproduite sur papier lisse, évoque les teintes du bois et des tissus, dans la mesure où quelques millimètres carrés d'une couleur peuvent rappeler la même couleur étendue sur une grande surface, les planches réunies ici viendront au secours de nos mémoires surmenées. A ceux pour qui le choix d'un papier peint ou d'un tapis est un problème et un tourment, elles offriront l'exemple de solutions heureuses où d'habiles décorateurs ont résumé leur expérience. Et si, quelque jour, curieux du passé comme nous le sommes nous-mêmes, l'avenir s'intéresse à nos goûts, il pourra retrouver, dans cet album, un peu de la couleur de 1925. A chaque temps sa couleur, comme ses formes préférées. Entre l'architecture d'une pièce et son revêtement polychrome, une correspondance tend à s'établir, comme, dans la peinture d'un maître, entre la couleur et le dessin. Rappelons-nous les tentures de damas cramoisi, à galons d'or, et les hautes-lisses de Versailles, aux jours du Grand Roi. Leur opulence ne répondait-elle pas aux imposantes proportions des salles d'apparat, en enfilade, à la vigueur des corniches sculptées, aux larges profils des chambranles ? Les bleus, les roses et les jaunes des tapis de la Savonnerie, l'écaillle et le cuivre des cabinets de Boulle, les tables de marbre, sur pieds dorés, complétaient ces « pompeuses merveilles ». La couleur « aurore » que Furetière définit « un certain jaune doré et
éclatant » était alors en faveur autant que le rouge et Mme de Maintenon qui faisait tendre sa chambre de bandes de damas alternativement vert et cramoisi ne redoutait pas les sonorités des complémentaires juxtaposées. Vienne le siècle suivant, avec ses appartements plus intimes, ses plafonds blancs ornés d’arabesques, la ciselure de ses boiseries : autour des glaces qui échangent des reflets, tout s’allège et tout s’égaie. C’est le long règne de la couleur claire, des gris de lin, des verts d’eau, des tapisseries aux teintes fraîches. Puis, quand la Révolution a passé sur toutes ces gentillesses, l’Empire remet en honneur le bleu franc, le vert émeraude et le jaune d’or. Dans un cadre architectural qui ne sourit plus, ces colorations puissantes s’accordent avec les calmes surfaces des meubles massifs, en citronnier ou en acajou, ancêtres de nos meubles cubiques. Une mode ou un style s’accusent-ils aussi nettement dans la couleur de 1925 ? Le recul manque pour le voir et pour le dire. Le présent échappe aux définitions par toutes ses forces vivantes. L’art se rit des généralisations et des systèmes, alors même qu’il s’en réclame. Il sera donc prudent de constater d’abord que les ensembles de la section française, à l’Exposition des Arts Décoratifs, pouvaient charmer le visiteur par des qualités de couleur fort diverses. La décoration intérieur du pavillon de Süe et Mare, le salon et la chambre de Ruhlmann, dans l’Hôtel d’un Collectionneur, une chambre d’André Groult, à l’Ambassade, le cabinet de travail de Pierre Chareau n’étaient peut-être apparentés l’un à l’autre que par un certain goût de la mesure qu’on s’accorde en général à reconnaître comme le caractère essentiel du goût français. Chez Süe et Mare, architectes et peintres, la chaude harmonie d’une coupole vert et or et d’une tenture de damas brun à reflets dorés. Chez Ruhlmann, des accords plus froids, mais d’un raffinement exquis. La chambre composée par André Groult pour une ambassadrice idéale, et qu’on se plaisait à rêver blonde, était comme une symphonie de gris et de rose, sur un thème de Marie Laurencin. Le bureau, presque noir, de Chareau s’inscrivait sur tapis rond, rouge brique, au milieu de boiseries d’un gris sombre et chaud. D’autre part, la variété des programmes s’ajoutait à la variété des fantaisies individuelles. Halls, salons, living-rooms, salles à manger, cabinets de travail, chambres, boudoirs, salles de bains, cuisines… toutes ces pièces eussent mal exprimé leur destination si chacune d’elle n’avait eu sa couleur. Si, dans une bibliothèque accueillante, Paul Follot réalise une harmonie or, noyer clair et rouge-orange, il veut que, dans une salle à manger, les yeux se reposent sur des murs de stuc gris jaunâtre, semé de petites feuilles vertes, sur des meubles de noyer foncé, sur un tapis à fond bleu et ramages verts et roses. On souhaite, dans une chambre
à coucher, sinon l'hygiénique ripolin, du moins des teintes claires et propres. Celle de Maurice Dufrène et Tcherniack offrait toute la gamme des blancs, relevés d'or pâle et d'argent. Celle de Ruhlmann alliait au miel ou à l'ambre d'un lit d'amboine toute la douceur de sièges garnis de peluche blanche et d'une tenture murale de damas nacré. Le hall ou living-room, qui tend à remplacer le salon de nos pères, offrait un beau thème à Mme Klotz qui l'a voulu jaune-orange, avec des meubles bruns, et à Mme Lucie-Renaudot qui l'a imaginé plus crépusculaire. Pour le fumoir, la fantaisie est permise. Celui de Dunand, à l'Ambassade, en laque noire et rouge, avec un plafond argenté et un tapis rouge brique, semblait conçu pour abriter les rêves d'un fumeur cubiste et ténébreux. Celui de Francis Jourdain, mi-gai, mi-triste, montrait, par un rapprochement de valeurs fort éloignées l'une de l'autre, des sièges garnis de tissu noir et un guéridon couleur d'ivoire jauni, entre des murs peints en jaune-citron. Mais la diversité des préférences personnelles et des solutions suggérées par les programmes n'empêchait pas l'expression de quelques désirs communs. Et d'abord, s'il n'est pas toujours aisé de dire en quoi les décorateurs français modernes s'accordent sur ce qu'ils aiment, on voit assez bien ce qu'ils n'aiment pas ou n'aiment plus. La « chanson grise », chère à leurs ainés, entre 1890 et 1900, la distinction chlorotique, les nuances exténuées, le charme leur en paraît désuet. Les plus subtils dans leurs recherches d'harmonies, Groult, Ruhlmann, Louis Sognot, ne confondent pas délicatesse et fadeur. Même s'ils choisissent des teintes fines, des gris, ils colorent, parce qu'ils savent prendre un parti simple et qui s'impose. D'ailleurs ils relèvent le plus souvent la douceur de l'harmonie générale par quelques notes sonores. Dans la chambre de Louis Sognot, exposée au pavillon Primavera, deux paravents de laque rouge antique, un tapis à décor abstrait, brun, gris et blanc, un lit en ébène macassar, couvert d'une fourrure brune, accompagnaient une tenture vieux-rose et gris argenté. Le beau damas gris du salon de Ruhlmann servait de fond à des meubles bruns. Ils évitent toutefois la juxtaposition de valeurs trop distantes l'une de l'autre et se plaisent à des accords presque ton sur ton. Le fumoir de Francis Jourdain et un charmant boudoir de Ruhlmann, blanc, or et vert, avec des meubles noirs, étaient, à cet égard, des exceptions. Ce qu'ils évitent plus encore, c'est la polychromie véhémente que les Ballets Russes mirent à la mode, vers 1910. Les contrastes violents de couleurs franches, ils en laissent la joie facile à ceux qui croient qu'on peut suppléer à la beauté des proportions et des lignes par le pittoresque désordre des coussins amoncelés. Sur les sièges, aux murs, beaucoup de tissus unis, ou dont le décor fondu donnait l'impression d'une seule teinte.
Enfin nos ensembliers, — du moins ceux qui représentent le goût le plus neuf, — ont modifié leur palette, et cela sous l'influence des peintres. On sait que, depuis vingt ans, ces derniers, cubistes en tête, ne se lassent pas de reprocher à l'impressionnisme d'avoir abusé des couleurs claires et d'avoir peint une nature sans consistance ni densité. Ils ont réhabilité les gris obtenus par le mélange des pigments, les ocres, les bruns, les verts foncés, les noirs. Plusieurs se sont même épris de l'austère gamme des tissus nègres. Ces teintes qui ont reparu sur les toiles, on les voit aussi maintenant dans la décoration intérieure. Témoin Chareau, Eric Bagge, Djo Bourgeois, témoin le tapis brun-rouge, noir et beige que Mme Lucie Renaudot étend dans son hall, au milieu de murs d'un violet très doux, témoin une salle à manger aux murs mastic où Leleu et da Silva Bruhns groupent, sur un tapis à fond beige, bordé de brun-rouge, ponctué de noir et de jaune, des meubles en ebène macassar... Cette palette sobre s'accorde assez bien avec une innovation récente : quelques plafonds couleur d'argent ou d'aluminium ont remplacé, comme réflecteurs, les plafonds blancs. Le gris-aluminium, encore une couleur du jour, — mais qui restera peut-être une couleur d'exposition. Blafarde et morne à la lumière naturelle, elle peut, comme l'a montré Auguste Perret dans son théâtre, s'animer, aux lueurs de l'électricité, d'agréables chatoiements. L'art d'aujourd'hui, dans la forme, réprouve «l'anecdote», c'est-à-dire le témoignage d'une vision sans grandeur, les détails piquants, pittoresques, qui se prêtent à une transcription littéraire. Il est fanatique de général, voire d'abstrait. Anecdotiques lui paraissent peut-être aussi les couleurs qui nous émeuvent par des allusions trop précises aux fleurs, aux fruits, au ciel, aux saisons. Ces couleurs, qui ont l'attrait de ce qui passe, elles sont rares en 1925. On ne les rencontrerait guère que dans des chambres d'enfants ou dans la gaieté de bon aloi d'un mobilier alsacien ou provençal. En attendant la panacée ripolin et lait de chaux que Le Corbusier prescrit à l'humanité douloureuse, nos artistes, désireux de rendre la maison accueillante, restent donc fidèles à la couleur. Mais leur polychromie est simple, une, respectueuse de l'architecture. Ni funèbre comme celle qui tenta de s'acclimater chez nous, aux approches de 1914, sous l'influence de Munich, ni anémique, ni d'une santé tapageuse, elle exprime l'idéal d'une génération qui se défie de la sensibilité et la surveille. Reposante et grave, d'une richesse contenue et sans éclat, elle habilite la forme plus qu'elle ne la pare. Elle s'accorde avec une volonté d'ordre dans les plans et dans les lignes qui s'accuse parfois jusqu'à la sévérité. LÉON DESHAIRS.
TABLE DES PLANCHES Planches 1. Chambre à coucher . Mme CHAUCHET-GUILLERÉ. 2. Boudoir . J. RUHLMANN. 3. Hall . Mme B.-J. KLOTZ. 4. Hall . P.P. MONTAGNAC. 5. Bureau-Bibliothèque . PIERRE CHAREAU. 6. Chambre à coucher . J. RUHLMANN. 7. Studio . JEAN BURKHALTER. 8. Cabinet de travail . DJO BOURGEOIS. 9. Vestibule . RENÉ GABRIEL. 10. Studio . LÉON BOUCHET. 11. Cabinet de travail . MAURICE DUFRÈNE. 12. Cuisine . ANDRÉ GROULT. 13. Salle à manger . E. QUIBEL. 14. Grand salon . ÉCOLE BOULLE. 15. Studio . LUCIE RENAUDOT. 16. Fumoir . FRANCIS JOURDAIN. 17. Cabinet de travail . E. DINZART. 18. Chambre de Dame . ANDRÉ GROULT. 19. Cabinet de travail . PAUL FOLLOT. 20. Chambre d'été . GOYENÈCHE. 21. Salle à manger . ANDRÉ FRÉCHET. 22. Cabinet de travail . ERIC BAGGE. 23. Salle à manger sur une péniche . MARTINE. 24. Cabinet de travail . P. SIGRIST. 25. Détail d'une chambre à coucher . L. SOGNOT. Planches 26. Salon de réception . FRÉCHET, LAHALLE ET LEVARD. 27. Salle à manger . MAURICE DUFRÈNE. 28. Salle à manger . M. GUILLAUMARD. 29. Chambre de jeune fille . THÉO BERST. 30. Cuisine . RENÉ GABRIEL. 31. Salle à manger bretonne . LÉON JALLOT. 32. Salle à manger . PAUL FOLLOT. 33. Chambre d'enfants . LUCIE RENAUDOT. 34. Salle à manger . GEORGES CHAMPION. 35. Boudoir . L. SOGNOT. 36. Salle à manger dans une habitation coloniale . PIERRE CHAREAU. 37. Salle à manger . CH. SPINDLER. 38. Salon sur une péniche . MARTINE. 39. Salle à manger . J. RUHLMANN. 40. Salle de bains . CH. DELMAS. 41. Cabinet de travail . M. GUILLAUMARD. 42. Salle à manger . J. LELEU ET DA SILVA BRUHNS. 43. Cabinet de travail . JOUBERT ET CH. PETIT 44. Salon d'été . GOYENÈCHE. 45. Salle à manger . RENÉ LALIQUE. 46. Boudoir . FRÉCHET ET LAHALLE. 47. Détails d'une cuisine . MADELEINE SOUGEZ. 48. Chambre à coucher sur une péniche . MARTINE. 49. Salon . J. RUHLMANN. 50. Salon (autre aspect) . J. RUHLMANN.

Cet ouvrage présente des planches en couleurs d'intérieurs décorés, issues de l'Exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925. Il vise à aider à la mémorisation des couleurs utilisées par les décorateurs de l'époque, en offrant des exemples de solutions harmonieuses. Le texte explore l'évolution de la couleur dans la décoration intérieure à travers les siècles et analyse les tendances de 1925, notamment le rejet des harmonies grises et des contrastes violents.